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  • : Passion des livres
  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 11:12

MEXIQUE

El ultimo lector

Editions Zulma, 2009

Il s'agit de la première traduction en français de ce jeune auteur mexicain, qui vient de recevoir de nombreux prix pour ce titre.
J'ai été attirée, vous comprendrez pourquoi, par l' histoire de Lucio,  ce bibliothécaire perdu dans un village du Mexique, ce bibliothécaire sans public qui passe sa journée à lire les livres et à envoyer en enfer (comprenez la cave remplie de cafards) les ouvrages qui ne valent pas la peine.

Tout change le jour où son fils, Remigio, découvre dans le fonds de son puit, une petite fille assassinée. Que faire du cadavre sans éveiller les soupçons ? Son père, nourri de fictions en tout genre, reconnaît en la petite fille, Babette, un personnage d'un roman qu'il affectionne particulièrement. Comme ce personnage, il recommande à son fils de l'enterrer sous son avocatier.

Bientôt, Lucio, l'homme des livres, aide à résoudre l'enquête ; car la fiction est si réelle qu'elle influence le cours des choses...d'autant plus que la mère de la petite fille morte est aussi passionnée par le Roman de Babette.

David Toscana se veut l'héritier de ces écrivains latino-américains de génie qui ont inventé le réalisme magique entremêlant imaginaire et réel avec brio et truculence. Il y a de très bonnes idées, de très beaux passages, mais malheureusement, le souffle n'y est pas. Les personnages sont très attachants mais il manque un je ne sais quoi qui pourrait rendre l'intrigue palpitante.

On retiendra le très beau passage où Remigio, amoureux de la petite fille, s'éprend de ses avocats et les invite dans son lit, pensant qu'il s'agit de la descendance de Babette. Où encore Lucio qui souhaite retrouver Herlinda, sa femme morte, dans les romans, mais en vain, car personne ne parle de sa peau si douce. Il est alors obligé de découper des mots pour faire des phrases et refaire vivre Herlinda artificiellement, tels que la littérature n'a jamais pu la décrire...

Finalement, fiction et réalité s'interpénètrent : les passages de fiction sont introduits sans italiques ni guillemets ; tantôt, la fiction est supérieure au réel car l'Histoire raconte ce qui a été tandis que la fiction raconte ce qui est, éternellement....

On retiendra donc de très belles descriptions frôlant avec le fantastique. Mais l'emballement à l'intrigue et l'attachement au personnage n'y est pas. Pour une passionnée de littérature latino-américaine, je suis déçue.

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13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 09:35

JAPON -1905

Je suis un chat

Editions Gallimard-Unesco, "Connaissance de l'Orient"

Natsume Sôseki (1867-1916) est le premier grand auteur japonais moderne. Né sous l'ère Meiji, qui a vu le Japon s'ouvrir au monde occidental, il a basé toute son oeuvre sur cette crise de la culture japonaise traditionnelle. Formé aux lettres classiques chinoises et au haïku, il fait ensuite des études en Angleterre puis devient professeur d'anglais au Japon. Très influencé par les auteurs anglais tels Swift et Sterne, il livre ici un chef d'oeuvre humoristique qui fait dire à Jean Cholley, traducteur et préfacier , que ce titre "suffit amplement à démentir l'opinion si répandue selon laquelle les Japonais manquent d'humour". Voici donc l'un des grands classiques de la littérature japonaise.

Le narrateur est donc un chat, celui justement d'un professeur d'anglais pas très bien dans sa peau, qui va observer cette société malade de l'ère Meiji : dans la maison de son maître, qui déprime et qui a des aigreurs d'estomac, défilent toutes sortes d'intellectuels qui méditent sur le sens de la vie : alors que l'un s'évertue à faire sa thèse sur les suicides par pendaison et les yeux des grenouilles, l'autre s'amuse à jouer avec les mots et coutumes européens qui personne connaît. Il y a aussi l'apôtre du renoncement, le moine zen, qui souhaite prêcher le renoncement au maître des lieux.

