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  • : Passion des livres
  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 18:08

CHINE

Lèvres pêche

 

Editions Gallimard, Bleu de Chine, 2010

 

Premier roman chinois parlant crûment de l'homosexualité, ce livre a bien été censuré en Chine. L'auteur, cinéaste, a été limogé de son poste de professeur à l'Institut cinématographique de Pékin.

 

Ce roman est intéressant à plus d'un titre. C'est un récit choral qui mêle les voix d'un père en prison qui a châtré son fils après avoir appris qu'il était homosexuel, celle du fils, celle de l'ex-compagnon de son fils qui devient le voisin de cellule de son père et enfin, un homosexuel en fin de vie qu'a accompagné le père castrateur.

 

Mélange de voix donc et aussi de styles, qui va de la poésie la plus pure à la crudité la plus salace. On assiste à des scènes très lyriques célébrant le mariage de l'homme et de la nature (qui fait d'ailleurs penser davantage à de la littérature japonaise, dans la lignée d'un Mishima ou d'un Kawabata). Puis vient le cri d'un révolté, aux bans de la société, qui hurle sa différence et sa haine de la bienséance.

 

Forme et contenu interessants mais je n'ai malheureusement pas eu de réel coup de coeur ; tout reste finalement assez artificiels malgré de beaux moments ; même si l;'on ne peut pas dire que ce texte se réduit à un texte militant.

 

 

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 22:52

RECIT DE VOYAGE -REPORTAGE

 

 

Editions Payot, 1936-1938

 

Annemarie Schwarzenbach,que j'ai déjà chroniquée à travers Hiver au Proche-Orient et Où est la terre des promesses ?, est surtout connue pour ses récits de voyage en Orient.

Mais elle a aussi parcouru les Etats-Unis pendant la crise des années 30 et les années du New-Deal de Roosevelt.

Et là, nous découvrons une journaliste pétrie d'humanisme, de commisération pour les laissés-pour-compte : ouvriers, noirs qui vivent dans des conditions inhumaines.

 

A mille lieux des récits centrés sur sa crise existentielle et son mal de vivre, elle part à la rencontre des syndicalistes, ces pionniers qui ont fait naître la résistance au capitalisme américain sans freins. Visite des coopératives, des associations, des taudis dans lesquels s'entassent les familles ouvrières.

Une plongée intéressante dans les années du New Deal, de Philadelphie au Tennessee en passant par l'Alhabama.

 

C'est ici la voyageuse engagée que nous découvrons, proche des laissés-pour-compte. Ce recueil est constitué d'une série d'articles parus dans des journaux suisses de l'époque. Ces reportages sont accompagnés de magnifiques photos, en majorité de beaux portraits des ouvriers et ouvrières et des habitants noirs de la région (Annemarie Schwarzenbach était aussi photographe).

 

Fille de riches industriels du textile, la voyageuse-journaliste examine la ruine de l'économie. Il est intéressant de voir que le photo-journalisme de cette époque, loin de la médiatisation et de la recherche du scoop et de la "peoplelisation", recherche avant tout à s'engager et à examiner les autres milieux sociaux.

 

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 22:12

 

Un blog à découvrir !

 

foto_magali.1254419754.JPG

 

Magalie Tardivel-Lacombe a décidé de parcourir le monde pour intyerviewer les professionnels du livre : libraires, éditeurs, bibliothécaires, des traducteurs.

 

Et tout est raconté sur son blog. http://www.frankfurter-buchmesse.eu/magali/2009/08/25/des-livres-et-des-hommes

 

Passionnant !

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27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 22:44

Editions JC Lattès, 2002

 

 

Un beau récit d'enfance au temps de la guerre d'Algérie, lorsque les membres du FLN se mettent par la force des choses à côtoyer les pieds-noirs rapatriés à Paris...

 

Omar, 12 ans est un "porteur de cartable" : il assiste son père, membre du Front de Libération National, chargé de ramasser la collecte de l'adhésion au mouvement. Très souvent, Omar frappe aux portes du petit peuple pour rappeler qu'il va falloir payer...Le lendemain, son père empoche tant bien que mal (malgré les impayés !) le magot pour le porter au chef de section local, du 11e arrondissement. Et le grand révolutionnaire, le héros de Omar, promet à l'enfant qu'il sera son Premier Ministre en Algérie...

