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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 12:28

RECIT DE VOYAGE (1943-1945)

La voie cruelle

Editions Petite Bibliothèque Payot, Voyageurs

La voie cruelle est un récit de voyage majeur qui met en scène deux grandes voyageuses mythiques du XXe siècle : l'auteur, Ella Maillart, sportive, photographe et journaliste et sa compatriote suisse, Annemarie Schwarzenbach, écrivain, journaliste, archéologue, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale en 1949 (voir sur le blog, Hiver au Proche-Orient)

L'une est robuste, recherche la sérénité, la paix intérieure ; l'autre, Annemarie Schwarzenbach, a choisi la voie cruelle décrite par Thomas Mann dans La montagne magique: "
La vie peut s'accomplir sur deux chemins; l'un est ordinaire, simple et direct. L'autre est pénible, il conduit au-delà de la mort, et c'est la voie géniale" La souffrance de Christina était-elle miraculeuse au point de mener au-delà de l'intellect, quoique combiné par lui? Je n'étais sure que d'une chose : elle était dans l'erreur lorsqu'elle s'identifiait à un être obsédé par la crainte".

A bord d'une Ford, elles vont parcourir ensemble la route de la Suisse vers l'Afghanistan. Eilla Maillart cherche à aider sa compatriote, à lui faire oublier la drogue et son éternelle souffrance ; à rechercher son "centre" (Emerson), son âme, son identité.
Mais à l'issue du voyage à Kaboul, leur chemin se séparera : Ella, désintéressée par l'engagement dans la guerre, préférera restée en Inde ; Christina (le pseudonyme de Annemarie dans le livre) repartira en Suisse pour s'engager. Deux ans plus tard, Ella reçoit une lettre (Christina est morte à 36 ans d'une hémorragie cérébrale suite à chute de vélo.

Elle se met à écrire le récit de leur périple : livre hommage, aventure intérieure et formidable panorama de l'Asie centrale dans les année 30, qui commence à être dénaturée par l'occidentalisation forcée des dirigeants iraniens et afghans. Les portes d'entrée sont multiples...

Un seul regret : une écriture souvent fourmillant de détails, beaucoup moins lyrique et poétique que celle de sa consoeur Annemarie. Il est souvent difficile suivre même si elle s'efforce de décrire la magie des paysages ; mais le texte est beaucoup moins littéraire qu'il pourrait être.

Le récit montre toute sa richesse lorsque Ella Maillart nous livre le fonds de sa pensée : tout d'abord, son combat acharné pour sauver sa consoeur des affres de la souffrance ; le cri d'Annemarie : "Laissez-moi souffrir" ; une très belle amitié qui va au delà du raisonnable ; "vous m'étonnez, je ne comprends pas comment vous m'aimez ...je ne sais pas..Je vois très clairement quelque chose de grand en vous"

Il s'agit avant tout d'un voyage intérieur, d'une quête initiatique, de comprendre que la vraie vie est en nous, dans notre identité et non dans les affres du monde extérieur.

"
Je sais que mes difficultés de maladies, tristesse, catastrophes et vie gâchée vous ont tourmentée tandis qu'elle me tuaient presque. Il est curieux qu'il m'ait fallu cette double expérience, ;la réclusion et la révolte psychologique parce que je me croyais victime d'un amour sans solution, et que tout mon espoir était de pouvoir partir pour la guerre (sacrifice que je croyais juste et noble, ma contribution à cette réalité en dehors de nous), pour que je comprenne que nos relations avec le monde doivent s'établir dans un domaine infiniment plus vrai, invulnérable, qui est celui de l'âme..Malgré sa bonne ou mauvaise fortune extérieure, notre âme reste pure, et de même le meilleur de notre volonté et de notre foi...

Tout ce qui me restait à faire, c'était donc de trouver le moyen de ne pas être blessée par cette puissance hasardeuse du monde extérieur. Car si je peux être tuée par les hommes comme par la faim ou par une pierre, cela ne touche quand même pas à ce que je porte en moi d'éternel. Et nous sommes quand même nés libres, en dehors de toute loi de ce monde"

Très intéressant également, d'un point de vue historique, l'analyse faite de l'occidentalisation forcée des années 30 en Iran et en Afghanistan, voulue par les gouvernements autocratiques. Ainsi, Maillart s'insurge contre les transformations des paysans afghans en ouvriers d'usine, soumis à l'industrialisation et à la machinisation, conçue par l'Occident comme la seule voix au progrès. Le récit prend alors des allures de pamphlet polémique lorsque l'écrivain en va même à s'insurger contre la scolarisation en masse ; reprenant les propos de Tolstoï dans Guerre et paix, elle fustige les vanités du savoir : "
Avec le développement de l'éducation, nos idées vont continuer à se répandre. Cela viendra en aide au jeune homme qui veut devenir indépendant. Mais notre éducation est une dangereuse émancipatrice : elle divise, elle enseigne la critique et le jeune homme croira en savoir suffisamment pour juger. il augmentera les rangs de petits Prométhée, il se sentira bientôt isolé et se débattra sans une solitude inéluctable"

Eilla Maillart se fait le chantre du pastoralisme afghan, de la richesse et de la paix intérieure , qu'elle recherche justement dans ces contrées encore épargnées par le matérialisme. Son but est de fuir cette Europe malade de sa richesse, qui s'enfonce dans la guerre. C'est pourquoi elle choisit délibérément de ne pas retourner dans la poudrière européenne de 1940 et de rester en Inde pour trouver sa véritable voix intérieure.

Enfin, ce récit de voyage est une belle apologie de l'Afghanistan, ce pays farouche et fier, qui a repoussé de multiples invasions. point culminant du récit, la visite des monastères bouddhistes et des statues de Bamiyan, ces bouddhas mitraillés par les Talibans en 2001. On y admire un pays calme et fier de ses richesses architecturale, berceau de l'expansion du bouddhisme, conquis par les musulmans au IXe siècle après deux cents ans d'échec...Immersion dans un pays, à mille lieux de l'image véhiculée par les médias...

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commentaires

Zoé des Zibelines 13/03/2010 12:29


Merci pour cette découverte. Cette note et les extraits choisis me donnent vraiment envie de lire ce récit de voyage...