Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Passion des livres
  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
  • Contact

Bienvenue sur mon Blog !




Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Recherche

14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 12:49

Prix du roman populiste 1942

Le Pain des rêves

Editions Gallimard, Folio

Louis Guilloux, contemporain d'André Gide et de Camus, antifasciste dès la première heure, fait partie de ces écrivains somme toute assez confidentiels, mais dont l'oeuvre magistrale gagne absolument à être découverte.

Guilloux, l'écrivain breton qui a vécu toute sa vie à Saint-Brieux, est un écrivain populiste : son oeuvre, profondément humaine, met en scène le petit peuple, celui des artisans, comme les tailleurs et les cordonniers, ce peuple pauvre mais si grand. Comme il est dit sur le site
Les amis de Louis Guilloux "Dans toutes ses œuvres, il montre la détresse des êtres confrontés à l’injustice, à la guerre, à la solitude, au mal de vivre, de l’enfance à la vieillesse. Mais s’il peint le caractère tragique ou dérisoire de la condition humaine, il en souligne aussi la grandeur".

A noter que chaque année, le Prix Louis Guilloux récompense depuis 1983, à l'initiative du Conseil Général des Côtes d'Armor, "une oeuvre de langue française, caractérisée notamment, outre l'excellence de la langue, par "la dimension humaine d'une pensée généreuse, refusant tout manichéisme, tout sacrifice de l'individu au profit d'abstractions idéologiques".


Le Pain des rêves a été pour moi une véritable révélation ; c'est l'un des plus beaux récits d'enfance qu'il ait été donné de lire.
L'auteur (l'histoire est semi-autobiographique), des années plus tard, nous raconte son enfance pauvre dans la petite rue délabrée du Tonneau à Saint-Brieux, entre son vieux grand-père tailleur, un père absent, une mère généreuse et un petit frère handicapé. Mais peu importe si l'on est pauvre...Car il y a la nourriture des rêves consommée sans modération par le petit garçon ; il y a d'abord l'album de famille grâce auquel on peut partir en voyage car les cousins et les oncles sont devenus marins ou sont partis faire fortune dans les colonies.
Puis les personnages pittoresques de la rue comme le crieur ou La fée, vieille marchande.
Puis vient le temps de la procession de la Sainte-Vierge puis celui des Théâtres ambulants....Au fil des découvertes et des rencontres, l'enfant se constitue toute une imagerie qui émerveille son enfance. La lecture ne fait qu'"aggraver" cette tendance. 

Attention ! Ce roman n'est pas du tout mièvre et évite les images d'Epinal ; il s'agit avant tout de décrire l'émerveillement de l'enfant  et surtout de percer l'humanité de chaque personnage qui devient inoubliable ; comment ne pas oublier l'ancien marin qui rêve désormais avec sa pipe devant son bateau miniature, le cousin Michel qui a renoncé à ses rêves de jeunesse et à la belle Gisèle, épiée par l'enfant, derrière les vitres de sa boutique des merveilles, emplie de jouets et de masques.

Touts ces personnages ont une grandeur qui nous touche profondément ; l'humour n'est jamais absent, surtout à travers la fantasque cousine Zabel et ses folles aventures avec son amant.

Tout cela écrit dans une belle langue simple et classique, racontée par l'enfant devenu homme.

Si je devais vous conseiller un livre de Noël, ce serait celui là : une ode aux merveilles de l'enfance et à la force de la famille. Un chef d'oeuvre.

Repost 0
14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 10:08

MANGA

Pure trance

 IMHO Editions, 2009

Junko Mizuno, jeune mangaka japonaise, est spécialisée dans le "kawai trash" : autrement dit le dessin très mignon, mettant en scène des figures féminines ressemblant à de vraies poupées ; grands yeux, formes arrondies, visages poupons avec bouclettes ; un univers très mignon, sauf qu'il est aussi très trash : imaginez des poupées boulimiques ou accrocs d'un produit. Cela donne des poupées dont le corps est criblé de seringues...Un exemple parmi tant d'autres...
Junko Mizuno est devenue la spécialiste des réinterprétations pop et trash des contes tels que Cendrillon, Hansel et Gretel : imaginez Cendrillon partant aux enfers pour ramener son père et le secret de sa sauce barbecue !!! Au programme, rencontre de fées alcooliques, pop-stars amnésiques et morts-vivants...



