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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Jeudi 3 juillet 2008

Editions P.O.L, 2005

Le Tiroir à cheveux


Dans la lignée de Brigitte Giraud, une écriture digne et pudique qui évoque des thèmes très durs. Emmanuelle Pagano est l'auteur de trois romans, dont Les amants troglodytiques, l'histoire de deux frères dont l'un des devenu femme.

Dans Le tiroir à cheveux, elle brosse le portrait d'une adolescente de 15 ans qui a eu un enfant trop tôt ; parce qu'elle voulait le cacher à ses parents, parce que son copain d'alors n'a pas daigné l'emmener à l'hôpital, son fils est né attardé...

Mais cela, nous l'apprenons petit à petit ; car, chez Pagano, tout est d'abord affaire de sensation; on sent, on entend, on respire, avant de dire et de comprendre. Les couleurs et les sons viennent avant le discours créant ainsi une atmosphère poétique. Le personnage, apprentie coiffeuse, adore les cheveux depuis qu'elle est gamine; elle adore les toucher, les malaxer, les sentir. Et c'est donc à travers les cheveux que nous découvrons son fils, à travers la relation sensuelle, tactile entre la mère et les fils. Nous n'apprendrons que petit à petit, par divers éléments, que le petit est débile.

"Je passe la main dans ses cheveux mi-longs, les boucles brunes tremblent, on dirait du chocolat chaud mal préparé. Un peu trop épais, trop sucré peut-être...J'aime les cheveux, même gras, rêches, épais. Mats, soyeux, souples au toucher, moites. J'aime toucher les cheveux. Regarder de près leurs formes, leurs couleurs, leurs textures. Et m'approcher des têtes, par derrière,de côté. J'aime surprendre les mouvements des mèches. Les renifler en douce"

Pagano décrit aussi magnifiquement les bruits des rues, le regard des gens. Puis vient ce parcours du combattant pour garder son enfant dans un univers hostile (elle est fille de gendarme), dans un petit studio alors que ses parents font tout pour placer son fils dans un centre spécialisé...

Le portrait d'une maternité instinctive, au delà de la raison, décrite sans pathos et avec poésie, ce qui n'exclut pas pour aussi la description très réaliste de la vie quotidienne  : le regard des autres, le fait de nourrir un enfant handicapé et la description d'un milieu hostile.

par Sylvie publié dans : Littérature française contemporaine
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Jeudi 3 juillet 2008

Editions Stock, 2005

J'apprends

Brigitte Giraud est l'un des plumes françaises les plus sensibles, les plus émouvantes d'aujourd'hui. J'avais adoré A présent, un texte magnifique sur le deuil.
Dans J'apprends, elle se plonge dans ses souvenirs d'enfance lorsqu'elle a découvert l'école ; avec son talent de bonne élève, elle a appris plein de choses, des poèmes, des règles de grammaire, des formules mathématiques), mais elle a aussi compris que cet univers clos sur lui-même ne correspondait pas à ce qu'elle vit dans sa famille au lendemain de la guerre d'Algérie. Car elle est née en Algérie ; dans la rue, on parle des arabes, des harkis mais pas à l'école.

A la maison, le silence régne sur le passé de la famille. Il y a uniquement de vieux albums de photos jaunis sur lequel on ne dit rien....

Brigitte Giraud alterne dans de courts paragraphes les moment passés à l'école et les scènes de famille ou de rue qui paraissent deux univers bien séparés qui ne communiquent pas entre eux. Entre apprendre et comprendre, il y a deux mondes infranchissables ...

Apprendre avec bonheur un monde cohérent et bien ordonné ; on sent le bonheur qu'éprouve  la petite fille de tout maîtriser. Mais on sent que c'est aussi un formatage, un apprentissage par coeur. D'ailleurs, le texte est scandé d'extraits de poèmes, de formules de mathématiques ou de règles de grammaire...

Et...ne pas comprendre ce qui se passe chez soi, sa propre histoire, sa propre origine. Beaucoup d'interrogations, d'incertitudes, de blancs. Qu'est devenu la mère ? La réponse ne vient jamais ; la narratrice évoque uniquement "celle qui n'est pas ma mère", autrement dit la deuxième femme de son père. On ne saura jamais ce qui s'est passé en Algérie.

On retrouve ici toute la pudeur de Brigitte Giraud qui dans des phrases très courtes, très rythmées, fait passer beaucoup d'émotion sans être jamais misérabiliste. Les paragraphes sonnent comme un petite musique de l' âme, tellement c'est simple et vrai...

Ce court roman a le mérite de mettre l'accent sur l'absence de l'Histoire des immigrés à l'école. Sujet d'actualité....Comment concilier l'école et la vie ? C'est toute la question du livre...

