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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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5 août 2005 5 05 /08 /août /2005 00:00

ESPAGNE

Editions du Seuil, 1999 (paru également en collection Points Seuil)

Juan Manuel est la révélation littéraire espagnole de ces dernières années. Il a publié son premier roman en 1999 à l'âge de 28 ans. Il a obtenu le prestigieux Prix Planeta en 2000 pour son deuxième roman La tempête et vient d'obtenir les éloges des critiques pour La vie invisible.

Les masques du héros , son premier roman, retrace la vie de la bohême littéraire et artistique en Espagne de 1898 à 1940. C'est donc d'abord un merveilleux roman historique sur les bouleversements politiques : la fin de l'empire colonial, l'émergence du socialisme et de l'anarchisme, l'avènement de la République et le chaos final marquant l'arrivée de Franco au pouvoir. Prada nous fait découvrir une période de l'histoire très peu connue par rapport à la période franquiste: des figures comme le roi Alphonse XIII,  le président Azana ou le général Primo de Rivera nous deviennent ainsi familiers.

Mais le charme du roman vient surtout de l'évocation des figures mythiques de la vie culturelle de cette époque: Bunel, Lorca, Dali, Borges... accompagnées de poètes moins connus vivant dans la fange. Deux personnages principaux vont s'affronter dans ce milieu pendant plus de 30 ans: Pedro Luis Galvez , poète anarchiste fréquentant les prisons royales et Fernando Navales, issu d'une famille ruinée, secrétaire d'un théâtre madrilène. Pour connaître la gloire littéraire, il ira jusqu'à plagier les oeuvres de Galvez. Ce dernier apparaît comme le poète maudit par excellence, figure tragique qui fait la manche dans les cafés avec son bébé mort dans les bras....

Juan Manuel de Prada nous plonge avec véhémence dans les bas-fonds de Madrid: prostituées, criminels, mendiants tournoient autour des grandes figures de l'époque, subjuguées par l'abjection et la luxure. Les poètes, les écrivains fréquentent assidûment les bordels et sont passionnés par la politique: la plupart, qui quémandent quelques pesetas pour faire jouer leurs pièces, deviendront des anarchistes tandis que d'autres s'enrôleront dans les troupes phalangistes.

Dans un style éminemment baroque, sur plus de 500 pages, Prada décrit avec brio l'Espagne décadente des années 20-30.

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4 août 2005 4 04 /08 /août /2005 00:00

Editions de Minuit

Bernard-Marie Koltès, le poète maudit mort du sida à la fleur de l'âge, est le dramaturge français le plus joué au monde.

Son oeuvre entière est un cri de haine et de révolte lancé à la face du monde.

Je  propose de vous faire découvrir une pièce unique, un long monologue sans ponctuation, constitué d'une seule phrase qui dure soixante-trois pages !

Un exclu se promène sous la pluie dans la rue et crie sa haine du monde et son amour à un inconnu qu'il croise dans la rue. I

l erre tout seul dans la rue, se fait agresser: le monde représenté ici semble être la terre d'avant l'apocalypse; l'âme solitaire symbolise le dernier vivant sur terre qui recherche en vain l'amour. Le passant qu'il croise peut représenter la rédemption et l'humanité; les mots vont donc clamer le besoin d'amour et la naissance du désir.

Koltès, c'est le théâtre fait cri, c'est la description de la déchéance du monde et aussi un vibrant appel d'amour contre le désespoir. a noter que cette pièce a été mise en scène par Patrice Chéreau et récemment par Enki Bilal.

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Published by Sylvie - dans Théâtre
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4 août 2005 4 04 /08 /août /2005 00:00

Editions de Minuit, 2002

Avant de vous résumer l'oeuvre, je tiens à signaler que cette pièce est l'une des premières du théâtre contemporain à être entrée au répertoire de la Comédie Française, temple du classicisme ! Fait d'autant plus extraordinaire que le personnage principal est un "nègre" joué par un acteur noir ...Marie N'Diaye est l'un des plus grands écrivains et dramaturges français contemporains.

Comme à son habitude, Marie N'Diaye explore avec brio la cruauté et les rapports de force au sein de la cellule familiale:

Papa revient après avoir abandonné il y a dix ans femme et enfants. Lorsqu'il franchit la porte, il fait un grand discours faisant croire qu'il a fait fortune en voyageant alors qu'il est resté à Courbevoie et a fait un enfant handicapé à sa maîtresse, qu'il veut renier....

Mais Papa est un beau gosse et il va tout faire pour hypnotiser Maman qui a été "repêchée" par un professeur de français humaniste....Car il a besoin de manger...

