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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 20:10

Editions Gallimard, 1966

Thérèse et Isabelle

Voici l’un des textes fondateurs de la littérature féminine de la seconde moitié du vingtième siècle. Violette Leduc, souvent considérée comme le « Jean Genet » au féminin, figure maudite des lettres contemporaines, est encouragée à écrire par son amie Simone de Beauvoir qui l’aidera plus tard à la faire éditer. Elle préfacera d’ailleurs son plus célèbre titre, La bâtarde en 1965.

 

Thèrèse et Isabelle est en fait le premier chapitre de son premier roman Ravages édité en 1955. Mais ce texte fut censuré à l’époque par Gallimard pour évoquer de façon scandaleuse la sexualité lesbienne de deux adolescentes.

 

Ce n’est après le succès de La Bâtarde en 1965, dix ans plus tard, que Thérèse et Isabelle est publié. Elle intégrera d’ailleurs une partie du récit dans La bâtarde. Mais il faut quand même attendre 2000 pour que ce texte soit publié dans son intégralité !

L’intrigue est on ne peut plus simple : nous sommes dans un pensionnat de jeunes filles dans les années 50. La mère de Thérèse vient de se remarier et met sa fille en pension. Thérèse découvre la promiscuité des dortoirs. A côté d’elle, dort Isabelle, 18 ans. Elles vont vivre ensemble une expérience passionnelle….

 

Il est vrai qu’en 1955, la description si fine de la sexualité a dû bouleverser le monde de l’édition ! Mais lorsque nous le lisons aujourd’hui, nous ne ressentons à aucun moment une quelconque vulgarité dans le texte. Bien au contraire, Violette Leduc érige le sexe en poème. Les images, les métaphores sont vraiment de toute beauté : elles évoquent le monde de la nature et le champ lexical de la divinité. Le corps féminin devient un poème en prose. Inutile de disserter plus longtemps ! Laissons la parole à Violette Leduc !

 

Le corps de Thérèse

 

«  Que ne puis-je me reproduire mille fois et lui donner mille Thérèse. Je ne suis que moi-même. C’est trop peu. Je ne suis pas une forêt. Un brin de paille dans mes cheveux, un confetti dans les plis de mon tablier, une coccinelle entre mes doigts, un duvet dans mon cou, une cicatrice à la joue m’étofferait. Pourquoi ne suis-je pas la chevelure du saule pour sa main qui caresse mes cheveux »

 

 

La caresse

 

« La main déshabilla mon bras, s’arrêta près de la veine, autour de la saignée, forniqua dans les desseins, descendit jusqu’au poignet, jusqu’au bout des ongles, rhabilla mon bras avec un long gant suédé. …..La main se promenait sur le babillage des buissons blancs, sur les derniers frimas des prairies, sur l’empois des premiers bourgeons. Le printemps qui avait pépié d’impatience dans ma peau éclatait en lignes, en courbes, en rondeurs. Isabelle allongée sur la nuit enrubannait mes pieds, déroulait la bandelette du trouble… La pieuvre dans mes entrailles frémissait, Isabelle buvait au sein droit, au sein gauche. Je buvais avec elle, je m’allaitais de ténèbres quand sa bouche s’éloignait…..

 

Je conduisis la main jusqu’aux larmes rares de la joie. Sa joue hiverna au creux de l’aine. Je braquai ma lampe de poche, je vis ses cheveux répandus, je vis mon ventre pleuvant la soie…. »

 

 

La défloration

 

« Le doigt royal et diplomate avançait, reculait, m’étouffait, commençait à entrer, vexait la pieuvre dans mes entrailles, crevait le nuage sournois, s’arrêtait, repartait, attendait près des viscères. Je serrais, j’enfermais la chair de ma chair, sa moelle et sa vertèbre. Je me dressai, je retombai. Le doigt qui n’avait pas été blessant , le doigt venu en reconnaissance sortait. La chair le dégantait »

 

 

L’union

 

La chair polissait mon doigt et mon doigt polissait la chair d’Isabelle. Le mouvement se fit sans nous : nos doigts rêvaient. J’assouplis les trépassés, je fus ointe jusqu’aux os avec les huiles païennes…..

 

Infiltrations de langueur, lézarde de délices, marécages de sournoiserie. Les feuilles de lilas déroulaient leurs douceurs, le printemps se mettait à l’agonie, la poussière des morts dansait dans ma lumière. …

 

Je me détachais de mon squelette. Je flottais sur ma poussière….Nous avons oublié notre doigt dans l’ancien monde, nous avons été béantes de lumière, nous avons eu une irruption de félicité. Nos jambes broyées de délices, nos entrailles illuminées…

 

Le voile m’effleura sous la plante du pied, le doigt tourna dans du soleil blanc, une flamme de velours se tordit dans mes jambes. Venu de loin, le voile s’en alla plus loin. Marcher sur les flots…Je sais ce que cela veut dire sur le fleuve de mes cuisses. J’avais été frôlée par l’écharpe de la folie qui ne s’arrête nulle part, j’avais été broyée autant que caressée par une crampe de plaisir.

 

Repos, divin couvre-feu. La même mort dans l’âme et dans le corps. Oui, mais la mort avec une cithare, avec une praline dans le crâne. Notre silence : le silence pervenche des cartes du ciel. Nos étoiles sous nos paupières : des petites croix.

 

Je portais l’enfant le plus ressemblant qu’elle pût me donner d’elle : je portais l’enfant de sa présence.

 

…Elle m’a donné le bras et nous nous sommes promenés entre la Petite Ourse et la Grande Ourse sur la carte du ciel »

 

Bonne lecture d’un auteur encore trop méconnu….

 

 

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