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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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6 juillet 2005 3 06 /07 /juillet /2005 00:00

Littérature russe

En cette Année de la Russie, la littérature russe a été remise à l'honneur. Jusqu'à aujourd'hui, la littérature russe était surtout connus pour ses grands classiques du XIXe siècle: Dostoïevski, Gogol, Tolstoï ou encore Boulgakov pour le début du vingtième siècle (années 30).

Parmi tous les ouvrages parus cette année et mis en valeur au Salon du Livre, on peut retenir l'auteur Ludmila Oulitskaïa. Très connue en Russie, elle a été découverte cette année en France. Ses romans à l'écriture classique et limpide, devraient ravir de nombeux lecteurs.

Sonietchka-Prix Médicis Etranger 1996

Voici un beau portait de femme! Sonia, depuis son plus jeune âge, a toujours vécu entre rêve et réalité dans le monde des livres. C'est donc tout naturellement qu'elle est devenue bibliothécaire.

Longtemps célibataire, Sonia va être demandée en mariage par un peintre abstrait condisciple de Kandinsky et de Malévitch. Ensemble, ils auront une vie paisible en émigrant dans une région reculée de la Russie au temps de la censure statilienne. Dans leur belle datcha, ils auront une fille. Un jour,la meilleure amie de la fille fait son entrée dans la datcha...

Oulitskaïa dresse le portrait d'une femme humble qui semble accueillir les aléas du destin avec parcimonie. Le mal ne semble pas l'atteindre. Lors de la période de prospérité et de bonheur, elle semble chaque jour être étonnée de sa félicité...

Egalement un bel hommage rendu aux livres: lorsqu'elle est ébranlée par un malheur ou une trahison, Sonia se réfugiera à chaque fois dans ses livres.

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4 juillet 2005 1 04 /07 /juillet /2005 00:00

René Barjavel est l'un des plus grands écrivains fantastiques français; ses romans sont d'ailleurs devenus des classiques du genre.

Bien que ses romans soient tous des réussites, La nuit des temps reste mon préféré: au cours d'une expédition polaire, un groupe de scientifique découvre un couple conservé dans la glace qui semble avoir vécu il y a des millions d'années. La civilisation dont ils sont issus semble avoir disparu mystérieusement mais elle a voulu laisser un témoignage au monde futur en sauvant ce couple. Retiré de la glace, l'homme et la femme reprennent peu à peu vie et font découvrir leur civilisation aux scientifiques d'aujourd'hui.

Quel formidable message sur notre perception du passé!Et si nos ancêtres n'étaient pas des brutes incultes?  Et si nous n'avions pas tout inventé?

Barjavel met fin à la conception linéaire du temps et du progrès; il n'y aurait pas un progrès perpétuel de l'humanité mais au contraire des accidents de parcours qui la ferait régresser.

A l'heure de la course à l'armement nucléaire et du développement durable, un roman à relire et à méditer.

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4 juillet 2005 1 04 /07 /juillet /2005 00:00

Alors que la littérature sud-américaine rencontre un vif succès à travers le monde depuis trois décennies (Garcia Marquez, Vargas LLosa, Sepulveda, Fuentes pour ne citer que les plus connus), la littérature brésilienne est restée largement méconnue. L'Année du Brésil en France est l'occasion de redécouvrir quelques chefs-d'oeuvre qui sont réédités cette année.

Jorge Amado a été pratiquement le seul écrivain brésilien connu des lecteurs français pendant des années. Son roman le plus connu Bahia de tous les saints est un ode au petit peuple brésilien.

Deux grands textes classiques méritent toute notre attention : L'aliéniste de Machado de Assis (fin XIXe siècle) et Macounaïma de Mario De Andrade.

Parmi les contemporains, il faut citer Bernardho Carvalho et Paulo Lins qui a écrit La cité de Dieu, adapté au cinéma par Fernando Mejelles.

