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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 10:27

RUSSIE-1872

Les Possédés

Editions Le Livre de poche

Ma troisième lecture de Dostoïevski après Crime et châtiment et Les frères Karamazov. Une lecture ardue, une mise en bouche très lente puis....peu à peu, on est happé par l'art romanesque si particulier de Dostoïevski, son génie à décrire l'homme, ses doutes et ses faiblesses.

Un roman phare, consacré aux soubresauts politiques de la Russie dans les années 1860-70, qui voit l'émergence des mouvements matérialistes et nihilistes. On sait que sans sa jeunesse, Dostoïevski a été partisan des socialistes et envoyé au bagne en Sibérie pour avoir participé à un cercle révolutionnaire en 1848. Après son retour de "la maison des morts", il devient conservateur, car pour lui une vie dans Dieu, nihiliste, est très dangereuse. Toute son oeuvre est basée sur le danger de la perte des valeurs, d'où la célèbre formule "Si Dieu n'existe pas, tout est permis".

Dans Les possédés, il met en scène une cellule révolutionnaire qui se crée sous la houlette d'un manipulateur despote, Piotr Stépanovitch Verkhovensky qui souhaite installer à la tête de la cellule le ténébreux Nicolaï Stavrogine, personnage mystérieux et charismatique que tout le monde admire. Derrière ces deux hommes, un groupe de personnages secondaires qui vivotent, manipulateurs et manipulés, sous la houlette de Verkhovensky.

Dostoïevski s'est inspiré d'un fait divers, l'assassinat d'un membre réfractaire d'un cellule révolutionnaire par son leader Netchaïev.
Les Possédés sont donc l'histoire de ce groupe, ces luttes et manipulations diverses et symbolisent la transformation tragique de l' idéal révolutionnaire en une infâme aventure despotique.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, l'auteur nous introduit dans les salons politiques et littéraires, pour qui révolution rime avec débats et théorie. Ces idéalistes des années 30/40 sont incarnés par les parents de Stavrogine et Verkhovensky, la comtesse Varvara Petrovna et Stépan Trofimovitch, qui introduisent une dose de bouffonnerie dans le roman. Stépan, le père de Piotr, littéraire occidentaliste, est un idéaliste vivant au crochet de la comtesse, secrètement amoureux d'elle.
La première partie, très longue, centrée sur les parents, n'est qu'un prologue pour annoncer l'arrivée des deux possédés, Stavroguine et Verkhovensky. On sent que quelque chose arrive, il y a des supputations de mariage, de "répudiations" et enfin, les deux héros arrivent.

Stavroguine, le mystérieux, le ténébreux, le fantomatique, qui à aucun moment, ne se laissera dévoilé. On le sait athée, on le devine tantôt plus chrétien ; il en va de même pour ses aventures amoureuses. Les rebondissement fracassants se succèdent,  qui se contredisent tout au long du récit. Par cette aura de mystère, Dostoïevski montre son génie du sens de l'intrigue. Par l'intermédiaire d'un narrateur naïf (nous ne connaîtrons jamais son identité), l'auteur construit quasiment un roman policier à énigmes où tout n'est que supputations ; Stavroguine est l'énigme à résoudre ; après un première partie très disparate, le lecteur recolle petit à petit les pièces du dossier avant l'apocalypse finale.

Verkhovensky, le despote, le manipulateur marionnettiste athée qui met une ville à feu et à sang en opposant systématiquement les membres entre eux et en révélant petit à petit son projet : ne croyant pas à l'idéal de liberté et d'égalité, il s'agit d'utiliser Stavroguine pour détruire toute fondation et installer un "grand homme" auquel se soumet le troupeau. Décidément, Dostoïevski est un visionnaire...

Les possédés ou la mort de la liberté....L'auteur se garde bien de prendre position. Ce qui l'intéresse, ce sont les confrontations d'idées, l'homme en lutte avec ses doutes. Pas de description, de contemplation. L'auteur n'intervient pas. Tout n'est quasiment rendu qu'avec des dialogues dans lesquels s'affrontent les personnages. Il ne s'agit pas d'asséner une vérité mais d'incarner une idée ( dans les personnages) ; Chatov, le double de l'auteur, le nihiliste repenti, Kirilov, le nihiliste pur, qui par sa mort volontaire, affirme qu'il est Dieu.

N'oublions pas les personnages secondaires : les femmes se perdant par amour, le gouverneur berné et tout ces révolutionnaires de petite trempe.

