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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Vendredi 29 février 2008
Théâtre Gérard Philippe-Saint-Denis

Vive la France









Cette semaine, je suis allée voir Vive la France de Mohamed Rouahbi qui relate 150 ans de la colonisation et de l'immigration en France. Un thème  a priori alléchant, une mise en scène a priori inventive : photos, discours filmés, slam, rap...

Quel déception, pire quelle colère !

Je n'ai pas l'habitude d'être si catégorique mais il faut quand même dire que je suis partie à l'entracte d'un spectacle qui dure 3h20. 

Le spectacle n'est qu'une accumulation de clichés gravissimes : des jeunes immigrés encapuchonnés qui crient leur haine, des flics qui matent les immigrés à tout bout de champ (on parle pendant 1/4 d'heure des bavures si bien que le flic n'existe que par ses bavures !) Les CRS interviennent même lorsque les antillais font la fête !

Bien sûr, Sarkosy est accusé et on l'assimile à Pétain ! Des raccourcis plus que douteux suivi par des tableaux sans intérêt de l'école coloniale...

Que des poncifs, aucune solution n'est proposée.

A quoi cela sert-il de montrer des clichés qui sont revus et revus à la télé ? 

Le rôle du théâtre n'est-il justement d'interroger le monde, de soulever un débat sur la place publique et d'aller au delà des préjugés ? 

Et là on je me suis sentie profondément choquée, c'est lorsque le groupe de rappeurs interpelle le spectateur en sa qualité de français et qu'il le rend responsable de ses maux !

Personnellement, je ne me sens pas responsable des malheurs de l'immigration ! Ca me touche, ça me concerne certes, mais je n'en suis pas responsable !

Où est l'art là-dedans ? Je me le demande ! Le but du théâtre n'est pas de dresser une population contre une autre. Il est d'apporter un regard nouveau sur un problème qui nous dépasse. 

C'est donc profondément raté, c'est du sabotage très grave, qui plus est en Seine-Saint-Denis !

par Sylvie publié dans : Théâtre
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Vendredi 15 février 2008

Editions Albin Michel

Le Dieu du carnage












Mise en scène au Théâtre Antoine (janvier-mars 2008)

Voici donc le grand événement théâtral de Paris en ce moment : la nouvelle pièce de la plus prolixe des dramaturges françaises, Yasmina Reza. Ce nouvel opus est un petit bijou de cynisme : derrière les bons sentiments et la bonne conscience occidentale, l'auteur pointe notre hypocrisie ; derrière la raison proclamée, le dieu du carnage n'est jamais loin ...

L'histoire est très simple : un couple, Véronique et Michel Houllié invitent chez eux un autre couple, Annette et Alain Reille pour régler une simple histoire de coups de poing entre leurs deux rejetons : Ferdinand, le fils Reille a cassé deux dents à Bruno, le fils Reille.

Entre gens de bonne famille, on s'invite donc pour régler le problème à l'amiable plutôt que de se crêper le chignon. On mange donc du clafoutis et on s'explique, on parle de ses métiers respectifs....et tout s'envenime ! Il y a Alain, avocat véreux qui défend une industrie pharmaceutique plus que douteuse, toujours accroché à son portable. Sa femme, Annette, plutôt timorée, se met soudain à vomir ! Quant à Véronique, elle est obnubilée par les grands principes moralisateurs : alors qu'elle publie un livre sur le Darfour, passionnée par la cause humanitaire, elle tient absolument à ce que les deux enfants s'expliquent entre eux alors qu'ils n'ont que 10 ans !!!



Mais derrière cette civilisation de la raison et des bonnes manières, les pulsions et les frustrations remontent à la surface...On apprend alors que le matin même, le hamster de l'enfant a été jeté dans la rue et que finalement, "on est élevé dans une idée johnwaynienne de la virilité" ! Le vomissement d'Annette(sur les livres d'art !) est particulièrement significatif de toute cette violence refoulée !

On rit forcément de ces personnages caricaturaux qui ne veulent pas assumer leur violence sous-jacente. Pour Reza, les bons sentiments, la civilisation ne sont qu'un leurre. Elle épingle en passant toute la société bien-pensante pétrie de bons principes.

Comme à chaque fois, c'est mordant, acerbe, méchant. Je n'ai qu'une hâte : c'est de voir Isabelle Huppert dans le rôle de Véronique Houillé, la bourgeoise bien pensante !

"Nous vivons en France. Nous ne vivons pas à Kinshasa ! Nous vivons en France avec les codes de la société occidentale. Ce qui se passe square de l'Aspirant-Dunant relève des valeurs de la société occidentale ! A laquelle, ne nous déplaise, je suis heureuse d'appartenir !"

