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  • : Passion des livres
  • : Les coups de coeur de mes lectures. Venez découvrir des classiques, des romans français ou étrangers, du policier, du fantastique, de la bande dessinée et des mangas...et bien des choses encore !
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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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23 septembre 2005 5 23 /09 /septembre /2005 00:00

Editions Treizeétrange, 2003

Voici une BD à la fois humoristique et critique vis à vis de notre société contemporaine, parue chez un petit éditeur à connaître de toute urgence.

Voltige est un super héros; accompagné de son petit robot Ratatouille, il va défendre la veuve et l'orphelin à travers tout l'univers. Mais sa fusée ne marche plus car il lui manque "une tête de delco". Il atterrit en urgence sur une planète méconnue et il compte bien sur la charité humaine et sur sa célébrité interplanétaire pour qu'on lui offre un Delco.

Mais malheureusement, personne ne le reconnaît dans cette cité de fous aux mains de Mick Mickaël, organisateur du Superfight, tournoi de héros. Dans cette ville, tout est dédié et produit au nom du chevalier noir, le grand gagnant invaincu (casquette, cartes à collectionner, chaussures etc...). En bref, le sport revu et corrigé par le capitalisme triomphant. Le grand patron endort son peuple sous payé en le réjouissant par des tournois regorgeant de violence. On est pas si loin de l'empire romain avec ses gladiateurs... Voltige va concourir et tenter de terrasser le prince noir pour gagner son Delco...

La grande originalité des deux auteurs est d'avoir entrecoupé l'histoire de "petits interludes ludiques et culturels", autrement appelés pages de publicités ! Mick Mickaël y vante les mérites de son système économique, Voltige y prodigue ses bons conseils et le cuisinier Feudou nous livre ses recettes rocambolesques. Il y a des expressions qui nous rappelle notre société: HEC devient Haute école cosmique et l'ISF est un individu super fortuné. Mick Mickaël est interviewé dans l'émission "Capitaliser l'univers".

Avec beaucoup d'humour, notre super héros dénonce la toute puissance de l'économie dans nos sociétés....

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23 septembre 2005 5 23 /09 /septembre /2005 00:00

Seuil Jeunesse

Voici un roman de l'un de mes auteurs français favoris. Après vous avoir parlé d'Une rivière verte et silencieuse et de La dernière neige (c'était le premier article de mon blog en juin dernier !) , je voudrais mettre en relief toute l'émotion et la sensibilité qui se dégage de Vie de sable. Bien que ce titre soit paru dans une collection jeunesse, il est destiné davantage à un public adulte.

Comme dans tous ses romans, Mingarelli met en scène un jeune garçon solitaire et regorgeant de secrets. Emilio part à la pêche à la truite. Mais au bord de la rivière, il découvre une mine antipersonnelle. Il se rappelle avec émotion qu'un jour, son père s'est blessé à cause d'une mine. Mais lui va tout faire pour l'amadouer afin qu'elle n'explose pas: il va alors lui raconter sa vie et ses secrets. Son rêve est de construire un étang où il ferait nager ses belles truites. Car pour lui, pêcher n'est pas tuer. Il va aussi lui livrer ses désirs de nouer une relation plus intime avec son père: faire cuire le bon pain ou aller à la pêche ensemble... Et s'il ramenait victorieusement à père cette mine déterrée. Pour lui, la mine n'explosera pas car, en lui parlant,  il va lui prouver qu'il est un bon garçon

Ce court roman nous plonge au coeur de l'intériorité d'un jeune garçon plein de rêves. La prose de l'écrivain est emplie de poésie. Malgré ce que l'on pourrait croire, il n'en ressort aucune mièvrerie. Il y a beaucoup de non-dit et de subtilité. C'est d'abord le portrait d'un jeune garçon qui intériorise beaucoup de choses et prend un objet quelconque pour enfin se livrer... A réserver aux âmes sensibles...

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21 septembre 2005 3 21 /09 /septembre /2005 00:00

Prix Goncourt 1975

Voici mon coup de coeur de la semaine, que dis-je sans doute de l'année. Je n'avais jamais lu Romain Gary avant cette semaine. Quelle découverte ! C'est l'un des livres les plus émouvants que j'ai jamais lu.