On ne s'étonne pas que ce roman fut adapté au théâtre : par sa tension dramatique, son art de dévoiler lentement le mystère des personnages, son sens du dialogue, de l'affrontement des idées, ce récit a une dimension théâtrale inouïe. A découvrir...

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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 22:36

RECIT DE VOYAGE- Carnets du Japon 1964-1970

Le vide et le plein

Editions Hoebecke, 2004

Je continue de découvrir l'oeuvre de Nicolas Bouvier avec bonheur. Ces carnets sont les derniers parus, après sa mort. Il s'agit de fragments restés longtemps inédits, écrits lors de son périple au Japon. En 1967, paraît Chroniques japonaises, un texte de commande avant tout historique. Ce n'est qu'après sa mort que paraissent ses carnets plus intimes et surtout plus critiques.

 

En effet, Bouvier recherche une écriture qui soient toujours à cheval entre l'émerveillement, l'apologie et  le rejet ; tout au long du récit, on sent que l'écrivain voyageur souhaite une écriture suffisamment neutre, même si l'on sent toute la difficulté qu'il éprouve à s'acclimater :

"Si l'on comprenait tout, il est évident que l'on n'écrirait rien...On écrit sur le malaise, sur les sentiments complexes qui naissent de deux + deux = trois ou cinq.
Ainsi le voyageur écrit pour mesurer une distance qu'il ne connaît pas  et n'a pas encore franchie. Si je comprenais parfaitement le Japon, je n'écrirais rien de ses lapalissades, j'emploierais mieux mon temps, je ferais -qui sait ?- du Robbe-Grillet en japonais.
Lorsque le voyageur-arpenteur est parvenu à se débarrasser à la fois de l'attendrissement gobeur et de l'amertume rogneuse que suscite si souvent "l'estrangement", et à conserver un lyrisme qui ne soit pas celui de l'exotisme mais celui de la vie, il pourra jalonner cette distance et peut-être, si le coeur est bon, la raccourcir un peu
"

Réflexion sur le récit de voyage donc, sa portée, sa forme, sa philosophie, et découverte en petits fragments de la culture japonaise si étrange :
contrairement à dans Chronique japonaise, successions de récits, Bouvier choisit ici des thèmes et donnent son avis dessus ; il y a donc moins de rencontres, de portraits et plus d"avis" sur la civilisation japonaise. Il est question de l'étiquette omniprésente, très déstabilisante, des fantômes, de l'absence du bonheur, des suicides, de la littérature ; en bref, tout ce qui fait de ce pays un dépaysement pour quiconque !

Chronique japonaise

Un récit qui est donc moins chaleureux que les Chroniques, plus distancié, qui insiste sur la difficulté de la rencontre.

Le titre évoque le vide de la civilisation japonaise, c'est à dire la toute puissance de l'abstraction, de la frugalité, du "toujours moins".

Ce contact difficile avec le pays n'empêche pas des petites touches d'humour : l'étiquette et ses absurdités, les femmes dites soumises mais en fait très futées....

Pour découvrir le Japon, je vous conseille de lire les deux opus de Bouvier, qui s'opposent et se répondent...Bon voyage !

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6 septembre 2009 7 06 /09 /septembre /2009 15:03

VIETMAN, 2008

Au Zénith

Editions Sabine Wespieser

Mon coup de coeur des vacances : une fresque historique et intime sur le personnage d'Ho Chi Minh, grande figure communiste de la libération du Vietnam, tout ça raconté par Duong Thu Huong, auteur d'Au delà des illusions et de Terres des oublis, emprisonnée puis en résidence surveillée pendant 15 ans pour avoir critiqué le régime vietnamien. Depuis 2006, elle vit en France.

L'auteur mêle Histoire, fiction et intimité pour dresser le portrait d'une grande figure historique qui incarna selon elle l'idéal communiste avant que ses sbires, aveuglés par le pouvoir,  ne déforme l'idéal premier.

Elle met donc en scène la tragédie du pouvoir chez une légende vieillissante : le grand libérateur est relégué dans une propriété sur une montagne près d'un temple bouddhiste ; alors que la guerre du Vietmam est déclarée (guerre qu'il avait refusée), il médite sur son passé, sur les erreurs qu'il a commises dans la conduite de sa vie privée ; en effet, Duong Thu Huong revient sur un fait méconnu de la vie d'Ho Chi Minh, à savoir le viol et l'assassinat de sa compagne dont il a eu des enfants, sur décision du bureau politique du parti ; car pour l'appareil du parti, nul événement privé de doit entacher la figure divine du père du peuple....