Dans Pure Transe, nous sommes plongés dans un univers de science-fiction apocalyptique : les humains se sont réfugiés au sous-sol car la terre est désormais inhabitable. On se nourrit de pilules nourrissantes, dénommées Pure Transe. Seul défaut : ces pilules super bonnes provoquent une accoutumance et les jeunes filles doivent être soignées dans un hôpital pour boulimiques. Mais, la directrice, l'infame Keiko est une terreur absolue ; elle fouette ses infirmières et est une toxico du liquide pomme ! son corps est décoré de multiples seringues !

Voila le programme !




La gentille infirmière Kaori Suzuki va essayer de lutter contre la tyrannie de la directrice en essayant de voir en surface qu'il n'y a vraiment pas de vie possible...



Même si le scénario n'a rien de révolutionnaire, on doit tout de même avouer que Mizuno a surtout  un univers visuel démentiel : tout d'abord, il ne s'agit exclusivement que d'un univers féminin (il y a uniquement le mère libidineux, petit rôle complètement passif) ; elle évoque la drogue, la violence, la boulimie, les mauvais châtiments mais à aucun moment il n'est question de sexe. On contraire, la maternité est très présente, y compris par des utérus artificiels !

L'agancement des vignettes est très classique, on lit dans le sans occidental ; mais à chaque page, Mizuno ajoute en bas une description d'un élément de son univers, le plus souvent des objets ou des animaux ; se déploie alors devant nous tout un univers fantastique fait d'objets iconoclastes comme des doudous à vomi !!!!des emballages nounours de médicaments, des peluches, des poupées et toutes sortes de créatures hybrides comme les êtres cerveaux par exemple.



On a l'impression de vivre dans un univers de gadgets déjantés et très gores où les infirmières dévorent des animaux ou des os. Car, suite à l'exploration du monde d'en haut, les filles pourraient bien retrouver le monde de la viande et de la saucisse....

Une BD déjantée pour découvrir les deux facettes contradictoires du Japon d'aujourd'hui.

Repost 0
Published by Sylvie - dans Mangas
commenter cet article
7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 10:49

Prix Fémina, 2005

Les chutes

Editions Philippe Rey

L'un des plus gros succès critiques et public de l'un des écrivains américains les plus prolifiques. Une construction très classique, contant l'histoire d'une famille sur une trentaine d'années. Oeuvre assez différente des autres titres que j'ai lus de cette auteur, qui choisit cette fois-ci de traiter d'un scandale politico-social dans les années 70.

Mais le talent de Oates réside dans le fait qu'elle mêle savamment le drame intime, le pur drame romanesque à une fine analyse de la société de l'époque.
Tout d'abord, un pur mélodrame romantique: Ariah, une jeune fille de 19 ans part avec son mari en voyage de noces au bord des chutes du Niagara. Le matin, après une nuit de noces quelque peu perturbée, la jeune mariée découvre un mot de son mari...qui vient de se suicider, rongé par la culpabilité et attiré comme un zombi par les chutes maléfiques....

Quelques semaines après, elle se remarie avec Dick Burnaby, un brillant avocat, tombé amoureux d'elle alors que l'on recherchait le corps de son mari...

Mariage maudit par la désapprobation générale...Le couple vit un amour fou pendant quelques années...puis brusquement, le roman prend une toute autre tournure pour aborder un drame politico-social. Derrière le cadre touristique idyllique du Niagara, se cache une vallée industrielle très dynamique, l'un des fleurons national de la chimie.
Depuis quelques temps, les familles de ouvriers décèdent de cancers, de pneumonie...Une association se crée. L'élite économique et politique bien-pensante de la région prétexte l'alcoolisme et le tabagisme mais un jeune femme, dont l'enfant est mort, convainc Dick Burnaby, de défendre sa cause. Il découvre que dans la vallée, près des lotissements et d'une école, des déchets radioactifs sont enterrés...
Il part alors en croisade contre toute l'élite de la contrée et met à jour un réel scandale écologique et sanitaire ; mais à ses dépends, il devient la bête noire de toute la contrée. On l'accuse d'avoir une liaison avec la jeune ouvrière. Ariah, qui se désintéresse complètement des affaires de l'époque, le renie ; il meurt dans un accident de voiture, son corps tombe dans le Niagara. Deux ans plus tard, ces enfants démêleront le secret de sa mort....