Cette pièce sordide et cynique dénonce bien sûr les clichés du racisme: ainsi, le professeur bien pensant se refuse à haïr Papa, car c'est politiquement incorrect. Les parents critiquent la fille qui s'est amourachée d'un "noir". Pour les tantes vieilles filles, le nègre représente la virilité !!!

Mais le but de N'diaye n'est pas de créer une pièce moralisante dénonçant le racisme: Papa est vraiment une enflure de la pire espèce qui hypnotise son entourage pour mieux le flouer. Les personnages, anti-héros par excellence, sont tous de faibles pantins. L'oeuvre de Marie N'Diaye est très pessimiste sur la nature humaine: elle explore les rapports dominants-dominés au sein du microcosme familial. L'humanité semble être un vain mot. 

Le lecteur éprouve un certain malaise devant une telle noirceur, mais cette dernière est tempérée par un humour noir ravageur..... On peut évoquer l'influence de Samuel Becket qui mêle habilement tragique et burlesque.

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Published by Sylvie - dans Théâtre
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4 août 2005 4 04 /08 /août /2005 00:00

Editions Virgile, 2005

J'ai découvert François Migeot grâce à la revue littéraire Le matricule des anges qui fait découvrir des auteurs peu connus.

il s'agit ici d'un premier roman, aux Editions Virgile, qui publient notamment  Philippe Claudel (voir la critique Petites histoires de jouets). C'est l'un des récits les plus beaux que j'ai lu jusqu'à présent !

Il s'agit d'un recueil de nouvelles sur la mort et la lente disprition des êtres et des choses, en particulier la désertification des petits villages.

La première nouvelle qui donne son titre au recueil décrit les vieilles ruelles de Lisbonne qui sombrent peu à peu dans la pénombre avec l'éclipse du soleil: l'obscurité réveille les instincts les plus primaires de la population: sexualité, meurtres... avant que tout ne redevienne normal. La description de Lisbonne est majestueuse et fait sombrer le lecteur dans un délicieux hypnotisme.

Une autre nouvelle est le chant désespéré d'un homme reclus chez lui  décrivant la saleté et la déliquescence de la ville.

Enfin, un autre récit décrit un village sombrant peu à peu dans la mort: les êtres vivants sont partis; il ne reste plus que les meubres et les bibelots pour témoigner de la vie passée. L'auteur les teinte d'une auréole fantastique: les objets semblent quémander une chaleur humaine qui les réchauffe...

La prose poétique de François Migeot n'est pas sans rappeller celle de poètes maudits comme Rimbaud ou Baudelaire qui créent de la beauté à partir de la mort et de la laideur. L'auteur arrive à nous subjuguer en nous livrant la déliquescence du monde.

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4 août 2005 4 04 /08 /août /2005 00:00

Editions Actes Sud

Voici un titre bien énigmatique et enchanteur pour une oeuvre explorant la noirceur de l'âme humaine.

Tout commence comme un joli conte: Alice Ferney décrit une jeune femme douce et blonde, figure de l fée, qui attend son premier enfant. Tout respire le bonheur et la tranquilité.

Mais l'enfant deviendra progressivement un monstre en tuant d'abord des petits animaux et en en conservant leurs cadavres. Puis il ira courtiser de belles jeunes filles, doubles de la mère, qui violera...

Alice Ferney nous livre un premier roman troublant opposant les figures du bien et du mal, la ée à l'ange exterminateur. C'est l'ogre qui parle , ce qui fait naître une curieuse sensation chez le lecteur: il se met dans la peau du monstre et partage ses doutes, ses remords et ses pulsions meutrières.

L'écriture, pudique et simple, emplie de sensibilité, nous enchante. Je trouve ce premier roman vraiment très troublant et original par rapport aux autres oeuvres d'Alice Ferney, d'ordonnance plus classique: a signaler cependant Grâce et dénuement qui rend hommage aux bibliothécaires luttant contre l'illetrisme dans les camps de gitans.

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4 août 2005 4 04 /08 /août /2005 00:00

Editions Christian Bourgois, 2001

Voici la première oeuvre d'une jeune franco-vietnamienne très prometteuse: ce livre incantatoire est fondé sur le mythe habituel des rapports entre Eros et Thanatos.

Le narrateur, s'exprimant dans un long monologue intérieur, est un jeune homme meurtri par la vie clamant sa haine du monde: il est devenu aveugle après sa troisième tentative de suicide. Dès son enfance, il s'est coupé du monde, tentant d'oublier les éternelles querelles entre ses parents, une mère autoritaire et un père artiste peintre raté.

