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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Vendredi 18 avril 2008

AFRIQUE DU SUD, 2006

Des vies sans couleur

Editions Phébus

Ce titre d'une auteur sud-africaine a été très remarquée notamment par Jean-Michel Coetzee, prix Nobel de Littérature et Toni Morrison ; Coetzee a parlé à propos de "littérature post-apartheid".

Outre le fait d'une qualité romanesque indéniable, ce récit a le mérite de mettre en lumière le destin méconnu des métis, ces "ni noirs ni-blanc" pendant l'apartheid.

Il met en scène de nos jours Marion, une jeune cadre dynamique au Cap, directrice d'une agence de voyage. Tout semble lui sourire jusqu'au jour où elle est intriguée par une photo d'une militante de l'ANC de Mendela dans le journal. Ses traits lui font penser étrangement à Tokkie, la vieille gouvernante noire de son enfance.

A partir de ce moment, tout vacille en elle :
elle se croit adoptée...Elle va donc partir à la recherche de sa véritable origine et tenter de trouver la vérité auprès de son vieux père.

Elle va découvrir alors la vie de métis qui pour contrer les lois de l'apartheid se sont fait passer pour blancs. Au nom de la réussite, ils ont tout abandonné : famille, amis...

Ce roman bouleversant réserve de multiples surprises. Habillement construit, il nous surprend jusqu'à la fin. Tout est centré sur , d'une part les liens entre Marion et son père et d'autre part, entre Marion et sa jeune employée métis, Brenda, qui l'aidera à accepter sa "nouvelle identité".

D'une finesse psychologique indéniable, il interroge l'identité dans un état multiethnique. La langue savoureuse est truffée de termes locaux qui nous apprend beaucoup sur la culture et la société sud-africaine : la scission ville/campagne, les dissensions entre les afrikaners, boers et tous les autres, métis ou noirs.

Un beau portrait de femme et une histoire bouleversante sur un fait méconnu de l'histoire de l'apartheid.

par Sylvie publié dans : Littérature africaine
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Mardi 8 mai 2007

MALI

Le boucher de Kouta

Editions Hatier International "Monde Noir", 2002

Massa Makan Diabaté (1938-1988) est à l'origine un griot, c'est à dire un conteur africain. Puis, après avoir fait des études d'Histoire, il découvre qu'il a un don pour l'écriture. Il est connu aujourd'hui comme étant le plus célèbre écrivain malien, on lui doit la trilogie de Kouta : Le lieutenant de Kouta, Le coiffeur de Kouta et Le boucher de Kouta.

Bien sûr, j'ai commencé par la fin ! Dans Le boucher, on retrouve l'influence de l'oralité des griots : beaucoup de dialogues, utilisation d'expressions et de proverbes africains.

J'ai adoré le pittoresque des personnages et la cocasserie des situations ; ce livre est rempli d'humour !

Dans le village de Kouta, il y a tout un petit peuple qui se chamaille. L'histoire est bien sûr centrée sur le boucher Namori et aussi ses trois frères de case, c'est à dire ses camarades qui ont été circoncis le même jour : Soriba, amoureux des femmes et gardien d'un troupeau d'ânes, Solo, le vieil aveugle et Daouda le riche commerçant.

Après 10 ans de voyages obscurs, Namori le boucher a hérité de la boutique de son père. Il est connu pour être très avare et très pugnace. Lors de la colonisation, il a tenu tête à l'occupant en refusant de payer ses taxes quitte à rester attaché au soleil toute une journée ! Surtout, il ne supporte pas les dettes impayées. Ainsi lorsque Solo lui doit de l'argent, il n'hésite pas à lui piquer sa canne d'aveugle ! C'est dire s'il a mauvaise réputation...

Namori va tout à coup changer de tactique lorsque la sécheresse va s'abattre sur Kouta : il va passer un pacte avec Soriba, le gardien d'âne : tous les matins, il abattra un âne du troupeau de son vieil ami pour le vendre sur le marché et il se partageront les gains. Namori devient ainsi le bienfaiteur de Kouta...mais au prix d'un grand secret : la viande d'âne est interdite par le Coran !