Ariah, l'héroïne, fait penser à ces grandes romantiques du 19e siècle : jeune femme écervelée, névrosée, elle se réfugie ensuite dans son foyer, entourée de ses trois enfants. Héroïne instable, passionnée, uniquement intéressée par ses enfants et ses cours de piano, elle se réfugie dans son univers domestique, ne comprenant pas et se désintéressant complètement des engagements de son mari. Cette héroïne énerve le lecteur au plus haut point ; pour elle, Dieu l'a reniée ; la code raide du destin peut chuter à tout moment ; le nom des Burnaby est maudit. Les chutes du Niagara incarnent, pendant toute la longueur du récit, cette force du destin, ce torrent de vie contre lequel nous ne pouvons lutter.
Dick, quant à lui, incarne la résistance, à ses risques et périls....

Les chutes, physiques ou symboliques, sont le leitmotiv du roman : le suicide, la malédiction, la mort...Ce roman fait connaître cette région du Niagara méconnue en abordant son importance économique mais aussi toute son histoire symbolique : les grands mythes indiens, l'histoire chrétienne des apparitions de la vierge et des pèlerinages, les sacrifices et les suicides.
Elles incarnent le destin humain, ce qui fait que cette histoire devient universelle ; elle donne une ampleur éminemment romanesque et mélodramatique à cette histoire, frôlant parfois avec le fantastique : le texte regorge d'apparitions fantasmées ou nom (la rencontre de la veuve dans le cimetière, la vision des nageurs qui sont en fait des noyers, les voix des morts....)

Un roman de facture très classique, assez hypnotisant, mêlant drame intime et une analyse fine d'une société malade ; Oates de dénonce rien ; elle montre juste les méfaits du puritanisme et une société gangrènée par l'appât du gain. On appréciera son ton très ironique, qui n'hésite pas à se moquer de son personnage principal, en se jouant par exemple des clichés du cinéma mélodramatique.

Repost 0
30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 11:16

Prix Fémina et Prix Fnac 2004

Une vie française

Editions de l'Olivier, 2004

Il y a très longtemps que l'on me dit des choses élogieuses sur l'oeuvre de Jean-Paul Dubois. Pourtant, je n'avais encore ouvert aucun de ses livres. C'est désormais chose faite et quelle bonne surprise ! J'ai donc lu l'oeuvre qui l'a consacré autant chez les critiques que dans le public.

Il s'agit d'une formidable saga familiale qui relate quarante ans d'Histoire politique et sociale française entre l'avènement de la cinquième République et le deuxième mandat de Jacques Chirac. Émergence de la société de consommation, des Trente Glorieuses, euphorie économique puis désillusions et tragédies.

Tout cela est raconté à travers l'histoire d'un français moyen, Paul Blick et de sa famille, sur un ton tragi-comique. Études de sociologie non commencées ou non terminées en mai 68, petits boulots, mariage avec une fille de famille, père ou foyer....

Itinéraire d'un homme plus que moyen, un homme qui, faute de s'engager, cultive son jardin, et photographie les forêts et les insectes. Plutôt un anti-héros bien sympathique qui incarne la défaite française, la désillusion. Le destin de l'entreprise de piscines de sa belle-famille symbolise cette Histoire française ; plein essor sous les Trente Glorieuses puis dégraissage massif dans les années 80. Boom de la société de consommation et crise boursière soudaine.

La vie des gens est comme l'économie, nous semble nous dire Dubois. Illusions, richesses qui ne tiennent qu'à un fil.

L'arrière-plan très pessimiste du livre laisse toutefois place à une narration très humoristique, sous le signe de la comédie. Les fous rires sont nombreux, les souvenirs hilarants resteront nombreux : la palme revient au copain d'enfance de Paul, David Rochas, qui n'hésite pas à exercer ses prouesses sexuelles sur le rôti maternel dominical !!! Ou encore la mère de Paul, mitterrandienne convaincue, qui, au soir de sa vie, rêve que le vénéré président vient s'allonger nu à côté d'elle et qu'elle ne refuse à lui car il a les pieds froids !
Conflits entre une femme entrepreneuse vouant un culte à Adam Smith et un mari aux vieux réflexes gauchistes, révélations d'une amie sur ses incartades amoureuses avec un rabbin, épopée du photographe mondial des arbres contacté par Mitterrand pour le portraiturer devant les arbres du Morvan...L'histoire va à cent à l'heure, on s'identifie vraiment aux personnages.

Le ton comique cache un arrière plan très pessimiste et tragique. De très beaux passages sur la solitude et la perte des êtres chers au fil de la vie.