 

Un jour, alors que la famille d'Omar rêve d'emménager dans l'appartement plus grand d'à côté, le trois pièces est loué par des pieds-noirs rapatriés d'Algérie. Un enfant, Raphaël, une mère ayant perdu la raison après avoir quitté son pays et un père dépassé par les événements...

 

Omar éprouve au début une jalousie féroce envers Raphaël qui lui a volé l'appartement avec chambre et douche. Mais petit à petit, il découvre le désarroi d'un enfant qui doit vivre avec une mère malade.

 

Petit à petit, les deux familles ennemies se rapprochent...au dépend du porteur de cartable. Car le père d'Omar, accusé de "fréquenter" de trop près les ennemis est destitué de son poste de collecteur.

 

Une mère au bord de la folie...Un père qui perd son aura..Les deux enfants unissent leurs efforts pour sauver l'honneur.

 

Un beau récit qui exaltent les forces des rapports parents/enfants, sur un ton toujours humoristique et plein de tendresse. Ce roman a également le mérite d'évoquer une période peu traitée dans la littérature : la guerre l'Algérie et le retour des pieds noirs...Il y a aussi toute la magie de la vie du petit peuple algérien dans le Paris des années 50...

 

Intéressant, émouvant et drôle. Un beau récit d'enfance.

 

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 12:36

ETATS-UNIS

 

Un pied au paradis

 

Editions du Masque, 2009

 

Coup de maître pour cette première traduction en français d'un auteur universitaire et nouvelliste du sud des Etats-Unis. Un récit admirablement orchestré, âpre et tragique, que les critiques rapprochent de Larry Brown et Cormac McCarthy. On ne peut également s'empêcher de citer Faulkner même si l'écriture n'a rien à voir avec celle du grand maître. Mais on y retrouve surtout une atmosphère et un sens du tragique similaire.

 

Un roman très noir où il y a des meurtres mais des cadavres que l'on ne retrouve pas. Dans cette vallée entre les deux Carolines du Sud et du Nord, dans le Sud profond des Appalaches, dans les années 50, au moment de la guerre de Corée, un vétéran de la guerre, Holland Winchester, disparaît de la circulation. Will Alexander, shérif chargé de l'enquête, influencé par la mère du disparu, soupçonne Billy Holcombe, le paysan du coin, dont la femme était courtisée par le disparu... 

 

La vallée est plongée sous la canicule, le tabac et le maÏS sont brûlés, et menacée d'engloutissement par une compagnie électrique qui construit un barrage. Un territoire gagné sur les Indiens et où mystérieusement, on ne retrouve pas le corps des disparus, comme le dit une légende locale.

Un pays rude où règne aussi une "sorcière" qui soigne avec des herbes. Et où les ventres sont désespérément stériles...

 

L'atmosphère est campée. Cinq personnages vont prendre tour à tour la parole : le shérif, ex-paysan ayant rejoint la ville, en froid avec sa famille restée dans la vallée ;  Amy Holcombe, qui a eu une avanture avec le disparu, Billy Holcombe, son mari, qui possède sa terre à force de travail et des privations, stérile après avoir été atteint de polio. Et enfin, des années plus tard, le fils d'Amy et de Bill et l'adjoint du shériff...

 

Les cinq monologues vont révéler peu à peu les secrets enfouis sous la rivière et dans le coeur des paysans. Dans un décor de sécheresse et de déluge, les personnages dévoilent peu à peu leur humanité et leurs blessures. La palme revient sans aucun doute à Billy Holcombe et à la grand-mère Winchester, ivre de vengeance.

 

L'eau, le feu, la terre. Trilogie des éléments, atmosphère d'apocalypse qui se conjuguent pour faire de ce drame familial une grande fresque intime.

 

Du grand art.

 

 

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 22:45

2004  

 

HEAUME Stéphane - Orkhidos

 

Editions Zulma

 

On dit souvent que la littérature française contemporaine manque d'imagination. C'est sans conter Stéphane Héaume qui propose un mélange envoûtant d'aventures, de fantastique et de romantisme.

