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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 15:02

ETATS-UNIS

 

Sukkwan island

 

Editions Gallmeister, 2010

 

Voici l'un des grands succès critique et public de cette année 2010. A force d'en entendre parler, j'ai eu moi aussi envie de le découvrir.

 

Gallmeister est l'éditeur de la nature et des grands espaces. Nous voila donc plongés dans une île de l'Alaska, au milieu de nulle-part, inhabitée, paradis des saumons et des ours. Mais là s'arrête le road-movie. Car le roman est un huis-clos entre Jim, un homme qui a tout raté dans sa vie, et Roy, son fils de treize ans, qui l'a rejoint à sa demande, pour l'aider à refaire peau neuve.

 

Tout commence comme dans un roman d'aventure : les deux "hommes" construisent une cabane, vont pêcher, préparent les repas ; mais le père se révèle très peu expérimenté...et surtout, la nuit tombée, il pleure et raconte ses échecs répétés à son fils...L'homme se révèle désespéré, le lecteur pense tout de suite qu'il va commettre l'irréparable ....

 

Jusqu'au jour où....

 

Les premières pages sont très lentes et très descriptives : la pêche, les constructions diverses...on s'ennuie un peu.

Puis la tension s'installe peu à peu jusqu'au coup de théâtre. Et là, on se dit : comment l'auteur va-t-il faire encore durer son récit soixante dix pages ?

 

Et c'est là que réside le réel tour de force.

Ce livre prend des allures de thriller psychologique là où on ne s'y attendait pas. Le cadre idyllique ne fait que renforcer la noirceur du propos. La folie humaine, le goût réel du "glauque, l'apocalypse psychologique : tels sont les gammes du récit.

 

Je serais incapable de dire si j'ai aimé ou pas. Toujours est-il que les deux personnages restent pour moi inpénétrables même si l'on est immergé dans leurs flux de conscience durant deux cents pages.

De là naît toute leur grandeur....

 

Ce récit ne ressemble à rien d'autre qu'à lui-même. a déconseiller aux âmes sensibles...

 

 

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 18:59

ETATS-UNIS

 

Les orphelins de Brooklyn

 

Editions de l'Olivier, 2003

 

Je viens de redécouvrir un titre du talentueux Jonathan Lethem qui m'avait enthousiasmé avec Forteresse de solitude, à l'occasion de la préparation d'un café littéraire sur New-York. L'occasion de se promener notamment dans le quartier de Brooklyn.

 

Et c'est bien à une promenade fantasque et truculente à laquelle nous convie l'auteur ; imaginez-vous, lecteur, dans la peau d'un orphelin atteint du syndrome de Tourette (celui qui vous fait avoir des TOC et des tics de langage vous poussant à utiliser un langage ordurier), recueilli par un faux déménageur doublé d'un faux détective (en fait, le caïd du coin). Ce dernier, Frank Minna, utilise le Tourettique et trois autres orphelins en tant que "Minnas Mens", des détectives tout de noir vêtu, qui parcourent les rues mal famées de Brooklyn.

Tout est chamboulé lorsque Frank Minna est retrouvé sauvagement assassiné par Lionel, notre héros le Tourettique ; ce dernier est tout chamboulé. Et il est bien décidé à mener son enquête seul pour venger la mort de son mentor.

 

Et c'est parti pour des aventures cartoonesques bourrées d'humour (accentué par les délires verbaux de Lionel). Les scènes du polar classique (courses-poursuites en voiture, interrogatoires, filatures...) sont revues et corrigées pour en faire des épisodes truculents. Tout réside dans le langage employé par Lionel qui ne cesse de faire des jeux de mots ou d'insulter copieusement ses acolytes ou ennemis.

 

Le lecteur est forcément proche de Lionel puisque notre empathie est touchée par sa dévotion extrème à son patron défunt.

Vous rencontrerez des mafieux italiens, des escrocs japonais, des maîtres du zen, des femmes fatales sans oublier les petites frappes brooklynniennes.

 

Du grand spectacle !

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 18:50

La surprise culinaire de la rentrée littéraire....

 

Bifteck

 

Editions Phébus, 2010

Rappelez-vous le succès du film Séraphine en 2008, le film au 7 césars faisant le portrait magnifique de la peintre méconnue, Séraphine de Senlis, domestique et artiste peintre.

