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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 20:47

RUSSIE



Editions du Seuil, 2009

Une très belle découverte au sein de la littérature russe contemporaine ! Alexandra Marinina, ex lieutenant de la police criminelle de Moscou et criminologue au Ministère de l'Intérieur a quitté ses fonctions pour se consacrer...aux romans policiers. Elle a vendu 35 millions d'exemplaires dans le monde.

Son dernier opus n'est pas un roman policier malgré une enquête menée à la façon d'un détective privé. Il s'agit d'un véritable feuilleton, d'une saga de plus de 700 pages qui conte la vie de plusieurs familles sur près de quarante ans de 1965 à 2000, du communisme triomphant à la Russie de Poutine en passant par la Perestroïka.

Le lecteur suit le parcours d'une foule de personnages mais l'intrigue est centrée sur trois protagonistes qui donnent au roman sa construction : le récit est constitué de gros chapitres qui font s'alterner le parcours de ces trois personnes ; Natalia, passionnée de cinéma, future réalisatrice de documentaires et de soap opéra. Igor, futur milicien et Rouslan, journaliste qui enquête sur la mort de son frère aîné. Mais l'enquête ne débute qu'à la moitié du roman.
Le parcours de ces trois personnages, complètement indépendants les uns des autres, se rapprochent au fur et à mesure sans être forcément très liés.

Ce qui intéresse Marinina, c'est la description réaliste de la vie de ses personnages, année par année et leur parcours psychologique. 
Amours, trahisons, jalousie, deuils, ambition...Les plus grands thèmes romanesques sont réunis pour créer un véritable feuilleton plein de fureur. La forme choisie donne la part belle aux dialogues ce qui renforce l'effet de réel. 
Nous nous identifions aux personnages et découvrons un mode de vie typique de la Russie communiste, la vie dans un appartement communautaire : Natacha, mère courage, s'occupe de sa mère, de sa soeur jalouse, de sa vieille voisine, de la fille de son premier amour. Ca se chamaille, ça se réconcilie au rythme des années. 

Avec en toile de fond les transformations de la Russie : apparition du capitalisme, médias et police corrompus autour de la course à la richesse, règlements de compte entre anciens du KGB....

Tout cela s'incarne dans des personnages hauts en couleur, très attachants que nous suivons au quotidien : Natacha bien sûr, Irina, sa fille adoptive, ex fille débauchée, future star de cinéma, Rouslan, qui voue sa vie à la réhabilitation de son frère, le surprenant Baktine qui cache une douloureuse histoire.

Car chacun des personnages cache un secret qu'il finiront par dévoiler, ce qui renforce leur épaisseur psychologique.

Certes, ce n'est pas d'une grande qualité littéraire. Mais c'est habilement construit. Des personnages que nous suivons au jour le jour, qui deviennent nos compagnons.

Vraiment très attachant !

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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 14:35


Editions Denoël, 2010

Olimpia

Céline Minard, auteur née en 1969, philosophe de formation, est assurément l'une des voix les plus originales de la littérature française d'aujourd'hui.
Remarquée par la critique en 2007 avec Le dernier monde, un récit métaphysique mâtiné de science-fiction où elle imagine qu'un cosmonaute revient sur terre et qu'il est le dernier des humains.
L'année dernière, elle publiait Bastard Battle, une épopée médiévale influencée par le cinéma d'arts martiaux et les mangas...

De quoi déjouer les reproches faits à la littérature française contemporaine, jugée minimaliste et nombriliste. Pour contrer tout cela, il y a Véronique Ovaldé et son imaginaire coloré, ses contes et Céline Minard avec sa langue truculente à mi chemin entre la préciosité et la crudité purement scatologique.

Comment faire un récit historique original ?
...En donnant la parole à Olimpia  Maidalchini qui fut l'éminence grise du pape Innocent X (portraituré magistralement par Velazquez et caricaturé quatre siècles plus tard par Francis Bacon) qu'elle contribua à placer sur le trône pontifical au XVIIe siècle. Surnommée la papesse, la putain de pape ou vampiria, elle dirigea les affaires du Vatican pendant plus de dix ans, jusqu'en 1655. Le nouveau pape la chasse ...Olimpia jure de se venger sur Rome...