 

Orkhidos nous emmène dans un univers envoûtant digne des contes de fée ou mieux encore des jeux vidéos ! L'auteur est avant tout un créateur d'univers, de cités exotiques où le futurisme se mêle au passé. C'est un peintre qui décrit un monde dépaysant où paysages et personnages sont totalement originaux.

 

Roman d'apprentissage, roman d'amour, conte fantastique, conte de fée, rêve éveillé. Les portes d'entrée sont multiples.

 

Véra est une jeune femme fuyant un pays en guerre, qui débarque d'un bateau dans la ville d'Old York. Gratte-ciel en ruine, bidonvilles, montagne, port où se concentrent les bars, jardins botaniques, rues où l'on circule encore en fiacre. L'héroïne qui est sans papiers a peur de se faire arrêtée par les douanes. Mais sur le quai, une dame mystérieuse, Maud Truche, la prend sous son aile et l'embauche comme serveuse dans son club privé, l'Ostrich Club.  

C'est dans ce club qu'elle rencontre au bal un jeune homme mystérieux, un prince d'un royaume déchu, Alpey de Pondishandor...Nom et visage enchanteur ...Elle n'aura de cesse de le retrouver, de rejoindre son royaume.

Pour cela, il faut prendre l'Orkhid Express, train majestueusement baroque d'un milliardaire qui a pris Véra sous son aile. Traverser un étrange forêt d'orchidées pour aller dans une ville lacustre quasiment morte.

 

Le lecteur voyage dans un récit haletant, émerveillé par des univers oniriques, et toujours à l'affût du prochain événement. Cité lacustre, bar étrange, serre botanique aux perroquets et étranges personnages fantomatiques qui gardent toute leur ambiguïté. Une vieille dame (mère maquerelle ou bienfaitrice ?), un milliardaire au bord de la folie, un nain fantasque, deux jumeaux, deux face d'un même homme ?

Que ce soit les paysages ou les personnages, chaque élément a une face lumineuse et obscure, à l'image des orchidées. Maude et le nain Lypius sont-ils les amis ou les ennemis de Véra ? Qui est vraiment Véra, d'où vient-elle ?

Le prince de Pondishandor, silhouette fantomatique,  n'est-il pas qu'un rêve éveillé ?

Peu à peu les secrets se dévoilent et la "princesse" est le jeu de forces bien obscures.

Le lecteur a l'impression de voir des marionnettes ou encore des personnages d'un jeudi vidéo, manipulés dans un univers virtuel.

Stéphane Héaume, à travers  une belle prose poétique, renouvelle avec brio le genre du conte.

 

 

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 19:46

RECIT DE VOYAGE

 

Editions Payot, 2000

Voici l'autre "face" du récit de voyage écrit par Ella Maillart, La voie cruelle, un récit beaucoup plus lyrique et poétique que celui de sa consoeur, qu'elle cite d'ailleurs très peu.

 

Rappelons le contexte en 1939 : les deux baroudeuses, Maillart et Schwarzenbach, décident d'aller jusqu'en Afghanistan, à bord d'une Ford. Ella, dans un but d'abord ethnologique et afin de guérir AnneMarie, ayant subi plusieurs cures de désintoxication. L'autre pour trouver l'éternelle terre des promesses, les rives perdues de l'enfance.

 

Instantanées magiques, brefs éclairs de l'instant et toute la nostalgie et la souffrance d'une âme en quête de l'absolu pour qui le voyage est tout sauf une évasion, un divertissement. Car pour elle, le voyage est une série de rencontres, de départs et d'adieux qui nous aident à comprendre les déceptions de la vie. Le refus de l'attache, les rencontres fortuites puis l'oubli. Même le souvenir n'est pas en mesure d'immortaliser ce que l'on a vu, ressenti. Annemarie déclare n'avoir retenu que des bribes, que quelques mots.

 

Et ce sont ces bribes qu'elle nous donne à admirer ; des sensations, des réflexions, des prises de consciences nostalgiques ou mélancoliques qu'elle a écrites dans une série d'articles ou dans son journal intime, publiés après sa mort. Des descriptions magiques du désert, des montagnes mais aussi d'inoubliables portraits de bédouins afghans et des femmes voilées.

 

Les moments de grâce sont très rares mais sublimes ; dominent l'inquiétude et la peur devant le cataclysme international qui se profile à l'horizon en 1940 ; AnneMarie retourne en Europe et médite sur la futilité des choses et le besoin d'être en communion avec ceux qui souffrent.