Bahia de tous les saints de Jorge Amado

C'est l'histoire picaresque d'un jeune noir Brésilien qui tente coûte que coûte de gagner s vie: il fera de multiples petits métiers (boxeur, acrobate dans un cirque, docker...)en risquant à chaque fois de sombrer dans la délinquance. Après de multiples aventures, notre héros trouvera un sens à sa vie en participant activement à la grève des dockers.

Amado rend un hommage vibrant au petit peuple brésilien ; ce roman est l’héritier des œuvres picaresques espagnoles du XVIIe siècle : les personnages sont issus des classes populaires les plus pauvres (les picaros) et les écrivains y relatent leur vie pleine d’aventures et de rebondissements.

 

C’est également un magnifique roman sur la ville de Bahia et sur ses coutumes. Amado nous faire découvrir le carnaval, le macoumba (cérémonies fétichistes caractérisées par de multiples influences africaines, indiennes et animistes) et bien d’autres traditions.

 

Un roman magnifique plein de bruit et de fureur pour découvrir la culture brésilienne emplie d’optimisme : le parcours difficile des personnages ne semble pas mettre un frein à leur bonne humeur légendaire.

 

 

 Macounaïma de Mario de Andrade

 

Ce roman écrit en 1922 fonde la littérature brésilienne moderne. Son auteur, Mario de Andrade, a voulu créer une littérature nationale « lavée » de toutes influences extérieures. Il va donc puiser dans toutes les cultures de son pays en mêlant les mythologies européennes indiennes et africaines, affirmant par là la formidable richesse culturelle de son pays.

 

Le héros Macounaïma (« le grand méchant ») est un personnage très connu de la mythologie indienne. C'est un peu l'anti-héros par excellence. C’est un indien noir né dans la forêt vierge amazonienne qui a un fort penchant pour la paresse et la lubricité. Il devient Empereur de la forêt et épouse Ci La Mère-de-la-Forêt. Avant de mourir, cette dernière lui remet un talisman censé le protéger du danger. Mais ce dernier va être volé…Le roman raconte alors les aventures rocambolesques du héros à la recherche du « Mouïraquitan »…

 

Ce roman foisonnant et éminemment ludique  mélange les genres (à la fois tragique et comique) , les langues (beaucoup de vocables sont issus de la langue indienne et Andrade procède par énumération de ces mots tous plus exotiques que les autres), les lieux (les aventures de Macounaïma l’emmènent de la forêt amazonienne à la ville tentaculaire de Sao Paulo).

 

Les personnages eux-mêmes, se transforment en de multiples éléments : Macounaïma, pour lutter contre ses ennemis, se transforme en petits animaux. En se baignant dans un lac, il devient même blond aux yeux bleus !šPlusieurs femmes se fransforment en constellation.

 

Macounaïma nous plonge dans la magie brésilienne. Eminnemment baroque, ce roman est très comique et burlesque: multiples scènes d'érotisme, scène du puissant potentat local qui se fait berner par le héros...Les aventures se multiplient à un rythme trépidant.

 

un roman fondamental, très peu connu et qui ne ressemble à aucune oeuvre d'Amérique latine.

L'aliéniste de Machado de Assis

 

Critiques à venir.....

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4 juillet 2005 1 04 /07 /juillet /2005 00:00

Prix nobel de Littérature 2004

Cette écrivain autrichienne est sortie de l'ombre avec l'adaptation cinématographique de son roman La pianiste par Michael haneke: l'histoire d'une pianiste dominée par sa mère qui entreprend une liaison masochiste avec un homme plus jeune qu'elle...

En 2004, c'est la consécration mondiale avec l'obtention du Prix Nobel de Littérature. Elle est l'écrivain de langue allemande le plus important depuis Thomas Bernhard.

Dans son oeuvre, Elfriede Jelinek dénonce l'hypocrisie et la médiocrité de la société autrichienne qui est encore marquée par l'héritage du nazisme. elle a d'ailleurs été censurée plusieurs fois dans son pays d'origine.

