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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Théâtre

Lundi 18 juillet 2005 1 18 07 2005 00:00

 

Actes Sud Papier

Ce livre est l'occasion de découvrir un autre aspect de l'oeuvre de Laurent Gaudé très connu pour La mort du Roi Tsongor ( goncourt des lycéens 2002) et Le soleil des Scorta (Prix Goncourt 2004).

Il faut savoir que Laurent Gaudé est d'abord un dramaturge talentueux: ses pièces mèlent habilement les légendes africaines à la tragédie antique.

Salina est un exemple particulièrement significatif: Salina est une jeune femme africaine mariée de force à un homme alors qu'elle aimait en réalité le frère de celui -ci... Un beau jour, elle décide de s'enfuir avec son enfant dans les bras...

Quelques années plus tard, on retrouve Salina en compagnie de son fils devenu adulte. La famille du mari bafoué demande réparation. La vengeance peut s'accomplir..

Gaudé prend la défense des femmes africaines qui ne sont pas maître de leur destin. Salina est une femme forte qui refuse qu'on lui dicte ce qu'elle doit faire.

Salina ressemble à une tragédie antique: cycle de vengeance, conflits pères-fils, dilemne ntre les sentiments et les devoirs, batailles sanglantes...

Laurent Gaudé crée une oeuvre contemporaine qui ne ressemble à aucune autre, mêlant différents mythes et légendes du passé.

Par Sylvie - Publié dans : Théâtre
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Lundi 1 août 2005 1 01 08 2005 00:00

 

 

Voici la pièce de réflexion sur l'art contemporain qui a rendu l'oeuvre de Yasmina Reza célèbre dans le monde entier.

Trois personnages échangent leur réflexion sur leur conception de l'art devant un tableau tout blanc: l'un est un ardent défenseur de l'art classique, l'autre vient d'acheter ce tableau qui incarne le rien... Le troisième se trouve entre ses deux amis et tente de concilier les deux antagonistes.

Reza dénonce la pédenterie des discussions artistiques aussi bien dans les milieux académiques que dans le milieu de l'art contemporain. Cette pièce réactualise d'une manière originale l'éternelle querelle des Anciens et des Modernes née au XVIIe siècle.

La conciliation aura lieu d'une manière inattendue: il suffit d'imaginer ce que peut représenter le blanc...

La coclusion est une ode rendue au pouvoir de l'imagination. Il est alors bien futile de batailler lorsque l'on peut trouver un terrain d'entente.

Une pièce à découvrir pour ceux qui sont encore réfractaires à l'art contemporain....

Par Sylvie - Publié dans : Théâtre
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Lundi 1 août 2005 1 01 08 2005 00:00

Sûrement la pièce la plus subtile et la plus riche en rebondissements écrite depuis ces dix dernières années!

Tout commence par l'interview d'un écrivain Prix Nobel de Littérature par un obscur journaliste. L'entretien dénonce tous les clichés de la création: lien entre l'oeuvre et la vie de l'écrivain etc...Puis, au fur et à mesure, nous apprenons que les deux êtres sont liés par une femme mystérieusement absente..

Inutile d'en dire plus: les coups de théâtre successifs réservent de multiples surprises... Mais il ne s'agit avant tout de "coups de théâtre psychologiques": les deux individus se livrent peu à peu au cours de la conversation et dévoilent peu à peu leurs secrets....

Il s'agit d'une pièce sur le masque, le faux-semblant et la dissimulation: au cours de la pièce, les masques révéleront la véritable motivation de l'interview.

Les deux personnages, incarnés par Francis Huster (le faux journaliste) et Alain Delon (l'écrivain) nous livrent de belles réflexion sur la nature de l'amour (est-il lié à la durée ou au contraire, est-il une passion fugitive ?) La pièce est également une réflexion sur le genre épistolaire.

J'ai découvert la pièce en la lisant et n'ai pas eu la chance de la voir jouée au théâtre. Je pense que l'on éprouve énormément de plaisir à la lire.

Par Sylvie - Publié dans : Théâtre
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Jeudi 4 août 2005 4 04 08 2005 00:00

Editions de Minuit, 2002

Avant de vous résumer l'oeuvre, je tiens à signaler que cette pièce est l'une des premières du théâtre contemporain à être entrée au répertoire de la Comédie Française, temple du classicisme ! Fait d'autant plus extraordinaire que le personnage principal est un "nègre" joué par un acteur noir ...Marie N'Diaye est l'un des plus grands écrivains et dramaturges français contemporains.

Comme à son habitude, Marie N'Diaye explore avec brio la cruauté et les rapports de force au sein de la cellule familiale:

Papa revient après avoir abandonné il y a dix ans femme et enfants. Lorsqu'il franchit la porte, il fait un grand discours faisant croire qu'il a fait fortune en voyageant alors qu'il est resté à Courbevoie et a fait un enfant handicapé à sa maîtresse, qu'il veut renier....

Mais Papa est un beau gosse et il va tout faire pour hypnotiser Maman qui a été "repêchée" par un professeur de français humaniste....Car il a besoin de manger...

Cette pièce sordide et cynique dénonce bien sûr les clichés du racisme: ainsi, le professeur bien pensant se refuse à haïr Papa, car c'est politiquement incorrect. Les parents critiquent la fille qui s'est amourachée d'un "noir". Pour les tantes vieilles filles, le nègre représente la virilité !!!

