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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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9 août 2009 7 09 /08 /août /2009 21:52

RECIT DE VOYAGE

L'usage du monde

Editions Payot , "Voyageurs", 1963

Le récit mythique de Nicolas Bouvier, son ouvrage le plus connu, qui relate son voyage avec le peintre Thierry Vernet, à bord d'une vieille Fiat, de la Serbie jusqu'à l'Inde, en passant par la Turquie, l'Iran, le Pakistan et l'Afghanistan (1953-1954). Un périple en Asie Centrale sur les traces de la Route de la Soie. Récit aujourd'hui considéré comme le grand classique de la littérature de voyage francophone.

Quel beau titre ! Ce récit est une leçon de vie, l'usage de la vie au quotidien : un voyage fait d'aventures et de rencontres ; le voyage vu comme passeport pour l'humain : chaque étape permet à Bouvier de croquer des portraits inoubliables, de saisir comme il le dit les "miettes" du voyage pour les rendre éternelles : avec lui, nous faisons la connaissance des musiciens serbes dans la Yougoslavie communiste, des tziganes macédoniens, des instituteurs kémalistes turcs. Puis, c'est la traversée de l'Asie centrale : dans l'Azerbaïdjan iranienne, découverte de la mythique ville de Tabriz, sous l'hiver glacial et l'accueil chaleureux de la communauté arménienne. L'iran et ses villes mythiques, Chiraz, Téhéran, Persépolis, Ispahan .¨...et sa mosaïque d'ethnies : les kurdes, les baloutchs...

Puis c'est la traversée des no man's land du désert du Lout, désert iranien inhabité à la frontière du Pakistan et de l'Afghanistan.
La vieille voiture fait des siennes. Il faut compter sur l'aide des bédouins qui vous offrent du thé dans les célèbres tchaïckanes, les maisons de thé iraniennes.

Passage de frontières irréelles, aux douaniers endormis aux vapeurs du samovar et du narguilé ; rencontre avec les fiers afghans, dont le territoire n'a jamais été conquis par les occidentaux ; c'est de là que Bouvier partira  pour l'Inde en franchissant les montagnes de l'Hindou Kouch et le Khyber Pass en compagnie des routiers afghans, dans un climat très hostile.


Aventures, rencontres et philosophie du voyage au coeur de ce récit, qui laisse aux lecteurs des souvenirs de scènes cocasses ou de beaux portraits.

Les déambulations de deux occidentaux dans une décharge du désert iranien pour retrouver le manuscrit de Bouvier. La peinture d'une fresque coquine par Thierry Vernet pour tenter d'amadouer le douanier. Ou encore l'aventure cauchemardesque de la Fiat en panne dans le désert hostile du Lout, où la chaleur et les effluves de sel rendent le trajet impossible.

Une apologie de l'errance avec, comme moyen de subsistance, la plume de Bouvier et le pinceau de Vernet.

Des personnages inoubliables : les musiciens macédoniens que Bouvier enregistre, les grands mères arméniennes de Tabriz, les douaniers qui ont donné leurs armes, les gardiens de prison qui ouvrent grand les portes des cellules pour leurs deux invités occidentaux en passant par le gardien de Persépolis refusant qu'il y ait eu des Grecs au Ve siècle avant JC, les Iraniens qui recitent par coeur des poèmes dans les cafés, les grosses paysannes qui posent leurs gros sacs avant d'admirer l'expo de Vernet, les aventuriers anglais, tenanciers de bar dans un coin perdu du Pakistan et enfin les routiers afghans de l'extrême...

Un voyage au coeur de l'humain, érigé comme principe de rencontres ; au coeur de cette philosophie du voyage, il y a le don de soi, ce désir que le monde nous traverse pour que nous en recueillons les "miettes" éternelles.
Une réflexion intéressante qui met aussi en abîme l'écriture de voyage, mettant l'accent sur la difficulté de rendre palpables et vivants ces instants magiques....

" Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, qui vous défait"

"Finalement, ce qui constitue l'ossature de l'existence, ce n'est ni la famille, ni la carrière, ni ce que d'autres diront ou penserons de vous, mais quelques instants de cette nature, soulevés par une lévitation plus sereine encore que celle de l'amour, et que la vie nous distribue avec une parcimonie à la mesure de notre faible coeur"

"Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prêt ses couleurs. Puis se retire et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr"


Pour lire l'histoire de la genèse de L'usage du monde, lire l'article très intéressant paru dans Lire en 2004.