Les exclus , écrit en 1980, est inspiré d'un fait divers sordide: un jeune homme qui a assassiné père, mère et frère jumeau en 1965.

Jelinek y met en scène quatre adolescents désoeuvrés: Rainer, l'intellectuel de la bande, aux théories marxisantes et Anna, sa soeur jumelle, Sophie, une jeune fille de bonne famille et Hans, issu de la classe ouvrière. Ils se sentent mal dans leur peau et veulent clamer leur révolte. Ils vont s'associer pour dévaliser et frapper des passants.

Jelinek analyse avec finesse les raisons de chaque personnage: l'ouvrier Hans veut s'élever dans l'échelle sociale. Rainer incarne l'intelligence face à la médiocrité de sa famille et Sophie dénonce le matérialisme de sa famille.

L'auteur nous plonge dans le contexte social de la Vienne des années 50 : le père de Rilke et d'Anna est un ancien officier SS qui a perdu une jambe à la guerre; plongé dans l'inaction se console en devenant photographe voyeuriste. Son passe-temps favori est de photographier sa femme nue dans des positions compromettantes. Tout respire la médiocrité et l'échec.

Pour s'affirmer, les exclus n'ont plus que leur violence et leur haine. On est loin de la belle langue classique; Jelinek provoque et agresse en utilisant un langage cru et ordurier. Un roman capital sur la génération sacrifiée d'après-guerre.

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4 juillet 2005 1 04 /07 /juillet /2005 00:00

Editions Virgile, 2004

Philippe Claudel est connu du grand-public pour avoir obtenu le Prix Renaudot en 2003 avec Les âmes grises, l'un des plus beaux romans de ces dernières années.

Ce succès mérité a eu tendance à occulter ses autres oeuvres. Claudel est par ailleurs un nouvelliste hors-pair: ce recueil de trois nouvelles a pour thème la fabrique des jouets en bois en Franche-Comté.

L'écrivain nous conte l'histoire de trois personnages hors-normes dont le destin s'est trouvé transformé par un jouet fabriqué ou offert: un industriel assez loufoque qui entreprend la construction d'une voiture en bois grandeur nature; le démarrage lui réservera quelques surprises.Un jeune artisan fabriquant des petits sujets en bois voit son destin basculé lorsqu'il perd un bras et son carnet de croquis dans les tranchées. Enfin, un homme orphelin voit ses souvenirs ressurgir lorsqu'il voit dans la vitrine d'un musée du jouet un joli pierrot qui lui aurait appartenu.

Ces nouvelles oscillent entre le burlesque (c'est le cas de la première nouvelle) et le tragique. L'écriture très belle et très sensible de Claudel nous touche à fleur de peau. Dans la deuxième nouvelle, l'écrivain rend un fabuleux hommage à l'artisanat. Les deux derniers personnages vous marqueront profondément et vous fera surgir quelqes larmes...

A signaler la qualité des éditions Virgile qui marticipe à la magie de cet ouvrage: un papier d'une grande qualité et une couverture blanche très stylisée. Espérons que des écrivains comme Philippe Claudel la feront connaître du plus grand nombre...

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4 juillet 2005 1 04 /07 /juillet /2005 00:00

Lydie Salvayre est incontestablement l'une des plumes les plus talentueuses de la littérature française actuelle. Toutes ses oeuvres mêlent le rire et le tragique ainsi que la belle langue classique et le langage vulgaire, voire ordurier.

La puissance des mouches est l'une de ses oeuvres les plus réussies. Ce livre atypique met en scène un jeune homme qui vient de tuer quelqu'un. Mais le lecteur ne saura le nom de la victime qu'à la fin du roman.

Dans un long monologue intérieur, le "héros" va tenter de justifier son acte auprès de différents interlocuteurs: le juge, l'avocat, l'assistante sociale. ..Dans un vaste plaidoyer pro-domo, il va évoquer son enfance malheureuse (son père qui le maltraite, sa mère consentante), son métier de guide au Musée Pascal de Notre-Dame des Champs et sa passion invétérée pour les Pensées de Pascal...