Mais le but de N'diaye n'est pas de créer une pièce moralisante dénonçant le racisme: Papa est vraiment une enflure de la pire espèce qui hypnotise son entourage pour mieux le flouer. Les personnages, anti-héros par excellence, sont tous de faibles pantins. L'oeuvre de Marie N'Diaye est très pessimiste sur la nature humaine: elle explore les rapports dominants-dominés au sein du microcosme familial. L'humanité semble être un vain mot. 

Le lecteur éprouve un certain malaise devant une telle noirceur, mais cette dernière est tempérée par un humour noir ravageur..... On peut évoquer l'influence de Samuel Becket qui mêle habilement tragique et burlesque.

Par Sylvie - Publié dans : Théâtre
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Jeudi 4 août 2005 4 04 08 2005 00:00

Editions de Minuit

Bernard-Marie Koltès, le poète maudit mort du sida à la fleur de l'âge, est le dramaturge français le plus joué au monde.

Son oeuvre entière est un cri de haine et de révolte lancé à la face du monde.

Je  propose de vous faire découvrir une pièce unique, un long monologue sans ponctuation, constitué d'une seule phrase qui dure soixante-trois pages !

Un exclu se promène sous la pluie dans la rue et crie sa haine du monde et son amour à un inconnu qu'il croise dans la rue. I

l erre tout seul dans la rue, se fait agresser: le monde représenté ici semble être la terre d'avant l'apocalypse; l'âme solitaire symbolise le dernier vivant sur terre qui recherche en vain l'amour. Le passant qu'il croise peut représenter la rédemption et l'humanité; les mots vont donc clamer le besoin d'amour et la naissance du désir.

Koltès, c'est le théâtre fait cri, c'est la description de la déchéance du monde et aussi un vibrant appel d'amour contre le désespoir. a noter que cette pièce a été mise en scène par Patrice Chéreau et récemment par Enki Bilal.

Par Sylvie - Publié dans : Théâtre
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Jeudi 8 septembre 2005 4 08 09 2005 00:00

Pièces publiées à L'Arche

Sarah Kane est la plus grande dramaturge anglaise contemporaine avec Edward Bond. En l'espace de 4 ans,elle a créé cinq pièces entre 1995 et 1999, entre deux scandales: la production de sa première pièce Anéantis (qui frôla la censure) et son suicide en 1999 à l'âge de 28 ans.

Cet auteur maudit a créé un théâtre empli de violence et de désespoir, un théâtre de la cruauté cher à Antonin Artaud où le spectateur doit faire la catharsis de ses passions.

Je vous propose de découvrir deux pièces bien différentes : une réactualisation du mythe de Phèdre ainsi que sa dernière pièce, annonçant son suicide.

L'amour de Phèdre, Arche Editeur, 2005

Pour moi qui pense que Phèdre de Racine est plus belle tragédie du monde, je m'attendais à forcément être déçue. Mais étant donnée que Kane ancre le personnage mythologique dans notre société contemporaine et qu'elle modifie un peu l'histoire, j'ai vite oublié le chef d'oeuvre de Racine en me disant que c'était complètement différent !

Voici donc Hippolyte, un jeune homme dépressif qui dort le jour et passe sa vie devant la télé et les jeux vidéos en mangeant des chips et des hamburgers et en se masturbant dans une chaussette ! De quoi vraiment casser le mythe !

Phèdre, sa belle mère, contacte un médecin pour qu'il retrouve la santé et le moral. Le médecin ne peut rien faire. Phèdre intervient donc et là c'est une fellation qui pourrait bien guérir le petit Hippolyte ! Mais Sarah Kane ne sombre jamais dans la caricature. Son oeuvre devient une tragédie sanglante lorsque Phèdre se suicide et qu'elle accuse Hippolyte de viol. Dans sa cellule, le jeune homme passe devant le prêtre et dénie toute existence de Dieu. La scène finale sera digne des tragédies les plus sanglantes de Shakespeare.

Cette pièce est d'abord centrée sur le personnage d'Hippolyte, incarnation de la névrose masculine: il s'ennuie, déteste la vie et nie l'existence de Dieu: il conduit son corps et son esprit aux portes du désespoir et de la mort. On peut peut-être y voir un double masculin de l'auteur.....

4h48 Psychose, Arche Editeur, 2003

Il s'agit du texte testament de Sarah Kane: elle y met en scène son propre suicide qui aura lieu quelque mois avant sa représentation au théâtre. A noter que ce magnifique texte sur la dépression a été joué magnifiquement par Isabelle Huppert en 2003.

Ce texte est un long monologue (dans la lignée de La nuit juste avant les forêts de Koltès) d'une âme en peine dans un hôpital psychiatrique. Un médecin tente de l'aider: on entend sa voix mais il n'est pas sur scène. Le texte est une longue prière d'une névrosée, un appel à l'aide adressé aux spectateurs. Emouvant lorsque l'on pense que ces paroles étaient vraies...

Mais je pense que cette pièce doit vraiment être vue jouée au lieu d'être lue...

 

 
Par Sylvie - Publié dans : Théâtre
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