Assurément un très beau livre qui reste dans les mémoires.

Repost 0
29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 12:29

de MARGUERITE DURAS

L'Après-midi de Monsieur Andesmas

Editions Gallimard, "L'imaginaire", 1962

Ce texte, relativement peu connu de Marguerite Duras, a été réédité récemment pour le cinquantième anniversaire de la collection "L'imaginaire". C'est aussi une pièce radiophonique datant de 1965, interprétée par Charles Vanel et Maria Casarès, aujourd'hui disponible en "livre CD" chez Livraphone.

On retrouve dans ce court texte les grands thèmes de Duras : tout d'abord le décor marin puis la solitude, l'amour en échec, le dialogue...Mais ici, l'amour, la passion ne concernent plus seulement le couple d'amant mais aussi un surtout l'amour de son père pour son enfant...qui naît à la vie et qui rejoint son amant.

Ce récit est d'abord l'histoire d'une attente : celle d'un vieillard, Monsieur Andesmas, assis sur une chaise en rotin, devant la mer et le gouffre de lumière, devant la maison qu'il vient d'offrir à sa fille Valérie. En cette après-midi d'été, il attend l'architecte Michel Arc,  qui va être chargé de construire une terrasse sur ce terrain pour Valérie, devant la mer.

Mais Michel Arc ne vient pas...Monsieur Andesmas attend. Il attend jusqu'à ce que la nuit tombe. Au fil de son attente, le rejoindront un chien, une petite fille et une femme, respectivement fille et épouse de Michel Arc.
Car il se pourrait bien que Michel Arc soit en compagnie de Valérie, en bas sur la place du village, en train de danser...

Au rythme du vent, un air de musique, un refrain d'amour, monte jusqu'à la terrasse de Monsieur Andesmas. Une musique symbolisant la jeunesse et la joie, qui atteint de plein fouet la masse  vieillissante de Monsieur Andesmas.

Comme à son habitude, Duras dit beaucoup de choses, explore un ressenti en peu de mots. Une histoire épurée très rythmée : l'attente est scandée par les jeux d'ombres et de lumières et par les "effluves musicales" qui montent jusqu'à la terrasse.

Les deux visiteuses, antidotes à la solitude, apparaissent comme des ersatz de Valérie. A la fin, Madame Arc de Monsieur Andesmas dialogueront sur leurs deux amours perdus.

L'après-midi de Monsieur Andesmas

Duras dit le rien, l'attente, le chemin de l'ombre, les miroitements de lumière, les froissements du vent. L'immatériel, les petits riens de l'atmosphère contrastent avec la masse sombre du vieillard, tel un vieil arbre  condamné à rester prisonnier de la terre. Joie et solitude, envol et masse terrestre : cette ronde de contrastes joue la petite musique de la fin et de la naissance d'un autre amour.

Le couple d'amoureux n'est présent que dans la mémoire et les paroles des deux âmes esseulées ; ensemble, ils forment un choeur de solitude au sein de la nature flamboyante.

Magique. L'histoire de l'attente d'un vieillard, à l'écoute du frémissement du monde :

"L'écho de la voix enfantine flotte longtemps, insoluble, autour de M. Andesmas, puis aucun des sens éventuels qu'il aurait pu avoir n'étant revenu, il s'éloigne, s'efface, rejoint les miroitements divers, des milliers, suspendus dans le gouffre de lumière, devient l'un d'eux. Il disparaît. .....

L'impossibilité totale dans laquelle se trouve M. Andesmas de trouver quoi faire ou dire pour atténuer ne fût-ce qu'une seconde la cruauté et ce délire d'écoute, cette impossibilité même l'enchaîne à elle.
Il écoute comme elle, et pour elle, tout signe d'approche de la plate-forme. Il écoute tout, les remuements des branches les plus proches, leurs froissements entre elles, leurs bousculades, parfois, lorsque le vent augmente, les sourdes torsions des troncs des grands arbres, les sursauts de silence qui paralysent la forêt tout entière, et la reprise soudaine et enchaînée de son bruissement par le vent, les cris des chiens et des volailles au loin, les rires et les paroles cette distance confondus tous dans un seul discours, et les chants, et les chants.

Quand les lilas
...mon amour
Quand notre espoir...

Dans une perspective unique, ils écoutent tous deux. Ils écoutent aussi la douceur égorgée de ce chant."