Ce succès inattendu a pu faire oublier que le réalisateur Martin Provost est aussi un romancier de talent…Voici son troisième opus.

 

Imaginez, à la veille de la Première guerre mondiale, un boucher de Quimper, roi de la bidoche, ayant appris l’alphabet avec le champ lexical professionnel du boucher. André Plomeur est non seulement le roi de la viande…mais aussi de la bonne chair féminine. Lorsque les soldats s’en vont en guerre, le boucher appâte la cliente avec ses meilleurs morceaux. L’heureuse élue reçoit le meilleur, l’araignée. Et tout se conclut derrière l’église. Ces rendez-vous illicites donnent naissance à sept magnifiques bambins. Le festin se termine à l’armistice. André Plomeur, qui se découvre une fibre paternelle inattendue, fuit la fureur des maris cocus…et décide de partir en Amérique. Tel Noé, André embarque avec sa progéniture sur un voilier breton…

 

Les végétariens seront sans aucun doute rebutés par le titre et la teneur de ce court roman (120 pages…) . Bien sûr, l’ouvrage regorge de termes carnassiers ; jarret, épaule, onglet, hure, rouelle..Il y en a pour tous les goûts…

 

Mais ce récit gargantuesque fantasque et sensuel se transforme tout d’un coup en une épopée digne de Robinson Crusoé...Et lorsqu’André débarque sur la terre promise, le lecteur a l’impression d’être immergé dans un tableau de Gauguin. Le récit devient alors un conte fantastique hallucinatoire. 

Mais chut ! Dégustez sans modération ce bifteck, il vous réservera bien des surprises !

 

Martin Provost est un artiste très éclectique qui gagne à être reconnu ; laissez-vous séduire par ce drôle de romans qui varie avec brio les styles, les pays ...et les aliments. et je vous laisse découvrir la dernière pirouette !

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 14:14

Editions Viviane Hamy, 2008

 

L'incendie du chiado

 

Voici l'avant-dernier opus de François Vallejo avant Les soeurs Brelan. L'auteur s'inspire de l'incendie qui ravagea en 1988 une partie du centre historique de Lisbonne (Le Chiado est le quartier littéraire de la capitale lusitanienne, cher entre autre à Pessoa et le quartier des boutiques de luxe).

 

Vallejo imagine que quatre personnages refusent d'être évacués du quartier par les secours ; il y a Carneiro, un vieil habitant du quartier, gardien du cinéma, qui refuse catégoriquement de quitter son immeuble, le "Français", venu à Lisbonne pour des raisons obscures (il recherche une personne du nom de Suares).

Puis vient Eduardo, photographe, qui souhaite photographier pour son compte une atmosphère de fin du monde. Enfin, Augustina, une femme qui avait rendez-vous avec sa fille dans un grand magasin.

 

Ces quatre personnages, pour des raisons diverses, choisissent de quitter le monde réel pour gagner celui de l'apocalypse. Dans les rues pleines de fumées et de cendres, à l'atmosphère irrespirable, il vont devoir cohabiter, dans le secret.

 

Jusqu'à ce qu'un cinquième personnage vienne perturber l'équilibre déjà bien précaire, et tente de prendre l'ascendant sur eux ; tel un missionnaire, un prophète, ou un membre d'une secte, il leur annonce qu'il faut brûler le monde ancien pour faire du nouveau....

 

Il y a du Balzac et plus particulièrement du Vautrin dans ce personnage. Comme à son habitude, Vallejo aime faire le portrait d'âmes damnées qui tentent de prendre l'ascendant sur les autres, dans un rapport de force maître/esclave. Juvénal Ferreira gratte la surface lisse des personnages pour y desceller leur secret, leurs blessures, et le véritable motif de leur action insensée. Jusqu'à ce que les nerfs cèdent et que le vernis lisse s'effrite...Ce prophète démiurge prend sous son aile damnée les âmes en peine pour les faire accoucher de leur vérité.

 

Nous retrouvons cette prose si particulière de Vallejo, haletante et syncopée, intégrant directement dans la narration les différentes paroles des personnages. Ce style rend admirablement bien cette atmosphère de huis-clos irrespirable où aucune issue n'est possible.

