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  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 14:08

COREE DU SUD

 

 

Editions Zulma, 2005

Adaptation cinématographique en 2007 par Im Sang Soo

 

Hwang Sok Yang, né en 1943, est l'écrivain sud-coréen le plus connu en France et une personnalité importante de son pays.

Son oeuvre littéraire est fortement marquée par la partition de son pays. Il a d'ailleurs vécu dans sa chair le conflit nord/sud puisque son passage en Corée du Nord en 1989 lui a valu plusieurs années de prison.

 

Son oeuvre la plus connue, Le vieux jardin, a d'ailleurs pour arrière plan historique la traque de la jeunesse gauchiste par l'Etat de la Corée du Sud sur son propre sol, notamment en 1980 ("Printemps de

Séoul") où le soulèvement de la jeunesse estudiantine fut réprimée dans le sang par la junte militaire.

Ce soulèvement se traduisit par des centaines d'emprisonnement pour trahison politique.

 

Le héros du Vieux jardin, O Hyonu, est libéré après dix-huit ans de prison. Il apprend alors que la femme qu'il a aimé avant d'être emprisonné est morte des suites d'un cancer. Elle lui a laissé des lettres, des carnets et surtout son journal intime...

Hyonu retourne à Kilmoe, village au milieu de nulle part, où ils ont vécu leur passion....

 

A partir de ce moment, le récit intercale les souvenirs de clandestinité et de prison de Hyonu et le parcours de Yunhi. La femme prend alors la première place dans le coeur du lecteur ; l'auteur nous décrit un formidable portrait de peintre qui a vécu le militantisme à sa manière ; jeune artiste peintre, elle a côtoyé des activistes avant de partir en RDA au moment de la chute du Mur de Berlin.

 

"Qu'as-tu trouvé dans cette obscurité et cette solitude encerclées de murs ? N'as-tu pas aperçu par hasard, en te glissant entre deux rochers, un monde plein de fleurs aux multiples couleurs dans la splendeur du soleil ? As-tu trouvé notre vieux jardin ?"

 

Cet extrait magnifique témoigne à lui seul de tout l'esprit du livre ; une description très réaliste de l'Histoire de la Corée de ces trente dernières années, le portait d'une jeunesse en route et en lutte vers un idéal, se mêlant à une poésie du quotidien et de la nature.

 

 

 Ce vieux jardin, c' est bien sûr le lieu de l'idylle entre les deux héros de l'histoire ; un lieu perdu où la nature est reine mais où la modernité la marquera  bientôt de ses griffes.

C'est aussi et surtout la métaphore de l'esprit de cette jeunesse qui lutte pour l'avènement d'une utopie ; mais entre le capitalisme triomphant et la dictature communiste, le vieux jardin reste un rêve inaccompli....

 

Voyage au fil des années mais aussi dans l'espace ; l'auteur établit un parallèle entre la partition de la Corée et celle de l'Allemagne. Nous partons aussi, au cours d'un voyage dans le Transsibérien, à la découverte des décembristes de Russie qui ont lutté contre le tsar.

 

Cette belle aventure historique et poétique, réaliste et romanesque, nous cache aussi une belle surprise...

 

Au lecteur de la découvrir, au fil de cette grande fresque de 600 pages. Une lecture fluide, toute en subtilité et en retenue.

 

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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 18:53

INDE

 

 

Editions Philippe Picquier, 2011

 

Je découvre cette auteur indienne avec ce recueil de nouvelles. D'autres oeuvres bien "appétissantes" l'avaient précédé : Mangue amère et La colère des aubergines.

 

Un point commun à tous ces titres : les femmes .....

 

Et là, notre auteur fait parler les femmes de 50 ans. La cinquantaine et la révolution intérieure....Soudain, ces femmes prennent leur destin en main ou découvre un secret sur leur mari ou sur elle....

 

Il y en a pour tous les goûts : la femme qui a des hallucinations, la femme morte qui parle d'outre-tombe et qui découvre finalement qu'elle manque à son mari, la femme obsédée par ses rides et celle qui découvre que son mari va en Thaïlande pour la prostitution.

 

Innocence, mélancolie, nostalgie, humour : les tonalités sont très variées !