En exergue du court récit (90 pages), Céline Minard cite une phrase de Marcel Schwob dans Les Vies imaginaires, "la science historique nous laisse dans l'incertitude sur les individus" Quoi de mieux que de donner la parole à la source même !




Olimpia parle, vocifère, fulmine...Dans un flux verbal majestueux, précieux et baroque, d'une crudité absolue, telle une erynie antique, la courtisane jure de mener Rome à sa perte. Cette dernière, terreau de la débauche, sera anéantie par la peste. Elle en appelle également à la furie des eaux, au débordement du Tibre. Elle s'imagine telle une ogresse dévorant en barbecue tous ces nobles décatis, libidineux.



Sur un ton épique, Céline Minard renoue avec une langue généreuse, une verve truculente.
En deuxième partie, le récit à la troisième personne ; l'auteur, dans une belle langue classique, nous raconte objectivement la vie de la courtisane, belle-soeur d'Innocent X.

Un récit historique à deux voix, raconté par le personnage et par l'auteur, une belle réflexion sur le pouvoir et un point de vue sur la Rome du XVIIe siècle, qui a vu s'ériger ses palais et la place Navone.

Quelques extraits...

" Je lui brûlerais les doigts les doigts de pied, je lui donnerai autant de coups au foie qu'il a de poils de barbe, je lui mettrai les poucettes, la barre de fer rouge au cul, le ferai bouffer des rats, les sourcils arrachés, les anathèmes sur sa tête, la peste, la peste soit de sa race de barbarie, ...qu'elle les couvre de bleus, les gonfle, qu'elle les couvre et qu'il en sorte les nains monstrueux qu'ils renferment, gibeux, les gueules torves, les pieds dedans, les genoux cagneux, les os claquant ...la volition pourrie par le socle, le marbre antique changé en fromage fondu puant vermineux, omnia foetida, que ces rejetons les crèvent en leur sortant du ventre et qu'ils crèvent à leur tour, que la peste les broie, les meule, les perce, qu'ils jettent leur dernier souffle en un pet par le cul en ensemble et qu'ainsi Rome en tremble

"Que Minerve s'abatte sur vos têtes molles, bougres foutus stronzo de nobles ! Double crème de sperme et cloaque, capuccini de pisse sur jus de chiasse ! "

«Ta dépouille difforme et gonflée, noircie, liquéfiée par trois jours de putréfaction dans une cave à fromage, ton corps déserté rentré dans sa bière à coups de poings par une bande d’ivrognes détruits et hilares n’est que l’ordre des choses, le revers du pouvoir, le carnaval, l’exutoire. Aux vivants la gloire, aux crevés la fosse.»


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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 12:10

BD


A la folie

Editions Futuropolis, 2009

Un album de BD raconté à deux voix, un homme, une femme ; assis sur leur canapé, ils racontent au lecteur, à tour de rôle, leur rencontre, leur mariage, leur vie quotidienne. Puis un jour le premier coup tombe...Une simple dispute et c'est l'escalade de la violence...

Sylvain Ricard (texte) et James (dessin) choisissent à chaque fois de donner la parole à la femme et à l'homme. Chaque épisode est justement entrecoupé de poses où s'expriment les avis de chacun.

Une femme partagée entre son amour pour son mari et l'envie de se confier à son entourage (sa meilleure amie, sa mère) et de porter plainte ; là encore, le cheminement décrit se fait au plus près de la réalité : visite chez le médecin, rapport de la police, convocation du mari.

Amour, remords, incompréhension, regrets...Tous les sentiments sont examinés à la loupe.

A la folie - Extrait

James choisit de représenter ses personnages avec des visages d'animaux : chiens, canards. Non pour décrire l'animalité qu'il y a en nous mais sans doute pour éviter de caractériser trop les personnes qu'il décrits.

Nous sommes dans un milieu bourgeois, la femme ne travaille pas, l'homme occupe un poste important en entreprise. D'ailleurs, Sylvain Ricard fait un rapprochement flagrant entre le monde compétitif de l'entreprise et l'idée d'un homme dominant à la maison. Stress au travail, idée de "dégommer" son collègue pour prendre sa place...

Bien sûr, notre sympathie va plus vers l'épouse mais les auteurs évitent tout manichéisme outrancier en donnant le droit de parole à l'homme : son incompréhension lorsqu'il reçoit la convocation de la préfecture de police, sa solitude lorsqu'il découvre que sa femme est partie et sans doute son amour réel...mais contrebalancé par sa conception du travail vu comme lutte et compétition acharnée...