Repost 0
23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 10:34

JAPON

Love and pop

Editions Picquier, 2009

Murakami Ryu, célèbre écrivain de la décadence urbaine du Japon (Les bébés de la consigne automatique) aborde ici un problème de société bien réel dans les villes japonaises : par l'intermédiaire de messageries téléphoniques, de jeunes adolescentes acceptent des rendez-vous avec des hommes plus âgées qu'elle, afin de se payer des produits de marque ; le roman relate ici la journée d'une jeune lycéenne, Hiromi, qui décide de s'acheter une bague en topaze ; elle va alors utiliser le téléphone d'une amie pour prendre des rendez-vous avec des hommes inconnus...

Murakami Ryu cherche à sonder les motivations d'une jeune fille, soumise aux lois de la société de consommation. Il ne cherche pas à condamner, il rappelle que la littérature n'a que faire des questions de moralité ; il est plutôt question de chercher l'humanité qui se cache derrière ces pratiques. Il est question de la recherche de l'autre derrière la quête de l'objet à la mode.

On appréciera une forme de récit innovante où l'auteur, telle à la manière d'Andy Warhol, produit un montage d'émissions de radio, de conversations téléphoniques et d'annonces publicitaires ; il s'agit de donner voix au Japon d'aujourd'hui sans aucun autre intermédiaire.

Loin d'être provocateur et vulgaire, ce récit est très émouvant car il cherche à percer l'humanité non seulement de la jeune fille mais aussi  celle de ces hommes qui recherchent une compagne : l'homme à la peluche, l'homme au tics langagiers....Il s'agit d'abord de sonder un Japon qui souhaite retourner dans le monde magique de l'enfance.

On sait que le Japon est exempt de morale judéo-chrétienne et donc de la culpabilité liée au sexe et que le temps de l'adolescence (à mettre en relation avec la fleur à peine éclose de la sakura, la fleur des cerisiers, emblème national au Japon) est une période mythifiée.
D'autre part, la civilisation du manga symbolise un désir de retourner dans le monde de l'enfance (ce qui est symbolisé par l'homme à la peluche dans le roman).

A lire pour comprendre le Japon d'aujourd'hui.

Repost 0
23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 09:37

D'ANNE-MARIE SCHWARZENBACH

Récit de voyage



Éditions Petit Bibliothèque Payot/Voyageurs

Anne-Marie Schwarzenbach (1908-1942) est, avec Ella Maillart et Alexandra David-Neel, l'une des plus célèbres "écrivaines" voyageuses. Sa forte personnalité supporte mal le milieu zurichois étriqué dont elle est originaire. Proche de la famille Mann, elle devient rapidement antifasciste. Mais plutôt que de s'engager, elle préfère voyager. Romancière et très intéressée par l'Histoire et l'archéologie, elle part pour un périple au Moyen-Orient en 1933-1934.
Ce titre est le récit de ses aventures.

Turquie, Syrie, Irak, Perse ; plus de 10 ans après la chute de l'Empire Ottoman, Anne-Marie Schwarzenbach  nous plonge dans l'Orient des archéologues (la Syrie et l'Irak sont sous mandat français et anglais après la chute de l'Empire Ottoman, ce qui favorise le développement des fouilles archéologiques) , l'Orient des ruines babyloniennes et héllénistiques, mais aussi dans le contexte géopolitique de l'Orient dans les années 30 : ressentiments vis-à-vis de l'ex-occupant turc, montée des nationalismes...

Le tout raconté dans une écriture à la fois très épurée et poétique qui magnifie les paysages de sable et de montagnes : description de levée et coucher du soleil, des tempêtes de sable etc...

Les sites archéologiques sont décrits, non par les yeux d'une spécialiste, mais surtout comme un vecteur de méditation visant à décrire le caractère d'un peuple, grandeur et décadence du peuple perse, par exemple.

Grâce à ce récit, nous découvrons la diversité des paysages de l'Orient (déserts, montagnes, zones marécageuses et portuaires le long de la Mer Caspienne, là où l'on pêche l'esturgeon) mais aussi et surtout sa diversité culturelle.

