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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 11:50

Editions de Minuit, 1987

Emily L.

L'une des oeuvres tardives de Marguerite Duras. Des thèmes récurrents dans son oeuvre : un décor maritime, une bar, un couple d'amants, l'amour qui meurt, l'écriture...

La narratrice est l'auteur. Elle se promène avec son amant le long de la côte normande, près du Havre, dans les bocages puis le long du bastingage. La lumière fuse, les bacs et les pétroliers voguent, les touristes affluent...

Elle s'adresse à lui en lui disant "Vous"; entre eux l'amour se meurt. Mais a-t-il déjà existé ? Pour le faire revivre et pour taire la souffrance, il faut écrire...

Ecrire cette histoire mais aussi inventer l'histoire d'un autre couple. Celle de deux anglais qui viennent régulièrement au bar de la Marine. Au comptoir, ils boivent leur bière et leur whisky. C'est l'escale habituelle d'un voyage sur mer sans fin, dans un yacht, sur mes mers du Sud. Le Captain et sa femme, surnommée Emily L., restent dans leur monde, sous le regard de l'écrivain et de l'amant. Sans doute l'histoire d'une passion défunte...

L'écrivain face à l'amant, inspirée par sa propre histoire, sa vie (l'amour et l'écriture, va donc réinventer l'histoire du Captain et d'Emily L, réalisant ainsi une mise en abîme de sa propre histoire.

 

Bien sûr, Emily L. est une poète qui a arrêté d'écrire suite à la mort de son enfant et un acte de folie du Captain qui brûle l'un de ses poèmes inachevés sans quelle le sache. Mort de l'enfant, mort du poème, mort de l'amour...Emily L. noie son échec dans l'alcool tout en se souvenant de son amour fou pour le gardien de la maison familiale sur l'Ile de Wight. ...

 

Poésie du décor et de l'histoire, de ces femmes qui voguent sur leur yacht à la recherche de l'amour perdu...C'est l'un des grands thèmes de l'oeuvre durassienne, déjà présent dans Le marin de Gibraltar.

L'amour absolu qui ne vit que dans le souvenir, l'attente...Retenons la beauté des décor, celui de la mer et du chateau sur un île perdue d'Angleterre,, terre de l'amour impossible et de la poésie secrète. Comme toujours chez Duras, les personnages gardent leur opacité, leur brume de mystère.

L'intérêt de ce roman est qu'il met en abîme le travail d'écriture de l'écrivain et qu'il joue sur les effets de miroir. L'écrivain se met en scène notamment avec l'histoire de sa peur irraisonnée des coréens (souvenirs coloniaux de son enfance) et sa conception de l'écriture comme panacée pour guérir la passion.

Emily L. est un très beau personnage romanesque, une poète qui ignore qu'elle est publiée, qui ne peut plus écrire, et qui ressasse son amour d'un jour sur les mers du sud.
Très beau récit.

"Je voulais vous dire ce que je crois, c'est qu'il fallait toujours garder par devers soi, voici, je retrouve le mot, un endroit, une sorte d'endroit personnel, c'est ça, pour y être seul et pour aimer. Pour aimer on ne sait pas quoi, ni qui ni comment, ni combien de temps. Pour aimer, voici que tous les mots me reviennent tout à coup...pour garder en soi la place d'une attente, on ne sait jamais, de l'attente d'un amour, d'un amour sans encore personne peut-être, mais de cela et seulement de cela, de l'amour. Je voulais vous dire qur vous étiez cette attente. Vous êtes devenu à vous seul la face extérieure de ma vie, celle que je ne vois jamais, et vous resterez ainsi dans l'état de cet inconnu de moi que vous êtes devenu, cela jusqu'à ma mort..."

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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 10:29

...d'Atiq Rahimi

Mille maisons du rêve et de la terreur

POL, 2002 - Traduit du persan (Afghanistan)

Après avoir adoré le Prix Goncourt Syngué Sabour,je continue à découvrir l'oeuvre d'Atiq Rahimi. Voici donc son deuxième roman, un très beau récit oscillant entre rêves et réalité, terreurs de la dictature afghane et contes et légendes persanes. Une merveille de poésie.