 

Un coup de coeur pour La robe de chambre en velours rose : l'histoire d'une femme qui raconte sa passion pour ce vieux vêtement hérité de sa vieille tante, qui vieillit au fil des ans mais qui raconte l'histoire de bien des vies...Sublime !

 

C'est moi qui éteins les lumières

 

 

Je rapproche un peu Bulbul Sharma de Zoyia Pirzad, auteur iranienne qui dans son dernier roman, C'est moi qui éteins les lumières, nous parle des émois d'une femme mûre qui redécouvre l'amour à la cinquantaine.

 

A lire !

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 11:11

IRAN - 2001

 

C'est moi qui éteins les lumières

 

Editions Zulma, 2011

 

Zoya Pirzad, l'écrivain iranienne, arménienne par sa mère, est en France pour la traduction de son roman paru en 2001 en Iran, élu "Meilleur livre de l'année".

 

Pour information, elle sera à Paris, à la Librairie Dédale, rue des Ecoles, ce mardi 17 mai et à Antony, à la librairie La Passerelle, ce vendredi 20 mai à 19h.

 

Zoya Pirzad, la magnifique conteuse du quotidien, dont j'ai déjà chroniqué quasiment tous les récits : Le goût âpre des kakis, Un jour avant Pâques nous offre ici un beau roman sur "l'intériorité d'une femme d'intérieur"...

 

Clarisse, mariée à un ingénieur de la Compagnie du pétrole, est une mère de famille discrète. Dans sa cuisine digne de celle d'Hansel et Gretel, elle prépare les repas et les goûters de ses trois enfants, Armen, l'aîné et Arsineh et Armineh, les deux petites jumelles. Mais elle reçoit aussi son ancienne voisine, la bavarde Nina et son mari Garnik. Sans oublier sa mère et sa soeur Alice qui n'est pas encore mariée...

 

Son quotidien va être bouleversé à l'arrivée de ses nouveaux voisins, les Simonian : la vieille dame acariâtre, toute petite, autoritaire mais très attachante, la petite-fille Emilie, secrète petite chipie et surtout le père veuf, Emile, qui va provoquer chez Clarisse de vifs émois...

 

Mais bien sûr, comme toujours chez Zoya Pirzad, les sentiments ne sont pas nommés, seulement suggérés. C'est par petites touches impressionnistes que l'auteur évoque ces émois.

 

Dans ce récit, ce sont les pois de senteurs et les papillons qui symbolisent le sentiment amoureux. Quant à l'invasion de sauterelles, elle symbolise à merveille la révolution intérieure. N'oublions pas également la référence à des récits et à des contes racontés par la mère à ses enfants, qui nous montrent à chaque fois des amours déçues.

Les sentiments ne sont jamais nommés. Comme dans une miniature persane, ce sont des symboles minuscules qui ne font que suggérer...

 

Ce sont aussi les gestes du quotidien (un verra cassé, le sucrier qu'on fait glisser nerveusement sur la table) qui évoquent la crise intérieure.

 

Autour de cette crise intérieure, gravite toute une agitation colorée de personnages fantasques : Artosh, le mari taciturne, la mère envahissante, la voisine bavarde, la soeur gourmande et cancannière...

 

Toute cette petite communauté bien bruyante rythme le récit grâce aux vas et viens incessants des personnages qui rentrent et sortent par la cour. Elle lui donne aussi une petite touche humoristique.

 

C'est simple, drôle, touchant et poétique à la fois.

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 21:00

ETATS-UNIS - Prix Pulitzer 2010

 

Les foudroyés

 

  Editions Cherche-Midi "Lot 49", 2011

 

Incontestablement l'un des grands livres de cette année 2011...

 

Une histoire incroyable : un premier roman qui ne trouve pas d'éditeurs, qui finalement est publié par un éditeur indépendant à 3 500 exemplaires....et qui finit par avoir le Prix Pulitzer 2010.

Un conte de fée pour cet auteur américain de 42 ans dont l'écriture d'un lyrisme flamboyant fait penser à Hawthorne ou à Thoreau. Un digne héritier des grands classiques américains.

 

Sur 180 pages, nous est retracée l'épopée intérieure de trois générations d'hommes.

 

Georges, vieil horloger, agonise dans sa maison, entouré de toute sa famille. Victime d'hallucinations (il croit voir sa maison d'effondrer). En même temps, il se souvient de ses ancêtres.