Romain Gary a signé ce magnifique roman en 1975 sous le pseudonyme Emile Ajar. Il s'agit d'une belle histoire d'amitié et d'amour entre le jeune Momo et sa mère adoptive Madame Rosa, vieille femme juive, ex-prostituée, qui recueille maintenant les enfants des putes de Belleville et de Pigalle, qu'ils soient juifs ou musulmans, africains ou yougoslaves.

Mais il y a des moins en moins de prostituées venant la payer et Madame Rosa a de plus en plus de mal à monter ses six étages. Nous allons assister à la lente déchéance de la vieille prostituée solitaire, grande gueule mais au coeur grand comme ça. Momo, avec tout le petit peuple de Belleville, fera tout ce qui est en son pouvoir pour que Madame Rosa ne devienne pas un légume forcé de rester dans un hôpital. Car il faut lutter contre les lois injustes de la nature. Car, après tout, les vieux ont bien le droit d'être "avorté" selon l'expression de Momo car c'est indigne de l'homme de laisser des vieux vivre comme ça.

Ce roman vous fera pleurer: c'est un récit humain avec un grand H : Romain Gary rend un hommage vibrant au petit peuple marginal de Belleville: Madame Lola, la prostituée travestie, Monsieur Waloumba et ses chants sensés éloigner la mort, les cracheurs de feu, les déménageurs....Toute cette communauté bigarrée viendra aider Momo et Madame Rosa.

On passe du rire au larme, grâce au vocabulaire pittoresque de Momo: ainsi, une personne euthanasiée est avortée et l'euthanasie, c'est le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Les proxénètes deviennent les proxynètes.

Madame Rosa est grotesque (elle est énorme et se peinturlure le visage en mettant une perruque) et tragique (à chaque fois qu'elle entend la sonnette, elle croit que ce sont les allemands qui vont "l'emmener dans un foyer" selon l'expressiion de Momo.)

C'est l'un des plus beaux romans du XXe siècle sur l'enfance. A l'heure où la prise en charge des personnes âgées est devenu un problème national, ce beau récit sur les liens

intergénérationnels est à mettre dans toutes les mains.

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21 septembre 2005 3 21 /09 /septembre /2005 00:00

ETATS-UNIS

Paru en 1850

Voici le premier chef d'oeuvre de la littérature américaine. Il a pour cadre la Nouvelle-Angleterre puritaine du XVIIe siècle lorsque les colons venus du vieux continent s'installèrent sur la côte est des futurs Etats-Unis.

Il s'agit de l'histoire d'un amour adultère condamné par une société puritaine et intolérante de Boston. Au début du roman, nous assistons à l'humiliation publique d'Hester Prynne sur le pilori de la place publique. Ayant donné naissance à un enfant alors que son mari est absent depuis plusieurs mois, elle est condamnée à porter brodée sur sa poitrine la lettre écarlate A, symbolisant l'adultère et la damnation. Elle refuse de donner le nom du père de l'enfant.

Le jour de sa condamnation, son mari revient incognito. Il fait jurer à sa femme de garder son identité secrète et se jure de découvrir l'identité de son rival. Il ne tarde pas à le découvrir en a personne du pasteur, écclésiastique considéré comme un saint par la bonne société; La santé de ce dernier déclinant, il va s'engager comme médecin auprès de lui afin de mieux torturer son âme...

Plutôt que de décrire la naissance de la passion, Hawthorne décide de s'appesantir sur ses conséquences néfastes. Le pasteur,n'osant dévoiler sa faute au grand jour, est rongé par le remords. Hawthorne est le maître incontesté de l'introspection, de l'examen de conscience. L'intrigue est purement psychologique mais racontée avec beaucoup de brio. Le roman est construit sur une série d'oppositions: le bien et le mal, l'ombre et la lumière,mais aussi le monde sauvage, le seul endroit ou le couple adultère peut revivre un semblant de passion et le monde de la ville, lieu de la loi humaine et de la faute. Au rouge de la passion et de la vie, s'oppose de gris de la loi puritaine. Le fruit de l'adultère, la petite Pearl, est souvent décrite comme un rubis, un diamant. C'est aussi pour les puritains, une figure du diable, puisque produit de la faute.

Hawthorne décrit magnifiquement les paysages forestiers et marécageux de l'Amérique des premiers colons. La forêt, inparfaitement défrichée, est un refuge pour les damnés. Elle est pour la ville le lieu de tous les dangers car elle abrite les indiens et les sorcières. Ce roman est l'héritier des oeuvres gothiques, teintées de fantastique: la raison de la ville ne semble qu'imparfaitement lutter contre le diable, la sorcellerie et la passion. Chaque personnage semble incarner une figure du mal.