Les deux compères vont donc tout faire pour que ce grand secret n'arrive pas aux oreilles de l'imam, grand gardien des traditions...

Massa Makan Diabaté se moque avec beaucoup d'humour des traditions musulmanes en mettant aussi en scène des chrétiens qui sont jaloux du boucher ! Il écrit une belle farce satirique qui met à mal les coutumes de son pays. Le tout sur un fond de révolutions politiques : les présidents se renversent de coup d'Etats en cops d'Etats...

Une histoire rondement bien menée qui, sous couvert d'humour, se moque des traditions.

par Sylvie publié dans : Littérature africaine
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Samedi 9 décembre 2006

CAMEROUN - Prix Goncourt des Lycéens

Editions Plon, 2006

 

par Sylvie publié dans : Littérature africaine
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Jeudi 30 novembre 2006

LITTERATURE FRANCOPHONE - CONGO

Prix Renaudot 2006

Ca y est, j'ai enfin lu le dernier Mabanckou ! J'avais beaucoup aimé son premier roman African Psycho. J'ai littéralement dévoré celui-ci ! On retrouve son humour et beaucoup d'originalité.

Le personnage qui narre l'histoire est donc un porc-épic qui nous raconte sa vie de "double nuisible" d'un homme dans un village africain. Car en Afrique, les hommes peuvent avoir soit un double bienfaiteur (notre ange gardien occidental), soit un petit animal pernicieux qui peut faire le mal ; on entre alors en contact avec lui grâce à une sorte de boisson chamanique.

Et voici donc notre porc-épic qui va lancer des pernicieuses épines vers les ennemis de Papa Kibandi. Mais voici que notre héros de porc-épic nous raconte son histoire après la mort de son maître. Que s'est-il donc passé? C'est ce que va nous raconter notre personnage....

Mabanckou mêle savamment la culture occidentale ( recours à la fable : un animal humanisé juge l'action des hommes, références littéraires) et les coutumes africaines qu'il traite avec humour (la scène de l'enterrement où le mort désigne son assassin en faisant bouger le cercueil est hilarante !).

Le récit est une réécriture de la fable de La Fontaine, Le rat des villes et le rat des champs : un animal quitte son champ car il a envie de découvrir le monde des hommes. D'abord subjugué par cette société, il sera amené à revenir sur ses premières convictions.

Le style peut certes déconcerter (je pense notamment à Anne-Sophie ! (www.lalettrine.com)  : il n'y a aucun point et la ponctuation n'est assurée que par des virgules ! En ce qui me concerne, j'ai été charmée par ce rythme mélodieux de la phrase. Il y a des poses et cette écriture n'a rien à voir avec un essai expérimental !

Ce livre se dévore en une journée ...vous l'aurez compris, je suis fan de Mabanckou ! Il y a tellement peu d'humour dans la littérature contemporaine ! Son style me fait un peu penser au style d'Eric Chevillard qui pour moi est le meilleur romancier satirique français.

par Sylvie publié dans : Littérature africaine
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Vendredi 17 novembre 2006

NIGERIA

Editions Gaïa - en 1974

Buchi Emecheta est l'une des plus grandes auteurs africaines anglophones. Son oeuvre est désormais étudiée à l'Université. Cet écrivain a un parcours exceptionnel : elle a quitté son Nigeria natal pour Londres à l'âge de 22 ans ; avec son diplôme de bibliothécaire et mère de cinq enfants, elle réussit à prendre la plume et à publier ses premiers romans.

Citoyens de seconde zone désigne la condition de la femme africaine qui à la fois femme et immigrée est reléguée à un statut de domestique par l'homme.

Même si Buchi Emecheta refuse de parler d'autobiographie, on sait que ce roman est directement inspiré de sa propre expérience d'immigrée africaine. Le roman commence dans un village à côté de Lagos : une petite fille s'enfuit de chez elle pour entrer dans les murs de l'école...Avec sa force de persuasion, elle arrive à faire des études. Employée à la bibliothèque, Adah arrive à se constituer une dot conséquente qui attire un étudiant. Elle l'épouse ; il part à Londres faire des études avec la dot se sa femme. Elle doit rester sur place pour s'occuper des enfants. C'est sans compter sur la volonté d'Adah...