Son père, Howard, épileptique, qui vendait toute sorte d'objets (peignes, poêles, seau, soude, bijoux, cafetières, brosses, savons...) dans sa carriole et qui parcourait les routes du Maine d'antan.

Ce père se souvient lui-même de son propre-père, prédicateur calviniste un peu fou...

 

A travers cette dynastie de "foudroyés" (ce sont des hommes maudits par leur condition, l'épilepsie ou la folie) que le destin rattrapera, c'est toute l'Amérique des origines, celle de la Nouvelle Angleterre, qui se rapproche de nous, celle des pionniers qui luttent contre la nature et contre leur propre folie.

 

Au fil des saisons (magnifiques descriptions de paysages d'hiver ou le marchand Howard vient ravitailler de vieilles fermes et des indiens solitaires), les hommes chantent leur fusion ou leur conflit avec la nature.

 

Car c'est bien d'un poème en prose qu'il s'agit ; au détour d'un chemin, les éléments de la nature s'éveillent ; c'est à une fête païenne que nous assistons ; la brume qui enveloppe le paysage, les rayons de soleil qui miroitent entre les arbres, les brins d'herbe qui s'irisent, la neige qui étincelle, l'eau qui s'enflamme....On y cherche les secrets des origines, dans les hiéroglyphes sur les écorces de bois par exemple, érigées tels des totems...

 

L'homme itinérant célèbre ses noces avec Dame Nature (magnifique épisode où Howard, l'itinérant, compose une tapisserie de fleurs pour sa femme), cherche sans fin le secret de sa fabrication et pour finir, devient lui-même bois ou métal. L'homme ne se fait pas poussière mais se fond au contraire aux éléments naturels.

 

Et, au rythme des souvenirs, George se souvient aussi de sa passion pour les horloges, pour ses mécanismes secrets. Les horloges qui rythment le temps qui passe...

 

Ne vous imaginez pas un récit ésotérique, inaccessible. Cette ode à la nature riche en émotion est aussi l'histoire tragique d'une famille sur trois générations, où les hommes sont maudits. Au fil des pages, nous sont dévoilés ce secret, cette malédiction.

 

C'est au contraire un joli conte sur la condition humaine tragique de l'homme. Vous déambulerez encore longtemps sur ces vieilles routes magiques en compagnie de d'Howard, de son vieux cheval Prince Edward et de sa vieille carriole de bric et de broc ....

 

Tout simplement envoûtant...

 

"Nous écorcions des arbres morts et le bois tendre en dessous était pâle comme de la sciure et parfois recouvert d'étranges motifs qui ressemblaient à des inscriptions qu'on eût gravées dans le bois à l'aide d'un stylet ou d'un petit outil tranchant avant de replacer l'écorce sur le tronc-un cuir rugueux, un peau d'échardes protégeant un langage secret. Ces hiéroglyphes s'offraient à nous comme des révélations, comme des messages déposés là à notre intention pour que nous puissions les tâter et les gratter du bout de nos bâtons mais sans jamais les comprendre, puis les abandonner là, tels des totems, en attendant que les trouvent ceux à qui ils étaient véritablement destinés, au moment de rebrousser chemin dans le fracas des brousailles"

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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 19:03

Editions Buchet-Chastel, 2011

 

G229

 

Le quotidien de la vie d'un enseignant (l'auteur sait de quoi il parle puisqu'il est prof d'anglais) dans une petite ville de province.

20 ans plus tôt, on lui a accordé une salle de classe personnelle, la G229 ; le proviseur lui a précisé que c'était un privilège...et lui a dit au passage que le "je" deviendrait sûrement un "on"...

 

Car, en effet, lorsqu'on devient un petit fonctionnaire, qui a toujours la même classe en U, les élèves qui se ressemblent d'année en année, qui radote la même chose, alors on risque bien de perdre son identité...Surtout lorsqu'on rêvait de faire le tour du monde....

 

Alors, une ancienne amie vous croise et vous dit, "tiens, je croyais que tu serais devenu écrivain ou peintre".

 

Mais, non, on est resté 20 ans, sans ambition, à enseigner aux enfants de ses anciens élèves....

 

Un constat désabusé ?