Et à ce moment là, les éclats de rire surgissent: lorsque par exemple, il tente d'expliquer la théorie pascalienne du divertissement à un groupe de footballeurs éméchés ou qu'il montre une ceinture de chasteté à un groupe de touristes allemands...

Cet individu nous fait rire de sa folie tragique; il s'isole peu à peu de la société et de sa famille en voulant à tout prix diffuser la philosophie pascalienne. Folie qui le poussera au meurtre final...

Salvayre a le don de parler de thématiques philosophiques tout en faisant rire son lectorat. La lecture est divertissante alors qu'elle aborde des réflexions essentielles comme l'absurdité de la vie. Nous nous identifions facilement au personnage bien qu'il soit très éloigné de nos préoccupations quotidiennes. En même temps que l'on se moque de lui, nous éprouvons à coup sûr de la pitié (son enfance meurtrie, l'incompréhension de son entourage, sa marginalisation finale).

L'une des oeuvres les plus puissantes de ces dernières années à découvrir d'urgence.

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3 juillet 2005 7 03 /07 /juillet /2005 00:00

Le précurseur de 1984 d'Orwell et du Meilleur des Mondes d'Huxley ....

Eugène Zamiatine a écrit ce chef d'oeuvre en 1920, soit trois ans après la révolution russe et l'arrivée au pouvoir de Lénine. Le monde n'a donc pas encore connu Staline ni Hitler.

Dans cet ouvrage, l'écrivain russe décrit une société totalitaire qui nie toute individualité et toute sensibilité. Les maîtres mots sont rigueur mathématique (tous les habitants font les mêmes activités à la même heure; ainsi, un réveil collectif indique qu'il est l'heure de se doucher ou d'aller manger) et collectivité: les fenêtres sont sans rideau et chacun peut observer l'autre, tout le monde porte les mêmes vêtements, mange la même chose.... 

Orwell n'a rien inventé; Big Brother est né en 1920. Il a d'ailleurs reconnu s'être largement inspiré de l'oeuvre de Zamiatine pour écrire 1984. Cette oeuvre est très largement visionnaire car qui pouvait imaginer qu'en 1920, le communisme allait se transformer en totalistarisme?

Zamiatine choisit de mettre en scène un héros dissident qui découvre les plaisirs de l'individualisme en tombant amoureux d'une jeune femme; peu à peu, il va vouloir se détacher de la collectivité pour pouvoir vivre sa propre vie. Le livre est le récit de sa révolte.

Pour les admirateurs de Orwell, Huxley et Bradbury, il est impératif de connaîtres cette oeuvre majeure qui a imposé dans la littérature un genre nouveau: la contre-utopie ou desciption d'une société totalitaire qui annihile toute volonté et liberté individuelles.

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3 juillet 2005 7 03 /07 /juillet /2005 00:00

 

Biographie de Jean Meckert (ou Jean Amila)-1910-1995

Jean Meckert a été marqué dans son enfance par le destin de son père anarchiste qui a déserté les tranchées en 1917. Il refait sa vie mais la mère de Jean le fait passer pour un "fusillé pour l'exemple". Il reprendra cette histoire fondatrice dans l'un de ses romans de la Série Noire.

Après avoir exercé plusieurs petits métiers dans le milieu ouvrier, il se consacre entièrement à l'écriture pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ses romans Les coups et La marche au canon dénoncent l'absurdité de la guerre ou mettent en scène de jeunes prolétaires.

Dès 1950, Marcel Duhamel remarque son talent et le fait publier dans la Série Noire des Editions Gallimard. Sous le pseudonyme de Jean Amila, il devient ainsi pendant 30 ans l'un des meilleurs auteurs de polars français.

