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  • : Passion des livres
  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 22:04

ETATS-UNIS,2004

Identification des schémas

Editions Au diable Vauvert


William Gibson, l'un des plus importants auteurs de science-fiction d'aujourd'hui, est le créateur du sous-genre Cyberpunk, qui étudie les conséquences néfastes de la toute puissance de l'informatique et d'Internet sur la société.
Son oeuvre fondatrice est Neuromancien en 1984, qui met en scène des pirates du cyberespace se connectant au réseau via une prise neuronale et des électrodes qui leur permettent d'avoir une perception visuelle et sensorielle des données numériques qu'ils manipulent.

En 2004, la science-fiction est devenue réelle....Dans Identification des schémas, Gibson décrit un monde tel que nous le connaissons envahi par les marques, le marketing, les réseaux et forums informatiques.

 

Cayce Pollard est consultante en design free-lance travaillant pour de grosses multinationales de vêtements, chaussures, sacs...Elle est chargée de tester l'efficacité des logos sur la société et de repérer les tendances du marché. Son secret d'infaillibilité : sa phobie de logos internationalement connus : les Bibendum de Michelin, la marque Vuitton...à tel point qu'elle s'évanouit lorsqu'elle voit un bibendum en porte clés ! Efficacité redoutable : l' évanouissement devant un nouveau logo veut dire retrait immédiat du marché.

Cayce est contactée par un directeur d'une multinationale pour enquêter sur un mystérieux film qui fait fureur sur Internet : des segments de films sont envoyés sur la toile par un inconnu, ce qui crée une passion incroyable sur le net : une communauté de filmeurs se crée ; des forums envahissent la toile ; ce film est-il déjà fini ou se crée-t-il au fur et à mesure des envois ? Qui est le mystérieux auteur ?

Elle-même filmeuse passionnée, Cayse, qui vient de perdre la trace de son père dans les tours du World Trade Center, part à la recherche du mystérieux cinéaste. Mais elle découvre qu'elle est poursuivie et que l'on s'est introduit chez elle.

Nous voila plongés dans un roman d'espionnage moderne qui nous mène de Londres au Japon en passant par Moscou. Dans cet univers globalisé, les anciens ennemis se ressemblent. Le virtuel vient réenchanter un réel malade et uniformisé.

Mais ici, nulle quête de sens ; en effet, dans ce thriller virtuel, Cayse ne cherche pas à savoir la signification d'un tel film, à interroger le sens des séquences. Seul importe qui a fait le film...ou ce qu'il peut rapporter...

Il est d'ailleurs frappant de voir que très peu de lignes sont consacrées à la description des séquences du film.
A aucun moment, nous n'avons une idée précise des images véhiculées à partir du Web, à part une scène de baiser.
La description de l'addiction au film devient finalement secondaire pour laisser place à des scènes de thriller ou d'espionnage. Les scènes se succèdent à un rythme d'enfer sans donner d'épaisseur aux personnages.

Un thème très intéressant, une intrigue très prometteuse mais qui finalement ne laisse pas de souvenirs impérissables...

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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 19:56

...De MICHAEL CHABON

Le club des policiers yiddish - Michael Chabon

ETATS-UNIS,2009

Micheal Chabon est avec Jonathan Safran Foer l'un des jeunes prodiges de la littérature juive américaine. Les héritiers de Philipp Roth mais avec un piment d'imagination et d'humour. Chabon a participé entre autre au scénario de Spiderman 2. Son plus célèbre roman, Les aventures de Kavalier et Clay a remporté le Prix  en 2001: on y voit le Golem cohabiter avec les super-héros !