 

Un récit de voyage mais aussi et surtout un beau poème en prose où alternent monologues intérieurs et descriptions de paysages.

 

 

Ma prochaine lecture : La mort en Perse où comment trouver le désespoir et la mort au cours d'un voyage...

 

 

 

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 22:08

Editions Actes Sud, 2010

 

 

Je continue de découvrir l'oeuvre très originale de Denis Lachaud. Dans son dernier opus, contrairement aux autres romans, il fait parler des adultes et non plus des adolescents. Des adultes meurtris mais l'histoire est racontée de telle manière que nous avons l'impression d'être dans un conte.

 

Deux êtres un peu perdus, à l'aube de la quarantaine. Des ruptures, la solitude. L'un se réfugie dans le théâtre et l'écriture, l'autre dans un blog. L'un est anglais, l'autre français. leur destin vont se croiser : ils seront les deux seuls survivants d'un crash d'avion en pleine jungle.

Secourus et rapatriés dans leurs deux pays respectifs, l'un (l'une) n'aura qu'un seul désir : retrouver son alter ego, son Cary Grant, son homme silencieux...

 

Une belle histoire d'amour racontée sous forme de conte où rôdent constamment la mort et la solitude. Une atmosphère très particulière, une communication qui se passe des mots. Car tout est dans le ressenti, dans le silence d'avant les mots. D'autant plus que les deux personnages ne partagent pas la même langue...

 

Emmanuel et Lindsay ne se sont pas parlés ; Ils se sont juste secourus, touchés, regardés. Lindsay se souvient d'une carrure, d'une silhouette. Quand ils se retrouveront, ils se frôleront avant de se parler et de connaître.

 

Une belle parabole sur la toute puissance du silence et de l'écriture. Car si les mots ont du mal à venir, surtout dans le dialogue et la rencontre avec l'autre, ils existent à l'intérieur de l'être. Lindsay les profère par l'intermédiaire du théâtre, Emmanuel par son blog poétique.

Mais il s'agit de se diriger, de s'ouvrir progressivement à l'autre sans le blesser ou le trahir. Se révéler par les mots pour aimer, tout en gardant son individualité.

 

Des personnages très attachants, qui gardent tout leur mystère. Comme d'habitude, Lachaud joue sur l'ambiguïté des sexes ; tous les noms peuvent être masculins ou féminins, qui nous dit que Lindsay est une femme ? Les personnages sont avant tout des silhouettes fantomatiques qui dévoilent peu à peu  leurs secrets, leurs passés.

 

A nous d'interpréter, de faire notre proche chemin... Car avant de se parler entre eux, les protagonistes se parlent à eux-mêmes, par des écrits et donc indirectement au lecteur.

 

 

 

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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 09:37

HAITI

 

 

Editions Vents d'ailleurs, 2007

 

Petit zoom sur la littérature haïtienne d'aujourd'hui qui sera mise à l'honneur au Festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo du 22 au 24 mai avec l'un de ses plus représentants les plus talentueux : Gary Victor.

 

Moins connu qu'un Dany Laferrière ou que Lyonel Trouillot, c'est un conteur exceptionnel dans la lignée de René Depestre et de son roman sublime, Hadriana dans tous mes rêves.

Il est l'héritier du "réalisme merveilleux" inventé par Jacques Stephen  Alexis : la description du quotidien sublimé par les références constantes aux symboles et traditions haïtiens comme le vaudou et les autres croyances religieuses. En cela, la littérature haïtienne se rapproche du réalisme magique latino-américain.

 

Il en ressort des récits  tragi-comique très originaaux. colorés où se rencontrent hommes, dieux et éléments cosmiques. S'y mêlent un humour très particulier et un ton très satirique puisqu'il met en scène la déliquescence politique de son pays à travers le portrait d'hommes politiques dévorés par l'ambition et la mégalomanie.  