Le récit évite toute dramatisation outrancière ; il s'en tient aux faits et au ressenti des personnages.

Très intéressant.

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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 17:32

GRANDE-BRETAGNE

Comment peindre un homme mort

Editions Christian Bourgois, 2010

Sarah Hall, jeune auteur britannique, avait été remarquée par la critique en France en 2004 avec la parution du Michel Ange électrique, le portrait passionné d'un tatoueur professionnel qui tombait amoureux d'une artiste de cirque, souhaitant qu'on lui tatoue tout le corps...Passionnante plongée dans l'univers de l'art des rues.

Avec Comment peindre un homme mort, la jeune écrivain renoue avec le monde de l'art avec un récit à quatre voix de quatre destins croisés. Le point commun de ces vies qui vont se rejoindre à un moment donné : le rapport à l'art. Un vieux peintre italien, malade, vivant en solitaire avec sa servante dans sa maison de campagne ; ses motifs favoris sont les bouteilles. Il incarne la tradition, la peinture de la réalité. Il y a ensuite, Susan, photographe, qui vient de perdre son frère jumeau.
Puis vient Peter, artiste à la marge, vivant au milieu de sa famille mais toujours prêt à un scandale.
Enfin, Annette, la petite fleuriste aveugle, qui apprivoise tous ses sens et est aussi passionnée par le dessin.

Quatre personnages, quatre chapitres qui s'entremêlent : " La crise du miroir(Susan), Le journal aux bouteilles (le peintre), Le fou sur la colline(Peter) et
La vision divine d'Annette Tambroni.

A chaque fois, on passe du monde anglo-saxon au monde méditerranéen, de l'Angleterre à l'Italie.

Les histoires et les personnages se dévoilent peu à peu ; il n'y a pas d'indications temporelles, c'est à nous de déduire cela.
Si, au début, le lecteur est complètement désorienté et ne comprend pas les rapports entre les personnages, il doit persévérer car le jeu en vaut la chandelle ; l'écriture magnifique mêle l'intimité des personnages à des descriptions splendides de paysages ; tout est dans la sensation, le ressenti.

Les différents personnages se sont à un moment influencés ; mais là n'est pas l'essentiel ; il s'agit d'examiner très subtilement notre attitude face à la mort et à la vie, ces "serre-livres sanguinolents" : comment apprivoiser une terreur, une peur, une angoisse : ce livre interroge notre vie et sa fragilité première, le fait d'être au monde et de devoir faire face à la bête, au mal : la mort pour le peintre italien, la cécité pour Annette, la douleur physique et morale suite à un accident pour Peter, le deuil pour Susan.

Au centre de tout ça, l'image, celle des bouteilles ou de la Bestia, cette allégorie qu'Annette se figure, quittant le tableau de l'Eglise, et la poursuivant, ombre menaçante.

Vanités, chagrin puis peur et terreur : des parcours initiatique pour voir au delà.

Les plus beaux récits sont sans doute celui de Peter, qui voit rédéfiler son passé suite à une mauvaise chute, alors que son pieds est coincé sous un rocher et celui d'Annette, qui apprivoise ses sensations olfactives et tactiles (magnifiques descriptions de fleurs et sensations méditerranéennes) mais qui est tout à coup poursuivie par la Bestia, image de toutes ses peurs face à la cécité. Face à la terreur, Annette verra au-delà.

Oeuvre qui se laisse apprivoiser petit à petit, remarquablement maîtrisée.

"
Annette voit tout cela et elle voit au-delà. Elle voit au travers du monde solide fait de briques, de pieds de chaises et de poteaux télégraphiques, à travers la pesante substance des maisons et le corps des arbres, et il y a derrière chacun une petite lueur, un tison qui palpite. Une émeraude brille à côté du cyprès, les nuages miroitent d'une luminescence de nacre. Les spirales de fer du portail renferment l'esprit orange de la fonderie."

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 18:43

MANGA



Editions Delcourt, 2009

Sélectionné au Festival de la bande dessinée d'Angoulème, ce manga a le mérite de questionner le sens de notre vie quotidienne dans notre monde contemporain. Il est question de choix de vie, du sens de notre vie. Chacun de nous pourra s'identifier à ce parcours de vie atypique.

