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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 19:16

ETATS-UNIS /ALLEMAGNE (1971-1977)

 

Le nazi et le barbier

 

Editions Attila, 2010

 

Un grand merci au génial (petit) éditeur Attipla (douze titres depuis 2009) de nous avoir fait découvrir cet auteur presque méconnu en France, véritable phénomène de société aux Etats-Unis et en Allemagne.

 

Né en 1926, Edgar Hilsenrath est un rescapé des ghettos juifs d'Ukraine. Il se réfugie ensuite aux USA où il publie son oeuvre iconoclaste. Fuck america, tout d'abord, récit picaresque d'un looser juif new-yorkais, héritier de Fante et Buckowski.

 

Son oeuvre la plus connue, Le nazi et le barbier, a d'abord été éditée aux USA en 1971 ; elle remporta un succès considérable avant de faire scandale que sept ans plus tard en Allemagne. Il faut dire qu'il y avait de quoi ! Donner la parole à un ex SS, qui plus est sous une forme humoristique, en a choqué plus d'un...

 

Jugez-en plutôt par le personnage qui raconte son histoire : Max Schulz, "fils illégitime mais aryen pure souche", naît le même jour que son petit voisin, Itzig Finkenstein. C'est tout juste s'il ne se fait pas circoncire ! Toujours est-il qu'il passe toute son enfance entre un beau-père violent et violeur, et le salon de coiffure Finkenstein où il apprend les rudiments de la coiffure...et les bonnes traditions juives !

Arrive la montée du nazisme ; par opportunité plus que par conviction, il adhère au national-socialisme et devient SS (plus que brillant !) dans un camp en Pologne. Il fuit dans la forêt polonaise au moment de l'avancée de l'Armée Rouge. Seul dans Berlin, il se crée une nouvelle identité...Itzig Finkenstein, son meilleur ami, qu'il a lui-même tué dans les camps !

  

Et c'est parti pour une aventure picaresque rocambolesque de 1930 jusqu'aux années 70, de Berlin à Tel-Aviv. Car notre Itzig, alias Max Schulz émigre en Israël, devient juif orthodoxe extrémiste, membre d'un groupe terroriste et héros de la Guerre des Six Jours !

 

Sur 500 pages, Hilsenrath réalise un chef d'oeuvre irrévérencieux, une fable burlesque à la verve satirique, parvenant à nous rendre sympathique un "génocidaire".

Il se fait l'héritier des romans picaresques où les hommes de rien parcourent le monde en luttant contre les obstacles et en retombant toujours sur leurs deux pieds.

Tout le monde en prend pour son grade : la famille allemande traditionnelle, les nazis, les juifs orthodoxes.

Mais le sens du burlesque de l'auteur ne frise jamais la caricature. au contraire, il rend ses personnages attachants et sympathiques.

 

Présenté sous forme de roman-confession, bien avant La mort est mon métier et plus de trente ans avant Les bienveillantesde Jonathan Littell, Hilsenrath fait parler pour la première fois un bourreau qui devient le porte-parole des victimes.

 

Il est le premier et le seul à oser l'humour noir pour traiter de l'Holocauste et du génocide. A noter qu'il est aussi l'auteur du Conte de la pensée dernière, jugé comme étant le roman le plus réussi sur le génocide arménien, raconté sous forme de conte. Il reçut pour ce récit le Prix national arménien de littérature .

 

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 10:36

EDITIONS ACTES SUD, 2005

 

Denis Lachaud, né en 1964, est à la fois écrivain et metteur en scène (Compagnie théatralala). Depuis son premier roman, J'apprends l'allemand, publié en 1998, il conçoit une oeuvre romanesque exigeante sur les thèmes de l'enfance, de la quête de l'identité et de l'histoire familiale.

 

Le vrai est au coffre, roman à l'écriture limpide mais à la construction déstabilisante est un tour de force littéraire.

 

Comme à son habitude, Denis Lachaud fait parler de jeunes enfants et des adolescents. Ici, un enfant parle ; Tom a cinq ans, il vient de quitter Paris pour la banlieue, une cité très exactement, entre deux voies ferrées. Au début déstabilisé, Tom va y prendre goût ; le chemin de fer est un prétexte de déambulation qui nourrit ses rêveries. De plus, il se lie d'amitié avec Véronique, sa petite voisine. Ensemble, ils jouent à la poupée et vont même jusqu'à élever "leurs filles".