Sacrifice de le vie privée, manigances et luttes intestines au sein du parti, bilan d'une vie : le dirigeant fantoche, malade s'exprime dans de longs monologues, du haut de sa montagne-prison, bien gardé par les gardes et les médecins de tous genres. Monologue tragique d'un homme qui n'a pas compris que le pouvoir était un cadeau empoisonné, qui voit le communisme devenir un appareil d'Etat et une machine à s'enrichir.

Le lecteur est pris entre admiration, pitié et rejet du personnage (sa lâcheté pour s'être soumis si facilement au bureau politique, ses regrets appuyés....).

La parole lamento de la grande figure historique s'insère dans une vaste roman choral : plusieurs personnages prennent la parole à tour de rôle : le meilleur ami Vu (inspiré d'un personnage réel) qui a recueilli les enfants du maître, le personnage idéaliste et loyal par excellence, le frère de la compagne sacrifiée, ivre de vengeance et au milieu du livre, le "contrepoint romanesque", le contre-exemple de la vie d'Ho Chi Minh, la vie d'un bûcheron qui, à la fin de sa vie, est parvenu à imposer sa jeune épouse au sein de sa famille. 

Au sein de ce choeur, Duong Thu Huong affirme une fois de plus ses talents en passant du style poétique au ton parfois burlesque. Alors que le soliloque d'Ho Chi Minh est très lyrique, rythmé par la description des magnifiques paysages de rizières et de temples bouddhistes dans la brume, le récit de la vie du bûcheron fait davantage penser à une pièce de théâtre ; en effet, chaque action des personnages est commentée par les membres du village ; répliques salaces entre hommes et femmes, échanges de proverbes et dictons. La référence au spectacle ambulant est explicite. 

Une fresque d'un intérêt historique majeur, un plaidoyer contre toutes indéologies . Duong Thu Huong s'intéresse tout particulièrement à la culture sacrifiée du pays (interdiction des mariages et funérailles traditionnelles, fermeture des monastères...) et à la vie privée des individus ; il en était de même dans le roman Terre des oublis, où une femme, sous la pression d'un village, était obligée de retourner vivre avec son mari déclaré mort depuis des années.

Quelques longueurs parfois, notamment dans le monologue d'Ho Chi Minh ; il reste qu'il s'agit d'un très bon livre, original, poignant, poétique et d'un intérêt historique majeur.

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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 14:49

TURQUIE- 2007

La bâtarde d'Istanbul

Editions Phébus

Voici ma dernière découverte en littérature orientale ; Elif Shafak, considérée par Orhan Pamuk et Amin Maalouf comme la plus grande romancière turque de ces dix dernières années. Après avoir enseigné aux Etats-unis, elle vit désormais à Istanbul.

Elle signe ici une fresque colorée, cosmopolite, fantaisiste racontant l'histoire de deux familles, turques et arméniennes. Entre Turquie et Etats-Unis, les familles sont écartelées entre cosmopolitisme et communautarisme.

Ne vous imaginez pas une fresque traditionaliste, c'est tout le contraire !  : tout commence un jour à Istanbul ; une jeune fille en mini-jupe et talons hauts arrive chez le gynécologue pour se faire avorter ! Mais finalement, elle renonce et va semer la zizanie chez sa famille constituée uniquement de femmes ! Car, dans la famille Kazanci, tous les hommes meurent avant 40 ans...C'est donc un drôle de gynécée qui mène la barque et qui élèvera Asya "la bâtarde d'Istanbul". Alors que sa mère, la révoltée, devient une professionnelle du tatouage, la bâtarde grandit avec ses tantes : il y tante Banu, la cartomancienne qui parle à ses djinns, Feride l'hypocondriaque, la grand-mère cuisinière....et l'oncle Mustapha, qui a émigré aux Etats-Unis et qui a épousé une américaine pur-souche de l'Amérique bien profonde.

Il se trouve que cette pure américaine, Rose, avait épousé en première noce Barsam Tchakhmakhchian, issu d'une famille arménienne émigrée aux Etats-unis dans les annéers 20....et qu'elle a épousé un turc pour se venger de sa première belle-famille !