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2 août 2009 7 02 /08 /août /2009 19:16

POLICIER

Le serpent aux mille coupures

Editions Gallimard, Série Noire,2009

DOA est l'une des étoiles montantes (et confirmées) de la Série Noire avec Caryl Ferey. Avec Citoyens clandestins, il a obtenu le Grand Prix de Littérature Policière en 2007.
Alors que son précédent opus de 700 pages nous plongeait dans le monde de l'espionnage et des réseaux islamistes, DOA signe ici un court récit de 200 pages, mené tambour battant, à l'écriture très épurée.

Il n'y a qu'à lire la quatrième de couverture pour découvrir l'éclectisme du récit : un cépage AOC, la cocaïne et la mondialisation...Dans on blog, DOA affirme qu'il collecte des coupures de presse pour en faire des scénarios : un cocktail de faits divers et ça détonne...

Au menu, un village du Tarn et Garonne, un couple mixte qui subit le racisme des vieux paysans du coin, un motard fugitif, des trafiquants de cocaïne colombiens et napolitains, un tueur sanguinaire utilisant des "techniques" chinoises ancestrales, et des gendarmes et des flics qui n'y comprennent pas grand-chose...

Tout ce petit monde va se rencontrer grâce au pur hasard ; la mondialisation gouverne le monde, les trafiquants ouvrent de nouveaux marchés en Europe donc...tous ces mafieux peuvent bien se rencontrer par hasard dans un petit village à côté de Moissac.

Ce soir là, un vieux paysan du coin tient à faire la peau à Omar Petit, un paysan sénégalais qu'on accuse d'avoir volé les terres des autochtones. Mais en s'approchant de la ferme, il assiste à un scène très glauque : un motard tue par légitime défense les trois occupants d'une voiture immatriculée espagnole. A partir de là tout s'enchaîne : le motard se réfugie chez Omar Petit, les associés des hispaniques cherchent à lui régler son compte et le vieux paysan se barricade chez lui...

Si le début est un peu lent (on a du mal à croire à ce "croisement" entre communauté rurale et trafiquants colombiens), il faut reconnaître que l'intrigue est très bien ficelée ; même si le roman est court, DOA prend le temps de créer de beaux personnages ; la palme revient sans aucun doute au motard (on ne saura pas son nom, ni ce qu'il fait, ni d'où il vient). Le face à face final est d'une rare intensité.

L'écriture, efficace, nerveuse va à l'essentiel ; l'auteur privilégie l'action, donc peu de place au récit d'atmosphère et aux descriptions. Le scénario habile fait se court-circuiter globalisation et rejet de l'étranger, deux caractéristiques du monde contemporain. On n'est pas loin du style de Manchette : économie des moyens, dire toute la noirceur du monde avec peu d'artifices ; l'auteur évite tout moralisme ; le sang gicle chez tout le monde, le dénouement ne peut être que très noir.

Mais ne révélons pas la petite surprise de la fin et surtout la signification du titre énigmatique. Personnellement, c'est la première fois que j'ai été autant happée par un personnage (le motard, tueur à gages selon toute logique) qui reste une énigme tout au long du roman. ou comment se souvenir de l'insaisissable...Une belle apologie de la solitude et de la clandestinité.

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Published by Sylvie - dans Romans policiers
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31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 21:38

MANHUA (bande dessinée chinoise)

Orange

Editions Xiao Pan, 2006

Le manhua ( à ne pas confondre avec le manhwa en Corée)  se distingue de son cousin japonais non seulement par l'emploi de couleurs magnifiques mais surtout par des histoires souvent très intimistes.

Le plus célèbre auteur de manhuas en France est Benjamin, génie du dessin numérique et portraitiste d'une jeunesse désoeuvrée qui exprime son mal de vivre. A noter que ce titre a été refusé par son éditeur pendant trois ans parce que jugé trop déprimant.

Une silhouette d'homme, une chemise qui vole au vent, une magnifique vue d'une ville de building. Une fille qui le rejoint. Le crash d'une voiture. Six mois plus tôt : Une jeune fille en haut d'un toit. Une lettre à la main, elle s'apprête à se suicider...mais elle aperçoit un gars sur ce toit et une bouteille de vodka qui éclate à côté d'elle...De quoi la faire renoncer. Elle le suit jusqu'à chez lui, ivre,  il s'effondre, elle lui glisse sa lettre sur lui...