 

Le club des policiers yiddish ne manque pas de piquant non plus puisque ce roman mélange uchronie, roman policier et considérations géopolitiques actuelles. Imaginons qu'après la Seconde Guerre Mondiale, Israël ne fut pas créée sur la Terre Promise....mais en Alaska !!! Les Juifs cohabitent donc avec les Indiens et les ours depuis cinquante ans. Mais les Etats-Unis ont prévu la rétrocession du territoire de Sitka ....les Juifs vont encore devoir vivre une période d'exil.
C'est alors que le fils (junkie et homosexuel) du rabbin local de la communauté orthodoxe est retrouvé assassiné dans l'hôtel minable ou réside le policier Meyer Landsmann, dépressif mais dur à cuire.

Accompagné de son cousin Berko et de son ex-femme (désormais devenue sa chef !), il va mener l'enqûete avec des méthodes....pas très juives !
Et voila partie la joyeuse bande sur le territoire des juifs ultra-orthodoxes, les "Verbovers" : le rabbin, le gardien des frontières (qui est le gardien des fils électriques censés délimiter le territoire du shabbat !), les vaches rousses, les centres de désintoxication....Un monde fou où l'enquête va débusquer un complot international digne d'un conflit post-11 septembre...

On admirera les situations toujours rocambolesques ( lorsque Landsmann s'évade avec un matelas...Hilarant !), les déboires sentimentaux des personnages, la caricature du milieu orthodoxe. Mais l'humour est au service d'une critique des dérives de l'extrémisme et des considérations géopolitiques actuelles. L'uchronie ne sert qu'à dénoncer les conflits actuels.

Un récit mené tambour battant dans une langue très inventive et colorée. On retiendra les multiples termes issus de l'argot ou du parler populaire yiddish et une poésie incongrue née de l'usage de métaphores et de comparaisons très fantasques : le rabbin est "
une montagne informe, un dessert géant dévasté, une maison de B.D. aux fenêtres condamnées et à l'évier qui fuit » qu'un enfant « a dû modeler » en réunissant « la pâte de ses bras et de ses jambes à celle de son corps » avant de « coller sa tête par-dessus » !!!

Du pur divertissement bourré d'intelligence !


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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 11:33

D'ALAN MOORE




Dessins de Kevin O'Neill -2001

Alan Moore est l'un des scénaristes de BD les plus connus dans le monde et réputé comme étant un véritable génie. Aujourd'hui sous les feux de la rampe avec l'adaptation cinématographique de Watchmen, on lui doit également les scénarios de V pour Vendetta et de From Hell : un point commun à tous ces chefs d'oeuvre : mettre à mal  l'imagerie populaire, celle des super-héros et
en ce qui nous concerne ici, tous les héros populaires des romans d'aventure ou policiers :

Imaginez Alan Quatermain, l'Homme invisible, Docteur Jekyll, Sherlock Holmes et Capitaine Nemo réunis à la fin du 19e siècle à Londres pour déjouer un complot visant à détruire la bonne ville de Londres.

Cela donne des aventures détonnantes où Moore se moque éperdument de la mythologie des héros : ils sont opiomanes, violents, scatologiques et pas très courageux. Et en plus, ils ne s'entendent pas très bien ! D'autant plus qu'à leur tête, il y a une jeune femme divorcée bien têtue....

On appréciera surtout les multiples références littéraires du scénario : Edgar Poe, Dorian Gray, H.G Wells pour ne citer que les plus connus.

Un dessin assez traditionnel met qui reflète bien la fin du XIXe siècle.

Ce n'est certes pas la BD de référence d'Alan Moore, mais c'est bien divertissant tout de même.
Après avoir vu au cinéma From Hell, V pour Vendetta et Watchmen, je vais donc découvrir ces trois chefs d'oeuvre sur papier...

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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 14:41

ETATS-UNIS



Editions Stock, "La cosmopolite",2003

Joyce Carol Oates est l'un de mes écrivains américains préférés. En fine psychologue, elle focalise son attention sur le malaise de la civilisation américaine en interrogeant toujours intelligemment la question du mal.