Encore aujourd'hui, les plus grands auteurs français de romans noirs se réclament de son héritage; ainsi Didier Daeninckx lui a rendu hommage dans 12 rue Meckert . Les romans noirs exaltent souvent la solidarité des ouvriers et des paumés contre la médiocrité des puissants.

Aujourd'hui, en 2005, les Editions Joelle Losfeld remettent à l'honneur cet écrivain encore peu connu de la jeune génération en publiant La marche au canon et Je suis un monstre.

Je suis un monstre, Editions J.Losfeld, 2005 (1ère publication en 1952)

Je suis un monstre met en scène un jeune éducateur, Narcisse, incarnation de l'intellectuel pur qui prépare une thèse philosophique sur l'état de fatigue. A la compagnie de ses semblables, il préfère monter dans les montagnes de Savoie pour goûter la solitude et les charmes de la nature.

Son destin va être bouleversé lorsqu'un jeune garçon communiste est lapidé par ses "camarades" dans une école de plein air en Savoie. Le directeur veut déguiser le crime en accident de varape pour éviter le scandale. D'abord sceptique, Narcisse quitte son enveloppe de personnage d'intellectuel égoïste pour réclamer justice et prendre la tête de la révolte des camarades du jeune communiste.

Ce beau roman mêle la richesse psychologique à une description précise du contexte socio-politique des années 50.

Ecrit à la première personne, le narrateur (Narcisse) fait son auto-critique de pseudo-intellectuel et découvre progressivement les joies de la solidarité humaine luttant contre l'injustice.

Dans un contexte de guerre froide, ce roman montre que même le monde de l'enfance n'était pas épargné par les luttes idéologiques entre "réacs" et communistes. De belles pages nous sont offertes sur les vertus de l'éducation (Cette dernière s'oppose à la réprimande et à la justice). Selon le directeur de l'école, il faut chercher à convaincre et pousser les enfants à la confession plutôt que de se venger.

Jean Meckert écrit également de belles pages sur les montagnes de Savoie: description de l'atmosphère, des différents massifs et de la flore.

En conclusion, un roman très riche qu'il convient de découvrir de toute urgence.

 

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3 juillet 2005 7 03 /07 /juillet /2005 00:00

La littérature haïtienne francophone est à l'honneur en ce moment. Le Monde des Livres lui a d'ailleurs récemment consacré un article (Vendredi 17 juin 2005).

Haïti sombre dans la dictature et dans la pauvreté depuis une cinquantaine d'année (Dictature de Duvalier et du Président Aristide). C'est l'un des pays les plus pauvres de la planète et l'espérance de vie ne dépasse pas 52 ans.

Mais la Littérature, elle, est d'une richesse incroyable. On distingue souvent les écrivains haïtiens issus de l'immigration(en France :René Depestre, Louis-Philippe Dalembert ; au Canada: Denis Laferrière; aux Etats-Unis, Edwige Danticat) et ceux qui sont restés sur l'ïle; c'est le cas de Lyonel Trouillot. Mais comme le déclare ce dernier dans l'entretien du Monde des Livres, on ne peut opposer ces deux littératures: l'une qui parlerait d'évasion, d'ailleurs et l'aure qui serait ancrée au sol haïtien. Ainsi, l'émigré Dany Laferrière évoque ses souvenirs d'enfance dans l'île dans Les charmes d'une après-midi sans fin (paru au  Serpent à plumes).

Plus généralement, je pense que l'on peu distinguer une littérature chantant la magie de l'île, ses traditions (le vaudou et le carnaval par exemple) et une littérature mettant l'accent sur les évênements de l'histoire récente. René Depestre et Lyonel Trouillot incarnerait ces deux tendances. Mais devant la richesse de cette littérature, il serait dangereux de créer des typologies.

Je vous propose de découvrir quelques oeuvres emblématiques de cette littérature.