 

Du grand art comme toujours chez cet écrivain si original, au beau style, à la fois classique et moderne, qui explore avec plaisir les eaux troubles de l'âme humaine. A l'issue de la joute verbale, les masques tomberont...

 

A lire avant d'aller à Lisbonne ! C'est ce que j'ai fait et j'ai pris plaisir à découvrir ces vieilles ruelles où l'on peut s'y perdre sans modération. Certes, Vallejo ne nous convie pas à une promenade touristique, mais il détaille tout de même le nom des rues ; on y retrouve vraiment la structure du quartier duChiado. A préciser cependant une erreur sur la quatrième de couverture ; le Chiado n'est pas le plus vieux quartier de' Lisbonne ! Il s'agi de l'Alfama, quartier de vieilles rues aux maisons blanches et oranges, décorées d'azuleros, complètement délabrées, où est né le fado ...Voilà, c'est le seul bémol !

 

 

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 23:01

ETATS-UNIS

 

Brooklyn follies

 

Actes Sud, 2005

 

Je connaissais surtout le Paul Auster des thrillers métaphysiques de la trilogie new-yorkaise où des personnages solitaires perdent pied dans la grande ville labyrinthique, dans un univers fantastique, au bord de la folie.

 

On aborde ici un autre type de folie avec des situations et des personnages rocambolesques ; humour, tendresse, satire forment un cocktail explosif qui ravit tout de suite le lecteur.

 

Auster signe ici une ode à son quartier favori dans lequel il vit : bienvenue dans le borough déjanté de Brooklyn et sa population si originale ! Une fois lu ce livre, vous n'aurez plus qu'une envie : découvrir et vivre dans ce quartier !

 

Vous allez partir à la découverte d'une tribu familiale pas comme les autres :  

L'auteur nous décrit une tribu rocambolesque : Nathan, sexagénaire divorcé et cancéreux, décide un beau jour de venir finir ses jours à Brooklyn. Il y retrouve Tom, son neveu intello, qui, au lieu de poursuivre une brillante carrière universitaire, a "échoué" vendeur dans une librairie de manuscrits rares. L'oncle prend sous son aile son neveu et entreprend de lui faire connaître sa voisine, la JMS, la "Jeune mère sublime". Et il y a aussi la nièce à secourir, tombée dans une secte, et aussi Harry, le patron de Tom...

 

Ce roman plein d'humour est revigorant à plus d'un titre : au second degré, il exalte les vertus de la famille et de l'amitié. Malgré les vicissitudes de la vie, on s'en sort toujours.

 

Certes, ce n'est pas de la grande littérature mais on a l'impression que toute cette galerie de personnages nous ai familière ; c'est comme si nous étions aussi voisins de Nathan à Brooklyn. ...

 

C'est habilement mené, plein de rebondissements ! A lire quand on a froid et lorsqu'on est triste, les soirs d'hiver ! Ce roman n'est pas sans rappeler les films de Woody Allen avec ses personnages fêlés aux discussions sans fin ...

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 21:58

ETATS-UNIS, 1964

 

 

Last exit to Brooklyn

 

Ce titre appartient désormais à la littérature mythique de l'Amérique des années 60. Premier roman de l'écrivain maudit Selby, c'est un portrait sans espoir des âmes des bas-fonds qui cherchent une issue de secours -une "exit" - à leur vie sordide ; ces exit sont le sexe et  la drogue dans les quartiers pauvres de Brooklyn entre les docks, une usine et la base militaire.

Junkies, jeunes délinquants sans emploi et transsexuels se retrouvent dans les bars miteux, au son du juke-box.

Pour eux, la violence et l'exubérance sexuelle sont un moyen d'exister.

 

Dans ces six nouvelles, l'auteur met l'accent à chaque fois sur un personnage, à la fois ange et démon ; le lecteur se prend de pitié pour ces anges déchus qui, dans un décor sordide, trouvent pour un soir ou une semaine le chemin de la rédemption...puis c'est la chute finale.

 

Il y a Tralala, une putain qui recherche l'affection et qui finit massacrée dans une tournante. Georgette, le travelo au grand coeur, qui chante des poèmes d'amour à son amoureux, en vain...