 

Un homme parle ; il ne sait pas s'il a les yeux fermés, s'il dort ou s'il est mort. Il entend la voix d'un enfant qui l'appelle Père. Mais pourtant, il ne se rappelle pas avoir un fils. Il se rappelle d'une altercation avec les officiers afghans, d'une interpellation...puis tout à coup, une femme apparaît. Sa mère ? Sa soeur? Ou une femme inconnue qui l'a sauvé des griffes de la police ?

L'incertitude, la frontière ténue entre la réalité d'une part et de l'autre les rêves et les cauchemars, sont prétextes à faire éclore les croyances, les légendes persanes. Ainsi, la voix de l'enfant devient celle d'un djinn ou celle des morts que l'on entend dans une tombe ou encore l'ange de la mort. Un tapis devient la métaphore de la mehmânkhana, les souvenirs de la maison familiale, du foyer. 
On entend la voix du derviche, du poète, du grand-père qui interprètent les songes, les signes du sommeil. 

Sommeil ? Délire ? Souvenirs d'outre-tombe ? Fumeries de hashish au début, le lecteur entre dans un labyrinthe ; il épouse les interrogations de l'homme. Puis, petit à petit, le brouillard se dissipe, sans pour autant nous diriger dans un chemin rectiligne.

C'est là tout l'intérêt de ce roman. Encore une fois, aucun lyrisme. L'écriture est très sobre, la poésie naît des multiples références issues des légendes et du brouillard de la conscience narrative.
On retrouve les mêmes dispositifs narratifs que dans Syngué Sabour : une voix parle dans un espace clos, une chambre, quelques personnages viennent "lui rendre visite"

Le contexte difficile (l'invasion de l'Afghanistan par les troupes russes en 1979), la terreur quotidienne sert de terreau pour l'éclosion des rêves.
La construction du roman est justement très symbolique ; Rahimi fait alterner les chapitres oniriques avec ceux qui racontent les diverses interpellations puis les différents souvenirs de famille.

 

" Suis-je dans le noir ou ai-je les yeux fermés ? Peut-être les deux . Il fait nuit et je dors. Mais pourtant je pense, comment se fait-il ?
Non, je suis réveillé, seulement mes yeux sont encore fermés. J'étais en train de dormir et dans mon rêve , un enfant a crié "Père !"
Quel enfant ? Comment le savoir? Il n'y avait que sa voix. Peut-être était-ce moi enfant, cherchant mon père. "

"Grand-père disait que, selon Dâmollah Saîd Mostafa, pendant le sommeil, l'âme s'en va ailleurs, et que si jamais tu te réveilles avant
qu'elle soit revenue dans ton corps tu te retrouves dans un cauchemar sans fin, livré à la stupeur et à l'effroi, sans voix et sans forces, et ce jusqu'au retour de l'âme"

"Non, je ne dors pas. Je suis en proie aux forces de l'Invisible. Les djinns sont venus se poser sur ma poitrine. Grand-Père disait que, selon Dâmollah Saîd Mostafa-dont l'autorité valait au moins dix mollahs-, quand il n'y a pas de Coran dans une pièce, les djinns y font leur nid, et la nuit, pendant que tu dors et que ton âme est partie se promener, ils viennent asaillir ton corps"

"Alors, j'ai juré à maman, qu'une nuit, quand tu viendrais dans mes rêves, je t'attraperais et t'empêcherais de repartir.
L'enfant m'a sorti de son rêve. Je suis une créature du songe. Un père imaginaire, un mari imaginaire...A quoi bon lutter pour revenir à la vie ?
J'abandonne Yahya à ses rêveries silencieuses, à sa ville bâtie sur un immense pont qui tourne jour et nuit ; je referme les yeux dans l'espoir de me glisser dans les rêves de quelqu'un d'autre, dans les rêves tourmentés de ma mère"

"Parcours le monde ! ....Quand l'eau stagne, elle devient malsaine. Elle transforme la terre en vase. Sois comme l'eau qui glisse de la main !"