Alléluia pour une femme jardin de René Depestre: une ode à la femme et à la sexualité

Ce recueil de nouvelles font l'apologie de l'érotisme et de la fécondité; Depestre crée des scènes plus cocasses les unes que les autres: un jeune garçon tombe amoureux de sa tante Zaza, la plus belle femme de Jacmel; un aspirant prêtre voit ses rêves de chasteté anéantis en tombant amoureux d'une jeune servante. L'une des plus belles nouvelles est sans aucun doute "L'atlas du géolibetinage": le narrateur, étudiant à la Cité Universitaire de Paris (on reconnaît bien sûr l'auteur), ne croyant plus à l'idéal de civilisation européenne, se réfugie dans la sexualité la plus débridée; il dessine une carte du monde dont la taille des pays est proportionnelle au pouvoir érotique des femmes; c'est ainsi que les îles caraïbéennes ou les pays nordiques occupent plus de place sur la carte que l'Europe et les Etats-Unis ! Les épices font leur entrée en Suède...

Pour Depestre, il s'agit d'honorer la femme et de mettre fin à la vision judéo-chrétienne de la faute originelle: la femme est associée à la fécondité et à la fertilité. D'où son nom de femme-jardin. Elle fait partie du cycle de la nature tout comme l'eau, le vent et les arbres. La culture caraïbéenne honore la sexualié en tant qu'ode à la vie et rompt avec la culpabilité liée au sexe issue de la Bible.

René Depestre est pour moi le plus grand écrivain haîtien contemporain. Son parcours est exceptionnel : exilé d'Haïti pour avoir critiqué le régime de Duvalier, il vit à Cuba pendant 20 ans avant de goûter à un nouvel exil. Il vit désormais dans le sud de la France.

Il décrit comme personne la culture de son pays (le vaudou, le carnaval...). Son oeuvre entière est un hymne à la vie et à la joie.

Voir aussi la critique d'Hadriana dans tous mes rêves dans la rubrique Littérature étrangère contemporaine

Bicentenaire de Lyonel Trouillot: une description des événements de 2004

 

Lyonel Trouillot s'inscrit dans une toute autre optique; dans la plupart de ses romans, il décrit la pauvreté et l'apocalypse de son île. Au moment des événements de décembre 2003, il fut un membre actif du collectif "NON" réclamant le départ du Président Aristide. Au sein de son pays, il est un militant actif critiquant le régime dictatorial et prônant le passage à la Démocratie.

Le titre de cet ouvrage fait référence au bicentenaire de la création de la première République Noire de l'Histoire; elle fut créée par le célèbre Toussaint Louverture au moment de la Révolution Française et matée par l'armée napoléonnienne. Ce titre est bien sûr fortement ironique; le bicentenaire s'est terminé par la répression policière des manifestations étudiantes; Quelle régression...

Le roman est le récit d'une journée d'un jeune étudiant Lucien qui parcourt la ville de Port-au-Prince afin de se rendre à la manifestation fêtant le bicentenaire de la République de Toussaint Louverture. Au cours d'un long monologue intérieur, l'étudiant va se rappeler de sa mère aveugle restée à la campagne ,du parcours de son frère cadet qui a mal tourné et de la femme journaliste dont il est tombé amoureux. Avant de rejoindre la manifestation, il va donner des cours à un jeune bourgeois et tombe plus ou moins amoureux de sa mère...

Ce roman baroque , teinté de colère et de sang, est une tragédie; le lecteur sait dès la première page que Lucien va mourir; l'auteur opère un flash-back sur ses activités de la journée.

La construction de ce roman est très intéressante: le narrateur est omniscient mais il laisse parfois la parole à une multiplicité de personnages sous la forme de monologues intérieurs, ce qui crée une oeuvre polyphonique à plusieurs voix. Chacun s'exprime à tour de rôle: la mère aveugle clamant sa détresse, l'étudiant incarnant les espoirs d'une vie meilleure, le frère cadet qui a mal tourné faisant les quatre cents coups dans les rues de Port-au-Prince, le jeune bourgeois s'isolant avec sa game boy...