Vous suivez toujours ! Vingt ans plus tard, la bâtarde, Asya et la fille de Rose et de Barsam et belle-fille  Mustapha (Armanouch) vont se rencontrer et faire éclater les secrets les mieux gardés....

Entre américains, arméniens et turcs, ça n'est pas triste ! Elif Shafak signe une fable à mi-chemin entre traditions et modernité. Chacun en prend pour son grade : les Américains et leur satanée nourriture, les arméniens et leur obsession de la mémoire, les turcs pour leur méconnaissance de l'Histoire. L'auteur prend bien garde de ne pas prendre partie ; il s'agit plutôt d'interroger leur mémoire commune, de jeter des ponts et d'affirmer le rôle de l'Histoire ; car tous les personnages oscillent entre passé et présent ; ils parviendront à se guérir et se réconcilier en se tournant vers leur passé.

Une belle histoire trépidante, bourrée d'humour et d'originalité qui réjouit les sens ; en effet, chaque chapitre est placé sous le signe d'un plat ou d'un aliment : cannelle, amandes, graines de grenade, figues séchées, il y a même des recettes de cuisine. Tout cela sent l'Orient ! Magie des djinns, empoisonnements secrets, personnages tous un peu félés et excentriques. On rigole, on pleure, on réfléchit. Une histoire pimentée par la toute-puissance des femmes, où les hommes ne font que passer, victimes d'une étrange malédiction.

C'est un peu un conte foldingue, fantaisiste qui n'est pas sans rappeler le réalisme magique sud-américain d'un Garcia Marquez.

A noter que Elif Shafak a été condamnée par son pays pour "insulte à l'identité nationale" pour avoir évoqué le génocide arménien.
C'est bien dommage....Car lorsqu'on lit Elif Shafak, on a l'impression que toutes les communautés et les pays sont liés et que l'identité nationale est bien difficile à définir...

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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 15:03

ROMAN POLICIER


Zulu

Edition Gallimard "Série Noire", 2008

Caryl Ferey a raflé tous les prix avec ce roman : Grand Prix de Littérature policière, Prix du Roman noir français, Grand Prix des lectrices Elle...Après nous avoir fait découvrir le peuple maori de Nouvelle-Zélande  dans Utu , l'auteur nous mène en Afrique du Sud post-apartheid où les politiques, la nouvelle élite" (les nouveaux riches de la société du spectacle), l'armée, la société zoulou traditionnelle, les gamins orphelins de townships et les policiers s'affrontent dans le sang.

Une intrigue très complexe, menée tambours battants, qui nous apprend plein de choses sur les conflits blancs/noirs pendant l'apartheid mais aussi sur les rivalités au sein de la communauté noire, comme par exemple entre les militants clandestins de l'ANC de Nelson Mandela et ceux de l'Inkatha, parti conservateur à dominante zoulou, dont le chef a administré le territoire autonome du Kwazulu, réputé comme étant collaborateur du régime de l'apartheid, dont les milices mataient les révoltes dans les ghettos.

Des années plus tard, les membres de l'armée, de l'Inkhata se sont réfugiés dans d'autres activités...

Caryl Ferey nous plonge comme à son habitude dans une enquête sordide qui ne ménage pas l'hémoglobine ; la fille de l'ancien champion du monde des Springbok est retrouvée sauvagement assassinée. Dans son sang, on trouve des traces d'une drogue inconnue...

Tout semble accuser les bandes et les mafias des townships...jusqu'au jour où Ali, d'origine zoulou, chef de la police criminelle de Cap Town, et ses acolytes découvrent ce qui se cache derrière un banal trafic de drogue...

Férey nous promène dans la "faune" diversifiée de l'Afrique du Sud d'aujourd'hui : préparant la Coupe du Monde de football 2010, les autorités cherchent à enrayer les multiples vagues de violence, la drogue et  le virus du sida. C'est sans compter la mafia locale et toute une bande de nouveaux riches, qui, sur la vague de la mondialisation, deviennent incontrôlables.

Résurgence des traditions zouloues, racisme des autorités, dépression et drogues chez les nouveaux riches...Férey n'épargne personne.
Comme dans Utu, Ali, l'enquêteur, et ses acolytes, sont plus des hors-la-loi que des policiers qui n'hésitent pas à régler leur compte eux-mêmes. Pour ces personnages brisés, qui luttent contre leurs démons intérieurs, la violence n'a pas de limites.