Toute cette classe d'intellectuels désoeuvrée doit désormais subir la concurrence des matérialistes assoifés de richesse, commre le voisin, qui représentent la nouvelle classe en vue du Japon.

Je suis un chat parle à la fois de mariage, de thèse sur la vision des grenouilles, de base-ball, d'aigreurs à l'estomac et de philosophie zen ! Cette oeuvre a en fait été publiée sous forme de  feuilleton entre 1905 et 1906 ; ce qui explique cette forme si originale de chapitres sous forme de petites saynètes, de tableaux de genre, qui raconte un épisode ou une journée dans la vie du professeur d'anglais.

Entre deux incartades du chat (qui attrape des souris, qui devient amoureux, qui sympathise avec le chat du voisin), notre narrateur animal se gausse de ces curieux humains qui s'entre-déchirent entre voisins, se chamaillent entre couples, racontent des histoires à n'en plus finir et font des poèmes sans queue ni tête. Quant au chat, il s'enorgueillit d'être le seul chat pensent sur terre jusqu'au jour où il découvre q'avant lui, il y a eu le Chat Murr d'Hoffmann !

A travers le portrait du maître fait par le chat, Söseki nous délivre son propre autoportrait d'intellectuel déprimé, déstabilisé par la nouvelle ère Meiji qui fait de l'industriel et du marchand les nouveaux membres de l'élite du pays. D'où cette scène mémorable de la demande en mariage de la fille du marchand par le jeune thésard, qui donne lui à l'espionnage entre voisins !
Le maître est un professeur déprimé, inactif, qui passe sa vie à dormir et à avoir des aigreurs d'estomac et à se plaindre de son destin de professeur. Dépressif et colérique, il s'en prend à sa femme et surtout à ses élèves qui lui lancent les balles de base-ball par sa fenêtre !

Seul recours : la philosophie zen, un retour aux sources. Face au matérialisme et à l'individualisme triomphant, une seule solution : le renoncement.

Ce chef d'oeuvre d'humour est un chef d'oeuvre d'humour noir ; sans vous dévoiler précisément la fin, le roman satirique et burlesque se clôt sur une mise en garde apocalyptique : avec l'individualisme triomphant, on prédit la fin de l'art, du mariage et l'insatisfaction générale ;
la mort semble être le seul moyen pour parvenir à la paix...

Chef d'oeuvre satirique mais méditation très sombre sur une civilisation malade...

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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 22:18

HONGRIE- 1928

Le premier amour

Editions Albin Michel, 2008

Je viens de découvrir Sandor Marai, l'écrivain hongrois (1900-1989) le plus connu du vingtième siècle. Fervent opposant à la Hongrie nazie puis communiste, il s'exila aux Etats-Unis en 1948. Son oeuvre censurée pendant la période communiste est traduite par les éditions Albin Michel depuis une dizaine d'années. En fin psychologue, il sonde l'âme humaine et en particulier ses désillusions amoureuses au sein d'un milieu petit bourgeois.

Il est considéré aujourd'hui comme un classique de la littérature de l'Europe centrale au même titre que Stefan Zweig ou Arthur Schnitzler.

Son premier roman, Le premier amour, est un chef d'oeuvre de portrait psychologique et une description minutieuse de la solitude d'un homme sombrant dans la psychose.Chaque ligne respire le malaise d'un homme perdu dans le troupeau de la société.

Il s'agit d'un monologue sous forme d'un journal intime d'un professeur de latin d'une cinquantaine d'année atteint de la "maladie de la solitude" qui fait qu'un homme s'éloigne de ses semblables et inversement. Son semblable, qu'il rencontre dans une station thermale, lui fait prendre conscience de son mal et lui déclare qu'il ne peut guérir que par l'amour ou la religion.

A son retour, il éprouve un premier amour ravageur en la personne d'une jeune élève ; il prend peu à peu conscience de ses sentiments et éprouve une haine sans précédent envers le petit ami de la jeune fille, également son élève.

Description magistrale de la naissance d'une psychose. On sent l'influence de Freud dans cette Europe Centrale des années 30...