Le héros est un "Monsieur Tout le monde" qui voit tout à coup sa vie basculer : incapable de savoir faire marcher un ordinateur, il est viré de sa boîte. En rentrant chez lui, il découvre que sa famille a décidé de couper les ponts avec lui : abonnement téléphonique coupé, compte en banque vidé.

Il fuit, se réfugie dans son village natal et décide d'en finir. Mais la corde au cou se casse. Il n'est pas mort...et il décide de vivre.

Il devient un Robinson Crusoé volontaire vivant dans les bois dans une cabane. Un beau jour, il rencontre une jeune femme qui a elle-aussi envie d'en finir. Il la sauve, résiste tout d'abord à ses avances ...puis ensemble, ils reconstruisent quelque chose, loin de l'enfer urbain. ..





Le dénouement évite tout happy end et questionne justement les limites de ce choix de vie. Le graphisme colle au plus près des personnages qui sont en état de doutes perpétuels. On appréciera également les beaux dessins de paysages naturels.

A découvrir.

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Published by Sylvie - dans Mangas
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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 12:28

RECIT DE VOYAGE (1943-1945)

La voie cruelle

Editions Petite Bibliothèque Payot, Voyageurs

La voie cruelle est un récit de voyage majeur qui met en scène deux grandes voyageuses mythiques du XXe siècle : l'auteur, Ella Maillart, sportive, photographe et journaliste et sa compatriote suisse, Annemarie Schwarzenbach, écrivain, journaliste, archéologue, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale en 1949 (voir sur le blog, Hiver au Proche-Orient)

L'une est robuste, recherche la sérénité, la paix intérieure ; l'autre, Annemarie Schwarzenbach, a choisi la voie cruelle décrite par Thomas Mann dans La montagne magique: "
La vie peut s'accomplir sur deux chemins; l'un est ordinaire, simple et direct. L'autre est pénible, il conduit au-delà de la mort, et c'est la voie géniale" La souffrance de Christina était-elle miraculeuse au point de mener au-delà de l'intellect, quoique combiné par lui? Je n'étais sure que d'une chose : elle était dans l'erreur lorsqu'elle s'identifiait à un être obsédé par la crainte".

A bord d'une Ford, elles vont parcourir ensemble la route de la Suisse vers l'Afghanistan. Eilla Maillart cherche à aider sa compatriote, à lui faire oublier la drogue et son éternelle souffrance ; à rechercher son "centre" (Emerson), son âme, son identité.
Mais à l'issue du voyage à Kaboul, leur chemin se séparera : Ella, désintéressée par l'engagement dans la guerre, préférera restée en Inde ; Christina (le pseudonyme de Annemarie dans le livre) repartira en Suisse pour s'engager. Deux ans plus tard, Ella reçoit une lettre (Christina est morte à 36 ans d'une hémorragie cérébrale suite à chute de vélo.

Elle se met à écrire le récit de leur périple : livre hommage, aventure intérieure et formidable panorama de l'Asie centrale dans les année 30, qui commence à être dénaturée par l'occidentalisation forcée des dirigeants iraniens et afghans. Les portes d'entrée sont multiples...

Un seul regret : une écriture souvent fourmillant de détails, beaucoup moins lyrique et poétique que celle de sa consoeur Annemarie. Il est souvent difficile suivre même si elle s'efforce de décrire la magie des paysages ; mais le texte est beaucoup moins littéraire qu'il pourrait être.

Le récit montre toute sa richesse lorsque Ella Maillart nous livre le fonds de sa pensée : tout d'abord, son combat acharné pour sauver sa consoeur des affres de la souffrance ; le cri d'Annemarie : "Laissez-moi souffrir" ; une très belle amitié qui va au delà du raisonnable ; "vous m'étonnez, je ne comprends pas comment vous m'aimez ...je ne sais pas..Je vois très clairement quelque chose de grand en vous"

Il s'agit avant tout d'un voyage intérieur, d'une quête initiatique, de comprendre que la vraie vie est en nous, dans notre identité et non dans les affres du monde extérieur.