Il s'agit bien d'un roman très noir, où toute trace d'espoir a disparu. La scène finale est un morceau d'anthologie.

On est à mi-chemin entre les grandes enquêtes socio politiques de Didier Daeninckx (mais avec davantage de violence) et celles de John Le Carré qui examinent les rapports nord-sud comme dans La complainte du jardinier.

Du grand polar. Entre Caryl Ferey et DOA (Le serpent aux mille coupures), le renouveau du polar français est assuré...

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Published by Sylvie - dans Romans policiers
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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 15:19

ROMAN POLICIER - PEROU

Avril rouge

Editions du Seuil, 2008

Une révélation sud-américaine en polar. Santiago Roncagliolo, jeune auteur péruvien né en 1975, est scénariste pour la télévision et le cinéma ainsi que traducteur et romancier. Ce roman a obtenu le prix Alfaguara en 2006.

Il aborde de manière très brutale le conflit sanguinaire qui opposa la guérilla maoïste du Sentier Lumineux à l'armée péruvienne entre 1980 et 2000.

 

Félix Chacaltana Saldivar, substitut au procureur dans la ville d'Ayacucho, se voit confier l'enquête sur la mort sauvage d'un homme dont le corps est retrouvé calciné dans une grange. Ayacucho, la ville des morts, fête la Semaine Sainte. Mercredi des cendres, mort et résurrection du christ. Des corps brûlés, crucifiés...Les meurtres semblent correspondre à des rituels religieux...

 

Chacalcana doit faire face au mutisme de la police et de l'armée. Malgré lui, il va se retrouver enquêteur ; il interroge paysans, curés, prisonniers membres du Sentier Lumineux. Tous disparaissent au fur et à mesure des jours de la Semaine Sainte.

On fait croire à une résurgence du Sentier Lumineux. Et si Chacaltana avait mis les pieds où il ne fallait pas....

Un polar fascinant de par son contexte sociopolitique qui explore les coulisses du conflit armé/guérilla, par les multiples références à la culture andine, à mi-chemin entre les croyances précolombiennes et la ferveur chrétienne. Éternel retour, cycle de fécondité de la terre, mythe de la résurrection, rôle du feu : un "melting-pot" de croyances qui fait que l'enquête est très riche en suppositions.

L'auteur évite tout manichéisme car tout le monde a un jour "trempé" dans le mal : les paysans sentiéristes, l'armée, l'église qui a construit des fours incinérateurs et...même l'enquêteur principal qui garde bien son aura de mystère...Personnage solitaire, divorcé, vivant dans l'appartement de sa mère, lui parlant chaque soir, il s'enfonce peu à peu dans un engrenage fatal ; au bord de la folie, il pourrait lui aussi cacher des pulsions bien noires...

 

Un polar brillant qui nous plonge dans un Pérou, certes touristique, mais qui n'en n'a pas terminé avec ses conflits civils.

Un Pérou aux prises avec la toute-puissance de l'armée, où les croyances indiennes oscillent entre mythes précolombiens et ardeur chrétienne. Passionnant...



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Published by Sylvie - dans Romans policiers
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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 14:36

Traduit de l'arabe (Liban)

Mon maître, mon amour

Editions Actes Sud, 2007

 

Auteur libanaise, Hoda Barakat est, comme sa consoeur Vénus Khoury Ghata, exilée en France. Mais contrairement à elle, elle écrit en arabe. Ses romans, comme La pierre du rire et Le laboureur des eaux ont été récompensés par de nombreux prix. Ses thèmes favoris sont la solitude des hommes et la folie, rendues par le chaos du monologue intérieur.

Mon maître, mon amour n'échappe pas à la règle. Wadi et Samia, mai et femme, prennent tour à tour la parole.


Au début, Wadi clame l'ardeur de son amour pour son supérieur hiérarchique, son maître, son amour...puis il disparaît...Samia prend la parole et échafaude des hypothèses sur ce qui s'est passé.

Entre temps, dans un monologue oscillant entre folie et désespoir, Wadï nous raconte son enfance solitaire d'enfant obèse, entre une mère malade et un père absent au monde. Puis l'enfant timide se révolte et intègre les multiples milices qui sévissent à Beyrouth pendant la guerre. Wadî devient le caïd jusqu'à ce qu'il soit poursuivi par ses ennemis...Il prend alors la fuite avec Samia, non sans se souvenir, de son meilleur ami d'enfance, Ayyoub, qui lui aussi a disparu...