Mais il existe pourtant un ailleurs paradisiaque et salvateur auquel peuvent le faire accéder trois figures mythiques de femmes: il y a d'abord l'énigmatique Forever, la maîtresse de son père, qui se prend d'affection pour le jeune garçon et le recueil dans sa demeure quasi monastique entourée de livres. Présentée comme une fée évanescente, elle est la mère de substitution.

Puis viendra Vega, l'amante voluptueuse , qui lui fait la lecture et qui lui redonne goût à la vie. L'écriture est un cri d'amour, une ode à la femme aimée: la violence des mots, allant du vocabulaire sexuel aux expressions les plus raffinées, fait vibrer le lecteur dès la première page; elle exprime toute la violence et la révolte du narrateur.

Emminement poétique, ce roman est une ode à la figure de la femme qui s'érige en mythe salvateur: par de multiples métaphores ou comparaisons, Linda Lê magnifie la figure féminine; elle devient tour à tour Parthes, étoile, phare ou fée. Elle n'est pas sans rappeler la femme médiatrice baudelairienne qui fait voyager l'homme vers un ailleurs enchanteur (L'invitation au voyage, La chevelure, Parfums exotiques)

De part son écriture violente, poétique et incantatoire, Linda Lê s'impose comme l'une des meilleures écrivains de sa génération.

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4 août 2005 4 04 /08 /août /2005 00:00

Editions de Minuit, 2004

Eric Chevillard est l'un des rares auteurs français contemporains qui basent leur oeuvre sur l'humour et le sarcasme.

Ici, il entreprend de réécrire le célèbre conte de Grimm en se moquant éperdumment des règles du conte.

Souvenez-vous: le petit tailleur gagne son honneur en tuant sept mouches d'un coup sur sa tartine de confiture. Il se confectionne une ceinture sur laquelle il marque "Sept d'un coup" et part à l'aventure à la rencontre de son destin. Puis petit à petit, il tue des géants, des sangliers et épouse une jolie princesse!

Chevillard base sa réécriture sur d'incessantes digressions qui se moquent de l'héroïsme du petit tailleur: sa taille devient objet de dérision, de même qu son affrontement avec le géant. Surtout, il apparaît comme un être avide de pouvoir qui compte bien régner sur le monde entier quitte à en estourbir quelques uns...

Chevillard, rappelant que les frères Grimm n'ont fait que compiler des récits populaires, veut enfin donner un véritable auteur à ce conte: ce sera lui...Si bien que l'écrivain devient aussi un personnage de l'histoire: nous assistons à la réécriture en direct; il se moque de telle ou telle action imaginée par Grimm. Il prend également à partie le lecteur en lui disant que, oui, il aurait mieux fallu pour lui aller faire ses courses chez le patissier plutôt que de se lancer dans cette lecture sans queue ni tête.

En digne héritier de Cervantès et de Diderot, Chevillard manie la digression avec brio: son oeuvre regorge de fantaisie en utilisant une arme très peu répandue aujourd'hui dans le monde littéraire: le rire !!!

A noter que son dernier roman Oreille rouge, écrit sur le même ton, est un pastiche du roman d'aventures ou du récit de voyage.

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4 août 2005 4 04 /08 /août /2005 00:00

Editions POL, 2005

Jean Rolin est le frère de l'un des plus grands écrivains français contemporains, Olivier Rolin (voir la critique de Méroé).

Il se définit comme un écrivain-journaliste: ses oeuvres sont à mi-chemin entre la fiction et le documentaire. Dans son dernier récit Terminal Frigo, le narrateur voyage sur le littoral français, dans les zones portuaires en déclin: Le Havre, Dunkerque, Saint-Nazaire. Il y décrit le paysage si particulier et va à la rencontre des figures locales: les dockers, les syndicalistes, les clandestins.

Les descriptions des paysages sont magnifiques: Rolin a la passion de ces espaces en marge (il a écrit La clôture,un récit sur le périphérique): il décrit les installations rouillées par le temps et les usines désaffectées. Mais le charme de Terminal Frigo naît avant tout de l'humanisme qui se dégage des rencontres: histoire des luttes syndicalistes, portrait émouvant des clandestins...

Rolin se décrit comme un journaliste qui va à la rencontre des gens: le narrateur s'efface devant ses personnages et les laisse exprimer leur colère et la nostalgie du passé.