Finalement, les pêcheurs respirent une odeur de sainteté: Hester, portant les stigmates de la lettre écarlate, est à plusieurs reprises considérée comme une sainte et le pasteur expirera sa faute dans la gloire et l'éclat.

En conclusion, une oeuvre majeure et très poétique pour découvrir l'Amérique puritaine du XVIIe siècle, thème très peu abordé en littérature.

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19 septembre 2005 1 19 /09 /septembre /2005 00:00

COMIC AMERICAIN, Delcourt, 1999

Charles Burns est l’un des chefs de file de la bande dessinée américaine. Il nous livre ici un récit fantastique en plusieurs tomes sur fonds de métamorphoses dans la lignée de La mouche. Un groupe de lycéens se retrouve régulièrement dans une forêt pour fumer des joints. Ils vont y découvrir des personnes dont le corps est affreusement défiguré.

 

« La crève » est le nom de cette étrange maladie : elle se manifeste par une étrange coupure d’où suinte un liquide noirâtre. Chris, l’héroïne, est contaminée une nuit par un homme étrange.

 

La plupart des scènes se passent en forêt : ce milieu en marge semble libérer les instincts humains (c’est là qu’on fume des joints, qu’on fait l’amour) ; c’est un lieu dangereux, une frontière où l’on s’expose à tous les dangers.

 

Le dessin en noir et blanc regorge de créatures fantastiques : d’abord des animaux puis des femmes portant une étrange queue.

 

Je n’en suis qu’au deuxième tome (il y en a au moins six) et je dois dire que cette histoire est assez prenante : tout en écrivant une histoire fantastique, Burns s’appesantit d’abord sur les états d’âme des personnages. On sent que quelque chose ne va pas mais il n’y a aucune scène de violence. Tout est dans l’atmosphère et dans le ressenti des personnages : beaucoup d’interrogations, de cauchemars etc…

 

A suivre !

 

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19 septembre 2005 1 19 /09 /septembre /2005 00:00

Etats- Unis, 1967-1972

Voici l’un des recueils phares d’un auteur américain maudit qui fit scandale. Son titre original, Erections, ejaculations , exibitions and general tales of ordinary  madness annonce la couleur !

 Ces nouvelles s’inspirent de la vie réelle de l’écrivain; il se met d’ailleurs en scène sous son vrai nom dans plusieurs récits. Né en Allemagne, il émigre très tôt à Los Angeles. Ayant subi une éducation très stricte, il mettra KO son père après une cuite mémorable. Il exercera plusieurs petits métiers (postier, magasinier, employé de bureau) dont il se fait virer très vite. Sa vie et son œuvre sont symbolisés par trois mots : sexe, alcool et littérature. Lorsqu’il n’écrit pas, il boit et court les filles.

 La critique le considère comme le successeur de Jack Kerouac ; il est vrai que la vie de Bukowski et faite d’errance et de déception mais sa prose est beaucoup plus crue.

 Les contes de la folie ordinaire font ainsi une large place à une sexualité débridée. Il en ressort beaucoup d’humour (l’histoire où Bukowski voudrait écrire en vain une histoire de singes qui baisent  ou lorsqu’il perturbe fortement un mariage zen !) mais il en émane également un sentiment tragique : une prostituée se tue car les hommes ne l’aiment que pour sa beauté, une femme préférant les animaux annonce la fin de l’humanité.

 Certaines nouvelles sont fantastiques : Le petit ramoneur met en scène une sorcière qui fait rétrécir les hommes jusqu’à ce qu’ils puissent rentrer dans la forêt malodorante de son vagin tandis que La machine à baiser sous les traits d’une femme réelle se révolte contre son créateur fou et les hommes. Ma préférence va d’ailleurs à ces deux récits.

 La vulgarité apparente chez Bukowski ne choque jamais car elle émane avant tout d’une réflexion existentielle : l’auteur maudit nous livre son dégoût de l’humanité ; aucune présence d’épicurisme dans la prose de Bukowski (enfin, je pense). Le recueil se clôt d’ailleurs tragiquement sur fond d’apocalypse.

 Ce beau livre m’a été recommandé par Casaploum. Merci de son conseil !