Dans La fille tatouée, l'auteur imagine une rencontre improbable entre un intellectuel juif, admirateur de Virgile, et une jeune femme pauvre, originaire du pays minier de Pennsylvanie. Joshua Seigl, écrivain riche et estimé, est brusquement atteint par une maladie nerveuse dégénérescente. Célibataire endurci, il se décide par obligation à engager un assistant pour l'aider.
Alors qu'il pourrait engager un étudiant latiniste, il emploie conte toute attente Alma, la fille tatouée (une tâche de vin ou un tatouage sur la joue, nous ne le saurons jamais), quasiment analphabète, exploitée par son souteneur, à ces heures garçon de café, Dmitri.

Alors qu'il croit engager une fille sage et soumise, il apparaît qu'Alma a été élevée dans la haine du "Juif". Le considérant comme l'incarnation du riche juif qui vit uniquement de ses rentes, Alma ne tarde pas à le haïr en silence. Mais à un certain moment, le scénario prend un autre tournant....


N'en dévoilons pas plus. Une histoire habilement construite qui va bien au delà de la dialectique maître-esclave.
Entre l'homme malade, oisif et tourné uniquement vers la culture livresque et la jeune analphabète, les jeux ne sont pas définitivement faits ; à tel point qu'avec son bon sens, la fille tatouée pourrait bien déstabiliser le maître...

Un langage violent, très cru, qui peut choquer le lecteur. Oates décrit avec précision le ressenti raciste de la fille tatouée, les propos misogyne de Dmitri et la maladie de Seigl.

Une lecture simpliste pourrait n'y voir qu'un récit de plus sur l'antisémitisme. C'est beaucoup plus subtil que cela. Derrière les préjugés de race, se développe une dialectique où les deux personnages principaux se déstabilisent mutuellement. A la réflexion sur le rôle et l'utilité de la culture, succède une réflexion sur l'"être juif".

A noter les plus belles citations du roman :

"Si les gens intelligents savent, et s'ils disent ce qu'ils savent, pourquoi, y-a-t-il ...je veux dire...il n'y aurait pas autant de livres, non ?"

"Faire des livres multiples n'a pas de fin
"

Avec ensuite une réflexion post-moderne sur le lien entre littérature et mensonge....

Puis le récit prend un tout autre chemin, déjouant la fin annoncée trop facile. Les multiples références antiques (la Némésis par exemple) font penser à une tragédie grecque. Les personnages sont victimes de leur destin , manipulés par des fils imprévisibles.

De la noirceur, de l'ambivalence , le mal qui rode. Les thèmes favoris de Oates, rassemblés ici, dans un récit taillé au cordeau.

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 18:17

De MARK TWAIN

ETATS-UNIS -1884

Les aventures de Huckleberry Finn


Nouvelle traduction de Bernard Hoepffner, 2008

Si Tom Sawyer était encore un récit d'enfance traditionnel, écrit à la troisième personne du singulier, Huckleberry Finn marque clairement une rupture : il s'agit d'un récit écrit à la première personne, par un gamin quasiment illettré, qui utilise les expressions locales de la région du Mississippi.

En introduisant pour la première fois le langage parlé dans la littérature, Mark Twain signe une oeuvre fondamentale. A tel point qu'un sondage récent du magazine Time, réalisé parmi 120 auteurs anglo-saxons classe ce récit parmi les cinq plus grands romans de l'Histoire...et qu'Hemingway disait que l'on a rien fait de mieux depuis !
Le langage parlé, c'est la spontanéité et aussi une étude très poussée du dialecte des nègres du Missouri : la traduction reprend admirablement l"'accent nègre". L'introduction d'un tel langage dans la littérature en 1884 équivaut à la révolution entreprise par Céline et Queneau dans les années 30.