"
Je sais que mes difficultés de maladies, tristesse, catastrophes et vie gâchée vous ont tourmentée tandis qu'elle me tuaient presque. Il est curieux qu'il m'ait fallu cette double expérience, ;la réclusion et la révolte psychologique parce que je me croyais victime d'un amour sans solution, et que tout mon espoir était de pouvoir partir pour la guerre (sacrifice que je croyais juste et noble, ma contribution à cette réalité en dehors de nous), pour que je comprenne que nos relations avec le monde doivent s'établir dans un domaine infiniment plus vrai, invulnérable, qui est celui de l'âme..Malgré sa bonne ou mauvaise fortune extérieure, notre âme reste pure, et de même le meilleur de notre volonté et de notre foi...

Tout ce qui me restait à faire, c'était donc de trouver le moyen de ne pas être blessée par cette puissance hasardeuse du monde extérieur. Car si je peux être tuée par les hommes comme par la faim ou par une pierre, cela ne touche quand même pas à ce que je porte en moi d'éternel. Et nous sommes quand même nés libres, en dehors de toute loi de ce monde"

Très intéressant également, d'un point de vue historique, l'analyse faite de l'occidentalisation forcée des années 30 en Iran et en Afghanistan, voulue par les gouvernements autocratiques. Ainsi, Maillart s'insurge contre les transformations des paysans afghans en ouvriers d'usine, soumis à l'industrialisation et à la machinisation, conçue par l'Occident comme la seule voix au progrès. Le récit prend alors des allures de pamphlet polémique lorsque l'écrivain en va même à s'insurger contre la scolarisation en masse ; reprenant les propos de Tolstoï dans Guerre et paix, elle fustige les vanités du savoir : "
Avec le développement de l'éducation, nos idées vont continuer à se répandre. Cela viendra en aide au jeune homme qui veut devenir indépendant. Mais notre éducation est une dangereuse émancipatrice : elle divise, elle enseigne la critique et le jeune homme croira en savoir suffisamment pour juger. il augmentera les rangs de petits Prométhée, il se sentira bientôt isolé et se débattra sans une solitude inéluctable"

Eilla Maillart se fait le chantre du pastoralisme afghan, de la richesse et de la paix intérieure , qu'elle recherche justement dans ces contrées encore épargnées par le matérialisme. Son but est de fuir cette Europe malade de sa richesse, qui s'enfonce dans la guerre. C'est pourquoi elle choisit délibérément de ne pas retourner dans la poudrière européenne de 1940 et de rester en Inde pour trouver sa véritable voix intérieure.

Enfin, ce récit de voyage est une belle apologie de l'Afghanistan, ce pays farouche et fier, qui a repoussé de multiples invasions. point culminant du récit, la visite des monastères bouddhistes et des statues de Bamiyan, ces bouddhas mitraillés par les Talibans en 2001. On y admire un pays calme et fier de ses richesses architecturale, berceau de l'expansion du bouddhisme, conquis par les musulmans au IXe siècle après deux cents ans d'échec...Immersion dans un pays, à mille lieux de l'image véhiculée par les médias...

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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 16:50

AFRIQUE DU SUD

Une Saison blanche et sèche

Editions Stock, 1979

André Brink est l'une des grandes figures de la littérature sud-africaine. D'origine afrikaner (descendants des colons hollandais, principaux instigateurs de l'apartheid), il fait des études en France et découvre très tôt l'iniquité du système de l'apartheid.

En s'attaquant de front à l'élite blanche du pays, Une saison blanche et sèche fut interdit de publication dès sa sortie. Un récit poignant, quasi journalistique, racontant l'engagement d'un homme blanc pour comprendre la mort de son jardinier noir, a priori tué par les services de sécurité.

Ben du Toit est un professeur d'Histoire sans "histoire" ; marié et père de deux filles, sans grande ambition, il se contente de ce qu'il a. Prônant la discrétion, il cultive son jardin. Jusqu'au jour où sa vie va basculer.
Jonathan, le fils de Gordon, son jardinier noir, est arrêté par la police lors des émeutes de Soweto. Gordon s'insurge contre les autorités en découvrant que son fils est sans doute mort sous la torture.
Puis c'est au tour de Gordon d'être arrêté par la police de sûreté. C'est alors que Ben du Toit sort de sa réserve habituelle et enquête lui-même auprès de la police...quelques jours plus tard, on apprend que Gordon s'est suicidé.
Persuadé qu'il s'agit d'un mensonge et que Gordon a été assassiné, Ben s'engage pour découvrir la vérité. Il est à son tour persécuté par les autorités...

