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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Lundi 8 juin 2009

JAPON, 2003

L'éléphant s'évapore

Recueil de nouvelles


Haruki Murakami n'est plus à présenter ; c'est sans conteste l'écrivain japonais contemporain le plus connu au monde avec Yoko Ogawa et est cité depuis plusieurs années comme favori pour le Prix Nobel de Littérature.

On appréciera dans ce recueil la description de la banalité du quotidien où surgit tout à coup un élément insolite et bizarre ; souvent drôles, les nouvelles laissent apparaître une arrière fonds d'inquiétude et de malaise. Mais nulle ressemblance avec les nouvelles fantastiques de Maupassant ! L'insolite surgit tout naturellement dans notre univers : un éléphant du zoo s'évapore, un monstre vert surgit du sol d'un jardin, une usine fabrique des éléphants !

Toutes les nouvelles sont racontées à la première personne, ce qui fait surgir très souvent des récits au bord de la folie comme ce préposé aux lettres de réclamations dans une entreprise qui se met à répondre à une cliente en lui faisant d'étranges digressions sur les kangourous....

Même si tous les personnages ne sont pas déjantés, ils sont souvent en phase de déstabilisation: hommes au chômage au foyer, femmes seules noyant leur mélancolie en contemplant leur jardin, femme qui n'arrive plus à dormir, homme mono maniaque dont le passe-temps favori est de brûler des granges abandonnées.

Cela donne parfois des nouvelles au bord du vertige, très poétiques, comme cet homme "obsédé" par les chinois et qui s'assoit sur le port et attend à l'horizon, en vain, un cargo pour la Chine.

Souvent, les nouvelles laissent entrevoir la menace du néant, d'une désintégration prochaine.

Des nouvelles plus profondes et sérieuses qu'il n'en paraît...

Un gros coup de coeur pour deux ou trois nouvelles : Le nain qui danse , raconté par un "fabricant d'éléphant" ! En effet, les éléphants ne se reproduisent que tous les cinq ans ; ses adorateurs fondent une société d'approvisionnement en éléphants pour pallier à ce handicap biologique ! Dans cette usine, un nain qui danse merveilleusement bien passe un pacte avec l'ouvrier pour qu'il puisse séduire une jeune ouvrière....Le monstre vert où le plus normalement du monde, un petit monstre sort d'un trou sous un arbre du jardin et, amoureux transi, fait une cours invraisemblable à la maîtresse de maison....qui lui répond d'une manière extrèmement violente !

Par Sylvie - Publié dans : Littérature asiatique
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Dimanche 29 mars 2009

d' AKIRA YOSHIMURA

JAPON




Actes Sud,2006

Akira Yoshimura (1927-2006) est un auteur japonais de renom qui s'inspire des légendes et des faits divers de son pays. Son récit le plus connu est La jeune fille suppliciée sur une étagère qui donne la parole à une jeune fille morte que l'on est en train d'autopsier !


Yoshimura est resté célèbre pour ses descriptions réalistes presque cliniques, faisant parfois penser à un reportage journalistique. Mais il n'en oublie pas pour autant l'intériorité des personnages qui s'interrogent sur leur destin.

Les guerre des jours lointains, récit à la fois historique et psychologique, a le mérite de se pencher sur une période méconnue de l'histoire japonaise : l'immédiat après guerre, après le largage des bombes atomiques à Hiroshima et Nagasaki, période d'occupation de l'armée américaine.

Un jeune lieutenant, Takuya, à qui ses supérieurs demandent d'exécuter des prisonniers de guerre américains,
le jour de la capitulation  japonaise, se voit quelques jours plus tard recherché par l'armée d'occupation pour crime de guerre.

Obligé de fuir sous un faux nom, il mène une vie instable, allant de foyer en foyer. Au fil de ses déplacements, Takuya revoit la scène d'exécution, oscillant entre haine et compassion. Yoshimura examine au scalpel les états d'âme du héros devenu criminel ; de l'héroïsme de la fuite à l'abattement en passant par la peur d'être arrêté, l'intériorité du personnage principal laisse transparaître également l'évolution des mentalités, leur relativisme ainsi que l'absurdité des relations internationales.