De très beaux passages comme l'éloge de l'amitié d'Ayyoub ou encore la soumission totale, tel un chien, envers "Mon maître". L'homosexualité est sous entendue mais jamais dite.
Un texte qui aurait pu être très lyrique mais qui se refuse à l'effusion des sentiments. On se livre mais de manière très aride.

C'est peut-être cela qui m'a gênée, n'arrivant pas tout à fait à adhérer au personnage. Pourtant, il garde tout au long du livre son aura de mystère, tout en jouant la carte de la sincérité. L'idée que le monologue soit repris par Samia est d'ailleurs intéressant : elle élabore des solutions mais le puzzle restera toujours inachevé...
Dialectique de la confession et du secret...Malgré cette démarche intéressante, je n'ai pas accroché. Peut-être une prochaine fois...


 

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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 20:32

ETATS-UNIS - 1936



Editions Des femmes-Antoinette Fouque

Anaïs Nin (1903-1977), femme de lettres américaine, très connue pour son Journal qu'elle a tenu à partir de 11 ans, ses écrits érotiques (Venus Erotica) et ses liaisons avec notamment Antonin Artaud et Henry Miller, signe ici l'un des ses premiers textes, un magnifique récit de prose poétique.

Prédominence du rêve et du désir, fusion avec l'univers : on reconnaît l'influence du surréalisme dans la présence d'images foisonnantes qui célèbrent la fusion cosmique ou au contraire la souffrance de ne pas faire qu'un avec l'être aimé.

Plusieurs figures de l'amour : deux femmes, un frère qui rêvent de quitter la terre pour vivre un amour fusionnel ; la maison de l'inceste est une maison en forme d'oeuf, faite de coton ou tout est possible.
Mais bien souvent, le réveil et l'emprise du réel sont brutaux ...

Une très belle écriture, envoûtante qui n'en déroute pas pour autant le lecteur : pas d'intrigues claires mais des successions d'images qui montrent une femme en fusion totale avec le monde, que ce soit source d'émerveillement ou de souffrance. Nin convoque l'univers marin, céleste, volcanique pour embraser le monde, faire corps avec lui, même si cette quête est souvent vaine.

Je vous laisse découvrir des extraits....

" Allons-nous-en Sabrina, viens dans mon île. Viens dans mon île de piments rouges grésillant sans hâte sur des braseros, de poteries mauresques puisant l'eau dorée, de palmiers, de combats de chats sauvages, de sanglots d'âne, à l'aube, les pieds parmi les récifs de coraux et les anémones de mer, le corps couvert de longues algues, chevelure de Mélisande penchée par-dessus le balcon, à l'Opéra-Comique, diamant inexorable de la lumière du jour, heures pesantes et flasques, dans les ombres violacées, rochers teintés de cendres et d'oliviers, citronniers aux fruits suspendus comme des lampions pour une garden-party, éternel frémissement des pousses de bambous ; approche feutrée d'espadrilles, grenades gorgées de sang, mélopée, comme une flûte mauresque, longue, insistante, des laboureurs jurant parmi les trilles et trillant leurs imprécations, toute leur sueur mêlée, goutte à goutte, aux graines, dans la terre.

"Pesante oh ! pesante, terriblement, ma tête qu'emportent les nuées et qui se balance dans l'espace, corps comme poignée de paille, chevelure proie des nuages comme écharpe prise en roues de char, corps ballant qui se cogne aux fanaux d'étoiles, moi, par dessus le monde, dragée des nues"

"La semence séchait dans le silence des pierres. Nos mots improférés, nos larmes retenues, nos blasphèmes ravalés, nos phrases amputées, nos amours massacrées se métamorphosaient en minerai magnétique, en tourmaline, en agathe, le sang gelé devenait cinabre et brûlé, galène ; aluminé, sulfurisé, calciné, il prenait la rutilance minérale des météores éteints et des soleils épuisés dans la forêt des arbres morts et des défunts désirs"

 

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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 19:49

Editions de Minuit, 2009

Paris-Brest

Incontestablement, Tanguy Viel est l'une des plumes les plus talentueuses de la nouvelle génération d'écrivains français. Des histoires qui n'ont l'air de rien mais qui, sous des allures de divertissements futiles, détournent habilement les codes.