 

Voici l'intrigue : Hannibal Serafin, rentré dans son île après avoir passé des années aux Etats-Unis à dénoncer les dissidents de la diaspora, veut devenir président. Pour cela, un vieux pêcheur puis conseille de consulter la grande prêtresse vaudoue, Madam Sorel qui l'introduira auprès du dieu de la mer Agwe. Mais il se trouve que Madam Sorel est une très jolie femme et que la femme de Serafin est courtisée par un jeune pêcheur. Lorsque le Dieu Agwe va vouloir s'unir à Madame Serafin, cela pourrait poser quelques problèmes !

C'est sans compter également la jalousie des loups-garous et des forces des ténèbres qui vont s'efforcer de prendre possession de l'âme de Serafin...  

Dans ce conflit cosmique, l'humour et un érotisme très coloré et fantastique sont au premier plan : les démons se transforment en poussière de lune pour faire l'amour aux jeunes filles et les prêtresses vaudoues s'accouplent avec les jeunes hommes au sommet d'un arbre sacré...

 

Tout en portant un regard très réaliste et critique sur la politique de son pays, Gary Victor nous fait voyager au coeur d'un récit coloré, enjoué et très sensuel. ce roman est une véritable fête des sens.

 

A préciser que l'auteur emploie beaucoup de mots créoles ce qui donne encore plus de "parfums exotiquex" au récit.

 

Bon voyage !

  

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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 19:36

Editions Verdier, 20010

 

La grande sauvagerie

 

Sélection Prix duLivre Inter 2010

 

De Christophe Pradeau, je vous avais déjà chroniqué son premier roman La souterraine; avec ce deuxième opus, Christophe Pradeau confirme son talent.

Son écriture précieuse, ses phrases proustiennes replace la littérature française d'aujourd'hui dans un écrin d'or. Langue surannée, longues phrases qui s'étendent sur des paragraphes entiers ; on citera bien sûr l'influence de Pierre Michon publié chez le même éditeur ; le même talent pour mythifier des lieux communs, des lieux de nos campagnes profondes, les lieux des vies minuscules.

 

Une vieille femme, une région, un lieu, des souvenirs d'enfance qui nous poursuivent toute une vie : voici le terreau de ce court roman de 150 pages.

 

Un personnage, Thérèse Gandalonie, jugez la poésie d'antan du nom. Un lieu , Saint-Léonard, une bourgade perdue du Limousin, près de la vallée de l'Auvezère. Au dessus de ce village, un roc surplombant la vallée, une lanterne des morts. "Concrétion géologique", elle servit autrefois de phare aux voyageurs.

Pendant toute son enfance, la petite fille a été comme happée, hypnotisée par cette lanterne, sans connaître sa signification ; elle savait que ce territoire était celui de "La grande sauvagerie", le royaume des broussailles, des forêts, des no mans land inhabités. Mais un jour elle y découvre une propriété abandonnée...

 

Des années plus tard, après avoir traversé l'Océan Atlantique, dans une bibliothèque américaine, elle découvre un vieux livre qui attire son attention ; le journal d'un peintre-voyageur, Jean-François, cousin de Rameau, qui a quitté Saint-Léonard, pour les grands espaces américains, le "wild", la "grande sauvagerie".

A partir de ce livre, elle va reconstituer l'histoire de la propriété de la Grande Sauvagerie.

 

Pradeau réalise une véritable mythologie des lieux. L'architecture semble parfois émaner directement de la terre, de la géologie (la lanterne est comparée à un stalagmite, une concrétion géologique). Mais la plupart du temps, le paysage est le fruit d'une opération mentale, celle de l'imagination et de l'archéologie de la mémoire ; il s'agit de fouiller au plus profond des strates de la mémoire, celle des individus, pour reconstituer l'histoire des lieux, ses contes et légendes. Car nous avons l'impression, tout comme la vieille narratrice, d'être assis au coin du feu et d'écouter les vieilles légendes qui ressurgissent.

 

Pradeau est un écrivain de la mémoire des lieux et des hommes mais aussi de l'espace. Bien que ses histoires s'enracinent dans un terroir précis, l'horizon s'ouvre vers de vastes inconnus ; il s'agit de trouver son propre chemin...qui nous fera peut-être revenir aux origines.

 

L'auteur voyage dans la sphère de l'espace-temps ; de même, le phrasé sinue, s'égare, randonne, voyage sur de longs chemins avant de mettre à jour le secret si bien gardé, la mémoire caché des lieux.

 

Du grand art.

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