 

Mais, au moment de rentrer à la grande école, rien n'est plus pareil. Les grands le traitent de "tapette". C'est lors d'un séjour au ski que le destin de Tom va basculer...

 

L'identité sexuelle, la mort et la force de l'imaginaire sont des thèmes récurrents. Où s'arrête le réel ? Quand naît l'imaginaire ?

Denis Lachaud nous convie à un jeu de piste extraordinaire, tout en simplicité, tout en subtilité. Le lecteur vit de l'intérieur les émois, les interrogations de l'enfant, puis de l'adolescent. Tout est vu par son intermédiaire, par son regard si particulier, si subjectif.

 

Une vraie découverte littéraire à faire lire aux adolescents.

 

 

 

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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 22:44

Editions Anne Carrière, 2006

 

Le fou de Printzberg

 

On accuse la littérature française d'aujourd'hui, tournée vers l'autofiction, de manquer de fougue et d'imagination.

C'est sans compter Véronique Ovaldé et son univers fantasque et aussi, Stéphane Héaume, certes plus confidentiel.

Deux caractéristiques assez rares pour être soulignées dans son univers romanesque : l'aventure, l'onirisme, auxquels s'ajoute un magnifique univers visuel.

 

Sur la page d'accueil de son site, en exergue, une citation qui donne le ton  :  « Ne ligotons pas nos songes, n'étriquons pas notre destinée » d'Alexandre Arnoux  (1884 - 1973)

 

Ayant reçu le Prix Jean Giono et Emmanuel Roblès en 2003 pour son premier roman Le clos lothar, il a depuis signé quatre autres récits.

 

Le fou de Printzberg est à la fois un roman d'amour fou, un roman initiatique et un récit de voyage halluciné entre Grand Nord et Orient. Tragédie intemporelle, nous pourrions nous croire dans un conte cruel nordique ou encore dans une tragédie romantique où les passions sont exacerbées.

 

L'histoire nous est contée par Julien, qui reçoit une étrange lettre de son ancien ami, l'architecte Costa Cristo-Caron, à l'initiative de la construction d'une étrange station thermale construite dans les glaces de l'arctique.

Ce dernier vient de mourir ; sa dernière lettre lui intime de ramener sa femme, Altaléna, en Europe. Cette femme qui a quitté Julien pour Costa vingt ans plus tôt.

 

Il s'envole alors pour le Printzberg : il y rencontre l'étrange Baron Othon qui a financé le projet de la station, la belle sculptrice Altaléna et la mystérieuse servante sorcière, La Zlatow, puis  les trois pages tatoués et le psychologue de sa bien-aimée.

Comment est mort Costa ? Pourquoi la station n'a jamais ouvert ?

Tandis qu'une nuit sans fin s'abat subitement sur le Printzberg,Julien va entrer dans un univers onirique, labyrinthique dont il faudra percer les secrets. Tout se complique lorsqu'un navire chypriote s'échoue dans le grand nord...

 

Malgré quelques invraisemblances, le lecteur est happé par cette atmosphère féerique qui joue sur les contrastes d'ombres et de lumières (glace, grotte, galeries souterraines), de passion et de froid.

 

Stéphane Héaume nous livre un texte nourri à la fois de références littéraires (on pense tout de suite à Julien Gracq), musicales (la symphonie n°5 de Sibelius) et picturales.

Tous les personnages ont leur aura de mystère ; une intrigue romanesque à souhait, mélodramatique.

Un vrai rêve éveillé...

 

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 11:37

RUSSIE

 

 

Editions Verdier, 2010 - Ecrit de 1985 à 1989

 

Afin d'inaugurer l'année de la Russie en France, voici un livre surprenant d'un des auteurs contemporains russes les plus importants. Connu en France pour son roman La glace qui met en scène une "secte d'élus". Auteur controversé en Russie, chantre de la postmodernité, il porte un regard très critique sur le totalitarisme et rejette les valeurs morales et spirituelles qui ont forgé les XIX et XXe siècles.

 

Ce roman, écrit il y a vingt ans, est un véritable coup de poing !

Il s'agit, sur 700 pages, d'un récit d'apprentissage d'un jeune homme Roman, ayant fait ses études de droit dans la capitale à Moscou et revenant au foyer familial dans les terres rurales traditionnelles russes.