"La morale nous prescrit de dominer nos pulsions mais parfois il est bon de ne pas les dominer. On n'a pas envie de baiser en chantant l'Agnus Dei
;"

par Sylvie publié dans : Théâtre
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Dimanche 27 janvier 2008
ESPAGNE- 1936



Texte mis en scène au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis par Andrea Novicov (7 janvier-3 février 2008)

Il s'agit de la dernière pièce écrite par le grand dramaturge espagnol avant son éxécution par les franquistes. Je suis allée la voir au TGP et je dois dire qu'il s'agit d'une formidable mise en scène à mi-chemin entre le théâtre d'ombres, le théâtre de marionnettes et un tableau de Velazquez !

Rappelons l'intrique dans les années 30 en Andalousie : Bernarda Alba, dont le mari vient de mourir, oblige ses cinq filles à rester cloîtrées dans la vieille maison pendant huit ans pour cause de deuil.

Mais l'aînée, 39 ans, un laidronne mais riche car ayant touché l'héritage de son père, le premier mari de Bernarda,, est promise au plus beau garçon du village, Pepe Romano.

L'annonce prochaine du mariage fait naître jalousies et rancoeurs chez ces filles qui ne peuvent s'épanouir dans un monde rongé par les traditions ancestrales. La plus jeune qui refuse son enfermenent, clame son amour pour Pepe et va provoquer le drame...



Cette pièce se passant dans les années 30 est en fait très actuelle. Cela pourrait se passer en Afghanistan, en Arabie Saoudite...C'est une pièce fondamentale sur la condition de la femme, bridée, non libre de ses mouvements, la femme aigrie par tant d'interdictions.

La Maison de Bernarda Alba

La mise en scène rend parfaitement l'oppression subie par ces femmes. En adoptant une posture de marionnettes, elles apparaissent comme des pantins qui sont manipulés. On a l'impression de voir les Ménines de Velazquez. La luminosité, tout en clair obscur, nous fait vivre un cauchemar éveillé.

Elles entament des pantomines burlesques comme des poupées qui n'ont plus d'humanité, bridées par les conventions.



Un hommage au théâtre de Guignol. Je vous conseille fortement d'aller voir cette pièce !

par Sylvie publié dans : Théâtre
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Mercredi 23 janvier 2008

FRANCE-LIBAN -2006

Forêts

Editions Actes Sud Papiers

Wajdi Mouawad, d'origine libanaise, est la révélation théâtrale française de 2007. La pièce Forêts dont la mise en scène dure presque trois heures, a fait sensation aussi bien chez les critiques que chez les spectateurs.

Je n'ai pas eu l'occasion de voir la pièce mais je viens de lire la pièce ; c'est profondément original, antique et moderne à la fois, épique et tragique. Une véritable histoire romanesque se déroulant sur cinq générations de femmes. La mort, le sang, le destin, thèmes tragiques par excellence auxquels s'ajoute un brin d'insolite.

Voici le point de départ : Loup, une jeune fille de notre temps, apprend par sa son père que sa mère, Aimée, était atteinte d'une tumeur insolite au moment où elle lui a donné naissance : dans son cerveau, se sont fossilisés un foetus et une mâchoire humaine ! Un paléontologue, Douglas Dupontel, découvre à son tour que cet os a le même ADN qu'un crâne humain découvert dans un charnier à Dachau par son père. 

En compagnie de Douglas, Loup, très réticente et agressive, va donc partir à la recherche de ses origines. A qui appartient cette mâchoire ? Qui est ce Lucien qu'évoque Aimée lors de ses crises d'épilepsie ?

Lou va donc partir à la découverte d'une étrange lignée de femmes, ses ancêtres, qui vont la mener jusqu'à une forêt ardennaise au début du siècle, pendant la Première Guerre Mondiale. Elle va y découvrir la monstruosité des origines mais aussi la réconciliaion, l'apaisement. 

Six femmes, Odette, Hélène, Léonie, Ludivine,Luce, Aimée, six sacrifiques, six abnégations qui ont connu la souffrance, la mort, la violence. Mouawad nous livre un concentré de tout ce qui a pu exister dans le théâtre tragique antique : la lignée maudite, les créatures hybrides monstrueuses, le meurtre entre fratries, l'inceste.
Cela nous fait penser à la fois à Thésée, au Minotaure, à l'Orestie
; la parole de toutes ce femmes n'est pas sans rappeler les souffrances exprimées dans les choeurs antiques.

Il est aussi question d'inconscient, de la force de l'amitié et de la transmission à travers les âges. Pour évoquer ce thème de la filiation, Mouawad a choisi d'introduire des thèmes insolites qui donnent à l'histoire une allure alambiquée, une dimension énigmatique. Ainsi, une mâchoire se retrouve dans un crâne et c'est un paléontologue qui enquête !

Certains ont critiqué l'accumulation de violences et la construction trop ambigüe. Au contraire, je trouve que le texte est savamment construit : chaque acte est centré sur une femme d'une génération, à une époque donnée ce qui n'empèche pas quelques chassés-croisés. 

Mouawad renoue avec les grandes épopées sur plusieurs décennies, ce qui donne une épaisseur romanesque à la pièce de théâtre. Et le coup de théâtre final suscite beaucoup d'émotions !