Un beau récit de l'engagement d'un homme blanc pour défendre la cause noire. L'homme solitaire devient un fervent humaniste. André Brink s'inspire d'Albert Camus, qu'il cite plusieurs fois dans son roman ; ayant étudié en France dans les années 60 à la Sorbonne, il est fortement influencé par l'idée d'engagement.

Le personnage de Ben du Toit n'est pas sans évoquerla figure du héros camusien ; à mesure qu'il marche sur le chemin de la solidarité, il devient un homme de plus en plus solitaire qui se coupe de son milieu d'origine. Ce dernier, d'ailleurs, l'ostracise et le punit de l'avoir trahi. Sa famille, ses collègues et l'Etat le condamnent.

Le système narratif du roman est intéressant ; le narrateur est un écrivain à succès, spécialiste des romans à l'eau de rose, qui reçoit en testament les écrits intimes de Ben ; il publie au grand jour l'histoire de son ami pour défendre ses idées et est à son tour menaçé..;On ne peut qu'y voir le double d'André Brink qui publie des histoires critiquant l'Etat Sud-Africain.

Mais Brink évite tout manichéisme : Ben du Toit est aussi attaqué à la fin par la société noire qui l'identifie d'abord à un ennemi blanc. D'autre part, la société blanche n'est pas monolithique : on note bien la différence entre les afrikaners conservateurs et les anglophones, plus libéraux, qui à l'étranger et par l'intermédiaire de la presse, dénonce les abus des anciens boers.

Brink réussit avec talent à mêler destin individuel et collectif en focalisant son point de vue sur la descente aux enfers d'un blanc qui découvre la vérité sur son pays ; le récit, social et politique, évolue vers une sorte de thriller où les pouvoirs en place mènent une véritable chasse à l'homme. A noter également l'importance des personnages secondaires comme Stanley, le conducteur de taxi noir à la marge, vivant de petits trafics, apportant une dose d'humour au roman.

Mes bifurcations

A noter qu'André Brink vient de publier ses Mémoires, Mes bifurcations, qui illustrent son destin d'Afrikaner rebelle.

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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 12:40

ANGLETERRE- 1902




Editions Gallimard, L'imaginaire

Un récit culte que je souhaitais lire depuis des années ; c'est chose faite. Un avis partagé : pas un réel coup de coeur mais un intérêt certain pour la technique de narration et le pouvoir de suggestion incontestable du roman. L'occasion aussi de se faire un avis sur un "roman colonial" qui considère  l'Afrique comme un un espace sauvage, une jungle profonde, lieu de la magie et de l'ensorcellement.

L'intrigue est simple (l'auteur s'inspire de sa propre expérience de marin sur le fleuve Congo) : un soir, dans le port de Londres, sur un bateau à quai, le capitaine de marine marchande Marlow raconte son aventure de capitaine "d'eau douce" sur le fleuve Congo dans l'Afrique sauvage : il est chargé par la Compagnie du fleuve de ramener le capitaine Kurtz qui a sombré peu à peu dans la folie après s'être voué corps et âme à la conquête de l'ivoire.

Commence alors un long voyage dans les ténèbres. Mais les ténèbres ne sont pas à prendre au premier degré ; il ne s'agit pas des "sauvages" d'Afrique qui épient les occidentaux sur les rives du fleuve ; il s'agit des ténèbres intérieures de l'homme. Conrad scrute les dérives du colonialisme sur l'âme humaine ; Kurtza renoué avec la sauvagerie originelle, celle de l'homme primitif. Il ne connaît plus de limites, ni de lois. Au fond de lui-même, dans ses ténèbres, il ne trouve que le néant et l'horreur (ses derniers mots avant de mourir). D'ailleurs, le titre anglais est Heart of Darkness, Coeur de ténèbres, qui désigne bien l'âme damnée et nom le lieu "Au coeur" de la jungle ténébreuse.

Il est vrai que Conrad n'accorde la moindre psychologie à un personnage africain. D'ailleurs, ils sont toujours représentés comme une horde dans la jungle qui épient sur la rive du Congo. Le peuple africain apparaît sous forme de cris, de frôlements, de bruits de sagaies mais jamais avec la parole. 