L'histoire la plus longue, celle de Harry (La Grève) est sans doute la plus poignante : ce dernier tabasse sa femme et a des hallucinations lorsqu'il couche avec elle. Leader syndicaliste, il déclenche une grève pour prouver que c'est un homme, un vrai. Au bar d'en face, il tombe amoureux d'un homme et assume son homosexualité. Mais seulement pour un temps. Il finira crucifié par la bande de délinquants du bar miteux.

 

Le style d'écriture est très direct, insérant directement dans la narration les dialogues des personnages. On appréciera le style "graphique" de Selby où les engueulades abjectes des couples sont rendues dans un flux verbal célinien avec des phrases écrites en majuscules.

 

On découvre des personnages ambivalents envers qui le lecteur oscille entre abjection et pitié.

 

Cependant, j'ai préféré, de loin, le chef d'oeuvre Le démon, où l'on suit le quotidien, de l'intérieur, d'un cadre d'entreprise détraqué sexuel. Le style est encore plus syncopé et on s'identife vraiment au personnage.

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 20:20

Un chef d'oeuvre sauvé de l'oubli

 

Les mers perdues

 

Editions Attila, 2010

 

Bande dessinée ? Sûrement trop réducteur ! Roman graphique ? Peut-être... Disons plutôt un fabuleux récit illustré par le grand illustrateur des Cités obscures, notamment. et aussi un carnet de voyages...

 

Les qualificatifs sont trop peu nombreux pour tenter de décrire ce magnifique objet ; signalons d'abord l'histoire de sa naissance, très originale.

Les jeunes éditions Attila, qui publient des "auteurs marginaux, pirates, maudits ou non traduits en français", mais surtout - ce qui nous intéresse plus ici - qui confient l’identité visuelle de leurs livres à de grands dessinateurs, décident un beau jour de faire redécouvrir Les Jardins statuaires un texte maudit de Jacques Abeille, auteur méconnu du grand public, texte qui a eu un destin pour le moins tragique ! Publié une première fois en 1982, victime de la faillite d'éditeurs ou de l'incendie des bureaux d'éditeurs , le tapuscrit a été égaré...Légende noire d'un texte sans nul autre pareil jusqu'à ce que les éditions Attila demandent à François Schuiten d'illustrer ce fameux romans.

 

A la lecture de ce dernier, Schuiten découvre d'étranges résonances avec son oeuvre ; il part rencontrer Jacques Abeille à Bordeaux et le convainc de faire un travail à quatre mains : Jacques Abeille écrit un court récit original s'inspirant des Jardins Statuaires (qui font initialement 500 pages !) et Schuiten l'illustre.

 

Ainsi naissent Les mers perdues, presque trente ans après le roman culte.

 

Bien sûr, Attila fait aussi paraître en même temps Les jardins statuaires.

 

Le récit des mers perdues tien à la fois du récit d'aventures, du conte philosophique, du récit fantastique et du carnet de voyage. On peut citer l'influence de Julien Gracq et de Tolkien.

 

Un dessinateur, un géologue et un écrivain sont rassemblés à la demande d'un étrange milliardaire qui ne se fait pas connaître pour tenir le journal d'une expédition dans un pays légendaire, celui des Mers perdues. Leur raison est mise à rude épreuve lorsqu'ils découvrent que ce pays légendaire existe vraiment...Ils découvrent les Hulains, les autochtones, de petits êtres qui les guident vers des cités étranges dominées par des immenses statues souvent effondrées ou alors défigurées par des maisons, des usines, des chemins de faire qui ont directement été construites sur ses dernières.

 

Quelle n'est pas la surprise des trois explorateurs quand la géologue découvre que ces statues n'ont pas été sculptées mais qu'elles ont été un jour vivantes et qu'elles ont poussées directement de la terre...

 

François Schuiten en territoire inconnu

 

 Emanations des puissances chtoniennes, elles ont été malmenées, détruites, torturées par la technique toute puissante des hommes.

 

Nos trois compères, happés par ce paysage fantastique, continuent leurs déambulations pour comprendre ce qui est arrivé aux statues...

 

L'interprétation de ce récit unique peut être multiple ; on peut sans aucun doute y voir une allégorie de l'histoire des rapports homme/nature passant d'une vénération à une exploitation sans borne.

Les fans de la littérature gracquienne y verront une méditation poétique pour des espaces abandonnés, où le regard humain est fasciné et amené à la rêverie.

Un peut aussi y voir un récit fantastique ou de fantasy, puisque les trois aventuriers découvrent un peuple méconnu.

