Dimanche 10 juillet 2005
7
10
07
2005
00:00
Chili

Edition Christian Bourgois, 2005
Roberto Bolano est l'un des écrivains chiliens les plus doués de sa génération avec Luis Sepulveda. Quittant son pays en 1974 avec l'arrivée au pouvoir de Pinochet, il a parcouru le monde (Mexique, Italie, France) avant de s'installer définitivement à Barcelone. Sa mort en 2003 a été l'occasion de le faire connaître en France notamment grâce à Christian Bourgois.
La piste de glace se présente sous la forme d'un roman policier mais l'auteur en contourne toutes les règles: nous savons dès les premières pages qu'un meurtre a été commis mais nous ne saurons qu'à la fin les noms de la victime et du tueur !
Bolano construit son roman de roman de manière polyphonique en faisant alterner trois voix :
-un écrivain chilien émigré sur la Costa Brava ( double de l'auteur) qui s'est reconverti en vendeur de bijoux et propriétaire d'un hôtel-camping
-Un poète mexicain éxilé sans papier embauché par son ami (l'écrivain chilien)comme veilleur de nuit dans le camping
-Un politicien véreux qui tombe amoureux de la belle patineuse Noria et lui fait construite illégalement une patinoire dans une magnifique villa désafectée...(en détournant des fonds publics...)
Les destins de ces trois personnages vont finir par se croiser... Des personnages secondaires comme la chanteuse au couteau et une vieille tsigane vont venir compléter cette savoureuse galerie de portraits.
Ce faux roman policier est construit à la manière d'un labyrinthe: le lecteur découvre peu à peu les liens qui unissent les différents personnages. Bolano dresse le portrait d'une Costa Brava corrompue ou les politiciens sont racistes et démagogues. Mais si l'amour apportait la rédemption...
L'auteur nous tient en haleine jusqu'à la fin en nous surprenant: la victime et le meurtrier ne sont pas ceux que l'on croyait...
Un roman à découvrir à la fois pour sa construction originale et pour son intrigue palpitante et ses personnages attachants...
Lundi 18 juillet 2005
1
18
07
2005
00:00
COLOMBIE
Est-il encore utile de présenter Gabriel Garcia Marquez, Prix Nobel de littérature en 1982, auteur du magnifique Cents ans de solitude, chef de file de la littérature sud-américaine et inventeur du "réalisme magique", style associant le réalisme au fantastique et à l'insolite.
Son oeuvre très dense est constituée de grandes fresques historiques ou de fables dénonçant les systèmes dictatoriaux sud-amércains.
Pour découvrir son style, je vous recommande le court roman De l'amour et autres démons: c'est un véritable conte fantastique et ésotérique: un jour, on retrouve dan une crypte le cadavre d'un jeune femme dont la chevelure rousse mesure vingt mètres !
Garcia Marquez va nous conter son histoire rocambolesque à Carthagène des Indes au XVIIIe siècle: la jeune fille se faisant mordre par un chien enragé, son père a peur qu'elle soit contaminée; il va donc l'enfermer dans un couvent par l'intermédiaire de l'Inquisition. Son exorcite va alors tomber amoureux d'elle ...L'auteur va nous conter cette passion destructrice bravant les interdits religieux. Garcia Marquez mêle l'érotisme et le mysticisme pour nous conter une véritable légende. Les personnagers sont très pittoresques (voir la mère obèse de Thérésa qui passe sa journée à manger des tablettes de chocolat à l'ombre des cocotiers) et l'écriture, quoique baroque, est très fluide.
Cette légende est un bon point de départ pour découvrir l'oueuvre foisonnante de ce génie littéraire.
Mardi 9 août 2005
2
09
08
2005
00:00
MEXIQUE
Voici l'un des grands chefs d'oeuvre de la littérature sud-américaine écrit par le grand écrivain mexicain Carlos Fuentes. Il s'agit d'une immense fresque historique (et fantastique) retraçant les bouleversements qu'a connu l'Espagne au XVe siècle avec la découverte de l'Amérique.
Sur près de 1000 pages , il met en scène le déclin de l'Espagne (l'inquisition, l'expulsion des maures et des juifs) mais situe le début et la fin du roman à Paris dans une atmosphère apocalyptique: toutes les femmes, jeunes ou vieilles, sont en train d'accoucher; on attend l'élu qui pourra créér un nouveau monde, symbole du multiple, de la diversité et de la tolérance; on le reconnaîtra à sa croix rouge peinte sur son dos....