Le début d'une histoire hors norme entre une jeune fille mal dans sa peau et un gars écorché vif, dessinateur alcoolique. Mais l'épave pourrait bien lui être d'un grand secours...
La rencontre de deux mal aimés très intrigante.
La fin est à double tranchant : néant ou  retour de l'espoir et la force de vivre.

Les couleurs sont magnifiques : dégradé dominant de bleus et de violets parfois rehaussé par des touches jaunes orangées. Souvent, les visages sont en gros plans, où on contraire, nous avons une pleine page sur un panorama de ville ou une voiture qui se crache. Il alterne la netteté et le flou artistique comme par exemple une silhouette qui tombe, une bouteille qui se casse ou une chemise qui vole au vent.
Le texte est relativement court, constitué surtout du monologue de la jeune Orange qui exprime son dégoût. Puis le dialogue apparaît peu à peu.

A noter que chaque manhua de Benjamin s'accompagne à la fin d'un récit de l'auteur à la première personne : évocation de souvenirs, sorte de journal intime. On devine qu'il a sans doute bien connu Orange. On note aussi sa perpétuelle lutte entre dégoût et lutte pour la survie.

De très belles phrases d'un créateur :

"Je suis persuadé que, au fond des ténèbres, de sa main le dieu des artistes s'amuse de nous, nous donnant le talent mais pas la beauté. Nous acceptons de bon coeur les complications de l'existence, ce grand scénario"

A noter qu'il vient de réaliser le magnifique clip d'un chanteuse de R'n'B, Jena Lee.

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Published by Sylvie - dans Mangas
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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 19:31

Galerie des bibliothèques de Paris, du 3 juillet au 27 septembre



Une exposition très intéressante se tient en ce moment au coeur du marais : elle met en valeur une expérience unique dans le monde du manga, l'histoire du collectif Clamp, quatre femmes (à l'origine, 12 il y a 20 ans), qui se répartissent le travail sur les planches : la première écrit le scénario, l'autre s'occupe du story board (trame et dialogue), la troisième dessine et la dernière encre et retouche et s'occupe des effets visuels.

Une collaboration originale, un collectif 100% féminin qui est à l'origine d'une production très diversifiée allant du shojo (mangas pour filles) ou shonen (garçons) en passant par le seinen (adolescents et adultes). Une esthétique très variée allant du style "kawai" (mignon), ces fillettes angéliques aux grands yeux, à l'influence Art Nouveau et gothique dans l'une des séries en cours XXXHolic.

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Parmi leurs titres les plus connus Card Captor Sakura etTsubasa Reservoir Chronicle.





L'occasion de découvrir de magnifiques planches en couleur ainsi que des extraits d'anime et un documentaire sur leur travail. Avec en plus une exposition des produits dérivés, les célèbres goodies.

A savoir : CLAMP est le dixième auteur japonais le plus traduit dans le monde, écrivains compris ! 100 millions d'exemplaires vendus...

A découvrir pour comprendre les coulisses du monde des mangas.

Manga - Manhwa - XXX Holic vo Vol.14

J'apprécie tout particulièrement ces beaux dessins faisant penser à des estampes japonaises ou à des peintures Art Nouveau. Pour les détracteurs du dessin manga, reconnaissez que celui là est plutôt soigné !

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Published by Sylvie - dans Mangas
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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 18:40

...D'IRVIN D. YALOM



Etats-Unis

Galaade éditions, 2005

Titre pas très racoleur pour les vacances ! Détrompez-vous : derrière ce titre plutôt ténébreux, se cache une formidable leçon de vie ; une psychothérapie de groupe vécue en direct et en même temps une merveilleuse adaptation littéraire de la pensée d'un philosophe.

Irvin Yalom, comme dans Et Nietzsche a pleuré, mêle réalité et fiction : Julius, son double, un psychothérapeute réputé, apprend qu'il est atteint d'un cancer de la peau incurable ; gagné par le désespoir, il fait le bilan de sa vie, tente d'y trouver un sens et contacte l'un de ses "grands échecs", un certain Phiip Slate, un ancien obsédé sexuel qu'il n'était pas parvenu à guérir...et qui est devenu conseiller en philosophie souhaitant devenir psychothérapeute ! Mais il lui manque un appui officiel...Julius passe donc un marché avec lui : il accepte de devenir son tuteur si Philip accepte de suivre une thérapie de groupe...