 

 

 

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J'ai commencé à lire Les jardins statuaires, le ton est très différent, très descriptif et l'action se passe dans des jardins de monastères où l'on cultive des statues...

 

Ici, c'est l'écrivain chargé de raconter le périple qui raconte l'histoire par lettre, à un ami, clandestinement, puisque son rapport ne soit pas aller dans d'autres mains que celles de l'étrange commanditaire...

Le récit, très fluide, fait donc alterner impressions subjectives et histoire de la découverte des statues.

 

Une des grosses découvertes de l'année...

 

 

 

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 19:53

ETATS-UNIS

 

 

Editions Albin Michel, 2010

 

Je continue donc mon exploration de la rentrée littéraire américaine ; après une grosse déception, voici une vraie découverte, un roman qui ne se laisse pas apprivoiser immédiatement mais la lecture en vaut la chandelle.

 

Louise Erdrich est l'une des voix majeures de la littérature américaine contemporaine ; une voix métisse puisque son père est d'origine allemande et sa mère indienne. Toute son oeuvre se déroule d'ailleurs dans les communautés indiennes américaines ; ses récits choraux sont souvent comparés à ceux de William Faulkner.

 

Les lecteurs qui aiment les récits bien linéaires seront sûrement déconcertés ; tout se déroule sur plusieurs décennies autour d'un événement fondateur qui scellera le destin de deux communautés, indienne et blanche.

 

En 1911, une famille entière est décimée à Pluto, village du Dakota du Nord ; trois indiens sont pendus par les blancs ivres de vengeance, un seul en réchappe. Il s'agit du vieux Mooshum qui raconte des années plus tard l'histoire à sa petite fille Evelina, la première narratrice du récit. Cette dernière est amoureuse de Corwin Peace, l'un des descendants des lyncheurs...

 

Quatre personnages prennent la parole à tour de rôle pour évoquer la vie de ces deux communautés et de plusieurs familles. Finalement, l'important n'est pas de savoir qui a tué la famille. Le lecteur est happé par l'histoire de cette ville, Pluto et par les destin d'une multitudes de personnages.

 

Ce sont des vies entières que déploie ce récit : enfances et adolescences meurties, amours contrariées, mémoire des ancêtres, force de l'amitié ou de la fratrie, rôle de la religion ou de l'art comme consolation, culpabilité...

 

Ce roman brasse tous les sentiments et émotions humains dans une écriture flamboyante : lyrisme, humour, analyse historique...La variété des styles est étonnante : le lyrisme amoureux d'Evelina, le mysticisme de de Marin, l'humour du vieil indien athée, l'inspiration poétique de Shamengwa autour de son violon....

 

Justement, l'un des fils conducteurs du récit dans ses multiples ramifications est un violon ; le prologue présente le meurtrier avec en arrière-fonds un air de violon. Ce dernier, nous le suivrons tout au long de l'histoire, de la fin du XIXe siècle à nos jours.

Image récurrente également, celle des colombers qui viennent de façon cyclique dévaster les cultures des champs, comme un signe de l'apocalypse.

 

Une grande fresque à la fois lyrique et poétique.

 

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 12:28

RENTREE  LITTERAIRE

 

 Suites impériales

 

Sélection France Culture-Télérama

Editions Robert Laffont, 2010

 

  C'est incontestablement l'un des gros événements de la rentrée littéraire 2010 ; la suite du premier roman du sulfureux Bret Easton Ellis, l'enfant terrible des lettres américaines, auteur entre autres de American Psycho.

 

Moi qui n'ai vu qu'en film American Psycho, je me suis dit : "il faut enfin que je lise Bret Easton Ellis".

Résultat : incompréhension totale devant une telle effervescence ! C'est creux au possible, vraiment l'anti-Point Oméga de Don De Lillo !!!!

 

Je pourrais résumer ainsi l'intrigue : un écrivain scénariste se fait manipuler par un call-girl qui veut devenir actrice. En dehors de ça, rien ! Des cocktails au bord de la piscine, des scènes de sexe et de défonce, des producteurs réalisateurs qui discutent entre eux et se tient les pattes par derrière. C'est totalement creux !

A part un style d'écriture très light à cent à l'heure, certains peuvent apprécier...