Dans une écriture très épurée qui retranscrit remarquablement tous les émois d'un homme névrosé, Marai réalise un chef d'oeuvre. Il décrit la vie quotidienne d'un vieux célibataire engoncé dans ses habitudes, entre une vieille gouvernante et son canari ; le quotidien est tout d'un coup bouleversé par une passion inattendue.
Le professeur s'interroge d'abord sur "sa crise de la cinquantaine". Puis le bouleversement arrive ; il ne comprend pas pourquoi il voue une haine inexpliquée envers un élève brillant. Auparavant, il découvre la nouveauté d'une classe mixte et les habitudes de la gentes féminine ; on sent à travers les lignes la maladresse, les hésitations d'une homme qui ne saisit pas la nature de ses sentiments.
Puis le tempo s'accèlère : il comprend enfin que la jeune fille est l'objet de sa passion et n'a plus qu'un objectif : anéantir Madar, le jeune homme.
Confrontation géniale entre un jeune homme pauvre prêt à tout pour obtenir son examen et sa bourse et un vieil homme névrosé préparant sa chute. La fin est sublime...Un roman psychologique de premier plan qui autopsie la solitude et ses ravages.

"Ceux qui sont en bonne santé le sentent et nous fuient. Ces choses-là surgissent sans même qu'on s'en rende compte. La maladie, le doute ou la solitude. Et cette pudeur. Elle est très forte en moi ; si forte que je ne parlerais volontiers que d'elle. J'aimerais tout expliquer, tout mettre au clair : qu'est-ce qui s'est passé ? D'où cela vient-il ? Pourquoi ? Peut-être, si j'arrivais à me justifier, me pardonneraient-ils, les membres de cette autre société : les gens beaux, jeunes, en bonne santé ? Finalement, ils sont les seuls à avoir raison. Il y a en nous quelque chose d'infectieux. Ce n'est ni le larynx, ni le doute : c'est la solitude qui est contagieuse. Les personnes belles et saines s'en défendent, à leur manière. Vous voyez ? C'est là que réside le plus grand secret : la façon dont quelqu'un s'abîme et reste seul. Il parle dans le vide, on n'entend pas sa voix. On ne le comprend pas. Il prend les mêmes chemins que les autres...mais il n'arrive nulle part. Il marche toujours en rond, toujours autour de lui-même. "

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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 15:33

 IRAN -1997
 RECUEIL DE NOUVELLES 



 Editions Zulma, 2009

Je continue la découverte de cette "ethnologue du quotidien" que j'avais découverte avec Un jour avant Pâques ; dans ce recueil de nouvelles, elle se focalise sur les relations hommes-femmes, les relations conflictuelles dans le couple. Mais attention ; comme à son habitude, elle ne cherche pas à dénoncer la condition féminine en Iran. Ces nouvelles sont universelles.

Bien plus, les femmes ne sont pas épargnées ! Il y a la mère abusive ou la femme fantasque qui rêve de partir en Amérique. Pour l'homme, finies les parties de pêche tranquilles au son de l'harmonica !

L'objet est donc d'observer au microscope ces relations souvent conflictuelles hommes-femmes dans un cycle de vie assez long ; dans une nouvelle, chaque paragraphe correspond souvent à un instantané, un épisode dans une vie. Puis on passe à une ou plusieurs années plus tard. Une belle façon de suggérer l'écoulement du temps et la mélancolie...

Dans un couple, il peut y avoir une crise parce que la femme ne fait pas assez bien le ménage....mais aussi parce qu'elle n'est pas assez femme d'intérieur. La nouvelle L'appartement met justement en scène deux femmes très différentes, l'une femme au foyer à qui son mari reproche de faire trop de broderies et l'autre qui est trop négligée. Lorsque la première vend son appartement, la visiteuse ne se doute pas de la cause qui la pousse à vendre. Cruelle ironie du sort de deux femmes en crise...