On apprend au début de Philip s'est guéri grâce à la philosophie de Schopenhauer, le grand pessimiste, qui a vu la vie comme un succession de désirs et  de volontés inassouvis ; face à cet attachement, une solution : le détachement et la solitude, le dédain des hommes surnommés les "bipèdes" pour ce recentrer sur soi et le contact avec les grands penseurs...Or, pour devenir psychothérapeute, il faut réapprendre le rapport à l'autre, l'empathie...

Mais alors, si la vie n'est que souffrance, alors le néant est peut-être plus facile à accepter...

Ne vous imaginez pas une apologie de la méthode Schopenhauer ! Bien au contraire, sa pensée est mise en valeur pour mieux la réfuter.Il s'agit de faire peu à peu tomber de leur piédestal les différents protagonistes.

 

Les chapitres font alterner les séances de thérapie de groupe, comme si nous y étions, et les chapitres consacrés à Schopenhauer. L'occasion de découvrir celui qui fut le précurseur de Nietzsche et de Freud et qui introduisit le corps, la sexualité et le ressenti dans la philosophie. Un livre très instructif débordant d'humanité : un beau portrait de psychothérapeute, pour qui le dialogue avec autrui est primordial, un peu à la manière de Platon. Des personnages de névrosés attachants, hauts en couleur, qui feront peu à peu l'apprentissage de l'autre pour guérir.

Un roman émouvant qui voit la mort positivement avec le sentiment d'avoir "accompli sa tâche".

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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 19:56

En avant-première...Rentrée littéraire 2009

Anne Plantagenet

Editions Stock

J'ai eu la chance de lire l'épreuve du nouveau roman d'une jeune auteur assez confidentielle, qui a déjà une production assez riche : traductrice de romans de langue espagnole, biographe du torero Manolete et de Marilyn Monroe, nouvelliste...

Elle signe ici un roman huis-clos troublant ; elle plante lentement un décor mystérieux, oppressant puis peu à peu, le lecteur s'attache aux personnages.

Un lieu et une époque non définis ; on soupçonne qu'il s'agisse d'un pays d'Amérique Latine, sous le régime d'une dictature, où les guérilleros se révoltent.

Dans un petit village perdu dans la montagne, on vient d'arrêter par hasard le dénommé "Papa". Il est réputé pour être un tueur et un violeur, il a pris les armes (c'est tout ce que nous saurons). Les hommes du village l'ont capturé depuis des mois de traque mais, alors que la nuit tombe, ils ne savent pas quoi en faire.

Le prisonnier

En l'absence du maire et du curé, ils frappent à la porte de l'institutrice. Le prisonnier est dans l'école, il faut qu'elle vienne lui donner à manger...

Commence alors un huis-clos troublant entre deux marginaux, un héros déchu et une jeune femme de 19 ans qui se dévoile peu à peu. Au début, la peur s'immisce face à un être répugnant, puant. Puis derrière l'animal, elle commence à découvrir un être passionné, digne. Dans ses yeux, elle y voit le néant, son néant. Car l'institutrice se révèle être un être en marge depuis le départ de son amant. La paria boit en cachette, se cogne contre les murs. Il n'y a que la sonate de Beethoven qui l'apaise...
Papa y découvre dans ses yeux son alter ego et tente de percer son énigme.

Au terme de cette nuit, peut-être la mort, peut-être une autre vie possible ....

Un beau roman oppressant, intime, livré dans une écriture aux phrases courtes, syncopées, une narration omnisciente qui fait vivre les pensées des personnages instant par instant. Quelques dialogues laconiques mais l'essentiel n'est pas là. Dans un décor de sang, de saleté et d'alcool, il s'agit de saisir le déclic d'une rencontre, cette cassure qui bouleversera le destin de la jeune fille. L'atmosphère très lourde du village, incarnée par des personnages falots, fait surgir dans un beau clair-obscur, ce face-à-face poignant de deux âmes fortes...


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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 19:56

ROMAN D'ANTICIPATIION

Zen city

Editions Au diable Vauvert, 2009

Né en 1977, Grégoire Hervier signe ici son deuxième roman très critique sur les dérives de nos sociétés contemporaines. Alors que Scream Test parodiait la téléréalité (une émission où chaque jour, un candidat est tué en direct), Zen City s'attaque à la toute puissance de la publicité, du marketing et de la télésurveillance.