Elle part pour Londres, elle-même bien décidée à tenter sa chance. Malheureusement, elle y découvre la pauvreté à travers la dure condition des immigrés londoniens. Elle comprend également que son mari n'est qu'un incapable qui compte bien profiter du courage de sa femme pour nourrir la petite famille...

Ce roman est avant tout un récit d'initiation et d'émancipation d'une femme africaine : à Londres, Adah lutte contre sa condition de femme soumise; elle s'investit dans son métier, découvre la contraception et découvre la magie de l'écriture.

L'écriture est très simple et belle en même temps. Il y a également de beaux moments de poésie comme lorsque Adah découvre la nature qui renaît après l'hiver londonien. Elle comprend alors ce qu'est la beauté, ce qui la pousse à écrire....

Le roman livre aussi une réflexion sur l'indépendance des pays africains : Buchi Emecheta met en scène des étudiants nigérians qui partent pour Londres juste avant l'indépendance , espérant après décrocher une poste de direction dans le nouveau pays indépendant. Hélas, la plupart deviennent des immigrants pauvres...

Un roman dur mais en même temps plein d'espoir.

par Sylvie publié dans : Littérature africaine
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Samedi 8 avril 2006

MALI - LITTERATURE FRANCOPHONE

Fayard Noir, 2006

Moussa Konaté est considéré comme le meilleur écrivain malien contemporain.Il partage sa vie entre Limoges et Bamako. Il a notamment créé en 1997 les éditions du Figuier, devenant ainsi le premier écrivain éditeur au Mali. Il est également co-éditeur avec Michel Le Bris du Festival Etonnants voyageurs de Bamako.

Ce roman est en fait un roman à la fois policier et ethnographique sur les coutumes du Mali. L'auteur nous plonge en effet au coeur du territoire des Dogons, ethnie la plus célèbre du Mali avec les Bambaras et les Peuls.

Tout commence par un duel mortel entre deux amis d'enfance au dessus d'une falaise : l'un est parti avec la fiancée de l'autre; or, pour les Dogons, l'amitié est une valeur sacrée; mais c'est Yadjé, l'homme bafoué, qui trouve la mort. D'autres morts mystérieuses vont suivre : des conseillers municipaux sont retrouvés morts chez eux, le corps affreusement gonflé.

C'est le commissaire Habib qui va mener l'enquête. Il doit bientôt abandonner sa rationalité habituelle devant le témoignage des habitants du village Dogon: selon eux, les assassinats sont des actes de magie ou de sorcellerie. Habib fait connaissance avec de nombreux personnages : un devin qui lit l'avenir dans les empreintes des renards, un homme au visage de chat qui va communiquer avec les ancêtres tout en haut de la falaise, le maire de la petite ville et ses conseillers, menacés de mort, qui ont l'ai de mener un train de vie bien au dessus de leurs moyens...

Pourquoi les conseillers municipaux sont-ils menacés de mort? Que cache leur richesse apparente? Magie, sorcellerie, défense des coutumes. Tout est là pour créer un récit plein de suspens.

La conclusion et terrifiante et met en relief le conflit entre traditions et modernité au Mali. Ce pays a créé des structures administratives superposées aux cultures existantes. Les Dogons tentent de lutter contre les attaques de la jeunesse tentées par l'argent pour préserver leur culture. D'un côté, la rationalité et le matérialisme sont incarnés par la police, l'administration locale et la jeunesse assoiffée d'argent. De l'autre côté, les coutumes et la sorcellerie des Dogons (culte des ancêtres, danses rituelles, terres sacrées...)

Avant d'être un roman policier, ce titre est avant tout un récit très humain: le commissaire Habib est un vieux titre plein de sagesse. Il cherche à vraiment comprendre les coutumes dogons et est ainsi confronté à un dilemme cornélien: doit-il punir les crimes en remettant les Dogons à la police nationale où doit-il faire preuve de clémence afin de préserver cette culture ancestrale? A vous de le découvrir...Bon voyage au pays des Dogons !

par Sylvie publié dans : Littérature africaine
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