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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Poésie

Dimanche 7 août 2005 7 07 08 2005 00:00

Editions Gallimard Poésie ( première parution en 1942)

Francis Ponge est l'un des plus grands poètes français du XXe siècle. Vivant depuis toujours dans la plus parfaite discrétion, loin des médias et des cercles littéraires, il est mort à l'âge de 89 ans en 1988.

Son oeuvre la plus connue, Le parti pris des choses fait naître la poésie des objets banals comme la baguette de pain ou le cageot du marché. Usant de comparaisons et de métaphores, il transforme ainsi la banalité en ode à la poésie. Chaque poème est dédié à un objet: une huitre, une bougie, une orange, une cigarette ou à des petits animaux: papillons, mollusques, escargots...

Ainsi le pain devient:

"une masse amorphe en train d'éructer (qui)fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant, elle s'est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses"

Le morceau de viande:

"Chaque morceau de viande est une sorte d'usine, moulins et pressoirs à sang

Tubulures, hauts-fourneaux, cuves y voisinent avec les marteaux-pilons, les coussins de graisse

(...) des ruisseauxà ciel ouvert charrient des scoriesavec le fiel..."

Cette oeuvre poétique facile d'accès, refusant l'hermétisme, part de notre quotidien le plus banal pour nous transporter vers un ailleurs poétique. Lorsque vous lisez Francis Ponge, vous comprenez que la poésie peut naître n'importe où et nous accompagner tous les jours. Grâce à lui, l'infiniment petit devient grand et beau.

 

Par Sylvie - Publié dans : Poésie
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Dimanche 7 août 2005 7 07 08 2005 00:00

Voici l'une des oeuvres les plus connues de Raymond Queneau avec le roman Zazie dans le métro . Elle est de nous jours jouée dans de nombreux théâtres et cabarets.

Il s'agit de raconter 99 fois la même histoire de manière différente:

Le narrateur rencontre dans un bus un jeune avec un chapeau décoré d'une tresse au lieu d'un turban. Ce dernier va échanger des mots vifs avec un autre voyageur. Puis il descend et rencontre un ami qui lui conseille de remonter le bouton de son pardessus.

Vont alors se succéder les histoires en anglicanisme, italianisme, botanique, gastronomique, paysan, alexandrins, verlan, injurieux.....Queneau , membre de l'Oulipo, était un maître en jeux de mots; cette oeuvre est un hommage rendu au pouvoir de la littérature et de la poésie qui peut voir un événement différent à l'infini. Il en ressort bien sûr un humour grinçant provenant des injures des voyageurs et de la situation cocasse.

Cette oeuvre est souvent étudiée en classe pour montrer aux élèves ce que le goût des mots et la poésie: la primauté de la forme sur le fond, le jeu sur les mots pour ranconter des choses banales...Une façon plaisante et remplise d'humour de découvrir la nature de la poésie....

Par Sylvie - Publié dans : Poésie
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Samedi 24 septembre 2005 6 24 09 2005 00:00

Gallimard Poésie (parution en 1936)

Grâce à Elisabeth, fidèle blogueuse de « Passion des livres » qui adore la poésie, j’ai eu envie de vous faire découvrir un ouvrage d’Henri Michaux, le célèbre poète (et peintre) belge.

 

Ne vous attendez pas à lire des alexandrins à rimes. Il s’agit de poèmes en prose dont la poésie naît de l’évasion vers un ailleurs fantasmé et de l’invention de mots.

 

Michaux se comporte en véritable ethnographe qui étudie les us et coutumes de peuples plus bizarres les uns que les autres. Ce n’est pas un voyage vers un ailleurs idyllique. Bien au contraire, Michaux se complaît à décrire la cruauté des êtres : description de combats, mise en quarantaine des gens qui se mouchent, élevage d’humains dans des pots….