Ainsi, si le Japon avait gagné la guerre, le criminel de guerre serait devenu un héros national. Culpabilité et héroïsme ne sont pas des valeurs intangibles mais au contraire des valeurs fluctuant au gré du contexte géopolitique. Les dernières pages offrent une bonne dose de cynisme lorsque l'ennemi d'hier devient le nouvel allié dans la lutte contre le communisme.

Yoshimura livre un récit d'un réalisme cru, qui décrit la misère (le rationnement, la famine) et les vexations de l'armée américaine, fait historique peu connu et peu traité dans la littérature japonaise. Les phrases sont très courtes, indiquant à chaque fois le lieu et le jour, dans un style quasi journalistique.
Le prétexte romanesque étant le suspense créé par la fuite du protagoniste. La fin est assez inattendue et dénonce plus que jamais l'absurdité de la guerre.

Un récit original, le premier que je lis de ce type dans la littérature japonaise.

Par Sylvie - Publié dans : Littérature asiatique
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Vendredi 27 février 2009

CHINE

Panda sex

Editions Au diable Vauvert, 2009

Mian Mian est devenue avec Les bonbons chinois l'icône de l'underground shanghaienne. Voici son deuxième opus qui livre un montage de conversations de "jeunes branchés" de la nuit à Shanghai. Un acteur film les conversations...et des couples, deux soeurs, un sponsor et une actrice livrent leur conception de l'amour et leur mélancolie. Deux enterrements, une idylle gâchée et beaucoup de mélancolie...

Pas vraiment d'intrigues mais plutôt un collage de conversations sur le mode expérimental pour dégager un état d'esprit de toute une génération.

A part la révélation de la fin, il faut dire que je n'ai pas du tout accroché. Le titre illustre le virus de l'amour aujourd'hui qui, comme le panda, ne consiste à faire l'amour que deux fois par an ! Le thème est intéressant mais Mian Mian n'en tire pas partie !

La jalousie est évoquée, la mort comme conséquence également. Mais de là à évoquer les Liaisons dangereuses d'aujourd'hui, il ne faut pas abuser !

Mian Mian innove certes dans la forme (quoique) mais faire de la forme en soi n'est pas le but de la littérature. Faire de l'expérimental sans fouiller ses personnages ne conduit à rien.

C'est peut-être sévère mais je préfère continuer à découvrir les autres écrivains chinois d'aujourd'hui comme Mo Yan ou Yu Hua.

Par Sylvie - Publié dans : Littérature asiatique
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Lundi 29 décembre 2008

Nouvelles de NATSUME SOSEKI

Le goût en héritage, échos illusoires du luth

Editions Le Serpent à plumes

Natsume Soseki est le fondateur du roman moderne japonais au XIXe siècle. On lui doit notamment le poétique Oreiller d'herbes

Ces deux nouvelles sont particulièrement caractéristiques du style de Soseki : mêlant réel et fantastique, les récits sont à la fois très poétiques et teintés d'ironie ; le comique, voire le grotesque se conjuguent avec la gravité des situations

La première nouvelle met en scène une jeune homme en proie aux superstitions japonaises sur les fantômes. Il vient se plaindre à un ami de l'attitude irritante de sa vieille servante qui le met constamment en garde sur l'influence néfaste des esprits : il doit déménager s'il ne veut pas que sa fiancée meurt...car sa maison est mal orientée...Tout commence sur le ton de la blague puis l'horizon s'obscurcit quand l'ami lui déclare qu'il connaît une femme qui est morte de la même maladie. A son retour, notre héros est en proie à la peur de la mort. Il croise des silhouettes bizarres et entend des aboiements suspects. Une nuit de terreur commence...

Le deuxième récit, ayant également pour thème la mort, se déroule lors de la guerre russo-japonaise en 1905. Le narrateur vient de perdre à la guerre son meilleur ami, Kô. Il se rend chez la mère de l'ami pour la consoler et sur la tombe de kô. Il y distingue la silhouette d'une très belle femme inconnue, qui vient déposer des chrysanthèmes blanches. Obsédé par cette silhouette énigmatique, il s'improvise détective pour percer le secret de cette mystérieuse fiancée.