"Tant que ton sommeil ne vaut pas l'éveil, ne dort pas !"

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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 18:54
MAROC-1981

Le pain nu

Voici l'une des oeuvres emblématiques de la littérature marocaine, traduite en français par Tahar Ben Jelloun en 1981.
Mohamed Choukri (1935-2003) est l'enfant terrible de la littérature marocaine ; né dans une famille très pauvre du Rif, il n'apprendra lire et à écrire qu'à 21 ans. Avant, des années d'errance dans les bas-fonds d'Oran et de Tanger entre proxénètes, prostituées et voleurs.

Le pain nu, oeuvre qui fit scandale, encore censurée au Maroc, est justement le récit de son enfance et de son adolescence, longues années d'errance, afin de fuir les maltraitances de son père. Ce dernier, en effet, tua de ses propres mains l'un de ses fils.

Ce livre est d'une crudité absolue ; le narrateur crie la haine de son père et la soif de plaisirs en tous genres ; le texte regorge de scènes de masturbation et de découverte de la sexualité.

J'ai trouvé ce texte trop "sec" et ne suis pas parvenue à m'identifier au personnage. Ce livre culte demeure cependant indispensable pour découvrir un itinéraire d'écrivain hors du commun.

Sur le même thème, l'enfance meurtrie et errante, à conseiller le magnifique Requiem des innocents de Louis Calaferte.

Dans Le pain nu, j'ai plutôt senti la sécheresse des sentiments plutôt qu'un cri de révolte et de haine.
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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 20:41

Editions Grasset, 2007

Douce France

Karine Tuil signe ici un troublant roman aux accents kafkaïens ; à la fois un récit d'auto-fiction, un récit absurde sur l'administration française, un docu fiction et un plaidoyer contre le traitement inhumain des immigrés clandestins reconduits dans leur pays d'origine.

La narratrice se fait arrêtée par la police dans un magasin qui embauche des ouvriers clandestins. Dans la bousculade, elle perd ses papiers ; dans un accès de "folie", elle déclare qu'elle est roumaine. a partir de ce moment, le cauchemar commence : elle est emmenée au centre de rétention administratif de Roissy. Là où les immigrés clandestins attendent leur rapatriement vers leur pays d'origine. La-bas, elle fait la connaissance de Youri, un ouvrier biélorusse ....

Pourquoi a-t-elle commis cette acte de folie ? Tout simplement parce qu'elle se rappelle ses propres origines, fille d'immigrés juifs, de personnes traquées, qui ont du aussi refouler leurs coutumes, leur accent, leur langue afin de bien s'assimilier et de donner toutes ses chances à leur fille, la narratrice.

Cette dernière se sent au plus d'elle-même une personne qui a peur, qui se sent menacée ....à cause de "la mémoire, cette vieille juive hystérique". La narratrice se soumet docilement aux interrogatoires et découvre la condition des clandestins dans ces centres de rétention.

A noter que ce roman prend des allures de docu fiction lorsque l'on sait que Karine Tuil a visité le centre du Mesnil-Amelot, le seul qu'on l'a autorisée à visiter...

L'écriture est très incisive ; elle se veut un cri pour mettre en lumière tous ces écorchés vifs, ces hommes de l'ombre, ces nouveaux juifs errant. A la manière du roman social de Zola, Karine Tuil signe un "J'accuse" poignant qui se veut une plongée dans la réalité brute.

Tout en écrivant un écrit de société engagé, elle y mêle une dimension intimiste sur ses propres peurs refoulées, constitutives de l'identité juive. Et aussi sur son refus, sa peur de se dire juive. On y décelle un beau portrait de la première vague d'immigration, qui à force d'efforts et de refoulement de leur culture, se sont assimilés.

Le prétexte romanesque, une personne arrêtée par erreur, n'est pas sans rappeler les récits de Kafka ou encore le terrible Monsieur Klein de Joseph Losey.