Ces monologues s'apparentent à des cris: les personnages se révoltent contre un destin injuste. Chacun semble incarner un choix de vie possible dans un milieu apocalyptique: la vie à la campagne, le choix des études, la délinquance...Trouillot se garde bien de prendre partie. Le roman est construit sur des alternalives: capagne/ville, études/délinquance, ici/voyage vers l'ailleurs...

Un roman tragique écrit en hommage aux victimes des manifestations de 2004.

 

L'autre face de la mer de Louis-Philippe Dalembert: la tentation de l'émigration

Louis-Philippe Dalembert, intellectuel émigré en France, est un grand voyageur: Amérique du Nord, Afrique Noire, Moyen-Orient, Europe... Sa littérature, influencée par ses voyages, est marquée par ce tiraillement entre l'amour de la terre natale et le désir de l'ailleurs.

 L'autre face de la mer se présente sous la forme de deux récits: celui d'une grand-mère, Grannie, qui nous compte son amour de l'océan et sa tentation de l'ailleurs; mais les événements politiques (notamment les relations belliqueuses entre Saint-Domingue et Haïti) ont empêché ce vieux rêve de se réaliser. Son petit-fils Jonas prend ensuite la parole; la situation politique est de plus en plus apocalyptique; nous assistons à une émigration massive d'haïtiens prenant la mer sur des troncs d'arbre. Ces deux récits sont scandés par des chants d'esclave venus du fin fond des cales négrières: une poésie sans ponctuation, une mélopée incantatoire qui relate toute l'histoire du peuple haïtien : le départ d'Afrique, l'installation dans les îles Caraïbe puis à nouveau la tentation du départ...

Louis Philippe Dalembert chante une ode à son île et à ses habitants. Le récit central décrit l'apocalypse haïtienne: la pauvreté, la ville infestée par les animaux, la violence...

Face à cet enfer, la vue de l'océan et le voyage vers un ailleurs plus facile incarnent l'espoir....

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3 juillet 2005 7 03 /07 /juillet /2005 00:00

Incontestablement le plus beau roman russe du vingtième siècle et l'un des plus beaux livres jamais écrit!

Roman exceptionnel qui vaut tout d'abord pour la richesse de ses thématiques et de ses inspirations: les relations entre Jésus et Ponce Pilate, la censure stalinienne dans les années 30-40, le diable et son chat Béhémot terrorisant les habitants de Moscou et surtout le mythe de Faust revisité dans la Russie de Staline ! Foisonnement des genres (romantisme, fantastique) et des tons (tragique et comique) sont au rendez-vous

Un écrivain, le Maître, écrit un roman sur Ponce Pilate mais n'arrive pas à le faire publier à cause de la censure stalinienne. Il vit dans un apparetement collectif, une maison des artistes, où le diable fait disparaître peu à peu les écrivains et les journalistes...

Avant d'être interné dans un hôpital psychiatrique, il tombe amoureux d'une jeune fille malheureuse en mariage, la belle Marguerite. Pour le sauver du désespoir et de la folie, elle va devenir une sorcière au service du diable, menant la vie dure aux censeurs de son bien-aimé...

Ce chef d'oeuvre mêle le plus beau des romantismes à un humour et à des scènes burlesques désopilantes:ainsi,  lediable Woland se transforme en prestidigitateur retirant les vêtements des spectateurs de l'Opéra de Moscou; les belles dames se retrouvent donc en dessous dans les rues glaciales de la ville!

Ce roman n'est pas une simple histoire d'amour comme le laisse entendre le titre; c'est une dénonciation acide de la censure stalinienne : la phrase la plus célèbre du roman : "Les manuscrits ne meurent jamais"affirme la toute-puissance de la littérature face à un pouvoir politique qui ne peut emprisonner l'esprit.

Le livre peut déstabiliser au début; en effet, les chapites font alterner la vie du Maître avec les épisodes du livre qu'il écrit sur Ponce Pilate. Mais une fois les premières pages passées, nous ne pourrer plus le lâcher !

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