Sur des thèmes lugubres, Soseki parvient à rendre ses récits très vifs par le recours à la dérision. Les deux narrateurs frisent souvent le ridicule ; le premier se gausse des superstitions de sa servante ; mais il est terrorisé lors de sa promenade nocturne et se cache sous ses draps chez lui !
Le deuxième est imbu de sa personne : en bon scientifique, il se targue d'avoir trouvé la bonne méthode pour percer le secret de la jeune femme.Il hésite aussi à utiliser les salles méthodes des détectives car il est d'une honnêteté à toute épreuve...

Ces passages très ironiques alternent avec des descriptions magnifiques de paysages ou de portraits, très poétiques. Des passages très oniriques ,comme la promenade nocturne entre rêve et réalité, sont de toute beauté.

Par Sylvie - Publié dans : Littérature asiatique
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Mercredi 26 novembre 2008

CHINE

 

Les funérailles célestes

Editions Picquier, 2005

Xinran, découverte France avec Chinoises en 2003, est l' un des grands écrivains chinois contemporains avec Gao Xinjiang, Mo Yan et Chi Li.

 

On lui doit une réflexion sur la condition féminine dans son pays. Ce titre, en plus d'offrir un magnifique portrait de femme romanesque, est un superbe roman d'aventures et un récit de voyage.

 

Xinran s'inspire d'un personnage réel qu'elle a interviewé lorsqu'elle recueillait les confidences de femmes chinoises à la radio. Cette femme, dont le mari médecin s'est enrôlé volontairement dans l'armée de libération au Tibet, et qui part à sa recherche lorsqu'elle apprend sa mort accidentelle et mystérieuse. Elle quitte parents et soeur pour découvrir ce qui s'est vraiment passé dans les hautes montagnes tibétaines dans les années 50...

 

Le voyage d'initiation commence ...Au début, le choc culturel entre une chinoise et les Tibétains puis l'acclimatation progressive jusqu'à la fusion...

 

Le lecteur découvre avec Wen la civilisation tibétaine ; lorsque cette dernière est recueillie par une famille de nomades et qu'elle vit hors du monde pendant des années : découverte des femmes "aux deux maris", des hommes couturiers, du mode de vie extrêmement rudimentaire, de la spiritualité tibétaine et des mystérieuses coutumes funéraires...

On admire dans ce livre le mélange du plus pur romanesque à une force documentaire de premier plan. L'intrigue (l'amour passion d'une femme qui cherche son mari pendant plusieurs décennies) s'insère dans une étude extrêmement détaillée de la culture tibétaine ; vous apprendrez ainsi ce que sont les mystérieuses funérailles célestes ainsi que les pierres mani où les personnes gravent leurs prières, leurs paroles adressées aux dieux.Le tout dans un décor paradisiaque...

Ce qui marque, c'est le mélange de rusticité extrème et de spiritualité. Pauvreté des nomades, richesse des monastères, couleurs des fêtes en l'honneur des divinités.

Avec au bout de ce beau récit d'apprentissage, la découverte du secret de la mort du mari...

Le tout écrit dans une écriture très simple et juste. Un magnifique roman qui peut aussi bien convenir aux amoureux des grandes sagas romanesques qu'aux férus de récits de voyage. Un témoignage de tout premier plan sur le conflit sino-tibétain et la rencontre de deux cultures que tout opposent.

Par Sylvie - Publié dans : Littérature asiatique
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Dimanche 23 novembre 2008

Chine, 1943

 

Le jardin du repos

Editions Robert Laffont "Bibliothèque Pavillons", 2005

 

Pa Kin, l'auteur centenaire (1904-2005), est l'un des plus grands auteurs chinois du 20e siècle avec Lao She. Il a séjourné en France où il a étudié la Révolution française avant de retourner en Chine. Anarchiste et libertaire, il fut "rééduqué" lors de la Révolution Culturelle avant d'être cité plusieurs fois pour le Prix Nobel.

Son récit la plus importante, Famille est représentatif de toute son oeuvre qui s'attache à faire le portrait du déclin de "l'ancienne société" des propriétaires terriens. D'ailleurs, la postface du Jardin du repos cite "la fierté des habitants de la Chine nouvelle, débarrassés de leurs vieilles cangues".