Un récit coup de poing très bien mené.

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 18:31

de DOMINIQUE MAINARD

Je voudrais tant que tu te souviennes

Editions Joelle Losfeld, 2007

Voici l'un des seuls titres de Dominique Mainard que je n'avais pas encore lu. Encore de la poésie, une très belle sensibilité. Un contre très romanesque dans lequel on s'embarque comme dans un rêve....

Dans une petite ville, une très belle histoire d'amitié entre une jeune fille, Julide, cartomancienne à ses heures, et Mado, une vieille dame poliomyélite, qui commence à perdre la mémoire....Lorsque qu'Albanela, la tante de Julide, retourne dans son pays, elle fait promettre à sa nièce de s'occuper de la vieille dame, de veiller sur son carnet...

Mado vit dans son univers ; depuis toute petite, sa passion est la photographie. Elle photographie son "carré" de monde à elle, les aspérités du sol, l'herbe, les cailloux...Pour rythmer sa journée dans son petit pavillon, retentit le chant de son canari et la sonnerie du "petit soldat rouge" son réveil.

Un jour, dans le village, apparaît un nouveau venu, "l'indien", un couvreur qui lui ne regarde que le ciel. Dans son carnet, lui aussi, il consigne le langage secret des étoiles...Le rêveur se promène de toits en toits et attire l'attention de Julide et de Mado.

Comme le dit Julide à Mado, c'est "ta vie à l'envers". Entre Mado, la terrienne, la photographe du sol, et l'Indien, le rêveur du ciel, va se nouer une relation bien romanesque...Alors que Julide est sur le point d'être unie avec son cousin, elle tombe elle aussi amoureuse de l'indien...

Voici une bien étrange histoire. Oublions les invraisemblances, la voix de la raison, et laissons nous embarqués dans un très beau conte, féerique et en même temps tragique. Dominique Mainard a le talent de nous emmener dans des territoires entre rêves et réalité, très enfantins. Mado, la vieille femme poliomyélite, est restée une femme enfant qui n'a jamais connu l'amour. Ses cheveux roux, teints au henné, nous font oublier sa vieillesse. Quant à l'Indien, il est décrit comme un funambule, un Pierrot...
Ce triangle de personnages va donner lieu à des chassés-croisés dans le village ; de Mado, l'Indien ne connaît que sa belle chevelure rousse qu'il repère de son toit. Mais son visage, il ne l'a jamais vu...Un jeu de piste commence. Pour taire la vérité, va alors se nouer une étrange pacte entre la vieille dame et Julide...

Ce roman est une ode à l'enfance, toujours présente malgré les années qui passent, une enfance qui fait croire aux rêves les plus fous. Ode à l'amour bien sûr et aussi à l'amitié entre une jeune fille et une vieille dame.
L'auteur excelle dans la création de personnages solitaires, marginaux, décalés et rêveurs. La poésie naît de l'opposition entre ciel et terre, monde d'en haut et monde d'en bas. Et dans les contes, les contraires se rencontrent...


Pour les amoureux de l'imaginaire, de l'enfance...et du romanesque bien sûr !