Jusqu'à maintenant, Viel s'était intéressé aux codes du polar et du film noir dans L'absolue perfection du crime et Insoupçonnable : histoire de petits escrocs malhabiles, plutôt risibles mis en scène de manière très cinématographique.

Ici, Tanguy Viel signe une vraie-fausse biographie et se joue des rapports entre fiction et réalité à travers une mise en abîme très habile : le narrateur, "Je" raconte son histoire scabreuse avec sa famille lorsqu'il se décide à écrire son roman familial pour dévoiler les secrets de famille : une grand-mère qui devient millionnaire sur le tard, un père vice-président du club de foot brestois accusé de malversations financières, obligeant la famille finistérienne à s'exiler à Palavas-Les-Flots pour vendre des cartes postales, une mère prête à tout pour choper les millions de grand-maman, spasmofilique à ses heures, un frère homosexuel...Le Paris-Brest, ce n'est pas du gâteau, mais l'allée que fait le narrateur pour retrouver sa famille à Noël sur les côtes du Finistère ; dans sa valise, fi de cadeaux. A la place, le roman familial en question...

Sauf que de ce roman, nous n'aurons droit qu'à de petits épisodes dans le livre, qu'il dit enjolivés car il s'agit d'un roman.

Biographie dans une biographie ? Où s'arrête le roman ? A travers cette biographie dans la biographie, Tanguy Viel mène le lecteur en bateau.

Il en ressort une intrigue jubilatoire qui tient plus cette fois-ci au théâtre vaudevillesque qu'au cinéma ; des personnages assez "petits", "caricaturaux" qui se chamaillent autour de l'argent de la vieille ; l'auteur/narrateur/personnage règle ses comptes avec sa famille mais il ne vaut pas mieux qu'eux. Des scènes mémorables d'engueulades, de quiproquos ; mention spéciale au personnage de Kermeur, le petit escroc, héros malgré lui, très attachant tout de même.

L'écriture, toujours tournée vers l'action et cet art consommé de la "scène", est beaucoup plus ample que d'habitude : elle s'allonge, créant un rythme saccadé, haletant, qui ne s'accorde aucune pose.

C'est très ironique, méchant et tellement divertissant !



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10 août 2009 1 10 /08 /août /2009 11:06

MANGA

Chobits - Chobits, T1

Editions Pika, 2002

Après avoir vu l'expo Clamp à la Galerie des bibliothèques de Paris, j'ai eu envie de découvrir leurs oeuvres. J'ai donc vu en film XXX Holic et Tsubasa Reservoir Chronicle (que je chroniquerai plus tard).

En "livre", j'ai découvert Chobits (8 volumes, je n'en suis qu'au 1er !), une série qui mêle science-fiction et comédie sentimentale.

Imaginez que les ordinateurs prennent tous une forme humaine et pas n'importe laquelle ! Celle de jeunes filles tout à fait charmantes ...

Le héros est un lycéen qui est en cours de rattrapage pour avoir raté ses examens ; c'est un pur anti-héros qui n'a pas assez de fric pour s'acheter un ordinateur dernier cri...mais un soir, à côté d'une poubelle, il découvre dans la rue un bel ordinateur endormi qu'il croyait mort...

Chobits-sakula[1].jpg

Profitant de l'aubaine, il l'a ramène chez lui mais il découvre très vite que Chii (c'est le mot qu'elle n'arrète pas de répéter) est très limitée ; dommage qu'elle ne sache pas faire le ménage. Le lycéen contacte un spécialiste de l'informatique qui lui dit que Chii est sans doute un Chobit qui a la faculté de se programmer sans logiciels ; il faut donc l'éduquer.

C'est alors que le lycéen prend Chii sous son aile : il lui achète des vêtements (l'épisode des sous-vêtements est très drôle !) et lui apprend à parler. Commence alors une série sentimentale à laquelle on s'attache très vite. Le lecteur s'interroge sur l'origine des chobits et c'est là que réside le ressort dramatique.

chobits5[1].jpg

L'esthétique est très "kawaii", c'est à dire "mignonne", très enfantine : Chii est une adorable jeune fille aux grands yeux ; parfois, cela peut devenir très coquin (je ne vous dirai pas comment le héros redémarre Chii !) mais la série échappe à la niaiserie : les auteurs insistent davantage sur la naissance du sentiment amoureux et les déboires du lycéen lors de ses premiers émois amoureux.

Très attachant et souvent très drôle.

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Published by Sylvie - dans Mangas
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