Sans aucun repère temporel, le lecteur devine que nous sommes à la fin du XIXe siècle.

Sorokine se plonge dans la forme traditionnelle romanesque russe dans la continuité de Tourgueniev ou Tolstoï. Hommage à la Russie traditionnelle, celle des isbas et des paysages campagnards, ode aux ripailles diverses, aux scènes de chasse, de mariage orthodoxe, ode à Dieu et à l'espérance.

Le lecteur est plongé dans une formidable fête des sens : Roman ne fait plus qu'un avec Dieu et la nature, il rencontre une belle jeune femme, Tatiana ; c'est le coup de foudre, ils se marient instantanément ; ce qui donne lieu à près de deux cents pages de ripailles, de danses, de serments fous.

 

Toutes les scènes sont dialoguées ; on se croit dans un repas de Tchekhov. On voit, on sent, on entend. Il n'y a plus de retenue, tout le monde célèbre la grandeur de Dieu et de la nature.

 

Puis....tout s'écroule. Changement brusque de ton et de forme...

 

Mais chut ! Passons sous silence cette chute sidérante. Grâce aux cent dernières pages, le roman change de sens.

 

Dostoiëvski et sa terreur du nihilisme est passé par là...

 

L'auteur livre une réflexion sur l'histoire mais aussi sur la forme romanesque ; "je refuse de faire du roman une pièce de musée" déclare-t-il. Classisisme puis soudain, déconstruction totale. Ecriture expérimentale, jeux d'écriture, irrévérence totale, flux verbal ininterrompu...

Echec de l'humanisme, irruption soudaine de la folie.

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 21:44

Editions La fosse aux ours, 2010

 

Sébastien

 

Coup de projecteur sur une petite maison d'édition, La fosse aux ours, qui édite ici un récit bouleversant. Un condensé d'émotions de 130 pages...

 

Sébastien est un jeune garçon dit pas comme les autres. Ce qu'il a, nous ne le saurons jamais car il est le seul à s'exprimer dans ce livre. On sait juste qu'il est solitaire, mutique.

 

Si bien qu'un jour, son institutrice décide ses parents à le placer dans un institut spécialisé. Ses parents, commerçants petits-bourgeois, en profite pour s'en débarrasser. Le week-end, il ira chez ses grands-parents.

 

Car Sébastien voue un amour sans borne à son grand-père, cloué sur son fauteuil roulant. Il attend patiemment le week-end comme un gros bol d'air frais et d'amour car lui seul le comprend.

 

Au début, on comprend qu'il s'est passé quelque chose. Les responsables du centre retrouvent Sébastien sur un escalier du métro. Il rentre en centre, il est dans le bureau du surveillant. Entre chaque scène dans le bureau, Sébastien nous raconte ses souvenirs, son passé d'enfant tête de turc face aux meutes d'autres enfants. Mais il y a quand même quelques éclaircies : son voisin de chambre, son institutrice et un week-end prévu avec son grand-mère pour aller sur Paris au Monument aux morts avec ses copains anciens combattants.

Le week-end s'annonce passionnant et pourtant...

 

Je ne vous en dit pas plus...Tout est vu à travers le regard de l'enfant qui, l'émotion à fleur de peau, ne supporte pas l'injustice et l'acharnement sur les faibles.

 

Dans ce récit plein de pudeur, c'est le point de vue de l'enfant qui compte, nous ne saurons rien de son visage, ni de sa soit disant différence.

Un dénouement poignant qui nous prend à la gorge.

Très poignant.

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 15:35

ETATS-UNIS

 

Père des mensonges

 

Editions Le Cherche-Midi "Lot 49", 2010

 

Considéré comme l'un des héritiers d'Edgar Allan Poe et de Borges, Brian Evenson est un ancien membre de l'Eglise des Mormons. Menacé d'excommunication après la publication de ses premiers écrits, il quitta lui-même de son plein gré l'institution et son université.

Son univers romanesque met au premier plan nos pulsions animales.

Dans son dernier opus très polémique, il règle définitivement ses comptes avec l'hypocrisie des institutions religieuses en mettant en scène un prêtre pédophile.

 

Encore un fait divers de plus...Sauf qu'Evenson choisit de faire parler lui-même le prêtre issu de la Congrégation du Sang de l'Agneau et de le place face à son ....psychothérapeute.