Zoyâ Pirzad a le talent de donner des "emblèmes" à ses histoires, ces petits éléments du quotidiens qui résument à eux tout seul le thème de la nouvelle : Le Père-Lachaise représente le côté artiste, bohème du mari, l'harmonica, la ville tranquille de l'homme célibataire;  Quant aux kakis, c'est l'héritage du père, de la maison familiale qu'il faut continuer à entretenir malgré les années qui passent...

Des fragments de vie faits de rupture, de conflits et de réflexion sur le temps qui passe. Très subtil.

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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 15:15

DE GUILLAUME GUERAUD



Editions du Rouergue "Do Ado Noir", 2008

Voici le troisième opus de Guillaume Guéraud dans la collection "Do Ado Noir". Après avoir traité d'un adolescent tueur dans Je mourrai pas gibier et fait un remake de Fahrenheit 451 parlant non de la disparition des livres mais des films dans La brigade de l'oeil, il traite d'un récit où un adolescent est confronté à la violence chez lui.

Clément est le fils d'une avocate. Alors qu'il rentre un soir chez lui, il découvre un intrus qui est en train de tout saccager. Il s'en prend à lui...

Ce récit est d'une violence indéniable, certains reprocheront les détails gratuits (l'adolescent qui se masturbe). Mais Guéraud évite tout manichéisme : il fait de l'agresseur une victime folle de chagrin qui n'hésite pas à retourner la violence contre lui.

L'auteur se garde bien de proposer des solutions mais il aborde la question de la défense des inculpés par les avocats. Il aborde les questionnements et les peurs de l'adolescent mais là encore, le récit reste ouvert.

A aborder au CDI pour un débat sur la violence...

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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 22:06

Rentrée littéraire 2009



Editions Arléa

Je vous présente en exclusivité le nouveau roman de Marie Sizun. Nous avons eu la chance de la recevoir à la médiathèque de Noisy-Le-Grand. Pour nous remercier, elle vient de nous envoyer un spécimen de son dernier roman, Eclats d'enfance, qui va paraître le 3 septembre prochain.

Toujours cette écriture si juste et épurée qui fait sa force et son thème de prédilection, l'enfance. Mais, par rapport aux autres romans, on sent l'influence très nette de l'autobiographie. Pour la première fois, l'auteur dit "je". C'est le "Je" d'aujourd'hui, qui tente de retrouver ses souvenirs d'enfance. Mais dans le passé, l'enfant devient "la petite" et son entourage "le père" et "la mère".

Il faut tenir à distance coûte que coûte ce secret familial, jamais expliqué, seulement suggéré, dans cet "immeuble aux briques rouges".

Alors, plutôt que de rentrer dans cet immeuble en brique rouge qui abrite le secret familial, elle va concevoir son récit d'enfance comme un carnet de voyage dans le 20e arrondissement, contourner cet immeuble aux briques rouges : fuyant le récit chronologique, elle va concevoir chaque chapitre comme un éclat d'enfance qui remonte à la surface grâce à un nom de rue, un cinéma, un square, une station de métro. Elle va saisir des petits morceaux de vie comme de petits papillons épinglés pour faire ressurgir les sensations de l'enfance.

 

Refusant le sentimentalisme, prônant la distanciation, elle conçoit ses personnages comme des ombres, des esquisses fuyantes que l'on ne fait qu'apercevoir.

 

Chaque rue, chaque carrefour, chaque square est vue à travers la vue, l'odorat, l'ouie de l'enfant.

 

Ainsi, dans cette belle promenade d'enfance, le mystère des êtres reste entier. Bien sûr, nous devinons des choses (un petit frère pas tout à fait comme les autres, une mère fragile), mais l'itinéraire parisien contourne habilement la "chambre du secret".

Un récit sous forme de fragments, d'éclats qui figure une mémoire séquentielle surgissant grâce à une promenade dans les rues de Paris. On appréciera les détails figurant le Paris d'autrefois comme la description des vieux métiers comme le grainetier ou le rémouleur.

Quelques extraits :

" "Qu'est ce qu'un enfance ? Ce temps étrange, marginal, secret, infiniment personnel, inconnu des parents, ce temps où l'on devient soi, où l'on se met à voir, à entendre, à penser. Envie de raconter cela. De retrouver cela. C'était le tracé des rues qui me le racontait, cette histoire. Qui m'aidait à me la raconter, qui en était le support. Le fil d'ariane.