Huckleberry Finn marque l'entrée de la littérature américaine dans l'ère du réalisme ; si Tom Sawyer était un récit d'enfance mettant au premier plan l'aventure et les jeux, ce récit quant à lui décrit les aventures d'un jeune vagabond le long du Mississippi et sa fuite avec un esclave Jim. Tout au long du voyage, il interrogera sa conscience pour savoir s'il doit ou non dénoncer le nègre marron. Les aventures de Hucckelberry Finn, c'est d'abord l'éveil d'une conscience anti-raciste (certes, Huck déclare que Jim a un coeur blanc dans un corps noir !) et une remise en cause de l'ordre social de cette époque. Car en s'enfuyant de chez lui et en refusant la "sivilisation", Huck prône un style de vie en marge, loin de la société conservatrice de ces années.
Mark Twain reprend ici la tradition picaresque en donnant le premier rôle aux marges, aux bandits et aux vagabonds.

A souligner que dans ce roman, Tom Sawyer incarne toujours le monde de l'enfance et de ses croyances. Il est d'ailleurs clairement fait référence à Don Quichotte, le plus célèbre idéaliste de toute l'histoire de la littérature. Tom Sawyer croit attaquer des carrosses alors qu'il ne s'agit que de charrues ! Le plus bel épisode de ce récit et la plus belle référence au Quichotte est sans aucun doute la préparation de l'évasion de Jim, l'esclave prisonnier. Tom, pétri d'aventures livresques, lui livre tout un tas de "symboles" pour qu'il vive vraiment une vie de prisonnier qui rentre dans l'histoire : scier un barreau du lit ou creuser un trou avec des couteaux par exemple !

Ce côté plus réflexif, plus noir de l'oeuvre ne doit pas en faire pour autant oublier le caractère extrêmement divertissant et drôle du récit. Rencontres de pirates croyant aux fantômes, deux bandits se croyant pour Louis XVI et surtout la formidable évasion fabriquée de l'esclave Jim. Un très grand moment de littérature, à la fois un rêve d'enfant et d'aventure qui se réalise, un jeu, et une remise en question de l'ordre établi quelques années après la guerre de Sécession. Ce passage admirable est à mettre dans une anthologie des récits d'évasion ! A la fois récit de jeu, parodie de Don Quichotte et récit à portée politique, la dernière partie réalise de façon géniale la synthèse du pur récit de divertissement et et de la dénonciation la plus brutale. Le tout raconté avec un humour sans faille (le lecteur n'oubliera pas de si tôt les efforts vains de Jim pour contrecarrer toutes les frasques de Tom et Huck).

Soulignons encore une fois le travail du traducteur qui n'hésite pas à mélanger néologismes et expressions "jeuns" d'aujourd'hui pour produire un effet de réel. Du grand art.

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 14:37

de MARK TWAIN

ETATS-UNIS (1876)

Les aventures de Tom Sawyer

Nouvelle traduction chez Tristram, 2008

Ne nous méprenons pas : pour beaucoup, Tom Sawyer est un livre pour enfants et.....le dessin animé de notre enfance !

Aux Etats-Unis, Les aventures de Tom Sawyer et d'Huckelberry Finn sont étudiées à l'université et considérées comme un chef d'oeuvre. Hemingway, grand admirateur de Mark Twain, considère les aventures comme l'acte de naissance de la littérature américaine moderne ; Mark Twain est en effet le premier auteur à faire entrer le langage parlé dans l'écrit. C'est comme si nous avions eu Céline ou Queneau en 1870...

Les anciennes traductions ne reflétaient pas le travail syntaxique de Mark Twain ; souvent, Tom Sawyer s'exprimait à l'imparfait du subjonctif ! La nouvelle traduction de Bernard Hoepffner (traducteur entre autres de Melville et Coover) rend toute la saveur originelle d'expression typiquement enfantine sans omettre les fautes de langue.

Le lecteur ressent effectivement la véritable fraîcheur du langage.
Tom Sawyer est avant tout le livre de l'enfance au bord du Mississippi d'une bande de garnements qui invente milles stratagèmes pour manquer l'école....et se faire aimer ! On se rappelle ainsi l'escapade nocturne de Tom en radeau alors que toute sa famille le croit mort. Il assiste impuissant à ses propres obsèques avant de réapparaître en chair et en os ! On oubliera pas non plus de si tôt ses "manigances" pour tomber amoureux de Becky Tatcher.