" Ce monde minuscule, comme il l'appelait, il l'avait inventé pour la consoler de l'infirmité qui la condamnait à sauter à cloche-pied ou à ramper en traînant sa jambe malade. C'était un carré entouré d'une haie d'arbustes dont elle avait choisi les essences dans une encyclopédie et qu'elle l'avait aidé à planter. A l'intérieur de cette haie se succédaient des rangées d'une mosaïque composée de ce qu'ils ramassaient ça et là lors de leurs promenades en ville, Mado juchée sur le dos de son père, les bras noués autour de son cou : de jolies capsules de bouteilles, une boucle d'oreille, une bague à laquelle manquait sa pierre, des pièces de monnaie, et même l'aile desséchée d'un rouge-gorge et le crâne étroit d'un mulot
qu'ils avaient laissé au soleil jusqu'à ce qu'il adopte la blancheur de l'ivoire. Au milieu se trouvait un carré de gazon d'un vert émeraude, ras et doux comme du velours - du gazon anglais, précisait invariablement son père en dressant un doigt, comme s'il s'agissait d'une herbe infiniment rare et précieuse provenant des régions les plus reculées de l'Inde et de l'Iran, et chaque fois Mado riait en caressant l'herbe si douce sous ses paumes. Pour elle et pour elle seule, son père avait composé ce tableau dont il avait enfoncé soigneusement les éléments dans la terre de sorte qu'ils n'affleurent qu'à peine et ne puissent la blesser, y ajoutant des choses éphémères, des morceaux de sucre roux, le glaçage d'un gâteau d'anniversaire découpé en petits carrés disposés de façon à épeler son prénom. Il lui jurait que ce monde là était aussi beau que l'autre, le grand, celui qui était à la portée de tous"

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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 19:30

IRAN-1945

Photo Hadji Agha

Editions Phébus

Sadegh Hedayat (1904-1951) est le plus grand écrivain iranien du siècle. C'est lui qui a introduit le roman, la prose dans la littérature iranienne composée jusqu'alors de poésie. Son récit le plus connu est La chouette aveuglepublié en France chez José Corti en 1963. A sa parution, il a été salué par André Breton et Henry Miller comme étant l'héritier de Poe et de Kafka. Il a bien sûr subi la censure dans son pays et se réfugia plusieurs fois en France où il se donna la mort en 1951.

La majopité de son oeuvre est marquée par un pessimisme profond ; il nous livre un portrait très noir de la société perse de l'entre-deux-guerres, écartelée entre bigoterie et trafics politiques de tout genre.

Hadji Aghâ est toujours interdit en Iran. Et pour cause ! Considéré comme le Tartuffe de l'Iran, il dépeint une personnalité de la classe dirigeante très caricaturale qui apparaît comme une personne pieuse au dehors et qui en fait est un monstre de luxure, d'égoïsme et d'opportunisme.

Cela nous fait penser à une comédie bouffonne qui sert à pointer du doigt tous les méfaits de cette société. Un tas de personnages frappent à la porte du despote pour obtenir des faveurs. Ils ont tous des noms évoquant de manière ironique leur fonction : Monsieur Soutien de l'Empire, Stabilité du ministère, Ducaniveau ...

Quant au Héraut-de-la-Vérité, c'est la voix d'Hedayat, le poète, qui n'a pas de mots assez durs pour décrire la pourriture de la société. Et quand la révolution guette, Hädji invente un stratagème pour rendre le peuple plus docile : diffuser la religion...

Un livre très sarcastique qui rompt avec la tradition lyrique persane.

"Sans doute la vérité est amère, mais il faut bien reconnaître que notre race est dégénérée. Nous n'avons ni science ni art. un peuple dont la plus savoureuse nourriture est la tripaille, que peut-on en attendre ? Notre air, notre terre, notre eau sont pleins de saletés et de microbes. Nous vivons, soyez-en sûr, dans la fosse d'aisances du monde, nous y grouillons comme des vers. "

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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 22:09

1959

Le Planétarium

Voici l'un des romans fondateurs du Nouveau Roman après La modification de Butor en 1957 et Moderato Cantabile de Duras en 1958.

Une intrigue minimale, un prétexte pour disséquer les comportements des personnages, les tics de langage, les presque riens qui déclenchent la crise.

J'avais adoré Sarraute lorsque j'avais étudié Enfance : la tentative autobiographique de dire l'enfance, avec les mots et les sensations  les plus justes, les reprises, les hésitations, les silences ...de la poésie à l'état pure.