C'était comme si, au hasard des rues, rue Haxo, rue de Borrégo, rue du Télégraphue, je retrouvais, papillons posés ici et là, prêts à s'envoler, des éclats de l'enfance perdue, dispersée, oubliée. De petits morceaux de vie. Comme si je surprenais, épinglé là, puis là, ce qui peut être, autrefois, m'avait échappé.

"Pourtant, mais cela, c'est un cadeau du temps et de l'âge, chaque fois que j'entends ou que je lis le joli nom de la station Porte-des-Lilas, ce n'est pas à l'odeur du métro que je pense, si prestigieuse fût-elle pour l'enfant, mais à une branche de fleurs fraîches qui m'aurait laissé dans la mémoire comme un parfum mauve

...Alors, les tendres et cruels fantômes de l'immeuble de briques rouges, j'ai simplement eu envie de les prendre dans mes bras, de les rassurer, de les réchauffer, de leur redonner vie. Une autre vie.
Leurs secrets, leurs mystères, les les garderaient, je les respecterais; Mais j'écrirais leur histoire, une histoire plus vraie que la vraie vie, que leur vraie vie, que la mienne. Une histoire qui dirait ce que nous n'avions pas su dire. "

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 15:41

POLAR AMERICAIN

Bitterroot

Editions Rivages, 2007

Nous avons beaucoup entendu parlé de James Lee Burke, il y a quelques mois avec la sortie de l'adaptation au cinéma de son roman Dans la brume électriqueréalisé par Bertrand Tavernier. Il faut savoir que James Lee Burke est l'un des grands classiques contemporains du roman noir avec notamment Georges Pelecanos ou encore Dennis Lehane.

Sa patte : une description très poétique et lyrique de l'Ouest américain et de la Louisiane, un refus de l'intrigue manichéiste et des personnages hantés par le mal et la vengeance.

 

Deux personnages favoris, des flics rongés par la culpabilité, David Robicheaax et Billy Bob Holland, un ex texas ranger, devenu avocat après avoir tué accidentellement son coéquipier. Depuis, son fantôme le poursuit, donnant une petite teinte fantastique à ses romans.

Alors que Dans la brume électriquese déroule dans les bayous (marécages) de Louisiane, ce roman a pour cadre la Bitterroot Valley, paysages magnifiques du Montana, au nord-ouest des Usa, à la frontière canadienne : éden forestier, paradis de la chasse et de la pêche, paysages grandioses de vallées et de canyons sur fonds de massifs montagneux. L'auteur exalte cette nature préservée avec une écriture souvent très poétique...mais l'éden n'est que naturel : il décrit une faune humaine tourmentée, hantée par la culpabilité et la vengeance : les personnages, s'ils sont tous marqués par le sceau du mal, brillent par leur épaisseur et leur originalité ; le mal prend différents visages : la jeune indienne ivre de vengeance après l'enlèvement de son petit frère, un écologiste fanatique vétéran du Vietnam, un mafieux, un écrivain alcoolique, une "pédale" qui sert de souffre-douleur à des gangsters pédophiles...

Dans le roman de James Lee Burke, l'intrigue est minimale : Billy Bob Holland enquête (à sa manière !) sur le viol de la fille de son ami, le Docteur Voss, fervent défenseur de l'environnement, défendant l'intégrité de la Bitterroot Valley contre l'extraction minière menée par le gangster.

Le point de départ de l'intrigue n'est qu'un prétexte à lever le rideau sur une galerie de personnages certes pourris mais pourtant profondément humains. James Lee Burke n'écrit pas à proprement parlé un roman noir qui dénonce les tares d'une société.
Ce qui l'intéresse, ce sont les conséquences du mal sur la psychologie des personnages, ces formidables bêtes humaines. Un coup de coeur pour Wyatt Dixon, ce clown tragique des rodéos et Terry  Whintespoon, petite pédale soumise qui finira par se révolter sur le tard.