 

 

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15 septembre 2005 4 15 /09 /septembre /2005 00:00

PREMIER ROMAN

Grasset, rentrée littéraire 2005

Sorj Chalandon, journaliste à Libération, signe ici un premier roman fortement autobiographique: il met en scène un jeune garçon bègue de douze ans. Pour fuir la solitude et les moqueries de ses camarades, il va se créer un double avec qui il ne bégaie jamais: le petit Bonzi. Il lui raconte ses misères et essaie de trouver avec lui un remède miracle pour guérir: il va donc manger de l'herbe ! A ses risques et périls... Jacques Rougeron va peu à peu sombrer dans l'imagination la plus débridée et mentir à ses parents ou à son instituteur.

Le charme de ce roman vient avant tout du destin du jeune héros: n'arrivant pas à prononcer les mots les plus simples, il a toutefois un amour immodéré des mots: il possède un cahier secret où il note minutieusement les mots difficiles qu'il apprend au fur et à mesure, qu'il prononce en lui-même ou...à Bonzi.

Le petit Bonzi est d'abord un roman d'apprentissage d'un enfant qui accepte peu à peu son handicap: il rencontrera sur son chemin des tuteurs qui l'aideront, notamment son instituteur, le personnage le plus subtil du roman: d'abord présenté comme un enseignant sévère et caricatural, il affirme peu à peu son humanité en prenant la défense du petit Jacques.

Ce roman ne vaut pas pour sa qualité littéraire même si l'auteur sait rendre à merveille le langage de l'enfance. Il s'adresse à toutes les âmes sensibles aux récits d'enfance et aux lecteurs qui s'intéressent d'abord à la sensibilité des personnages.

 

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13 septembre 2005 2 13 /09 /septembre /2005 00:00

Littérature brésilienne

Voici enfin la critique de l'Aliéniste, ce grand classique de la littérature brésilienne écrit en 1881. Machado de Assis est le plus grand écrivain brésilien du XIXe siècle et est considéré aujourd'hui comme un classique. L'aliéniste est l'une de ses oeuvres les plus célèbres.

Simon Bacamarte, aliéniste diplômé, s'installe dans une ville paisible et y fonde un asile d'aliénés avec l'assentiment du conseil municipal. Mais les fous sont de plus en plus nombreux et en viennent à constituer quasiment toute la population. L'aliéniste qui considérait que la folie était une île dans l'océan en vient à considérer qu'il s'agit en fait d'un continent. Mais le peuple se révolte et par à l'assaut de "la Bastille de la raison humaine". Le barbier prend la tête du soulèvement dans un but bien précis: prendre la tête du conseil municipal....

L'aliéniste en vient à considérer que les fous sont en fait les raisonnables et les amoureux du bien car ce sont des exceptions. Puis il doute...la science perd tout à coup ses fondements bien peu solides.

Où est la raison? Qui est fou? Le peuple ou le médecin? Machado de Assis rejoint Nerval, Maupassant et Hoffmann qui, à la même époque, ont écrit sur la folie. Ici, le personnage principal n'est pas le fou mais le médecin. Mais n'est-il pas un savant fou....

Machado de Assis en profite pour faire une satire politique et sociale: des ambitieux soutiennent la révolution du peuple pour satisfaire leur goût du pouvoir, des conseillers font voter une dérogation pour que le personnel politique échappe à l'internement dans l'asile... On interne les gens tolérants, modestes, généreux sous prétexte qu'ils sont des exceptions.

Assis, bien avant Michel Foucault, dénonce "l'enfermement des fous" : sous prétexte d'utilité publique, un homme se transforme en tyran. Mais son vaste dessein pourrait bien se retourner contre lui...

Voici une oeuvre bien originale et caustique, différente de ce que nous connaissons habituellement de la littérature sud-américaine. Cette oeuvre n'est pas sans rappeler le message du Rhinocéros de Ionesco: sous des allures de farce humoristique, Assis dénonce les dogmatismes politiques et scientifiques.

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12 septembre 2005 1 12 /09 /septembre /2005 00:00

Editions Gallimard, rentrée littéraire 2005

Voici sûrement le roman le plus désopilant de cette rentrée ! Régis Jauffret est l'une des plumes françaises les plus talentueuses quant au maniement de l'humour noir. Il a écrit Clémence Picot, relatant les délires schizophrènes d'une jeune femme s'imaginant perpétrer des crimes toujours plus horribles et Univers, Univers mettant en scène une femme bourgeoise du genre Madame Bovary, qui pendant qu'elle cuit son gigot, s'invente de multiples identités. Bienvenue chez les fous !