 

Ce roman prend la forme d'un blog puis d'un journal intime, présenté par son éditeur qui livre après coup le manuscrit envoyé par un illustre inconnu, Dominique Dubois.

 

Ce dernier se présente comme quelqu'un de ce qu'il y a de plus commun : trentenaire au chômage, il voit son quotidien changer lorsqu'une mystérieuse boîte le contacte pour un entretien. Il s'agit d'un paradis high-tech, une cité idéale pour cadres, qui grâce à une simple puce électronique (le système du RFID), permet de remplir son réfrigérateur sans faire ses courses ; Il y a aussi un système de télésurveillance assure une sécurité à toute épreuve ; un conseiller "Global Life" gère vos besoins, la décoration de votre appartement et la gestion de vos relations ...et un Perfect Phone qui détecte à distance un ami ou âme-soeur potentiel.

En résumé, un vrai paradis sur terre...Dominique Dubois est embauché pour faire une étude marketing sur un système de  télésurveillance révolutionnaire. Jusqu'au jour où l'une de ses collègues est assassinée chez elle...

Le roman prend alors un rythme de thriller : Dubois est contacté par un groupe de hackers dissidents. Malgré lui, il devient un héros qui dérègle le système de sécurité de Zen city ....

Grégoire Hervier signe une roman haletant sur les dangers du neuromarketing, la stimulation cérébrale entre autres. Même si le scénario est totalement dépendant  de ce que veut démontrer l'auteur, que l'idée d'une cité idéale n'est pas révolutionnaire, il faut reconnaître à l'auteur un talent certain à construire une intrigue palpitante qui se joue constament des attentes du lecteur.

Le personnage principal apparaît tantôt comme Monsieur tout le monde, tantôt comme un héros mais rien n'est sûr...
On appréciera également un certain humour venant de la mise en scène des tics des blogueurs par exemple.

Pour poursuivre l'aventure, je vous conseille de visiter le site www.zencity.frqui permet une visite virtuelle de la cité idéale ; des films de daily motion et des textes nous explique tout sur le RFID et le neuromarketing...Passionnant.

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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 14:15

De MARTIN PAGE

Traité sur les miroirs pour faire

ROMAN ADO (à partir de 12 ans)

Editions Ecole des loisirs, septembre 2009

C'est la première fois que je lis un récit de Martin Page, à la fois romancier pour adultes et adolescents. J'ai été agréablement surprise : c'est une histoire bourrée d'originalité et un beau roman d'apprentissage sur la naissance du sentiment amoureux.

Tout d'abord, le titre emprunté à un livre de peinture écrit à la Renaissance, cité notamment par Daniel Arasse. Sous ce titre mystérieux, qui n'a pas grand chose à voir avec l'histoire, Martin Page évoque les sentiments auxquels on donne un nom comme l'amour alors que l'on ne comprend pas ce qu'il renferme, leur vraie nature. Comme ce joli titre incompréhensible...

Titre métaphore de cette histoire donc puisqu'il s'agit de deux ados qui croient s'aimer mais qui finalement découvrent que non...

Martin, faisant ses devoirs à la bibliothèque, prépare un exposé avec Marie. Tout d'un coup, elle lui demande de sortir avec lui. Puis, une heure plus tard, elle change d'avis !

Pour Martin, la vie n'est déjà pas facile ! Sa mère est morte, son chien vient de rendre l'âme, son père est dépressif, sa maison est décrépie...Alors, franchement, comme première histoire d'amour, c'est raté ! Martin cherche à comprendre pourquoi les sentiments sont si changeants...

Avec sa bande de copains pas très épanouis non plus, Martin va faire l'apprentissage de la vie et des sentiments : ils ont des vies en chantier où rien ne se construit comme à l'image du terrain vague où ils se réunissent en bande.

Apprentissage de la séparation et du deuil. Sous des allures de roman tire larmes, ce récit et bourré d'humour et d'originalité : on enterre le chien lors d'un enterrement-barbecue, le père dépressif s'excuse auprès de son fils, car à cause de lui qui l'a fait naître, Martin aura à souffrir le deuil de son père !, séance de désenvoûtement de la bibliothèque lors du retour sur la scène du crime...

En abordant des thèmes graves, Martin Page signe une histoire touchante pleine d'humour.