Mais l'élu a déja failli réaliser ce nouveau monde au XVe siècle lorsque trois jeunes hommes sont apparus mystérieusement à la Cour Espagnole pour revigorer le sang royal. Ils portent lui-aussi une croix rouge sur le dos....
Il faut dire que la famille royale est bien mal en point : le roi ascétique(Philippe II qui n'est jamais nommé) s'est retiré dans son monastère de l'Escurial. Sa mère, Jeanne La Folle, est en deuil et vit dans la crypte depuis la mort de charles Quint (elle se promène avec son cercueil...) La jeune femme de Philippe II se sent bien seule....
C'est alors qu'un beau jeune homme apparaît miraculeusement sur le rivage: il raconte au roi qu'il a découvert un nouveau monde. Le roi refuse de s'investir et laisse ses courtisans dépravés conquérir l'Amérique. La possibilité de créer une Espagne protéiforme a été abandonnée au profit d'une Espagne une et catholique.
Cette fresque foisonnante et baroque retrace toute l'histoire de l'Espagne: elle convoque les grands mythes comme Dom Juan ou Dom Quichotte , Charles Quint et Christophe Colomb. Fuentes convoque le rêve millénaire d'un monde multiple sur un ton apocalyptique: le nouveau monde attend de se concrétiser sur terre....
Terra Nostra est incontestablement l'une des plus grandes oeuvres du XXe siècle: d'une richesse culturelle incommensurable, c'est aussi un formidable condensé de toute notre histoire européenne. Il y a également une réflexion intéressante sur la conception du temps qui pour Carlos Fuentes est cyclique: le "messie" peut revenir s'il n'a pas été accepté sur terre à un certain moment. De même, sa conception du monde est binaire: soit nous créons un monde uni , intolérant et pauvre (ce qu'a fait l'Espagne au XVe siècle), soit nous acceptons un monde protéiforme, symbole de richesse...
Mardi 9 août 2005
2
09
08
2005
00:00
CUBA
Alejo Carpentier(1904-1980), l'un des grands pontes de la littérature sud-américaine (et caribéenne),est le plus grand écrivain cubain de ce siècle. Il est l'inventeur du réalisme magique avec Gabriel Garcia Marquez. Mais dans ce roman historique, nulle présence du fantastique. Plutôt une épopée dans les îles caraïbes.
Le siècle des lumières nous conte l'histoire des îles caraïbes (Guadeloupe, Martinique, Cuba, Guyane....) du début de la Révolution Française jusqu'aux guerres napoléoniennes. Les Français révolutionnaires, engagés dans la guerre de course avec les Anglais qui veulent récupérer les îles, abolissent l'esclavage en partie pour se concilier leurs colonies. Voici donc les idéaux de 1789 confrontés au plus pur des pragmatismes....La Révolution marque donc l'émancipation des îles caraïbes mais celle-ci est de courte durée. L'esclavage sera rétabli et le bagne de Cayenne sera créé....
Alejo Carpentier nous fait connaître ces événements peu connus de la Révolution Française à travers le destin de trois personnages idéalistes mais très tôt confrontés aux désillusions: Victor Hughes, le personnage historique central, était le Commissaire de la République chargé de bouter les anglais hors de la Guadeloupe: il organisa la révolte des esclaves en 1774 et abolit l'esclavage sur ordre de la Convention. Il changera ensuite de cap en devenant gouverneur de Cayenne...
Autour de cette figure historique énigmatique, gravitent deux jeunes adolescents cubains, un frère et une soeur, qui quittent la Havane coloniale pour défendre les idéaux révolutionnaires.
De l'espoir à la déception, Carpentier nous donne une image captivante de l'application des idéaux de 1789. C'est également un portrait d'une génération idéaliste au début puis peu à peu déçue par la tournure des événements.
Un livre fondamental pour comprendre le "mécanisme" de la Révolution, écrit dans une langue colorée magnifique, évoquant le climat et les épices des îles....
Mardi 13 septembre 2005
2
13
09
2005
00:00
Littérature brésilienne
Voici enfin la critique de l'Aliéniste, ce grand classique de la littérature brésilienne écrit en 1881. Machado de Assis est le plus grand écrivain brésilien du XIXe siècle et est considéré aujourd'hui comme un classique. L'aliéniste est l'une de ses oeuvres les plus célèbres.