 

Il en ressort un fabuleux face-à-face où chacun s'exprime à tour de rôle : le psychologue, Alexander Feshtig, qui reçoit en consultation le doyen Fochs pour traiter ses visions d'enfants suppliciés...Sauf que le spécialiste ne tarde pas à se rendre compte qu'il ne s'agit pas seulement que de visions après l'assassinat d'une jeune fille dans le village.

 

Voulant prouver la culpabilité du doyen, il se fait poursuivre par les autorités de l'Eglise qui veulent étouffer l'affaire.

 

Points forts du livre : la description du procédé d'obéissance à l'oeuvre dans les institutions religieuses ; le fait d'obéir disculpe automatiquement ; au contraire, le fait de se révolter conduit à l'excommunication.

 

Deuxième point fort, et sûrement le principal : nous vivons de l'intérieur la névrose du prêtre ; le récit prend alors une coloration gothique lorsque le personnage a des visions de têtes sanglantes, pense que c'est le Christ qui lui donne l'ordre d'abuser des enfants. Le doyen est littéralement possédé.

 

Et le grand art d'Evenson réside dans le fait que nous oscillons toujours entre un récit halluciné, gothique et celui rationnel et psychanalytique de Feshtig.

Fantôme ou monstre dans une partie du récit. Schizophrénie, dédoublement de la personnalité de l'autre.

 

Récit dérangeant, très violent mais fascinant.

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 19:59

FRANCE

 

 

Editions Stock, 2009

 

Belle découverte que cette écrivaine franco-italienne vivant en France, journaliste et écrivain, ayant d'abord écrit des documentaires sur, entre autres, la gastronomie et le jardinage.

 

Elle aborde ici un sujet scabreux, un fait divers dans un petit village des Alpes. Emma, la quarantaine,  est vétérinaire de campagne. Elle donne naissance aux petits veaux, parcourant les étables de la région.

Depuis, vingt ans, elle s'en retirée du monde. U beau jour, surgit Giovanni, un jeune homme d'à peine quinze ans, qui débarque chez elle. Il s'agit du fils de ses anciens amis, Raphaël et Micol.

Un face-à-face et les souvenirs, les secrets ressurgissent. Raphaël a été le premier amour d'Emma, Micol lui a volé...

 

Entre la femme mûre et le bel éphèbe, qu'elle a connu bébé, naît une étrange attirance. Lorsque Micol apprendra la vérité, la vengeance sera terrible.

 

Ce sujet scabreux est traité avec tellement de délicatesse et de poésie que nous nous attachons vraiment aux personnages.

Emma, la solitaire, se dévoile peu à peu, se libère de son passé. Tout est effleuré, suggéré, les personnages dévoilent peu à peu leur épaisseur.

 

Nous apprécions la description de ce terroir rude où une femme mûre assume un métier d'homme et où elle doit subir la vindicte populaire.

 

Tout est dans le ressenti et le toucher. Car il y a ces mains nues, qui ne portent ni alliance, ni attaches, qui n'ont rien sû garder, mais qui plongent au coeur de la vie. Ces mains, paumes ouvertes, qui ont laissé couler le temps comme le sable. Et qui aujourd'hui voudraient bien retenir un peu d'amour...

 

Un très beau portrait de femme. A découvrir.

 

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 20:48



Le grand loin

Editions Zulma, 2010

Grand Prix de l'humour noir en 2006, Pascal Garnier signaitdes récits tragi-comiques mettant en scène des anti-héros qui cherchent un sens à leur vie. Il vient de nous quitter début mars.

Dans ce dernier opus écrit de son vivant, un homme ordinaire, Marc Lucas, voit sa vie transformée lorsqu'il prononce dans un repas "C'est beau Agen !". Ne sachant pas quoi faire, l'envie lui vient subitement de voir ailleurs ce qui s'y passe. Il va plutôt que prévu rendre visite à sa fille internée dans un hôpital psychiatrique. Ensemble, il vont partir pour le Touquet...pour le meilleur et pour le pire !

A mesure qu'ils se rendent vers le "grand loin", le voyage se complique...Surtout lorsque sa fille tombe amoureuse de Désiré, un serveur de bar et que son père décide...de lui offrir !

De cette nuit illicite, le papa héritera d'une statue fétiche qui pourrait se révéler maléfique...Le road-movie se transforme peu à peu en ballade sanguinaire...