Ici, j'ai été déstabilisée par une toute autre approche : une dissection clinique des conversations de tous les jours, les tics de langage autour d'une intrigue minimale : un bouton de porte que l'on a adoré en le choisissant et qui finalement dépareille une belle porte en chène, un fauteuil que l'on veut donner mais qui est refusé,  un appartement que l'on veut s'accaparer. Des phrases assassines que l'on s'envoie dans une famille un peu spéciale : un jeune couple, Gisèle et Alain Guimier, elle assez traditionnelle, lui très dandy, thésard, qui veut devenir écrivain. Une tante qu'ils veulent virer de chez elle pour prendre son grand appartement, des parents qui ne veulent que leur bien et toute une cohorte de personnes qui les observent, qui les jugent.

C' est très théâtral, très féroce, très ironique. Nous avons l'impression de voir des pantins s'exprimer, toute la foule anonyme dire des imbécilités habituelles.

Personnellement, je n'ai pas accroché sauf lorsque Sarraute excelle dans la description des flux de conscience  lorsque par exemple la vieille tante rêve des rideaux et de la porte qu'elle a achetés et que finalement, dans la chute incroyable de la séquence, elle découvre que cela fait très toc.

Sarraute excelle dans l'ironie mordante, grinçante. A découvrir mais quand même très spécial...

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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 19:27

Attention : chef d'oeuvre !

Lambeaux

POL, 1995

Charles Juliet, au même titre que Pierre Michon, par exemple, fait partie des grands auteurs français très peu connus du grand-public et qui pourtant créent une oeuvre magistrale confidentielle.

Charles Juliet, né en 1934, fait partie des écrivains dit de l'intime. Mais attention, à ne pas confondre avec l'autofiction à la Christine Angot ! Il s'agit plutôt ici de renouveler le genre de l'autobiographie et de l'hagiographie. Charles Juliet se définit comme l'écrivain de "l'aventure intérieure". Il est connu pour avoir rédigé son journal en plusieurs volumes qui relate son inquiétude, ses doutes, notamment par rapport à son écriture. Pour lui, la littérature doit trouver le mot juste pour décrire au plus prêt un état d'être, un sentiment. Une parole et une voix très juste, très humble, authentique et en même temps très poétique.

Dans Lambeaux, son texte le plus connu, étudié au lycée et au bac français, il entreprend de faire dans une première partie  le portrait de sa mère disparue lorsqu'il avait trois mois (internée dans un asile pendant la guerre et morte de faim) ; une jeune femme simple vivant dans un village de campagne mais qui rêve de s'évader. Ses parents refuseront qu'elle continue l'école qu'elle adore. Les seuls mots qu'elle pourra apprécier, ce seront ceux de la Bible. En elle, une vie intérieure bouillonnante qui ne rêve que de s'épanouir...mais les conventions en décideront autrement.
La deuxième partie est centrée sur le propre itinéraire de l'auteur : son "placement" dans une famille d'accueil, l'amour de sa mère adoptive mais aussi sa crise intérieure, son inadaptation à la vie militaire lorsqu'il est placé dans une école d'enfants de troupe puis sa découverte salvatrice de la littérature qui lui donne, après de longues années de travail sur lui-même, une seconde vie...

Ne vous attendez pas à lire une autobiographie traditionnelle. Charles Juliet choisit la forme du fragment pour restituer les lambeaux de son passé. De courts paragraphes qui saisissent des moments de vie, des instantanées pris sur le vif avec des phrases souvent nominales, très concises, au présent, au rythme haletant. A chaque fois, le lecteur a l'impression d'une parole juste et sincère.

L'impression de sincérité est renforcée par l'énonciation originale : pour s'adresser à sa mère, Juliet emploie le Tucomme s'il lui adressait une longue lettre. L'emploi du présent renforce l'authenticité du portrait. Juliet, l'écrivain, se transforme en peintre, qui par petite touche, reconstitue une vie exemplaire ; de part son parcours, ce "coeur simple" sacrifié, cette paysanne à la vie intérieure très riche, elle devient une personne exemplaire, une sainte.
Nous nous devons de citer ici le très beau Vies minuscules  de Pierre Michon qui de part son écriture magnifique érige en figures exemplaires, hagiographiques, des personnes simples. Pour moi, Lambeaux a la même force poétique.
Soulignons aussi le lien avec Annie Ernaux, une autre grand écrivain de l'intime, qui dans Une femme et La place rend hommage à ses parents, sans en fait pour autant des figures exemplaires.