Si quelques uns d'entre vous ont vu la pièce, vous pouvez me décrire la mise en scène....en attendant d'en voir une !

par Sylvie publié dans : Théâtre
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Dimanche 15 juillet 2007

Pièce écrite en 1906

Partage de midi













Mise en scène par Yves Beaunesne à la Comédie Française (mars-juillet 2007)

Je suis allée voir la semaine dernière Partage de midi à la Comédie Française ; de Paul Claudel, j'avais uniquement de lointains souvenirs de cours de français concernant Le soulier de satin et du thème de l'oeuvre de Claudel : l'éternel conflit entre l'amour charnel et la spiritualité.
Partage de midi












J'ai donc redécouvert Claudel à l'occasion de cette pièce. L'intrigue met en scène un femme,Ysé et autour d'elle trois hommes amoureux : son mari, Ciz, son ancien amant Amalric et l'homme qu'elle va aimer à la passion, Mesa.
Ces 4 personnages vont se rencontrer sur un paquebot voguant sur la Mer de Chine. Lorsque la pièce commence, il est midi et le soleil brûle les coeurs...
 
On apprécie dès le premier acte la poésie des noms et des lieux ; que de noms exotiques rappelant le métier de diplomate de l'auteur !
 
A Midi, donc, Ysé se languit de ce mari matérialiste si peu passionné. Amalric, un aventurier peu scrupuleux la courtise mais en vain. C'est vers Mesa qu'elle se tourne. Ils se déclarent mutuellement l'amour absolu. Mesa propose à Ciz une mission risquée. Les deux êtres vont pouvoir vivre leur amour. Le troisième acte nous plonge brusquement dans un abri au milieu de la jungle ; les colonisés veulent bouter les européens hors de leur territoire. Et l'on retrouve mystérieusement  Ysé en compagnie d'Amalric. Mesa l'a quittée le temps qu'elle accouche de leur enfant ...
 
J'ai été vraiment surprise par cette pièce ! Bien sûr, on y retrouve la poésie, la beauté lyrique qui ont fait la célébrité de Claudel. Il s'agit vraiment d'un poème en prose ! La fin, véritable apothéose d'outre-tombe, est vraiment sublime.

Mais cette pièce est vraiment particulière dans la mesure où Ysé est partagée entre trois hommes, échappant ainsi à la dualité traditionnelle entre mari et amant. Le mari est vite évincé et Ysé se retrouve entre un aventurier vulgaire et un idéaliste. 

C'est la mort qui finalement décidera du sort de l'amour entre Mesa et Ysé. 

C'est bien sûr Ysé qui est le personnage central de la pièce ; à elle seule, elle rassemble les trois figures masculines de la pièce : à la fois féline et divine, égoïste et passionnée, manipulatrce et aimante, elle ne peut bien sûr se "fixer". C'est donc un personnage très ambigu, complexe. Le spectateur oscille constamment entre la sympathie et le mépris...
 
J'ai vraiment éprouvé ce sentiment ; on ressort de la pièce chamboulé, partagé ...
par Sylvie publié dans : Théâtre
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Samedi 17 février 2007

Angleterre, 1968

 
Harold Pinter, Prix Nobel 2005
 
Je suis allée voir la célèbre pièce d'Harold Pinter au Théâtre de Paris, avec dans le rôle principal, Robert Hirsch ! Rien qu'avec cet acteur, cela vaut déja le détour !
Pinter est connu pour ces personnages ambigus qui entretiennent entre deux des rapports de dominants/dominés. Je vous avais déja présenté la pièce L'anniversaire.
Dans cette pièce, on retrouve certaines caractéristiques de la précédente : Davies, joué par Robert Hirsch est un vieil SDF farfelu qui est sauvé d'une agression par un jeune homme, Aston. Celui-ci lui offre de passer quelques jours chez lui pour le protéger. Le vieil homme s'installe comme chez lui, bien tranquillement. Mais le lendemain, Mick, le frère d'Aston, propriétaire des lieux, fait preuve d'une violence inouîe envers lui et lui demande de déguerpir. Puis, petit à petit, son attitude change...Il lui propose de devenir gardien de la maison. Le vieux accepte.
C'est alors que la roue va tourner. On découvre qu'Aston est en fait un lobotomisé du cerveau qui passe ses journées à ne rien faire. Davies et Mick vont alors s'allier pour le faire fuir...
Ce qui compte chez Pinter, ce n'est pas l'intrigue mais la profondeur abyssale des personnages. Qui est le bon? Qui est le mauvais ? On ne saura jamais ! Car le pauvre SDF se révèle être un profiteur dépendant et l'hôte est une loque.
Je ne crois pas que j'ai tout saisi même si je crois avoir compris l'essentiel mais cette mise en scène vaut vraiment le coup ! Robert Hirsch domine la pièce du début à la fin ; il joue un personnage truculent, ubuesque et en même temps tellement dépendant. A voir !
par Sylvie publié dans : Théâtre
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