 

Michaux mêle le burlesque et l'humour à la cruauté; La grande Garabagne, Les Ematrus, les Palans, les Eglottons se succèdent donnant un vaste échantillon des inventions sémantiques du poète.

Car c'est là que réside l'essence poétique de Michaux: l'invention d'expressions, de mots rocambolesques. Il nous transporte dans l'un des plus beaux textes fantastiques du XXe siècle.

Cet ouvrage est à conseiller à tous ceux qui n'ont pas l'habitude de lire de la poésie; ici, pas de difficulté: nous avons l'impression de lire des petits contes, des poèmes en prose, des récits de voyage fantastiques et humoristiques nous transportant dans un autre monde.

A noter que le goût de l'Ailleurs chez Henri Michaux naît de son goût passionnel pour les voyages: Equateur, Asie.... Dans les années 50, il explore un autre "ailleurs", celui qui lui est livré par les drogues hallucinogènes: mescaline, LSD, opium, haschich. Toute l'oeuvre de Michaux peut se comprendre comme une tentative de quitter notre monde quotidien pour explorer toutes les potentialités de l'imaginaire. C'est un poète démiurge qui a créé un monde unique.

Par Sylvie - Publié dans : Poésie
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Dimanche 29 janvier 2006 7 29 01 2006 16:25

Gallimard Nrf, "Poésie"

Recueil paru en 1938

Voici le recueil de récits le plus connu de Michaux et le préféré de l'auteur lui-même. Composé de treize chapitres se présentant comme de courts récits, le charme de ce livre naît de la présence du personnage Plume, un monsieur débonnaire à qui il arrive des aventures rocambolesques. Le nom de Plume fait référence à la légèreté du personnage qui n'a aucune volonté et qui se laisse porter au gré des événements. On terouve bien sûr l'influence du surréalisme, mouvement auquel cependant n'a jamais appartenu le poète belge.

Quelques exemples des fantaisies de Plume : alors que sa maison s'envole, sa femme est coupée en morceaux par un train qui passe; il se retrouve inculpé de meurtre. Dans un restaurant,

Dans un restaurant, les policiers le poursuivent car il a commandé une côtelette qui n’était pas dans le menu. En voyage, il se fait virer du train, des monuments, des hôtels. Enfin, il lui arrive de marcher au plafond.

Ce personnage irrésistible apparaît au milieu du recueil dans "Un certain plume". Entre ce récit central, apparaissent des poèmes ou des récits d'une dizaine de pages tout aussi fantaisistes qui se nourrissent soit de voyages dans l'espace soit de voyage dans l'imaginaire et le délire intérieur du poète: un malade nous confie ses hallucinations montrant des animaux fantastiques, un animal mystérieux mange les serrures. Dans le genre humour noir, un bourreau n'a pas assez de force pour couper les têtes et l'eau du robinet se transforme en cristaux tranchant les bras....

Beaucoup d'absurde et de fantaisie dans ce recueil mais moins de cruauté et d'invention langagière que dans Ailleurs qui garde ma préférence. 

A réserver à tous ceux qui n'aiment pas la poésie hermétique ou lyrique mais au contraire les courts récits remplis d'humour.

Mon prochain Michaux: La vie dans les plis ...

Par Sylvie - Publié dans : Poésie
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Dimanche 12 février 2006 7 12 02 2006 16:02

Les poètes ont toujours célébré l'amour. Les poèmes les plus connus sont sans doute ceux de Louis Aragon célébrant Elsa Triolet (Les yeux d'Elsa).

Selon vous, quel est le poète qui célèbre le mieux l'amour?


Pour moi, les poèmes d'amour les  plus beaux sont ceux de Baudelaire.

Ce grand poète a célébré la femme aimée à travers ses célèbres correspondances : la femme évoque des paysages; les forêts, les océans sont contenus dans le corps féminin. La femme est regardée, sentie, écoutée; des couleurs, des parfums et des sons viennent enivrer le poète qui voyage dans un paradis exotique.