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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 14:22

ROMANS ADO (à partir de 12 ans)

En cas d'absence

Editions Thierry Magnier, "photo roman",2009

Tout d'abord un petit mot sur cette belle collection : de courts romans qui lient écriture et photo ; les photos ont un lien avec le récit comme le dit la quatrième de couverture : "une série de photographies dont il ignore tout est confiée à un écrivain. Il s'aventure alors dans l'écriture d'un roman où ces photographies croiseront la vie du héros pour la transformer"

Ce récit est un bijou de sensibilité et de poésie. Martin n'a jamais connu sa maman qui a "fugué" lorsque qu'il était tout petit. Lorsqu'il participe à un atelier photo intitulé "Souvenirs d'enfance", il est bien embarrassé car personne n'a de photos de son enfance. Qu'à cela ne tienne, il va faire avec ce qu'il a ; lorsque l'animateur de l'atelier demande de photographier "sa mer", Martin l'interprète différemment ; lui, il va tenter de photographier sa mère, de la trouver dans le paysage, l'atmosphère, le ciel, la lumière....

 

Mais cela n'est révélé que progressivement : car tout commence un soir ainsi ; par un mail de la maman disparue qui déclare à son fils qu'elle a beaucoup aimé ses photos sur son blog...Martin n'en croit pas ses yeux. Très perturbé par cette réapparition, il part tout seul dans la nuit pour mettre au clair ses idées....

Au fur et à mesure qu'il déambule dans la nuit, il se remémore tout ce qu'il a inventé pour se souvenir de sa maman disparue : enfiler sa robe de mariée quitte à être pris pour un homosexuel et ce fameux jour où il a tenté de photographier "sa mer" ou plutôt "sa mère"....

Les paragraphes font alterner monologue intérieur de l'adolescent
à la découverte de ce mail surprise et les souvenirs liés à sa mère lorsqu'il essayait sa robe de mariée ou le passé proche comme la naissance de l'expo photo.

Si bien que le lecteur découvre peu à peu la signification des photos prises par Corinne Mercadier : de magnifiques clichés marins alliant ciel, terre et atmosphère, aux silhouettes floues, où la mer est loin, à l'horizon....
La mer comme métaphore de la figure maternelle que l'on cherche désespérément ....Très belle idée poétique de l'auteur d'avoir pris l'art photographique comme manière de dire et de chercher l'absence, comme catharsis.

Nous avons l'impression de lire un peu une énigme que nous déchiffrons peu à peu : pourquoi cette robe flottant dans l'atmosphère sur ces photos, pourquoi cette persistance du flou ?

Une intrigue très subtile à l'écriture vaporeuse qui décrit des atmosphères nocturnes ou maritimes ; l'auteur excelle dans la description de l'intime à travers le monologue de Martin : phrases très syncopées traduisant son désarroi dans la nuit ou au contraire description poétique des souvenirs, phrases courtes qui respirent, au rythme des alinéas, créant une typographie originale. La fin reste totalement ouverte.

Une belle évocation des fêlures de l'enfance.

"Quand je ferme la fenêtre, Agathe dit je n'ai jamais vu la mer, moi non plus je réponds. Agathe me semble si proche que je réponds moi non plus, je dis n'importe quoi, j'avais entendu mère.
Photographier votre mer, pourquoi il dit ça Pierre, encore une fois j'entends de travers, et ça me semble impossible.

....Nous passons nos heures sans les autres, nous ne disons pas grand-chose, rien de particulier, il y a le vent, le soleil, le ciel, surtout le ciel, ce week-end là, je découvre le ciel.
Le vent vient de l'ouest, il a tout lessivé, a poussé les nuages, les a tassés vers l'eau.
Le ciel est vide.
Et bleu.

Je fais quelques photos, de ce ciel lumineux, de cette lumière d'hiver qui me réjouit, pourquoi.

Cette sensation de saisir enfin, mais quoi.

Tu es absente.
Tu es absente de ce bord de mer
Et je respire
A fond
Il y a l'air qui circule, beaucoup.

Je sais qu'ici je ne te trouverai pas et le ciel s'élargit.
Ton corps, tes yeux, ta bouche ? Du vent tout ça, du vent
Tout disparaît, tu disparais.
Le ciel se libère de ta présence.
Le ciel est dépeuplé de toi, enfin, je le sais, je m'en fous, la lumière est si belle et Agathe est là.

De plus en plus Agathe est là.