 

Car Tom Sawyer, c'est certes un garnement, mais c'est aussi et surtout un gamin bourré de tendresse qui cherche à "éprouver" l'amour des siens. Quitte à organiser ses propres obsèques....

 

Bien sûr, le récit regorge de jeux, de taquineries. Mais n'en oublions pas pour autant le côté noir du livre, incarné par "Injun Joe", traditionnellement appelé Joe l'Indien. Certes, il y a une chasse au trésor, mais l'ennemi est un meurtrier notoire, qui menace de mort les deux gamins. Le jeu cache une vision très noire de la société ; l'ordre sera finalement rétabli par les deux gamins.

Tom Sawyer, c'est le récit de l'enfance par excellence. Apprentissage de l'amitié, de l'amour, de la mort. Le jeu domine et c'est d'ailleurs par un jeu de piraterie et de brigand que se terminent les aventures ; Mark Twain précise ainsi dans sa conclusion que ceci est l'histoire d'un garçon....qu'il faut s'arrêtrer là car sinon, cela deviendrait l'histoire d'un homme....

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 12:21

de Laura KASISCHKE

ETATS-UNIS

Un oiseau blanc dans le blizzard

Editions Christian Bourgois, 2000

Il y a encore quelques semaines, je ne connaissais pas Laura Kasischke, surtout connue aux Etats-Unis pour sa poésie. En Europe, ce sont ses romans qui sont publiés. C'est en lisant un article la comparant à Joyce Carol Oates que j'ai été tentée de la découvrir.

Tout comme Carver et John Cheever, ses personnages sont issus de la middle class américaine, de cette banlieue pavillonnaire bien propre au dehors mais qui au dedans masque un tas de frustrations  ; Kasischke démasque toute l'hypocrisie d'un cadre de vie aseptisé.

L'histoire nous est racontée sur plusieurs années par une adolescente dont la mère vient de disparaître ; femme au foyer, elle en eut un jour assez de cette vie maussade, sans crier gare, elle s'est volatilisée.

Kat, la jeune adolescente nous raconte son quotidien de jeune fille qui découvre ses premiers émois amoureux, tout en essayant de comprendre pourquoi sa mère a disparu.

Mais le but du récit n'est pas de faire une enquête policière sur une disparition inexpliquée. Certes, il y a un inspecteur, mais l'objectif est avant tout pour la jeune fille de comprendre sa mère, de découvrir sa véritable personnalité, sa vie de couple avec son père : cette mère au foyer refusant tout exotisme et qui pourtant reprochait à son mari d'être trop simple.

Tout en vivant sa vie d'adolescente, Kat se remémore des épisodes passés avec sa mère comme par exemple la jalousie qu'elle a éprouvé lorsqu'elle est sortie avec un garçon. Le prétexte du récit est d'ordre psychologique : Kasischke le portrait brillant  d'une femme frustrée qui se tait jusqu'au jour où...

Précisons que le récit est conduit d'une main de maître jusqu'à la surprise finale trois ans après. Pour parler de Joyce Carol Oates, ce roman m'a justement fait penser à Zarbie et les yeux verts : le même cadre idyllique, la même disparition de la mère, l'histoire racontée par une adolescente ; mais Oates livrait d'abord un thriller psychologique ; ici, nous sommes d'avantage dans un récit d'apprentissage doublé d'une "enquête psychologique".

L'auteur évite tout misérabilisme ; l'adolescente établit un constat plutôt qu'elle ne s'apitoie sur son sort ; elle privilégie l'analyse froide, la distanciation ; on devine d'ailleurs à certains moments une certaine rivalité entre les deux femmes.
Des portraits tout en nuance (le père, l'inspecteur, le petit ami), le tout rapporté dans une écriture à la fois très poétique et très prosaïque. Si elle choisit une dominante thématique de la neige, de la glace  ou de la brume, enveloppant son histoire de mystère, rien n'empêche l'auteur de faire des métaphores ou comparaisons très inhabituelles comme par exemple des traces comme des dents déchaussées ou une sauce de plusieurs jours....