Cet opus ne dément pas la réputation des oeuvres de Jauffret;tout commence comme une pièce de boulevard: Damien n'ose pas dire à Gisèle qu'il la quitte; il va donc envoyer son père accomplir cette noble tâche en prétextant un changement de robinet dans la cuisine! Nous assistons alors à une scène d'anthologie (ce n'est que la première d'une longue série...): le père divague sur la qualité du robinet, de la cafetière et de tout appareil ménager avant de dévoiler la vérité ...puis d'emballer toutes les affaires de Damien (en déboîtant l'ordinateur pour récupérer le disque dur...).

Après ce premier acte, les différents personnages vont se livrer à des monologues hilares déversant leur haine de Gisèle et du monde et nous révélant petit à petit leur bassesse et leur folie: le père qui transforme les bulletins scolaires de son fils en fiche de paie pour le motiver, la mère qui compare l'amour maternel à un diamant dont les intérêts ne seront jamais remboursables par le fils et Damien, informaticien sodomisé et alcoolique qui dans son délire voit la maison parentale voguer dans un océan de foutre et Versailles inondée par des spermatozoïdes assassins !  La mère devient jalouse de n'avoir pas participé à l'annonce de la rupture et revient chez sa belle-fille pour lui faire miroiter un retour possible de Damien....

Dans cette famille de fous, dit la mère, l'amour est destiné aux pauvres: les bourgeois comme eux se doivent d'assurer à leur fils une bonne situation; pas besoin d'une chômeuse, littéraire de surcroît! Quitte à lui donner des indemnités de rupture...Sous des allures de bouffonneries, Jauffret en profite pour épingler la société capitaliste: la famille semble devenir une petite entreprise bien lucrative.

Le tout raconté dans une langue souvent ordurière dans des discours sans fin qui ne sont pas sans rappeler les monologues fous de Lydie Salvayre.

A la fin, Jauffret nous réserve une ultime surprise méditant sur les pouvoirs de la littérature et le statut de personnage. Mais chut !

Bonne lecture !

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11 septembre 2005 7 11 /09 /septembre /2005 00:00

Actes Sud, 2005

Véronique Tadjo est une écrivain né à Paris mais qui a vécu son enfance à Abidjan. Elle a écrit un ouvrage remarqué sur les ravages de la guerre civile au Rwanda, L'ombre d'Imana. Elle a également écrit pour la jeunesse.

Je vous propose de découvrir Reine Pokou, véritable conte africain qui s'inspire d'une légende: à cause d'une guerre de succession, Pokou, reine baoulé doit fuir son village avec son peuple. Au cours de l'exode, les fugitifs sont arrêtés par un fleuve qui leur barre la route. Pokou invoque les dieux qui lui demandent de jeter à l'eau son fils en guise d'offrande...Les fugitifs traversent le fleuve et s'installent sur un territoire qui deviendra la Côte d'Ivoire.

A partir de ce mythe fondateur, Tadjo s'interroge sur la véritable nature de Reine Pokou: elle peut en effet apparaître comme une victime des dieux mais aussi comme une femme assoiffée de pouvoir qui n'hésite pas à sacrifier son enfant pour satisfaire ses ambitions personnelles.

Chaque visage de reine Pokou correspond à une période de la vie de l'auteur: l'héroïne de l'enfance, la figure historique des livres d'Histoire de l'adolescence et enfin la femme de pouvoir de l'âge de raison. La réflexion critique naît de la guerre civile faisant rage dans les pays d'Afrique. Pokou apparaît alors sous un jour plus funeste...

La version du conte change alors avec le visage de Pokou. Dans un entretien donné sur le site Planèteafrique.com, Véronique Tadjo explique le besoin de porter un regard critique sur les mythes fondateurs: "Nos mythes et nos légendes ont encore une influence sur notre façon de voir la vie, d’aborder le monde. Il est donc essentiel de dévoiler le type d’idéologie qu’ils véhiculent".

Ce beau récit, en refusant toute idéalisation,  navigue donc entre mythe, conte et démystification. Sans pour autant rien retirer à la magie des contes africains...

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