L'auteur alterne les passages d'introspection où les personnages sont rongés par leur culpabilité et leurs doutes et les passages de dialogue souvent hilarants.

Je compte bien lire d'autres titres !

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Published by Sylvie - dans Romans policiers
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18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 22:09

Editions Verticales, 2008

Corniche Kennedy

Un récit original d'une écrivain encore très confidentielle, se déroulant dans un quartier mal famé de Marseille, sur la Corniche Kennedy, où une bande de jeunes fait les 400 coups et s'amuse à plonger du haut de la corniche dans la mer azur. Au programme : bronzage, drague et défis entre copains. un décors unique : la grande bleue irisée par le soleil.

Ne vous imaginez pas un roman de terroir méridional ! Au contraire, ce roman, très contemporain dans sa construction, est avant tout une ode à la jeunesse et à la liberté ainsi qu'une parodie de polar. En effet, toute cette jeunesse est observée par un policier, Sylvestre Opéra, chargé de la sécurité du littoral. Anti-héros, il observe avec ses jumelles cette petite bande joyeuse, avide de sensations fortes.

Le quotidien de ces jeunes intrépides va être bouleversé par l'arrivée de Suzanne, une "jeune bourge" du littoral, arrivée sur la corniche pour piquer un portable et que les jeunes garnements vont pousser à sauter du haut de la corniche pour se venger...

Ode à la jeunesse et parodie des méthodes policières, ce roman présente quelques similitudes avec Passage à l'ennemie de Lydie Salvayre. On rit de ce policier sympathique et maladroit, rétrogradé pour avoir bastonné quelqu'un et ne pouvant pas se remettre de la disparition d'une prostituée dont il était tombé amoureux.

Finalement, l'intrigue est très minimaliste ; mais, ce qui compte, c'est la description de scènes de genre (la drague, les plongeons, la course-poursuite) très cinématographiques, écrites dans un langage à la fois très précieux et très réaliste, qui épouse le langage des jeunes. La narration est électrique, les phrases très saccadées ; les dialogues sont peu nombreux et l'auteur préfère intégrer les conversations des jeunes dans son discours. Tout cela donne une langue très riche mélangeant un vocabulaire recherché à des expressions de "jeuns" telles que Elle est ouf...La description du paysage joue sur les contrastes entre le bleu de la mer et la lumière du soleil ; on appréciera des métaphores et comparaisons très originales telles la bave du baiser, devenant une cascade fluorescente.

Une plume originale à découvrir.

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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 22:51

ETATS-UNIS

Le ver dans la pomme

Editions Joëlle Losfeld, 2008

Il y a deux ans, j'avais découvert John Cheever avec le magnifique recueil Insomnies, nouvelles qui examinaient à la loupe le malaise de la middle class américaine.

Dans ce recueil, le personnage central est toujours l'américain moyen un peu raté qui rêvait d'une vie meilleure mais qui finalement se contente de ce qu'il a. Mais le ton est plus monocorde ; moins de cruauté et d'humour et finalement une insistance sur la résignation de l'anti-héros.

Cette fois-ci, l'américain s'expatrie, ce qui nous vaut de superbes descriptions de l'Italie. Mais, là encore, il manque quelque chose, ce petit rien qui fait que l'on peut être heureux : parce que l'on ne maîtrise pas bien la langue, parce que l'on imagine le rêve américain que l'on n'a jamais vu, on souhaite revenir au bercail...

Cheever insiste sur les ambitions déçues des hommes ce qui nous offre de belles pages ironiques : citons ce scénariste de séries télé qui se rêve poète sur les rivages italiens et qui est acclamé par les italiens parce qu'il est scénariste ! Ou encore ce poète qui rêve d'obtenir le Prix Nobel est qui culpabilise alors qu'il se met à écrire des poèmes grivois.

Finalement, ces nouvelles regorgent de portraits d'hommes qui vivent leur petite vie bien modeste, avec parfois une douce résignation. Citons ce couple d'arrivistes qui finalement terminent comme domestiques dans les demeures bourgeoises. Le ton est doucereux, gentiment résigné.