 

On pourait le croire...Blondel insiste sur le temps qui passe...Il nous livre la chronique d'un homme ordinaire qui n'a rien d'un héros.

 

Puis tout d'un coup, l'émotion nous gagne. On se prend à rigoler (le prof qui se débat et qui se prend les pieds dans son vidéoprojecteur ou qui se familiarise difficilement avec son Power Point).

Mais on surprend surtout une relation élève-enseignant subtile : l'élève qui lui parle de sa mère qui était son ancien élève, les discussions sur Facebook, les souvenirs nostalgiques d'un voyage pédagogique ou encore le deuil d'un élève mort dans un accident de voiture...

 

Car "nous voulons pour eux qu'ils soient ce que nous ne sommes pas parvenus à être, immortels"

 

Le prof rêve alors pour son élève à une vie meilleure que la sienne. Et si l'élève réalisait les désirs qu'il 'a pu concrétiser, lui, simple professeur de province....

 

Une chronique subtile, qui évite les clichés.

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 12:59

ITALIE

 

  La fête du siècle

 

Editions Robert Laffont, 2011

 

Un petit détour dans la littérature italienne contemporaine et...ça le vaut ! Niccolo Ammaniti qui a reçu le prestigieux Prix Strega pour son précédent roman Comme Dieu le veut est le maître de l'humour noir ; avec une ironie grinçante, il peint les travers de la société italienne d'aujourd'hui, gangrenée par le consumérisme et la médiatisation à outrance. Le tout agrémenté d'une langue rabelaisienne qui fait la part belle aux bons petits plats italiens....

 

Des romans qui jouent de la surenchère grotesque et qui ne sont pas sans rappeler l'américain Chuck Palahniuk.

 

Le point de départ : un magnat de l'immobilier romain qui donne une fête grandiose pour VIP dans la Villa Ada, qu'il a rachetée à la municipalité. Footballeurs, mannequins siliconés, journalistes, chanteurs, toute la "meute" est au rendez-vous. Deux prestigieux invités :

Fabrizio Ciba, l'écrivain vedette, auteur de best-seller et présentateur télé vedette, vient d'apprendre que le contrat chez son éditeur risque de ne pas être renouvelé. Il va profiter de cette fête pour démarcher de nouveaux sponsors....

Quant à Loretta, ex gothique devenue star du pop, elle clôturera la soirée ....

 

Et deux trois spécimens qui se sont introduits dans la prestigieuse villa clandestinement....Saverio Moneta, alias Mantas, et sa bande de la secte des Enragés d'Abaddon. Des satanistes dont le seul forfait a été de couvrir un pont de graffitis et de rater le sacrifice d'une jeune fille qui n'était finalement pas vierge !

Mais ce soir, Mantos (dans la vie, vendeur de meubles tyroliens, soumis à sa femme et à son beau-père tyranniques, a vraiment envie de devenir un héros sataniques. Ce soir, ils vont jouer les serveurs à la fête du siècle et tuer la belle Loretta, la star planétaire ! De quoi devenir des satanistes mythiques....

 

A partir de ce moment, tout devient une vaste fumisterie : le magnat de l'immobilier a organisé de multiples chasses dans son parc devenu zoo. Les satanistes vont devoir avoir affaire avec des tigres, des vautours et....

 

Je m'arrête là de peur de dévoiler le rebondissement final. Certains pourront peut-être trouver les ficelles trop grosses mais justement, tout joue sur l'outrance.

 

Un très bon moment de détente et d'analyse d'une société malade...

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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 21:58

1953

 

La lune dans le caniveau

 

Editions 10/18

 

L'un des chefs d'oeuvre de David Goodis, adapté au cinéma par Jean-Claude Beinex.

Ce court roman reprend le schéma de Cassidy's girl : un homme partagé entre deux femmes, le rêve de se sortir de la fange mais un destin inexorable qui tue la moindre velléité de bonheur.

 

William Kerrigan vit dans les ruelles lugubres des docks de Philadelphie entre un père et un frère alcooliques,  une promise hystérique ....et surtout un deuil inconsolable ; sa soeur violée et suicidée un an plus tôt. Les gouttes de sang séchées sont toujours éclairées le soir dans le caniveau, par la lune....