...La mer est dans l'air, quoi, elle imprègne l'air totalement, c'est une évidence, nous sommes en bord de mer mais on ne la voit pas, toujours quelque chose empêche. Un digue, une dune, un mur. La mer est derrière, brouillée, indéterminée, inaccessible. On ne peut la voir nettement. On la devine plus qu'on ne la voit.

Reste le bleu du ciel et la dérive de la lumière.

Reste la lumière des réverbères et la dérive de la nuit.
Jusqu'à cette photo. "

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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 20:08

RECIT DE VOYAGE

Chronique japonaise

Editions Payot, "Voyageurs", 1989

C'est le premier ouvrage de Nicolas Bouvier (1929-1998) que je découvre ; l'un des grands classiques des écrivains voyageurs. Ce récit relate son périple au Japon en 1955 puis dix ans plus tard, après son périple en Asie Centrale raconté dans le célèbre L'usage du monde.


Cette oeuvre superbe présente à la fois un intérêt littéraire et documentaire. Sur une centaine de pages, Bouvier nous conte les épisodes de l'histoire japonaise, de la cosmogonie mythique (deux jumeaux qui barattent le limon dans l'atmosphère pour créer des grumeaux se transformant en îles !) jusqu'à la capitulation de 1945, en passant par l'ère Meiji qui a vu naître l'ouverture du pays à l'Occident.

La deuxième partie est un véritable récit de voyage qui se focalise sur quatre lieux différents : le Tokyo typique des échoppes et des maisons closes, les temples zen de Kyoto, une fête honorant les kamis dans les campagnes et enfin l'île d'Hokkaïdo, île la plus septentrionale, "le chemin de la mer du nord", terre inhospitalière de mer, de neige et de brume. En photographiant ces paysages, Bouvier (rappelons qu'il était photographe), nous livre également des portraits émouvants, des instants, des souvenirs.

Car il ne s'agit pas pour lui de faire un traité sur la culture japonaise même si le texte regorge d'informations culturelles nous apprenant énormément de choses sur l'Histoire, la géographie et les croyances du pays (bouddhisme, shintoïsme, philosophie Zen). Bouvier recueille comme il le dit des miettes, des aubaines, à la manière des impressionnistes : il note d'ailleurs ses impressions sur des billets de métro ou autres bouts de papiers pour coller le plus à la culture japonaise qui est spontanéité et culture de l'instant ; il refuse comme il le dit d'emmailloter les japonais dans le discours et l'explication.

Il en ressort des faits bruts, une juxtaposition d'événements et de portraits très émouvants, souvent drôles (un gardien de musée atypique, des pécheurs d'Hokkaido descendants des aïnous, une ethnie autochtones, les "barbus barbares", les paysans, les bonzes, une attention particulière aux vieillards...). On sent que, derrière la rigueur de l'étiquette japonaise, l'écrivain voyageur a souhaité cueillir des instants spontanés où le peuple japonais livre son humanité. Refusant le tout blanc ou tout noir, Bouvier choisit la nuance, l'humour et la fragilité cachés derrière la rigueur.

Il s'agit également d'un parcours initiatique où il convient de se séparer de sa vieille peau : par la frugalité de la culture japonaise, il faut arriver à se dépouiller à l'extrème...Derrière cela, perce une critique acerbe de la "culture touristique" qui cherche à consommer les paysages avec leurs appareils photos....

" Dans l'esprit de bien des Japonais, l'Occidental est un être troublé, plein de scories et de caillots. Tout à fait moi ce soir. Aussi la perfection de cette chambre nue m'écrase. Me réprouve. Me donne l'impression d'être sale alors que je sors du bain. D'avoir trop de poils, et des désirs immodestes, et^peut-être même un ou deux membres superflus. Il y a dans ce décor - comme d'ailleurs dans la nourriture- une immatérialité qui répète sans cesse : faites-vous petits, ne blessez pas l'ai, ne blessez pas notre oeil avec vos affreux blousons de couleur, ne soyez pas si remuants et n'offensez pas cette perfection un peu exsangue que nous jardinons depuis huit cents ans.
Je comprends bien, mais le pays et l'été m'ont déjà gobé comme un oeuf, ne laissant que la coquille, et je vois mal ce que je pourrais faire de plus pour lui et comment exister moins"

Le vide et le plein

Je vais continuer ma découverte de l'écrivain voyageur par L'usage du monde, son grand classique, sa route de la soie personnelle et Le vide et le plein, extraits de ses carnets de voyage au Japon.

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