Un récit taillé au cordeau qui reste dans les esprits...

Une première page envoûtante :

" J'ai seize ans lorsque ma mère se glisse hors de la peau par un après-midi glacé de janvier -elle devient un être pur et désincarné , entouré d'atomes brillants comme de microscopiques éclats de diamant, accompagné, peut-être, par le tintement d'une cloche , ou par quelques notes claires de flûte dans le lointain- et disparaît.

La veille, au matin, ma mère était encore une femme au foyer-qui, depuis vingt ans, maintenait notre maison dans un état de propreté et de stérilité qui aurait pu rivaliser avec l'esprit de l'hiver lui-même. alors, peut-être a-t-elle tout simplement fini par s'épousseter elle-même, en un nuage lumineux qui s'est envolé par la fenêtre de la chambre, un nuage fait d'une poudre douce comme le talc , qui s'est mélangé avec les flocons qui tombaient, avec la poussière céleste et les cendres lunaires qui flottaient au loi
n
"

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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 18:04

CHINE

Panda sex

Editions Au diable Vauvert, 2009

Mian Mian est devenue avec Les bonbons chinois l'icône de l'underground shanghaienne. Voici son deuxième opus qui livre un montage de conversations de "jeunes branchés" de la nuit à Shanghai. Un acteur film les conversations...et des couples, deux soeurs, un sponsor et une actrice livrent leur conception de l'amour et leur mélancolie. Deux enterrements, une idylle gâchée et beaucoup de mélancolie...

Pas vraiment d'intrigues mais plutôt un collage de conversations sur le mode expérimental pour dégager un état d'esprit de toute une génération.

A part la révélation de la fin, il faut dire que je n'ai pas du tout accroché. Le titre illustre le virus de l'amour aujourd'hui qui, comme le panda, ne consiste à faire l'amour que deux fois par an ! Le thème est intéressant mais Mian Mian n'en tire pas partie !

La jalousie est évoquée, la mort comme conséquence également. Mais de là à évoquer les Liaisons dangereuses d'aujourd'hui, il ne faut pas abuser !

Mian Mian innove certes dans la forme (quoique) mais faire de la forme en soi n'est pas le but de la littérature. Faire de l'expérimental sans fouiller ses personnages ne conduit à rien.

C'est peut-être sévère mais je préfère continuer à découvrir les autres écrivains chinois d'aujourd'hui comme Mo Yan ou Yu Hua.

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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 16:47

ETATS-UNIS

Ici et maintenant

Editions Joelle Losfeld, 2009

Voici un curieux roman (c'est le premier roman de Robert Cohen traduit en France) entre tradition et modernité. Nous voici plongé à New-York dans la communauté hassidique, c'est à dire chez les Juifs orthodoxes qui suivent scrupuleusement les interdits et pratiques religieuses et s'habillent en costume traditionnel.

Nous découvrons cette communauté à travers un quadragénaire paumé, Samuel Karmish, aussi bien dans l'impasse professionnelle qu'affective.  Sa rencontre avec un couple de juifs hassidiques va tenter de lui ouvrir les yeux....Lui, le Juif "à moitié" du côté de son père, qui ne connaît rien aux traditions...

Ne vous attendez pas à un roman révélation où un gars complètement paumé trouve le salut grâce à la religion. C'est beaucoup plus nuancé que cela. Que l'on appartiennent aux "bobos" new-yorkais ou à la communauté hassidique, on est de toute façon paumé.

Il faut dire que les hassids décrits ne sont pas vraiment ce qu'on peut appeler des clichés ! L'homme est un ancien babacool et la femme, Magda, ne cherche qu'une chose : coucher avec Samuel pour faire un enfant car son mari est stérile....Pas vraiment l'image que l'on se fait du juif orthodoxe !

