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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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11 novembre 2006 6 11 /11 /novembre /2006 10:03

Editions L’esprit des péninsules, 2006

Pierre Jourde est à la fois un critique acerbe (La littérature sans estomac,  son essai contre les principaux auteurs contemporains français, avait fait couler beaucoup d’encre) et un écrivain enchanteur. Son troisième roman, après Pays perdu et Festins secrets est un petit bijou d’émotion à déguster sans modération.

 

Avec ce livre, il se place d’emblée comme l’héritier des écrivains qu’il admire, Marcel Proust et Gérard de Nerval ; car il s’agit de retrouver Sylvie, une femme sublime, une silhouette évanescente, une petite fille dont il était tombé amoureux lors de vacances d’été dans une village balnéaire prénommé Saint-Savin. Et pour retrouver Sylvie, il faut retourner dans le paradis de l’enfance à la recherche du temps perdu….

 

Le narrateur est un jeune médecin de 26 ans, poète à ses heures, et attiré par le monde de l’imagination et de la poésie. Un soir, en compagnie de Denise, sa compagne d’alors, ils décident tous deux d’aller en voiture voir la mer, à Saint-Savin. Sur le chemin, l’ombre et la forêt font naître les souvenirs et les confessions ; pour Denise, Saint-Savin lui évoque une petite fille qu’elle a connue il y a quelques années alors qu’elle était encore médecin : cette dernière vivait toute seule dans une grande maison avec son père sujet à de mystérieuses hallucinations. En écoutant le récit de sa compagne, le narrateur compare la petite fille à celle qu’il a connue il y a des années et dont il était tombé amoureux : Sylvie. Cette dernière, se rappelle-t-il, avait un beau père qui avait également des hallucinations. Il n’en faut pas plus pour que le jeune homme revienne sur les pas de son enfance et veuille retrouver Sylvie, la femme idéale…

 

Ce magnifique roman se place d’emblée sous le signe du merveilleux, du rêve et du mystérieux. Dans une écriture magnifique et envoûtante, Jourde nous décrit des silhouettes féminines vaporeuses, fantomatiques, sorties directement des livres de contes. Il nous livre sa propension pour le monde du sommeil et des rêves. Mais la figure idéale demeure inaccessible et provoque une désillusion.  Car l’œuvre de Jourde est basée sur l’opposition de la lumière et de l’ombre, du songe et de la réalité. Il y a donc des passages qui touchent au sublime et d’autres au grotesque, à la bouffonnerie. Du côté de la magie, de l’image d’Épinal, on retiendra les magnifiques attentes dans le buisson de la vieille maison mystérieuse, quêtant l’apparition de la femme idéale. Il y a aussi la poursuite malheureuse une soirée d’hiver  de la figure fantomatique. Ou encore la description magnifique de la grand-mère de Sylvie isolée dans sa maison, toute droit sortie d’un livre d’antan. Du côté du réel, de la désillusion, il faut placer toutes ces diatribes contre le monde tel qu’il est aujourd’hui (contre la bureaucratie, le journalisme etc…) ; on reconnaît ici le talent de polémiste de Jourde ; pour lui, le paradis est réellement derrière nous et impossible à rejoindre. Nous reste que le souvenir…

 

Le merveilleux, le lyrisme sont ponctués de scènes bouffonnes qui font parfois vraiment rire : l’amoureux transi attendant dans le buisson tombe soudain dans la gadoue ou rêve d’être une serviette de bain pour mieux enlacer Sylvie…

 

On retiendra également la construction extrêmement riche du roman : il s’agit d’un kaléidoscope de discours qui s’enchevêtrent et se rejoignent : celui de l’amoureux, celui de Denise et celui d’un ami. On n’est jamais loin d’une nouvelle révélation qui relance l’intrigue. D’autant plus que le narrateur adresse son discours à un destinataire inconnu dont on ne  saura l’identité qu’à la fin…

 

On l’aura compris, ce roman est un magnifique histoire d’amour au pays perdu de l’enfance. Il faut préciser que l’histoire se déroule sur à peu près soixante ans ; la fin n’est pas sans évoquer celle du magnifique Elisa de Jacques Chauviré.

 

C’est l’un des romans les plus riches et les plus beaux que j’ai lu depuis ces derniers mois. Beaucoup de thèmes sont convoqués : l’amour, le souvenir, l’enfance, la littérature et la poésie, la critique de la société contemporaine, la tentation du rêve, la schizophrénie …Pierre Jourde aurait largement mérité un Goncourt ou un Médicis. L’heure et l’ombre m’envoûtera encore longtemps.

 

Laissez-vous hypnotiser….

Pour découvrir les deux autres romans de Pierre Jourde, lisez les articles de Pays perdu et de Festins secrets...

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