Ce très beau récit qui renouvelle le genre romanesque est à placer dans la lignée de l'oeuvre de François Bon qui rend lui aussi hommage à la classe ouvrière en voie de disparition (son dernier roman Daewoo évoque la fermeture des usines textiles dans la vallée de la Fensch)

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3 août 2005 3 03 /08 /août /2005 00:00

Depuis quelques années, la littérature japonaise est à la mode. Des contemporains tels que Murakami Ryu, Haruku Murakami et Yoko Ogawa sont très connus en France. Cette littérature mêlant l'étrange à la fascination du mal a su séduire un public.

Avant de vous parler de ces auteurs, je vous propose de (re)découvrir quelques chefs-d'oeuvre des grands auteurs qui ont fait la réputation de la littérature japonaise depuis 1850.

Natsume Soseki-Oreiller d'herbes

 

 

 

 

 

 

 Natsume Soseki est le plus grand écrivain de l'ère Meiji (fin du XIXe siècle-1906). Son oeuvre est teintée de l'inspiration occidentale au moment où l'empire s'ouvre au continent européen.

Oreiller d'herbes est l'un de ses plus grands chefs-d'oeuvre mais reste largement méconnu en France. C'est une oeuvre très poétique et une réflexion sur la création artistique: un peintre se retire dans les montagnes reculées du Japon pour y méditer sur la nature de son art. Pour lui,  être artiste ne veut pas seulement dire créer; c'est avant tout un art de vivre. Il convient donc de quitter l'agitation de la société et de vivre en accord avec la nature.

Le roman fait alterner les réflexions sur la création artistique à de magnifiques descriptions des paysages japonais traditionnels: description de la nature changeante au fil des saisons, rythme de l'eau, chant des oiseaux...

Dans cette atmosphère éminnement poétique, le peintre va faire la connaissance d'une femme, la fille de son logeur. Dans ce village, les femmes de cette famille semblent poursuivies par une étrange malédiction: les ancêtres de la femme se sont noyées dans la rivière...

Soseki réactualise le mythe d'Ophélie: subjugué par la beauté de la jeune femme, le peintre désire peindre son visage qui répond aux canons esthétiques de l'époque. Mais elle semble vouloir se dérober...

Teintée de romantisme, ce court roman mêle amour, légende, description de paysages et réflexion sur la création. Un roman à découvrir pour connaître le Japon traditionnel.

Yasunari Kawabata (Prix Nobel de Littérature en 1978) -Les belles endormies (1661)

Les belles endormies est le plus célèbre roman de Kawabata: il y met en scène des vieillards qui viennent admirer des jeunes prostituées dans une maison close. Mais ces étranges geisha sont toutes allongées sur un lit noyées dans un étrange sommeil....

Les prostituées sont-elles droguées? Pourquoi les faire dormir?

Les vieillards sont obligées de les contempler platoniquement, de les caresser mais l'acte sexuel est interdit par les règles de la maison....

Eguchi, le personnage central, contemple une jeune femme en se rappelant son passé et les femmes qu'il a aimées. L'érotisme affleure, entre amour et sexualité.

Kawabata signe un magnifique roman sur les rapports entre Eros et la vieilesse. Les belles endormies symbolisent le désir interdit et surtout le drame de la vieillesse pour qui la fin du désir équivaut à la mort.

Ryunosuke Akutagawa (1892-1927)- Rashômon

Rashômon est surtout célèbre pour son adaptation au cinéma par le célèbre Kurosawa.

L'intrigue est simple: une femme accompagnée de son mari est violée par un vagabond. Mais tout le talent d'Akutagawa repose sur l'emboîtement des récits qui se contredisent: chacun des trois protagonistes prend la parole à tour de rôle et raconte sa propre histoire si bien que le lecteur a une vision floue des événements: le mari est-il venu en aide à sa femme? L'épouse a-t-elle fui avec son agresseur? Y-a-il eu suicide?

Nous ne le saurons jamais....

Akutagawa est l'un des plus grands écrivains japonais. Il a surtout écrit des nouvelles. A signaler que le Prix Akutagawa est le prix littéraire le plus pestigieux du Japon.

Dans le recueil de nouvelles édité par Gallimard Folio, Rashômon est accompagné d'un magnifique récit mettant en scène un peintre de la cour impériale qui recherche un jeune modèle pour peindre un carrosse en feu. Cette nouvelle est une réflexion sur la cruauté et le rapport entre l'art et le mal. Frisson garanti ...

Junichirô Tanizaki (1886-1965) -Journal d'un vieux fou

Tanizaki signe ici un roman sur les rapports entre Eros et la Thanatos , dans la lignée des Belles endormies  de Kawabata.