 

Pour se dire, dans la deuxième partie, Charles Juliet emploie aussi le Tu.;afin de mettre à distance l'autre personne qu'il a été, de retranscrire justement son aventure intérieure qui, grâce à son travail d'écrivain, l'a mené de la désespérance à l'espoir.

Autoportrait. Portrait. Mais aussi mise en abîme du travail de l'écrivain. Car Juliet retranscrit dans la deuxième partie la naissance de Lambeaux ; l'idée de faire une lettre à sa mère puis, douze ans plus tard, d'enfin rédiger ce texte suite à un déclic intérieur. L'écrivain et ses doutes, ses blancs, ses incertitudes, ses crises. L'écriture fragmentaire restitue à merveille ces hésitations.

 

A noter également la force poétique du clair obscur. Le récit tout entier est construit sur un jeu d'ombres et de lumières qui matérialisent la désespérance et les moments d'illumination intérieure, comme chez les saints. Tout particulièrement lorsque la mère, Hortense, lit la bible. Tout simplement sublime ...


Quelques fragments....

Tes yeux. Immenses. Ton regard doux et patient où brûle ce feu qui te consume. Où sans relâche, la nuit meurtrit ta lumière. Dans l'âtre, le feu qui ronfle, et toi, appuyée de l'épaule contre le manteau de la cheminée. ...Dehors, la neige et la brume. Les cauchemar des hivers. De leur nuit interminable. La route impraticable et fréquemment, tu songes à ton départ, une vie autre, à l'infini des chemins. Ta morne existence dans ce village. Ta solitude. Ces secondes infiniment distendues quand tu vacilles à la limite du supportable. Tes mots noués dans ta gorge. A chaque printemps cet appel, cet élan, ta force enfin revenue. La route neuve et qui brille...

Te ressusciter. Te recréer. Te dire au fil des ans et des hivers avec cette lumière qui te portait, mais qui un jour, pour ton malheur et le mien, s'est déchirée.

Un jour, il te vient le désir d'entreprendre un récit où tu parlerais de tes deux mères
l'esseulée et la vaillante
l'étouffée et la valeureuse
la jetée-dans-la fosse et la toute-donnée.
Leurs destins ne se sont jamais croisés, mais l'une par le vide créé, l'autre par son inlassable présence, elles n'ont cessé de t'entourer, te protéger, te tenir dans l'orbe de leur douce lumière.
Dire ce que tu leur dois. Entretenir leur mémoire. Leur exprimer ton amour. Montrer tout ce qui d'elles est passé en toi.

Tu songes de temps à autre à Lambeaux. Tu as la vague idée qu'en l'écrivant, tu les tireras de la tombe. Leur donneras la parole. Formuleras ce qu'elles ont toujours tu.
Lorsqu'elles se lèvent en toi, que tu leur parles, tu vois s'avancer à leur suite la cohorte des bâillonnés, des mutiques, des exilés des mots
ceux et celles qui ne se sont jamais remis de leur enfance
ceux et celles qui s'acharnent à se punir de n'avoir jamais été aimés
ceux et celles qui crèvent de se mépriser et se haïr
ceux et celles qui n'ont jamais pu parler parce qu'ils n'ont jamais été écoutés
ceux et celles qui ont été gravement humiliés et portent au flanc une plaie ouverte
ceux et celles qui étouffent de ces mots rentrés pourrissants dans leur gorge
ceux et celles qui n'ont jamais pu surmonter une fondamentale détresse.

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 21:47

ETATS-UNIS

Et Nietzsche a pleuré

Galaade Editions, 2007

Voici un roman intelligent et subtil mêlant savamment fiction et réalité. Irvin Yalom, éminent psychiatre, s'inspire de son métier, pour écrire des fictions brillantes sur la psychiatrie et la psychanalyse.