Alors que la Turquie divine son saint laïque ( Mustapha Kemal Ataturk) et interdit tout autre dévotion à des saints, Anne-Marie Schwarzenbach décrit l'Irak comme un pays de villes saintes, celui des saints chiites, les descendants du prophète Ali, martyrs de la foie, qui font de ces villes (Nadjaf, Kerbela, Kufa)  des cimetières à ciel ouvert et des citadelles fermées :

" En leur milieu s'élevait une coupole dorée dont la splendeur rayonnait de toutes parts. La ville avait pourtant quelque chose d'irréel; à la voir si blafarde à l'horizon, on eut été tenté de la croire habitée par des esprits plutôt que par des hommes, et le deuil éternel, raison de son existence, flottait comme un oriflamme dans le ciel trop pâle. A notre approche, les maisons et les rues prirent des contours plus précis. Devant les remparts s'étendaient des tombes, et rien ne faisait mieux comprendre cette ville que ce jardin des morts qui se nourrissait d'elle et qu'il fallait traverser pour atteindre le quartier des vivants"

Asie des bédouins, Asie de l'Islam,Asie des archéologues et des aventuriers, Asie des manoeuvres géopolitiques anglaises et françaises ; Anne-Marie Schwarzenbach nous fait découvrir une Asie riche en diversité et hypnotique.



A lire avant ou après le chef d'oeuvre de Nicolas Bouvier, L'usage du monde, écrit vingt ans après.

Repost 0
18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 22:22

Rentrée littéraire 2009

Hors champ

Editions Albin Michel

Sylvie Germain est pour moi l'une des plus grandes romancières françaises actuelles. Ses oeuvres mêlent le mythe et l'Histoire, le réel et le fantastique, le drame et l'onirisme.

J'ai lu tous ses premiers romans jusqu'à Magnus. Puis je viens de lire son dernier opus. J'ai noté une nette différence avec ses titres plus anciens.

Ici, Sylvie Germain quitte le terrain de l'Histoire pour se concentrer sur un très court laps de temps, une semaine. Nous sommes dans le présent le plus pur : Aurélien, est un "homme d'aujourd'hui" ; mais, de jour en jour, il devient invisible dans le regard des autres ; on n'entend plus sa voix au téléphone, on ne sent plus son parfum ; puis, un jour, ses proches ne se souviennent plus de lui...il devient alors complètement invisible...

Aurélien nous raconte sa propre histoire, celle de son effacement  ; parallèlement, sa sensibilité s'aiguise, ses souvenirs d'enfance ressurgissent ; il devient un être de ressenti.

Bien que Sylvie Germain évite toute mention de repère spatio-temporel ou de contexte sociopolitique, on ne peut s'empêcher d'y voir une parabole de la solitude contemporaine ; d'ailleurs, le parcours d'Aurélien croise de grandes figures solitaires : un SDF qu'il considère comme son frère d'infortune. Plus il disparaît aux yeux des autres, plus il compatît au sort des autres, plus il saisit leur pensée.

L'écriture est beaucoup plus limpide, plus simple que dans les grands romans tels Le livre des nuits ou Tobie des marais. Mais, par le recours au fantastique et surtout à des thèmes récurrents dans son oeuvre comme l'origine fabuleuse, mythique (Aurélien est né d'un père vaporeux, réduit au souvenir d'une odeur d'herbe et de tourbe chez la mère ; ses grands-parents ont eux-aussi disparu sans laisser de trace ; son frère est un mort vivant, accidenté de la route et ses amis sont des gens du spectacle, à l'identité incertaine), par le thème de l'évanescence, de la disparition, Sylvie Germain fait naître une atmosphère intemporelle, élevant ses personnages à la dimension d'un mythe universel. Aurélien incarne la figure du grand solitaire, de "l'abandonné". Le recours au fantastique est là pour souligner quelque chose de bien réel.

Dans ce roman, Sylvie Germain célèbre les personnages qui sont par définition évanescents, sans identité définie : les artistes saltimbanques, les exclus, les personnages de roman et aussi....le lecteur. Sylvie Germain met en scène ces "esprits" qui naviguent de peau en peau et rend le plus bel hommage qui soit au lecteur :

"Je suis un personnage composite, et de plus en plus arlequiné au fur et à mesure que je lis, arpente, explore de nouveaux livres....Je suis un personnage inconnu, inachevé, en évolution, ou plutôt en altération constante : métamorphose, anamorphose, paramorphose, tératomorphose, hagiomorphose, patamorphose...un arlequin en expansion et vibration continues, un transmutant incognito.Un simple lecteur.
Toute une vie de lecture devant moi, de rencontres de personnages d'encre et de vent pour doubler les rencontres de personnes de chair et de sang, les ourler d'une ombre dense et mouvante, les troubler à profusion. Et plus tard, dans la vieillesse, m'en défaire, ôter une à une toutes ces peaux d'encre et d'ombre, les oublier, sans les renier. Arlequin écorché, dépiauté, lumineux de nudité, comme un vieil ermite en fin de course sur la terre, délesté de tout, comme un vieux sage déposant tout son savoir pour s'épanouir dans un état de folie douce...."