Garnier excelle dans la description de ces êtres moyens à qui il arrive des choses surprenantes qui les dépassent. C'est court et incisif ; des répliques très drôles de personnages déboussolés mais tellement attachants.

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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 22:10

AFRIQUE DU SUD



Editions Mercure de France, 1997

Un auteur intéressant à découvrir puisqu'il s'agit d'une voix métisse faisant parler les Africains du Sud musulmans, les descendants des esclaves malais. A la parution de ce roman en 1997, la critique a parlé d'une "fable politico-immorale à la Salman Rushdie".

Les portes d'entrée de ce récit sont en effet multiples. A travers l'histoire d'un certain Omar, indien métis musulman, qui devient Oscar, juif et blanc, l'auteur imagine une malédiction de la métamorphose (d'où le titre kafkaïen) qui pèse sur plusieurs générations d'hommes d'une même famille qui se sont éloignés de leur condition originelle.

Après le temps de l'ascension sociale, vient le temps du déclin et de la malédiction surnaturelle. Ainsi, le dénommé Oscar se pétrifie, devient arbre et poussière...

Le récit prend des allures de conte oriental fantastique : des femmes toutes puissantes qui ensorcellent les hommes, sexualité débridée, senteurs d'épices, de prières et de damnation...

Chacun prend la parole dans ce récit polyphonique : les mères, les soeurs, les grands-mères, les amantes.
Lorsque les mais et les frères ont des problèmes psychanalytiques, il faut se méfier du pouvoir mystérieux des femmes...

Un récit truffé de mots afrikaans ou musulmans qui donne une écriture très vivante et colorée. L'humour et la fantaisie priment même si le fonds du propos souligne les blessures d'une population métisse en mal d'identité.  

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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 21:30

AFRIQUE DU SUD

La madone d'Excelsior

Editions du Seuil, 2004

De Zaker Mda, je vous avais déjà présenté il y a quelques années, Le pleureur, un véritable coup de coeur : une histoire d'amour entre un pleureur professionnel et son amie d'enfance, une femme qui vient de perdre son enfant assassiné, dans les années les plus sombres de l'apartheid.

Dans ce roman, on retrouve le même mélange de poésie et d'analyse politico-sociale : sur trente ans, nous suivons le quotidien d'un village d'Afrique du Sud, Excelsior. L'auteur s'inspire d'un fait divers réel : le procès de 19 femmes noires ayant couché avec des notables blancs au cours de nuits orgiaques.

Au nom de la loi sur l'immoralité condamnant les relations sexuelles entre blances et noirs, le scandale naît. Des enfants métis naissent de ce péché.

Nous suivons l'itinéraire de deux familles : les noirs, Nikki, la femme violée puis ensuite consentante. De ses amours illicites, nait une jolie métisse, Popi, aux yeux bleus et aux cheveux raides. Elle esseyera bien de la faire brunir au dessus du feu quitte à la brûler mais en vain...Les blancs, dont le demi-frère de Popi, ultraconservateur, qui voue une haine féroce aux Afrikaans qui pactisent avec les noirs...

Puis c'est la fin de l'apartheid. Le conseil municipal est ouvert aux noirs...

Le grand mérite de Zakes Mda est d'analyser cette période de transition d'un regard très critique : une population noire qui fait l'apprentissage du pouvoir, qui se grise et se coupe de l'autre partie de la population noire. Des blancs divisés entre les ultraconservateurs et les ralliés à la cause de la Nation Arc-en-Ciel.

Loin du monde politique, les personnages principaux se complaisent dans la contemplation du monde, dans la nature et dans le monde de l'art...

Chaque chapitre débute par la description d'un tableau d'un certain peintre, La Trinité, qui peint les madones dans les champs de tournesols et de cosmos. Des silhouettes déformées dans un océan de couleurs : sol jaune, soleil rouge, visages rouges et verts...Une ode aux femmes salies, outragées et surtout une multitude de couleurs, sans doute symbole de la "Nation Arc-en-Ciel" voulue par Mandela.

Alors que le frère de Popi quitte la politique pour aller jouer de la flûte sur les routes alors que Nikki et Popi se réfugient dans un champ de ruches...

L'amertume post-apartheid est sublimée par la poésie de l'écriture. L'éclosion d'une femme qui acceptera de noyer sa vengeance et acceptera au bout du compte son métissage.
Une très belle oeuvre.

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