Nous avons eu dans Le souper de Jean-Claude Brisville, la rencontre fictive entre Talleyrand et Fouché. Il y a maintenant la rencontre fictive entre le philosophe Nietzsche et le maître de Freud, le Docteur Joseph Breuer à Vienne en 1882.

Et c'est tout simplement à la naissance de la psychothérapie (la cure par la parole) que nous assistons. Il est précisé au lecteur en postface que cette encontre est bien sûr fictive mais que tous les personnages cités et les événements qui les touchent sont eux bien réels.

En 1882, Nietzsche a écrit Humain trop humain et Le gai savoirmais n'est pas encore connu. Suite à sa rupture avec Lou Salomé, il est victime d'une grave dépression qui lui cause hallucinations et migraines. Lou Salomé aborde le Docteur Breuer afin de le soigner. Ce dernier vient d'inventer la cure par la parole ou "ramonage", le fait de faire expliquer par le patient les causes de son mal...

Mais il se trouve que Nietzsche n'a pas forcément envie de se faire guérir. Le désespoir a parfois de bons côtés...Il permet de se couper du monde et se suivre sa propre voie...

Alors, Breuer va mettre au point un subterfuge : alors qu'il traverse également une période difficile dans sa vie (il est tombé amoureux de sa patiente Bertha, la fameuse Anna O, première femme de l'histoire a suivre une psychothérapie), il passe un pacte avec le philosophe : il lui guérit ses migraines...et Nietzsche devient son médecin de l'âme...Petit à petit, le maître Breuer se laisse prendre au jeu et paraît beaucoup plus vulnérable qu'il n'y paraît. ...

Ce texte est une véritable partie d'échec entre deux monstres sacrés ; nous assistons à la naissance fictive de la psychothérapie ; les rapports de force s'inversent petit à petit, nous découvrons de manière divertissante à la fois les ressorts de la psychanalyse et les fondements de la philosophie nietzschéenne. Quelle est la signification de la mort ? l'essence du désespoir ? comment suivre sa propre voie ?

Une formidable leçon de philosophie de vie composée essentiellement de dialogues intercalés de lettres qui permettent de saisir la véritable pensée des deux personnages.

Yahom instaure les rapports de force comme jeu ; on découvre de manière ludique les rapports entre Freud et le maître Breuer qui l'a initié à la cure par la parole.  Yalom humanise profondément les deux personnages en les montrant aux prises avec leurs déboires amoureux, leurs faiblesses passionnelles. Mais la sensibilité des deux monstres sacrés est justement là pour incarner, matérialiser leurs théories.

Nous ressortons de ce roman extrèmement enjoués ; le lecteur apprend plein de choses tout en se divertissant; Passionnant.

Cela me donne donc envie de lire les autres titres d'Irvin Yalom !

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30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 11:25

Emmanuelle Pagano vient de recevoir le Prix Wepler Fondation La Poste pour son magnifique roman Les mains gamines.

 

 

Une récompense bien méritée pour une auteur encore assez confidentielle qui pour moi est l'une des plus belle plumes françaises contemporaines.

 

Sensibilité, poésie pour évoquer des sujets difficiles tels que le changement de sexe ou les tournantes...Des romans qui s'insèrent dans un milieu de terroir, admirablement décrit. Au centre des histoires, le thème de corps souffrant : un enfant attardé dans Le tiroir à cheveux et le sexe féminin dans Les adolescents troglodytes et Les mains gamines.

 

Comme je les ai tous lus, je vous laisse redécouvrir mes articles...

 

Mon coup de coeur de cette année en littérature française ...

 

Les mains gamines : http://passiondeslivres.over-blog.com/article-24343194.html

 

  Les mains gamines

 

Les adolescents troglodytes http://passiondeslivres.over-blog.com/article-24646008.html

 

Les adolescents troglodytes

 

Le tiroir à cheveux : http://passiondeslivres.over-blog.com/article-20960588-6.html

 

Le tiroir à cheveux

 

 

       
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