Hors champ ou éloge de la métamorphose...

Repost 0
13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 17:18

TURQUIE

Le livre de ma grand-mère

Récit de vie

Editions de l'Aube, 2006

Alors que le génocide arménien n'est toujours pas reconnu officiellement par l'Etat Turc, voici le récit bouleversant de Fethiye Cetin, avocate turque, membre du comité exécutif pour les droits de l'homme et porte-parole du groupe d'étude des droits des minorités auprès du bareau d'Istanbul.

L'auteur relate la vie de sa grand-mère dont elle a découvert sur le tard l'origine arménienne : lors de la déportation de 1915, elle fut arrachée à sa famille et enlevée par un gendarme turque. Ce dernier, ne pouvant avoir d'enfant,  l'adopte mais officiellement, elle est une servante, convertie de force à l'islam . Plus tard, ell épouse un turc, le neveu de ses parents adoptifs. Des années plus tard, elle décide de révéler le secret à sa petite fille pour qu'elle retrouve sa famille arménienne, émigrée aux Etats-Unis.

Ce livre très sobre relate un événement peu connu de l'histoire arméno-turque : plutôt que de se concentrer sur les déportations, il décrit l'après-génocide, celui des transferts de population, les conversions puis l'immigration.

L'auteur décrit dans des scènes très belles l'amour et le respect qu'elle porte à sa grand-mère ainsi que le choc de se découvrir à la fois arménienne et turque, d'où le désir de retrouver sa famille cachée...

Bouleversant. A signaler que ce livre a un succès inattendu en Turquie.

Repost 0
13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 16:41

EDITIONS PLON, 2008

Tels des astres éteints

Ce titre de Léonora Miano est le seul qu'elle consacre aux "AfroEuropéens", le seul dont l'histoire se déroule en Europe, dans la ville de Paris que l'on devine, même si la ville n'est jamais nommée.

Miano met en scène le destin collectif des immigrants à travers trois personnages qui incarnent chacun un positionnement par rapport à leur passé et à la cause noire ; car, il s'agit bien de questionner la place de la couleur dans le monde, celle qu'on leur a imposée, celle par quoi les Africains sont définis.

Trois personnages donc : Amok, fils d'un "collaborateur camerounais" qui a fait affaire avec les blancs. A travers ce personnage, l'auteur pointe l'élite noire qui s'est mise à rêver des valeurs blanches en oubliant sa culture. Résultat : un fils qui rejette cette assimilation, qui sombre dans la dépression faute de souhaiter s'engager dans la cause noire.

A l'opposé, deux autres personnages, Shrapnel et Amandla, adeptes des mouvements nationalistes promouvant un retour aux origines, au passé d'avant l'esclavage. Alors que l'un souhaite rester en Europe pour fédérer le monde noir, le monde noir européen qui n'a pas encore d'identité avec l'américain, l'autre s'affilie au mouvement rasta et kémite, qui affirme que le peuple noir descend des pharaons.

Ces trois personnages s'interrogent sur l'identité noire des migrants, celle  des descendants d'esclaves qui n'ont pas d'Histoire. Ils vaquent entre le désespoir le plus profond et l'engagement nationaliste, voire intégriste.

Loin de souscrire à cette vision des choses, l'auteur en appelle au réveil individuel et à la capacité à se faire une place dans le monde ; en guise de conclusion "C'est à la couleur de connaître sa place".

Bien que ce livre soit très intéressant, très détaillé  sur la culture noire (référence au kémitisme, au rastafarisme, au jazz), il m'a beaucoup moins enthousiasmé que les trois autres romans de Miano.
D'un point de vue littéraire, chaque chapitre s'inspire d'un morceau de jazz. Mais je trouve que le style est trop militant, moins esthétique que dans les autres titres. On ne retrouve pas cette écriture incantatoire, telle une litanie, qui fait toute la force de l'écrivain.

Il n'en reste pas moins que c'est un roman essentiel sur l'identité des immigrés. Sujet brûlant d'actualité....

Repost 0