Le récit est un journal intime d'un vieil infirme soumis à des névralgies et à l'hypertension artérielle. Il tombe amoureux de la belle-fille, ancienne danseuse de music-hall. Impuissant, il lui demande de maigres consolations pour supporter sa maladie. La belle-fille en profite pour monnayer les petites faveurs pour satisfaire ses goûts de luxe: lécher son mollet, la regarder sous la douche....

Peu à peu, le vieillard s'isole et sombre dans le fétichisme: son seul lien à la vie est son amour pour sa brue...

Tanisaki analyse avec brio le sadomasochisme de cette relation et la cruauté de la danseuse. Le lecteur est paratagé entre la répulsion et la pitié pour la détresse du vieillard.

Yasushi Inoué (1907-1991)- Une voix dans la nuit

Yasushi Inoué a obtenu le Prix Akutagawa en 1950 pour Le fusil de chasse. Son oeuvre est imprégnée par l'Histoire du Japon et de la Chine. A lire Le loup bleu, biographie romancée du célèbre Gengis Khan.

Je vous propose de découvrir un petit roman tout simple, road-movie au pays du soleil levant: un vieil homme décide de partir en croisade contre l'urbanisation et la dévastation de la nature; iul est passionné par les livres anciens et surtout le Manyô-Shû, le plus ancien recueil de poésie japonaise.

Avec sa petite fille, il va aller à la rencontre des paysages évoqués dans ce recueil de poésie. Au cours de leur fugue, les deux personnages vont rencontrer une jeune adolescente en rupture de ban ainsi qu'un chauffeur de taxi qui vont les suivre dans leur périple.

Ce roman très poétique oppose le Japon des paysages traditionnels et le Japon moderne à la vie trépidante.

Le réduire à un récit écologiste serait réduire la poésie du texte. Le roman est plein d'humour, créé par les dialogues entre les différents personnages. Le vieil homme est très attachant et le lecteur le suit allègrement dans ses déambulations.

 

Shûsaku Endo(1923-1996)-Douleurs exquises

Shûsaku Endô a créé une oeuvre unique dans la mesure où ses écrits sont imprégnés de sa foi catholique, dans un pays où les chrétiens représentent 2% de la population.

Son oeuvre pose donc des questions sur l'origine du mal et la foi en Dieu.

Douleurs exquises est un recueil de nouvelles sur la souffrance et s'interroge sur la capacité à supporter la douleur. Il met en scène des hommes malades (l'auteur, lui-même, avait une santé fragile) et surtout des martyrs chrétiens du XVIe au XVIIIe siècle, lorsque les catholiques étaient persécutés au Japon. La torture peut-elle vaincre la foi? La peur de la douleur peut-elle conduire à renier sa foi?

Même si le lecteur n'est pas sensibilité à la foi catholique, il peut être intéressé par un aspect très méconnu de l'histoire japonaise. Evangélisé par Saint François Xavier au XVIe siècle, le Japon a ensuite organisé une persécusion systématique des croyants en mettant au point toutes sortes de torture: noyade, incendie de villages....

Une oeuvre vraiment à part dans le paysage littéraire japonais....

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3 août 2005 3 03 /08 /août /2005 00:00

Casterman, 2003

Jiro Taniguchi, le mangaka le plus connu en France, est un auteur écrivant sur la mémoire et la nostalgie du passé. La famille étant son thème favori, on le compare souvent au cinéaste Ozu qui traite dans ses films des relations entre les différentes générations.

Son oeuvre est profondément intimiste et nous plonge au coeur de la sensibilité des personnages.

Son oeuvre la plus connu, Quartier lointain, est un manga à la fois fantastique et psychologique: un homme d'affaires quinquagénaire se trompe de train à la gare de Tokyo et revient dans son village d'enfance. Il déambule dans les rues transformées et se souvient des jours heureux. Lorsqu'il se rend sur la tombe de sa mère, il replonge subitement dans le passé avec un corps d'adolescent mais avec la conscience d'un adulte! Il va donc être amené à revivre les événements de son adolescence avec ses yeux d'adulte. Va-t-il pouvoir modifier le passé? et en particulier empêcher son père de quitter sa famille?

Ce voyage dans le passé lui permettra de mieux comprendre les motivations de son père; mieux encore, il s'identifie à lui: n'est-il pas prêt lui aussi à quitter femme et enfants? La quête du passé devient alors un véritable voyage initiatique.

Les dessins, simples mais en même temps très expressifs, donnent de la densité aux différents personnages.

 

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Published by Sylvie - dans Mangas
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