 

Un soir, dans un bar, il rencontre la jeune Loretta. Une belle femme, venue chercher son frère ivre mort. Elle incarne la figure protectrice et aussi la possibilité du rêve.

 

Pour oublier son désir de vengeance qui le mine, Sullivan et Loretta vont vivre une nuit dans un ailleurs fantasmé...

 

Comme à son habitude, Goodis joue sur un magnifique clair-obscur ; la lune dans le caniveau, c'est ce lieu hors du temps où le couple va pouvoir vivre son idylle. Une magnifique description de la lumière dans la nuit qui fait osciller la scène entre rêve et réalité.

Mais la lune dans le caniveau, c'est aussi le faisceau du destin qui poursuit sans fin les âmes désespérées. Les dernières pages sont vibrantes de poésie ; le grand coupable, ce ne sont pas les hommes, mais la nuit et le ruelles embourbées dans la fange. Un joli décor tragique qui matérialise, comme dans un film expressionniste, les forces du destin.

 

A noter aussi le leitmotiv des scènes du bar, où se jouent les scènes cruciales de la rencontre et de la tragédie finale. Les oeuvres de Goodis nous offrent de formidables huit-clos où la simplicité de l'intrigue est magnifiée par de superbes décors.

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 21:40

2011

 

Les insurrections singulières

 

Editions Actes Sud

 

Jeanne Benameur nous a habitué à de belles histoires, à des destins chamboulés par l'amour des mots et de l'écriture (Les demeurées , Les mains libres).

Son dernier opus est un chef d'oeuvre de finesse et de liberté.

 

Antoine est un ouvrier dans une usine de sidérurgie. Mais suite aux délocalisations au Brésil, il est au chômage technique. Sa femme l'a quitté, il retourne alors chez ses parents. Il se remémore alors lorsqu'il avait huit ans, sur le perron, lorsqu'il avait voulu faire une fugue...

 

Dès les premières pages, nous vivons à l'intérieur d'Antoine, dans ses hésitations et ses soubresauts. Car Antoine se cherche. Il n'est pas à sa place dans son usine. Il a repris le boulot de son père mais dans quel but ?

Il se cherche et il cherche ses mots. Car il n'a jamais su dire et se dire. Dire l'amour à sa femme, dire la poésie de l'amour. Alors, il a cru se donner un rôle en s'inventant un rôle de syndicaliste qui dit les mots de la révolution. Mais en vain ...

 

Un jour, au chômage technique, il fait les marchés avec sa mère. Il croise Marcel, le bouquiniste. Deux âmes solitaires qui vont se comprendre....Antoine feuillette un livre sur le Brésil et découvre que l'inventeur de la sidérurgie brésilienne est un français.

 

Et s'il partait à la découverte de ses congénères du Brésil ? Et s'il reprenait le parcours de ce Moulevade qui, à sa manière, a fait sa révolution ?

 

Au Brésil, à travers les mots des autres, Antoine va trouver les siens, se trouver, en plongeant dans son intériorité.

 

Jeanne Benameur se refuse à faire un roman social classique sur le destin de la classe ouvrière. Fuyant les luttes collectives, elle privilégie les révolutions intérieures. L'échec social est l'occasion de faire le vide et de se retrouver. Et de faire une révolution intime...

 

L'écriture est magique, sans fioriture. Très rythmée et en même temps très épurée, la phrase respire ; on a l'impression de suivre les hésitations, les hauts et les bas de l'âme d'Antoine. Benameur fait réellement corps avec son personnage, en s'identifiant à lui.

 

Un livre d'une grande pudeur qui fait le portrait d'un homme a la dérive qui renaît grâce à ses mots (maux).

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 19:02

1968

 

 

Editions Moisson Rouge

 

Voici un chef d'oeuvre méconnu de l'auteur du célèbre Psychose, adapté au cinéma par Hitchcock. Bloch fut un auteur de polars et de science-fiction mais aussi un amoureux fou du cinéma.

 

Avant de devenir plus tard scénariste, il voulut écrire une trilogie de l'histoire du cinéma ; il s'en tint à ce crépuscule du cinéma muet et pour cause....il mit plus de dix ans à le faire publier, puis il fut publié en format poche. Puis traduit en français en 1974 plus de 20 ans après son écriture.

 

C'est un chef d'oeuvre trop méconnu, à réserver aux amoureux du cinéma mais pas seulement !