Simon Bacamarte, aliéniste diplômé, s'installe dans une ville paisible et y fonde un asile d'aliénés avec l'assentiment du conseil municipal. Mais les fous sont de plus en plus nombreux et en viennent à constituer quasiment toute la population. L'aliéniste qui considérait que la folie était une île dans l'océan en vient à considérer qu'il s'agit en fait d'un continent. Mais le peuple se révolte et par à l'assaut de "la Bastille de la raison humaine". Le barbier prend la tête du soulèvement dans un but bien précis: prendre la tête du conseil municipal....
L'aliéniste en vient à considérer que les fous sont en fait les raisonnables et les amoureux du bien car ce sont des exceptions. Puis il doute...la science perd tout à coup ses fondements bien peu solides.
Où est la raison? Qui est fou? Le peuple ou le médecin? Machado de Assis rejoint Nerval, Maupassant et Hoffmann qui, à la même époque, ont écrit sur la folie. Ici, le personnage principal n'est pas le fou mais le médecin. Mais n'est-il pas un savant fou....
Machado de Assis en profite pour faire une satire politique et sociale: des ambitieux soutiennent la révolution du peuple pour satisfaire leur goût du pouvoir, des conseillers font voter une dérogation pour que le personnel politique échappe à l'internement dans l'asile... On interne les gens tolérants, modestes, généreux sous prétexte qu'ils sont des exceptions.
Assis, bien avant Michel Foucault, dénonce "l'enfermement des fous" : sous prétexte d'utilité publique, un homme se transforme en tyran. Mais son vaste dessein pourrait bien se retourner contre lui...
Voici une oeuvre bien originale et caustique, différente de ce que nous connaissons habituellement de la littérature sud-américaine. Cette oeuvre n'est pas sans rappeler le message du Rhinocéros de Ionesco: sous des allures de farce humoristique, Assis dénonce les dogmatismes politiques et scientifiques.
Dimanche 2 octobre 2005
7
02
10
2005
00:00
Argentine- Rentrée littéraire 2005
Editions Christian Bourgois
César Aira est considéré comme l'un des plus grands écrivains argentins actuels. Et c'est bien mérité.
Les nuits de Flores sous couvert de petit roman social sur la crise argentine réserve bien des rebondissements. C'est un roman baroque dans la plus pure tradition de la littérature sud-américaine: le masque, la dissimulation et le secret sont au centre de la technique romanesque.
Tout commence par un portrait plein de tendresse d'un couple de retraités,Aldo et Rosa, qui pour arrondir leur fin de mois, livrent à pied des pizzas dans le quartier de Flores à Buenos-Aires. Car l'Argentine est soumise à une crise économique sans précédent: les classes moyennes s'improvisent livreurs de pizzas et les ouvriers deviennent des recycleurs recherchant dans des poubelles des matériaux de récupération aussitôt revendus à des grossistes pour quelques pesos.
Le lecteur s'attache à ce couple de petits vieux qui sont les seuls à marcher à pied parmi les jeunes livreurs de pizzas qui eux prennent leurs motocyclettes. Ces livreurs s'immiscent dans les bas-fonds de Flores où sévit la délinquance; il n'est pas rare qu'un livreur se fasse attaquer et voler sa mobylette. C'est pour cela qu'Aldo et Rosa préfèrent livrer à pied et... c'est tellement meilleur pour la santé.
Aira décrit à merveille les rouages de la paupérisation engendrée par la crise argentine. Sur ce roman social, va subitement se greffer une intrigue policière: Jonathan, un jeune livreur, est kidnappé et retrouvé assassiné....sans tête dans le quartier de flores. Les médias et la police s'emparent de l'affaire. Un procureur zélé, un critique d'art et un écrivain vont alors entrer en scène sans oublier un couvent de religieuses adorant les pizzas et un mystérieux nain au bec de perroquet et aux ailes de chauve-souris !!!
A partir de là, Aira prend plaisir à promener son lecteur dans un labyrinthe littéraire: on passe du roman social au polar pour aller ensuite se promener chez les critiques d'art (magnifique réflexion sur l'art contemporain) pour atterrir dans un pur roman gothique, où se mêle l'argent et le sexe !
Je ne vous en dis pas plus en vous laissant découvrir ce petit chef d'oeuvre. Si vous aimez la mystification, les travestissements et les rebondissements, ce livre est pour vous !
Commentaires