Quelques extraits

"Je dois apprendre. C'est à dire intégrer, ingérer. Ce qui est extérieur devient intérieur. Je dois mélanger le monde musulman avec mon monde à moi. Répéter des mots à voix basse dans ma chambre jusqu'à ce qu'ils restent en moi. Je dois capturer le monde, le retenir, le figer. Cela se passe dans mon cerveau mais aussi dans mon corps. ...Apprendre, c'est répéter, comme une prière. Cela fait mal au ventre. Chucoter, faire le vide, oublier la vie autour. ....Intégrer la phrase si profondément qu'elle prend toute la place. Je deviens la phrase qui passe dans mon estomac, puis dans mon sang."

par Sylvie publié dans : Littérature française contemporaine
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Lundi 28 avril 2008

Editions Calmann-Lévy, 2005

Les vivants et les morts

Prix RTL Lire 2005

Gérard Mordillat, romancier et documentariste, renoue ici avec la tradition française du roman social, engagé et du feuilleton. Allant à contre-courant de la dominante nombriliste de la littérature française contemporaine, il signe une fresque de 650 pages racontant une fermeture d'usine de fibres plastiques dans l'Est de la France.

Tout se passe de nos jours; une inondation mobilise tous les ouvriers pour sauver l'usine. Grâce à leurs efforts, les machines sont réutilisables mais deux ans plus tard, les dirigeants annoncent que l'usine, rachetée par un groupe allemand, n'est plus rentable. Il faut donc licencier...Ce sont les plus vieux et les plus jeunes qui trinquent malgré la lutte des ouvriers.

Un an plus tard, malgré les licenciements, on annonce que l'usine ferme définitivement...La lutte commence...

Cette fiction documentaire aux allures d'épopée nous fait vivre de l'intérieur toute la vie d'une village, d'une région bouleversés par les mutations économiques. Mordillat recrée véritablement un monde dans une fresque d'une cinquantaine de personnages aussi différents les uns que les autres par leurs caractères ou leurs fonctions : maire du village, responsables syndicauts, commerçants, préfet, ministres, journalistes, les découragés (les morts) et ceux qui ont choisi la lutte (les vivants)....et bien plus encore le PEUPLE. Car au delà de la politique, des divergences syndicales, c'est bien l'homme, le peuple qui a la parole dans ce livre.

Mordillat évite tout effet de style. Presque aucune description, les dialogues prédominent ainsi que l'action pour donner vraiment l'impression d'une parole populaire directe. Tout est très rythmé, rapide, sans fioritures, nous avons l'impression d'être dans un feuilleton de Dumas ou dans un reportage filmé.

La dimension documentaire est très présente ! Mordillat décortique les différentes étapes des fermetures d'entreprise : plan social, rachat par un firme étrangère, délocalisation.

Mais il n'oublie jamais la dimension romanesque d'une telle histoire : il entremêle le collectif et l'individuel en focalisant les répercussions de la crise sur un jeune couple d'ouvriers, Rudi et Dallas. Ce couple incarne les vivants qui lutteront jusqu'au bout. Mais autour de ce couple gravitent les morts (Lorquin, un vieil ouvrier qui ne comprend plus le monde dans lequel il vit), les collèges mais aussi la direction (Le personnage du directeur, Format, est un personnage tout en nuances, tragique).Chaque partie du roman (3 grandes) est centrée sur un des trois personnages principaux : Rudi, Lorquin, Dallas.

Modillat évite tout manichéisme en liant justement l'intime et le social : chaque personnage subit une crise intime. La crise sociale devient crise psychologique : problèmes de couples, réflexion sur les rêves d'une vie....Les intrigues amoureuses sont très présentes évitant au roman de devenir un récit à thèse.

Car c'est bien la vraie vie qui domine dans cette fresque. Ca remue, ça mugit, ça frémit. La dernière partie est de ce point de vue magistrale, prend des allures de Germinal du XXIe siècle. L'action prédomine, la révolte du peuple prend des allures de thriller...

Mais je n'en dit pas plus. Mordillat renoue avec la grande tradition du roman populaire, simple et vivant. Saluons l'exploit.

par Sylvie publié dans : Littérature française contemporaine
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Dimanche 13 avril 2008

Editions de Minuit, 1999

Cinéma

Décidément, en ce moment, j'ai des actions aux Editions de Minuit ! Ces derniers jours, j'ai lu 2 Echenoz et deux Viel car j'ai eu l'occasion de rencontrer Tanguy Viel qui nous a expliqué sa "filiation intellectuelle" ainsi que sa conception de la littérature ; pour lui, la littérature contemporaine française doit renouer avec le réel, essayer de le transcrire le plus fidèlement possible.

C'est pourquoi sa "matière fictionnelle"fait énormément référence au cinéma, par exemple, à quelque chose que le lecteur connaît ; il ne recherche pas une intrigue brillante mais au contraire une forme originale.

Pour déguster Cinéma,il faut bien sûr avoir vu le dernier film de Joseph Mankiewicz, Le limier, l'un des chefs d'oeuvre du cinéma mondial, un jeu de dupe entre un mari trompé et l'amant de sa femme, une merveille de surprises et de rebondissements sans oublier la magie absolue de la mise en scène.

Cinéma est en fait le commentaire intégral du Limier par un "fou du Limier" : ce dernier l'a vu des centaines de fois, a noté ses sensations dans un carnet et choisit ses amis en fonction de leur avis sur le film. Lorsqu'il se fait un nouvel ami, il lui fait regarder le film et décide de l'avenir de leur amitié en fonction de son avis !