Si bien que ce roman est très moderne ; il montre une fois de plus le malaise contemporain dans les grandes villes, l'impasse affective mais tout en faisant le parallèle avec les communautés suivant la tradition, ce qui évite tout manichéisme.

Car, de solution, il n'y en a pas : pas de porte de sortie mi de happy end ; juste une réflexion sur sa propre identité et un essai de "rédemption".

Tous les personnages oscillent vraiment entre burlesque et tragique. Car, chacun à leur manière, maladroitement, ils tentent de trouver un sens à leur vie.

Un roman à la fois philosophique, d'une gravité extrème  et très drôle : on ne compte plus les scènes désopilantes comme lorsque Samuel fait le tour de New-York pour préparer un repas casher, qu'il s'évanouit devant une circoncision ou encore qu'il a une érection en pleine séance de bain rituel....

Le Club des policiers yiddish

En ce moment, la ittérature juive-américaine à le vent en poupe : je vais quant à moi découvrir le nouvel opus de Michael Chabon, Le club des policiers yiddish : mélange d'uchronie, de polar et de satire politique....quand l'Etat Juif s'installe en Alaska !

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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 22:37

ETATS-UNIS
NATIONAL BOOK AWARD 2007

Arbre de fumée

Editions Christian Bourgois, 2008

Voici un livre somme de 700 pages sur les guerre du Vietnam et ses conséquences de 1962à 1983. Sur une vingtaine d'années, nous suivons l'itinéraire d'une douzaine de personnages, soldats américains, colonels et jeunes soldats, une infirmière humanitaire et quelques vietnamiens, ennemis ou alliés des Etats-Unis.

Arbre de fumée n'est pas un roman de guerre classique. Rien à voir avec A l'ouest rien de nouveau qui montre continuellement les soldats au front. Très peu de bataille, très peu d'action. Mais beaucoup d'attente ; nous sommes entre le roman d'aventures, le roman psychologique et le roman d'espionnage.

Les deux personnages principaux, Skip Sands et son oncle colonel, appartiennent aux services secrets américains aux Philippines puis ensuite au Vietman. Mais le colonel joue cavalier seul et se met à critiquer dans un rapport secret les agissements des services secrets américains. L'idéalisme américain du début, à savoir lutter contre le communisme, en prend un sacré coup....Espionnage contre contre-espionnage, double jeux des vietnamiens....L'horizon se brouille et le lecteur tâtonne dans cet arbre de fumée (une citation biblique) qui désigne aussi le champignon atomique.

Les hommes immergés dans la jungle attendent...vont voir les prostituées et philosophent. Si bien que Skip Sands est relégué dans un petit village pour collecter les contes et légendes locaux et à traduire Cioran et Artaud. Un curieux personnage que ce Skip.

Car la qualité du roman réside d'abord dans l'épaisseur psychologique des personnages, à leur mystère non dévoilé. La palme revient au colonel Sands dont le lecteur ne saura jamais toutes les causes de ses actions. Il devient à la fin une légende morte ou vivante, on ne sait.

On appréciera des personnages bien campés, aux motivations diverses. Les vrais guerriers, les jeunes américains désoeuvrés qui quittent leur patrie pour évacuer leur violence intérieure, les "bonnes âmes", les vietnamiens voulant quitter leur pays pour une vie meilleure aux Etats-Unis.

Pour appécier ce roman aux qualités certaines, je pense qu'il faut d'abord être vraiment intéressé par le sujet. Certes, il n'y a pas de batailes à tout bout de champ mais les tenants et les aboutissants de l'espionnage sont parfois difficiles à suivre.

Le style d'écriture est très prosaïque, va à l'essentiel, les discussions sont souvent anodines ce qui fait ressortir les épisodes philosophiques. L'atmosphère gluante de la jungle ne fait que ressortir davantage l'enlisement des Etats-Unis.

Je retiendrais de ce roman le mystère des personnages.


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