 

Devant mon incompréhension totale, je découvre encore plus abasourde les articles critiques dithyrambiques de la presse ! Les Inrrocks vont jusqu'à évoquer Chandler, les romans noirs des années 40, David Lynch et son Mulholland Drive et même le grand film Sunset Boulevard.

 

S'il suffit d'évoquer le milieu déjanté hollywoodien pour être comparé à Lynch, c'est plutôt facile !

 

Et là je persévère encore pour trouver enfin la critique qui me ferait voir enfin la petite bulle de génie que je n'ai pas su ou voulu déceler....

 

Et je tombe sur un article de Fluctuat.net fort intéressant qui certes ne m'a pas fait changer d'avis sur la qualité de cette oeuvre mais qui a peut-être éclairé tout de même ma lanterne.

 

" La bonne littérature invente le monde dans laquelle elle se trouve"

 

http://www.fluctuat.net/7271-Bret-Easton-Ellis-ses-grandes-inventions

 

Dans cet article fort intéressant, il est montré que finalement, ce monde débile décrit et schématisé par Bret est le nôtre ! Celui de Paris Hilton, des séries télées et des traders fous. Tel est notre référent culturel de notre société décadente du 21e siècle.

 

Alors, oui, effectivement, Bret Easton a prophétisé cet avènement de la débilité et l'a fait rentrer dans la littérature....

 

Quant à évoquer Chandler et Lynch, c'est un peu gonflé mêmùe si le personnage principal se fait manipuler et ne comprend rien à ce qui lui arrive.....

 

Place à votre propre avis !

 

 

 

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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 10:59

ETATS-UNIS

  Point omega

 

  Editions Actes Sud, 2010

 

Voici le deuxième opus que je lis de Don Delillo après Cosmopolis. En cette rentrée littéraire marquée aussi par le Festival America à Vincennes du 23 au 26 septembre, j'ai décidé de lire plusieurs "grosses sorties" américaines.

 

La première, très différente des autres oeuvres précédentes puisque très courte, 140 pages.

Amoureux du suspense, de l'action, détournez votre chemin ! Nous sommes dans une intrigue quasi beckettienne, dépouillée à l'extrême où les personnages réfléchissent à leur condition dans la plus complète abstraction.

 

Réflexion sur la nature de la réalité et du temps, tel est le propos de cette intrigue métaphysique et expérimentale.

 

Le roman s'articule autour de deux "scènes" : la première qui initie et clôt le récit se déroule au Mona de New-York ; un homme, dont on ne sait rien, réduit à l'état de silhouette, est happé par le visionnage de 24 heures Psycho, un film de 24 heures qui étire au maximum le film Psychose d'Hitchcock, en deux images par seconde.

Obnubilé par ce film, il revient le voir tous les jours pour examiner ce que le réel nous cache d'habitude.

 

A l'autre bout des Etats-Unis, en plein désert de l'Arizona, un universitaire à la retraite, Richard Elster, conseiller spécial pour la CIA sur la guerre contre l'Irak, se passionne pour la théorie de l'extinction de Pierre Teilhard de Chardin. Il cherche à atteindre le Point Oméga de sa conscience, la vérité ultime de son être, en dehors de tout espace-temps concret. Un jeune documentariste le rejoint, souhaitant le filmer racontant son expérience, sans rien autre décors.

 

La seule action véritable du récit est la disparition de la fille d'Elster, silhouette fantomatique.

 

Que dire de ces deux intrigues qui vont finir par se lier ? Il s'agit d'explorer la conscience du réel dans un temps étiré au maximum en dehors de notre vie quotidienne et de lui donner une autre dimension. Où en est la conscience de nous mêmes et du monde ? Où en est-on dans l'évolution ?

 

Le lecteur se perdrait s'il cherchait à tout comprendre. Il faut au contraire accepter de se perdre pour vivre une lecture sensorielle, atmosphérique et non analytique.

 

Il s'agit avant tout d'une expérience expérimentale où le lecteur se retrouve face à lui-même, dans un autre espace-temps. A découvrir.

 

"La vraie vie n'est pas réductible à des mots prononcés ou écrits, par personne, jamais. La vraie vie a lieu quand nous sommes seuls, à penser, à ressentir, perdus dans les souvenirs, rêveusement conscients de nous-mêmes, des moments infinitésimaux"

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