 

En guise d'introduction, une citation du roman :

 

" Si le silence est vraiment d'or, alors, le cinéma met fut notre âge d'or"

 

Hollywood ; 1922-1929. Splendeurs et misères du cinéma muet. L'histoire d'un jeune homme, Tom Post, orphelin  pour qui Hollywood est un rêve éveillé.

Son rêve : intégrer ce milieu. Un jour, il rentre par la petite porte dans le studio de Théodore Harker, un metteur en scène mythique. Tom est engagé par hasard comme scénariste ....autrement dit, comme responsable des sous-titres des films muets.

Il fait connaissance avec des actrices déjà étoiles déchues, un acteur au pieds en or...Amours, machinations...Le cinéma est une fosse aux lions, cela n'est pas sans nous rappeler Freaks.

 

Tom Post est amoureux, mais davantage du cinéma que de sa promise...Alors qu'il monte les échelles de la renommée, le monde du cinéma change : ce n'est plus le metteur en scène et ses folies qui sont rois mais le producteur qui fait ses calculs.

Ce n'est plus de l'artisanat mais une industrie....

 

Nous assistons alors au crépuscule du cinéma muet. Le passage du Crime et Châtiment muet à la version parlante est un chef d'oeuvre d'épisode tragicomique. Pendant ce temps, les personnages se perdent, aux prises avec des secrets monstrueux inavouables...

 

Bloch peint magistralement ce monde de passions maléfiques exacerbées, qui nous font penser à un film expressionniste allemand. En même temps, il nous donne à lire quasiment un documentaire sur cette période. Nous y découvrons tous les métiers : metteurs-en-scène anciens forains, scénaristes, producteurs, acteurs...et nous voyons comment les films sont devenus parlants.

 

Crépuscule, extinction...mais la passion et le souvenir restent. Comme dit Tom, on se souviendra de nous...

 

Un livre magique, hommage au 7e art. Après l'avoir lu, on a qu'une envie ; revoir un fim de Murnau ou de Lang...

 

 

 

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 22:46

ETATS-UNIS (Premier roman)

 

 

Editions Grasset, 2011

 

Ce premier roman picaresque d'un jeune auteur originaire de Virginie aurait pu être un véritable chef d'oeuvre. Le Guardian le considère comme un héritier de Faulkner, Twain ou encore McCullers. C'est un peu trop !

Tout démarre sublimement....

 

Un nourrisson est jeté dans la rivière par sa mère démente, persuadée qu'il est enfant de Satan. Early Taggart est recueilli par une bouilleuse de cru clandestine qui l'élève comme son propre fils. Mais il est à jamais marqué par les conséquences de sa chute dans l'eau glacée qui lui a causé une infection des gencives. On le surnomme "Gueule tranchée". D'une force invincible, il devient chasseur d'ours  puis charmeur de serpent dans une drôle d'église méthodiste, puis "cunnilungiste réputé" ! puis héros de la révolte des mineurs de Virginie occidentale dans les années 20. Il tue alors plusieurs personnes représentantes de la loi et de la compagnie des mines et devient ainsi un hors-la-loi.

 

Tout ça brillamment raconté sur 160 pages, un conte picaresque bien rythmé, drôle et tragique en même temps. Puis, tout à coup, tout s'accélère !

 

Les différentes facettes du personnage haut en couleur se succèdent à la vitesse grand V : il devient un vrai sauvage dans la forêt, puis un bluesman, puis participe à la campagne de Kennedy, puis devient journaliste et obtient le Prix Pulitzer.

 

108 ans d'une vie bien remplie racontée en 350 pages ! C'est trop peu ! Pourtant, il y avait dans ce roman tous les ingrédients délicieux du grand récit américain : une grande fresque qui brasse les grands thèmes de la société de ce pays : lutte pour la démocratie et la justice sociale, défense de l'environnement, histoire du blues, légendes des parias et des hors-la-loi.

 

Il aurait fallu une grande épopée à la Don DeLillo de 500 à 1000 pages. Nous nous retrouvons avec une épopée hachée en tous petits épisodes.

 

Ne soyons pas trop sévères : c'est un premier roman, il y a de très bonnes bases pour les prochains opus. Attendons-les donc !

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