Le but n'est pas à proprement parlé de condamner l'esclavage mais de faire un portrait à charge des colonialistes qui plongent dans le continent noir pour faire corps avec la sauvagerie des temps anciens, où aucune loi ne vient freiner les fantasmes les plus veules.

On retiendra la magie de la narration où Marlow avoue à son auditoire son incapacité à raconter un rêve éveillé. Pourtant, ce récit est d'un rare pouvoir suggestif ; le capitaine Kurtz n'apparaît qu'à la fin mais tout le récit est imprégné de sa présence magnétique. De même, les Africains ne sont que des ombres, des fantômes cachés derrière la végétation de la jungle mais ils sont évoqués avec leurs cris, leurs regards; Au lecteur de faire son propre spectacle....

Au fur et à mesure de la descente du fleuve, le narrateur Marlow est happé par le magnétisme de Kurtz ; en voyant et en entendant les rumeurs de la jungle, il est hypnotisé par le pouvoir de la sauvagerie, personnifiée telle une déesse démoniaque. Lui-même se prend au jeu du retour aux temps primitifs, à l'hypnotisme de la sauvagerie....
 
" La terre en cet endroit n'avait pas l'air terrestre. Nous sommes habitués à considérer la forme entravée d'un monstre asservi ; mais là on découvrait le monstre en liberté. Il était surnaturel et les hommes étaient...Non, ils n'étaient pas inhumains. Voyez-vous, c'est là le pire, ce soupçon qu'on avait qu'ils n'étaient pas inhumains. On y arrivait petit à petit : Sans doute, ils hurlaient, bondissaient, tournaient sur eux-mêmes, faisaient d'affreuses grimaces, mais ce qui saisissait, c'est le sentiment qu'on avait de leur humanité pareille à la nôtre, la pensée de notre lointaine affinité avec cette violence sauvage et passionnée. -Vilain, certes, c'était assez vilain. ..Mais pour peu qu'on en eût le courage, il fallait bien convenir qu'on avait en soi une sorte d'indéfinissable velléité de répondre à la directe sincérité de ce vacarme, l'impression confuse qu'il s'y cachait un sens que vous étiez, vous si loin de la nuit des âges, capable de comprendre..Et pourquoi pas ! L'esprit de l'homme contient tous les possibles, parce que tout est en lui, tout le passé comme tout l'avenir. Qu'y avait-il là-dedans, après tout ? Joie, frayeur, douleur, vénération, courage, colère, qui saurait le dire ?  De la vérité en tout cas, de la vérité dépouillée des oripeaux du temps

"La sauvagerie l'avait caressé sur la tête et celle-ci était devenue pareille à une boule, à une boule d'ivoire. ..Elle l'avait caressé, et il s'était flétri ; elle l'avait saisi, aimé, étreint, elle s'était glissée dans ses veines, elle avait consumé sa chair et avait scellé son âme à la sienne par les indicibles sacrements de je ne sais quelle initiation diabolique...

...Vous ne pouvez pas comprendre...Et comment comprendriez vous, vous qui sentez le pavé humide sous vos pieds, entourés que vous êtes de voisins obligeants, prêts à vous applaudir ou à vous tomber dessus, vous qui cheminez délicatement entre le boucher et le policeman, dans la sainte terreur du scandale des galères et de l'asile d'aliénés ; comment imagineriez-vous cette région des premiers âges où ses pas désentravés peuvent entraîner un homme, à la faveur de la solitude absolue, de la solitude, sans policeman ! à force de silence, de ce silence total où le murmure d'aucun voisin bien intentionné ne se fait l'écho de ce que les autres pensent de vous ...C'est de ces petites choses-là qu'est faite la grande différence ...Qu'elles disparaissent et vous aurez à faire fond sur votre propre vertu, sur votre propre aptitude à la fidélité



A lire le très bon article sur ww.sielec.com (Société Internationale d'Etudes des Littératures de l'Ere Coloniale.).

Quant au lecteur, il suit l'itinéraire de Marlow ; sceptique au début puis de plus en plus hypnotisé...

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 19:47

JAPON-GRAND PRIX DE LITERRATURE POLICIERE

Ikebukuro west gate park - Ikebukuro west gate park, T1

Editions Philippe Picquier, 2005

Véritable phénomène de société, ces nouvelles policières ont connu un succès sans précédent : nombreux prix littéraires, puis adaptation en manga et en drama (série TV japonaise).