 

Le jardin du repos, récit éminemment nostalgique et poétique, désigne justement le jardin d'une grande demeure  qui fut vendue par une famille déshonorée et ruinée. Le narrateur, l'écrivain Monsieur Li, nous raconte l'histoire de ce lieu et de ses occupants : il est l'ami du nouveau propriétaire du lieu. Yao lui propose de venir habiter chez lui  : il y fait connaissance de sa femme, la douce Zhaohua, des serviteurs, du fils Xiao et....du petit Yang, l'enfant mystérieux qui vient cueillir des camélias dans le jardin du repos...

 

Monsieur Li cherche à découvrir le secret de cet enfant si sensible. Il le suit jusqu'au temple du Grand Immortel où l'enfant dépose les camélias et rejoint un mendiant. Monsieur Li va peu à peu découvrir le secret de la famille Yang, les anciens propriétaires de la demeure et du jardin...

 

Il va découvrir des familles rongées par l'amour de l'argent et du matérialisme. Le narrateur, la délicieuse Zhaohua et le petit Yang symbolisent l'empathie, l'humain face à des êtres pervertis par les désirs matéralistes qui causent leur ruine. Monsieur Li tentera d'aider le petit Yang et aussi la douce Zhaohua qui tente de remettre sur le droit chemin son beau fils, l'intrépide Xiao, qui quitte l'école pour les jeux et les fêtes.

 

Ce magnifique roman est une ode à l'amitié, à la poésie et à la littérature. Le jardin du repos, magnifique (saluons les descriptions des bassins de poissons et de la nature environnante : saules, camélias...) symbolise l'amour du prochain. C'est le lieu du recueillement et du souvenir de l'enfance. Saluons les descriptions "zen", si typiques de la littérature asiatique.

 

Le thème n'est pas révolutionnaire ! Le manichéisme de l'argent, du matérialisme face à l'amour du prochain, désintéressé. Mais c'est dit avec tant de délicatesse, de tact, que ce récit nous laisse un souvenir impérissable. Les personnages sont aussi attachants les uns que les autres : le petit Yang et son amour sans faille pour son père déchu, le narrateur qui noue une amitié indéfectible avec son hôte et sa femme, Zhaohua, l'âme au coeur empathique, incomprise dans un monde dominé par l'appât du gain.

 

Descriptions de la nature alternent avec les dialogues qui laissent transparaître l'humanité des personnages, leurs désirs, leurs doutes.

Saluons la mise en abîme de la figure de l'écrivain, figure empathiquie par excellence, qui comprend l'âme et se met à la place des autres. Dans ce roman, il apparaît comme étant la figure de l'ami par excellence, de l'humain. De très belles phrases sont à retenir :

"...il y a quelques années, vos livres me tenaient lieu de professeur et d'ami...Une fois chez les Yao, j'ai eu beaucoup de temps libre, et quand Songshi sort et que je suis seule, je n'ai que la lecture pour dissiper mon ennui. j'ai lu de nombreux romans ; ...Tous ces livres m'ont ouvert un univers. Autrefois, mon monde se réduisait à deux maisons, une école et quelques rues. Ce n'est que maintenant que je sais l'existence d'un si grand nombre d'hommes et de femmes autour de moi, ce n'est que maintenant que je pénètre le coeur des hommes et que je comprends ce que signifient malheur et souffrance. Je sais maintenant ce qu'est la vie. Parfois, je me mets à pleurer de joie, parfois ma tristesse n'engendre qu'un rire stupide. Que je pleure ou que je rie, après, j'ai toujours l'impression d'un grand soulagement. La compassion, l'amour et l'assistance ne sont plus des mots vides, mon coeur est lié aux autres : si l'on rit, je suis heureuse ; si l'on pleure, je suis triste. Je vois comme la souffrance et le malheur sont grands parmi les hommes, mais j'y vois encore davantage d'amour. Il me semble entendre dans les livres des rires de reconnaissance et de satisfaction. Mon coeur souvent s'adoucit comme au printemps"

Par Sylvie - Publié dans : Littérature asiatique
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