Il se fait rarement cruel ; citons un modèle du genre, la nouvelle éponyme du titre du recueil raconté par un oeil extérieur envieux qui cherche le ver dans la pomme au sein d'une famille très heureuse. Mais le ver est en fait cet oeil scrutateur jaloux qui rêve que ce bonheur s'effrite...

Règne dans ces nouvelles une certaine langueur : Cheever peint l'âme sur une rivière à peine nostalgique ; quelques sursauts de regrets, mais la vague est déjà bien calme...

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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 11:49

PREMIER ROMAN

Confidences à Allah

Editions Léo Scheer, 2008

Sur le thème du discours de la parole de la femme musulmane libérée, nous avions découvert l'an dernier le magnifique Prix Goncourt, Syngué Sabour  d'Atiq Rahimi. . Une femme dont le mari se meurt et qui confie toute sa haine et son désespoir à son mari dans le coma.

Dans ce premier roman très poignant, d'une rare violence, Saphia Azzedine s'adresse directement à Allah : pas directement pour prier mais pour lui raconter sa vie de pécheresse (Haram, le péché, revient constamment dans le discours) : jeune bergère dans les montagnes du Maghreb, enceinte et rejetée par ses parents, elle se réfugie en ville et devient prostituée de luxe avant de devenir ....femme d'imam.

Si l'on regrette des raccourcis trop artificiels (la jeune prostituée qui sort de prison devient bien vite femme d'imam !), on appréciera surtout le rapport intéressant à Allah et la conception originale de la religion. La narratrice se refuse à culpabiliser Allah comme elle le dit, en rejetant tout Inch'Allah, si Dieu le veut. Car tout ce qui nous arrive, c'est nous qui le voulons et qui devons l'assumer. Vibrant appel à la responsabilité humaine, la narratrice assume ses choix, son pêché. Si elle s'adresse à Allah, c'est parce qu'elle l'aime tout simplement.

Un roman qui donne à la religion une teinte très subtile.

Certains lecteurs pourront être choqués par une langage très âpre et violent, qui fait la part belle au sexe et aux sécrétions de tout genre : prisse, merde, sperme. La narratrice ne se refuse aucun interdit et les assume.

Original et percutant.

" Pardon, Allah, de T'avoir pris à partie tout à l'heure. Je ne veux pas être comme ces gens qui aiment Te culbaliliser. Les hommes n'arrêtent pas de le faire. Au lieu de se bouger, ils attendent que Tu te boiuges, toi. ...Je sais que c'est un mot magnifique Inch'Allah. C'est comme le petit espoir en plus qui fait que tout devient possible, comme un petit coup de pied aux fesses qui me réveille quand le perds espoir, comme si Allah me disait "Je n'ai pas encore pris Ma décision, alors lève-toi et tu verras". Je sais que la décisiion finale t'appartient, Allah, mais je me dois d'escalader tout en haut de la montagne même quand les nuages m'empêchent de voir le sommet. Les fainéants, eux, ils prennent Inch'Allah à la lettre parce que ça les arrange trop de dire que c'est à Toi de décider. Que si ça merde,  c'est parce qu'Allah ne voulait pas que ça arrive. Que c'est la volonté d'Allah. C'est sur que le cul vissé sur un matelas, rien n'arrive, père !

...Je déteste la culpabilité et encore plus celle qu'on t'impose sous couvert de Toi le Glorieux, Toi le Miséricordieux, Toi le Grand. Jamais je ne te culpabiliserai, allah, jamais. Moi je t'aime et pas parce que je te crains. Parce que je t'aime, un point c'est tout. Sinon, ce n'est pas de l'amour, c'est un contrat. Moi, je t'aime. Je ne sais pas si je te crains. Je ne sais pas si c'est vraiment important au fond. L'amour c'est mieux. Tu ne m'a jamais abandonnée. Ou un peu. Mais c'était pour que je trouve mon chemin toute seule. Je vais le chercher comme une grande"

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