Les deux poèmes que je vous propose sont dédiés à la maîtresse créole de Baudelaire, Jeanne Duval.

.

LA CHEVELURE

Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure !
Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir !

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.

J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève !
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :

Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur ;
Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé !

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?

 

 

 

 

 PARFUM EXOTIQUE

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

Par Sylvie - Publié dans : Poésie
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Vendredi 7 avril 2006 5 07 04 2006 19:01

POESIE CONTEMPORAINE -Christophe Tarkos - 1963-2004

Editions POL,1998

Christophe Tarkos est une figure très importante dans la poésie contemporaine française. Mort prématurément à l'âge de 40 ans des suites d'une longue maladie , il a contribué à renouveler fortement la poésie dite "moderne". Il se présente ainsi sur le site des éditions POL:

"Je suis né en 1963. Je n'existe pas. Je fabrique des poèmes.

1 je suis lent, d'une grande lenteur

2 invalide, en invalidité

3 séjours réguliers en hôpitaux psychiatriques depuis 10 ans"

Tout un programme ! Mort prématurément, il est déja un mythe dans ce milieu très fermé qu'est la poésie contemporaine. On le compare à Bernard-Marie Koltès au Théâtre. Reconnu par Christian Prigent comme un poète capital

Je vous conseille vivement d'aller lire l'article qui lui est consacré dans "Le littéraire" à l'adresse suivante :http://www.lelitteraire.com/article1184.html



Refusant tout lyrisme, sa poésie est à la fois visuelle et sonore. Nulle strophe, pas de vers, mais une prose à effet visuel sans ponctuation.

Par exemple, dans Caisses , Tarkos nous livre des poèmes en prose sous forme visuelle de carrés, d'où le titre. Aucun paragraphe, très peu de points. Tarkos déverse violemment ses phrases, joue des réitérations et des ruminations verbales. Sur une dizaine de lignes, il déclame souvent quelque chose d'insignifiant (description d'une théière, du lait,du ciel, souvenirs....) qu'il va décliner de plusieurs manières même si ces modifications sont souvent infimes. Il explore alors tous les possibles jusqu'à l'écoeurement et l'essoufflement  pour exprimer quelque chose de banal.

Tarkos était l'un des grands spécialistes de la lecture-performance. Il est vrai que lorsque l'on lit ces "caisses" , on se dit qu'il faut un sacré talent pour réciter cela !

Inutile de disserter plus longtemps ; je vous laisse découvrir quelques extraits :

Je fume :

"Je fume, la fumée s'échappe, la fumée sort, la fumée me sort

de la tête , ma tête laisse échapper de la fumée, je laisse

échapper de la fumée au dessus de ma tête, ma chaleur

part en fumée, une fumée monte du dessus de ma tête dans

le ciel, je fume, je fume en l'air, ma tête est trouée, de la

fumée monte dans le ciel me sort de la tête,je ne peux pas

la retenir, je la laisse, je la laisse s'échapper, qu'elle

s'échappe, monte dans le ciel, je me laisse faire, c'est toutes

mes forces, c'est ma chaleur, c'est ma vitalité, elle part dans

le ciel, je n'arrête pas de fumer, je fume comme une chemi-

née, la fumée s'élève dans le ciel, adieu ma fumée, fais un

beau voyage , je fume, la fumée me sort de la tête, va vers le

ciel, elle ne s'arrête jamais, il y a un trou dans ma tête, la

fumée me sort de la tête et s'envole dans le ciel perdue à

jamais, ma chaleur s'échappe, que la fumée parte et s'élève

dans le ciel, que je m'échappe, que la chaleur sorte par le

dessus de ma tête, qu'elle parte en fumée, je pars en l'air, je

fume dans le ciel, ma chaleur part, je te laisse partir, je me

vois partir en fumée dans le ciel, au revoir moi.

Voila. En resserant les mots , je vous assure que cela ressemble à un carré parfait !

Par Sylvie - Publié dans : Poésie
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