Plus qu'un polar, cette oeuvre est une fine analyse de la jeunesse japonaise en pleine déliquescence ; refusant la société japonaise traditionnelle, les jeunes désoeuvrés quittent tôt l'école (refusant le modèle du salarié qui passe sa vie au travail sans se révolter) et vaquent dans les rues ; Ikebukuro est un quartier chaud, branché de Tokyo : magasins de jeux vidéos, salons de massage, bars de rencontres, hôtels de luxe. Le West Gate park est le lieu de rencontre de cette jeunesse qui traînasse et qui drague.

La police n'y met jamais les pieds, c'est le territoire de prédilection des jeunes, des amoureux, des bandes (Les G-Boys) et des yakusas.
Au milieu de tout ça, le héros, Monsieur tout le monde redresseur de tords, Makoto, jeune garçon ayant quitté le lycée et vendant des fruits et légumes dans la petite épicerie de sa mère, parcourt les rues d'Ikebukuro. Il marche en dehors de tous groupes que ce soit les G Boys ou les yakusas. Mais il connaît quelques uns de leurs membres, ce qui lui permet de s'infiltrer partout.

Il commence à enquêter le jour où l'une de ses amies est retrouvée étranglée. Prostitution, drogue, guerre des gangs ; chaque nouvelle aborde un problème de la jeunesse actuelle. A chaque fois, notre héros évolue et gagne ses galons ; fidèle en amitié et loyal, il souhaite toujours rendre service à ses amis : sauver un travailleur clandestin ders griffes de la mafia, ramener la paix dans la rue, tel est son but.

La police et les autorités en prennent pour leur grade : Makoto s'entoure de sa bande de copains pour redresser les tords et enquêter dans les bas fonds.

Une écriture fluide, spontanée, faite d'instantanés, qui épouse les flux de pensée du héros ; ce dernier s'improvise chroniqueur alors qu'il n'écrit jamais !

Des nouvelles divertissantes qui nous font découvrir l'envers du Japon triomphant : de jeunes filles se prostituant pour acheter des vêtements de marque, trafics de drogues, tueurs névrosés...

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 19:08

Editions de L'Olivier, 2009

Ce que je sais de Vera Candida

Prix France Télévision

Véronique Ovaldé a incontestablement le vent en poupe. Après le Prix France Culture-Télérama pour Et mon coeur transparent, elle obtient un grand succès pour son dernier opus lors de la rentrée littéraire.

Il est vrai que c'est une voix à part dans la littérature française d'aujourd'hui ; fuyant l'autofiction, elle privilégie la fantaisie, l'humour, voire le fantastique en nous contant des aventures pleines de peps.

Ce que je sais...fait référence à une dynastie d'amazones sur une île perdue d'Amérique du Sud, Vatapuna. Une grand-mère, Rosemarie, pute reconvertie, devenue pêcheuse de poissons volants, se fait faire un enfant par Jéronimo, un escroc charmeur. Naît Violetta, enfant un peu attardée qui lève un peu trop ses jupons. Vera Candida, recueillie par sa grand-mère, accouche aussi d'une fille, mais veut rompre la malédiction ; elle quitte sa grand-mère pour rejoindre le continent. Elle échoue au couvent des Morues, tenu par une ancienne nazie, travaille dans une usine de paniers repas et trouvera enfin l'amour avec un beau journaliste....

Ce conte sud-américain se déroule très rapidement sur au moins quatre décennies ; c'est une ode aux femmes et à la maternité ; les hommes ne sont que d'infâmes ogres. Seule émerge la figure de l'amoureux de Vera Candida, figure du dévouement et de l'amour absolu.

Sous ses allures de conte fantaisiste, ce roman plonge dans la cruauté du monde (viols, incestes...) et aborde les grandes questions existentielles comme la transmission, l'éducation ou la mort. Véronique Ovaldé aborde de véritables destins de femmes fortes sous la forme d'épopée. Certains évoquent l'influence d'Almodovar.

Pour moi, il manque le côté fantastique de Et mon coeur transparent. Mais en choisissant d'aborder un destin de femmes sur toute une vie, l'auteur gagne sans aucun doute en épaisseur. De plus, la fin  est brillamment orchestrée avec un retournement de situation et un secret dévoilé qui donne au roman une gravité certaine.



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