Il considère petit à petit le film comme une personne à part entère qu'il faut honorer, respecter.

Je pense que ce roman est assez significatif d'un courant de la littérature contemporaine française ; une voix ne cesse de parler au lecteur, à la limite de la folie ; c'est par exemple le cas de Lydie Salvayre. On suit un discours à la fois très raisonné et insensé sur plus de 100 pages et c'est très jouissif.

Si vous n'avez pas vu le film, surtout, regardez-le avant ! On peut se dire que ce récit est vain, prétentieux, réservé à une élite de cinéphiles. Je ne pense pas que c'est le but de Tanguy Viel. J'ai éprouvé du plaisir non en lisant les commentaires du film mais en me remémorant ce magnifique film et en m'attachant à ce personnage fou furieux de ce film.

En conclusion, un hommage déjanté à la cinéphilie la plus folle.

par Sylvie publié dans : Littérature française contemporaine
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Jeudi 10 avril 2008

Editions de Minuit, 2006

Ravel



Je continue donc mon exploration d'Echenoz, revigorée par la récente lecture de Nous trois. Et je suis enthousiaste, c'est le moins qu'on puisse dire...

On sait que la "fiction biographique" est à la mode depuis plusieurs années ; nous avons eu la vie de Courbet pendant la Commune dans Le grand soirde François Dupeyron ou encore la vie du frère de Rousseau dans Fils uniquede Stéphane Audeguy

Ici on abandonne tout classicisme en découvrant une fiction très inattendue, loin de tout académisme. En effet, dès la première page, Ravel (sans étant cité) sort de son bain, s'habille et l'on apprend de manière très abrupte qu'il va mourir dans 10 ans très exactement.

Echenoz se libère d'une éloge du grand musicien et de l'élaboration du Bolero (qui devient une anecdote dans le roman) pour dépeindre un Ravel de la vie quotidienne, maniaque, très dandy (il collectionne les costumes et les paires de chaussures), sujet à l'ennui, à la neurasthénie, à l'insomnie qui va s'éteindre peu à peu d'une maladie dégénérative. Très peu d'événements pour saisir une grand personnage ; tout est dans la vie quotidienne la plus banale : l'habillage, le repas, le sommeil

Tout est écrit d'une manière très ironique comme toujours chez Echenoz. Alors qu'une s'agit d'une fiction très documentée nous apprenant beaucoup de choses sur la personnalité inconnue de Ravel, nous avons l'impression qu'il s'agit d'un pur divertissement. Echenoz nous promène, nous amuse...

Le grand musicien nous est présenté un peu comme une marionnette antipathique qui en fait baver à tout son entourage. On croit que c'est anodin, anecdotique et pourtant, c'est tragique puisqu'il s'agit de déchéance. Mais tout est traité au second degré. Et tout d'un coup, nous avons une phrase très brève qui nous ramène à la dure réalité, sans pathos.

Décidément, Echenoz est vraiment une voix très particulière dans la littérature contemporaine...

Les premières phrases (décidément pas classique !)

On s'en veut quelquefois de sortir de son bain. D'abord il est dommage d'abandonner l'eau tiède et savonneuse, où les cheveux perdus enlacent des bulles parmi les cellules de peau frictionnée, pour l'ai brutal d'une maison mal chauffée. Ensuite, pour peu qu'on soit de petite taille et que soit élevé le bord de cette baignoire montée sur pieds de griffon, c'est toujours une affaire de l'enjamber pour aller chercher, d'un orteil hésitant, le carreau dérapant de la salle de bain. Il convient de procéder avec prudence pour ne pas se heurter l'entrejambe ni risquer en glissant de faire une mauvaise chute"

par Sylvie publié dans : Littérature française contemporaine
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Mardi 8 avril 2008

Editions de Minuit, 2001

L'absolue perfection du crime

Tanguy Viel, 35 ans, est l'un des auteurs les plus prometteurs de sa génération. Il s'est fait connaître du grand public avec ce roman, inspiré des scènes typiques de polars et de séries B. Bien que ce titre soit rondement bien mené et très bien écrit, j'ai été très peu sensible au scénario. (Insoupçonnable, son dernier roman, est du point de vue du scénario beaucoup plus ambitieux et original).

L'absolue perfection du crime est en fait un pur exercice de style qui reprend tous les poncifs du polar : une bande de mafieux du sud de la France décide de braquer un casino. On assiste à la préparation du casse, à l'apéro avant le grand coup puis à la trahison et à la vengeance.

 Donc, pas de grandes surprises mais des scènes de genre parfaites, écrits comme de longs plans séquences, les paragraphes sont écrits dans un style très visuel.On retiendra le vol de billets en montgolfière !

Les personnages, tous des anti-héros, sont très touchants. Surtout, la construction du roman est menée d'une main de maître : 3 parties pour 3 étapes, des plus épurées possibles. L'action prédomine, séquencée par différentes étapes tout aussi nécessaires les unes que les autres.

Exercice de style donc mais aucunement un scénario très original !

par Sylvie publié dans : Littérature française contemporaine
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