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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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14 mai 2006 7 14 /05 /mai /2006 14:37

ETATS-UNIS

Editions Plon, "Feux croisés" de William Gaddis

William Gaddis (1922-1998) est l'un des auteurs américains majeurs de la deuxième moitié du 20e siècle. Il a écrit cinq romans en cinquante ans : Les Reconnaissances (1955), JR (1975) couronné par National Book Award, Gothique Charpentier (1985), Le Dernier Acte (1994) également distingué par le National Book Award et enfin Agonie d'Agapè , publié quatre ans après la mort de l'auteur. L'ensemble de ses romans fustige la société américaine.

Cette oeuvre est véritablement le chant du cygne de Gaddis : il s'agit du monologue, d'un pamphlet d'un homme rongé par la maladie, sur son lit d'hôpital, qui déverse toute sa haine sur nos sociétés modernes ; le vingtième siècle marquerait la mort de l'artiste à cause de la mécanisation et de la démocratisation des arts. Il prend pour point de départ l'invention du piano mécanique à la fin du XIXe siècle qui permet que chacun puisse jouer les oeuvres des grands musiciens. Le texte regorge d'allusions aux illustres prédécesseurs de Gaddis qui ont célébré ou fustigé l'artiste, de Platon à Nietzsche, en passant par Flaubert et Tolstoï. Le but du vieil homme est de publier un essai sur la mort de l'art mais il s'emmêle constamment dans ses dossiers posés sur son lit. A noter d'Agapè est le nom grec pour désigner l'amour désintéressé de tout bien terrestre. Nous sommes bien donc ici dans un discours conte tout matérialisme ....

Le texte vaut avant tout pour sa forme : le discours devient celui d'un fou furieux. Les phrases sont très longues, entrecoupées d'hésitations et de répétitions. D'incessantes digressions viennent perturber les propos du narrateur sur la mécanisation des arts : perte de sang, problèmes avec ses agrafes aux jambes, héritage de ses filles etc.... Le discours devient un flux continuel sans respiration.

Discours sensé d'un philosophe ? Monologue d'un pantin fou furieux? Oeuvre prétentieuse d'un dandy élitiste méprisant le peuple? Le lecteur est pris entre deux feux....

Certes, les propos de Gaddis ne sont pas révolutionnaires. Il prend pour point de départ le mépris de Platon pour les artistes qui, pour le grand philosophe grec, devaient être exclus de la cité pour exciter les désirs et les passions et éloigner le peuple de la raison. Il cite ensuite les célèbres propos de Nietzsche méprisant le "troupeau" et exaltant les vertus de l'artiste solitaire. On retrouve les propos moins connus de Flaubert à Georges Sand : " Je crois que la foule, le troupeau sera toujours haïssable. Il n'y a d'important qu'un petit groupe d'esprits, toujours les mêmes, et qui se repassent le flambeau".

On connaît moins les propos de Tolstoï traitant de l'éducation du peuple, fustigés par Gaddis :"Peut-être qu'ils ne comprennent pas et ne veulent pas comprendre notre langage littéraire parce qu'il ne leur convient pas et qu'ils sont en train d'inventer leur propre littérature".

On l'aura compris, Gaddis est contre la démocratisation des arts et plus encore contre la société américaine pour qui "Mona Lisa et La Cène sont devenus de l'art de calendrier à suspendre au-dessus de l'évier de la cuisine".

Le lecteur est partagé entre l'admiration et le mépris ou la moquerie. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il ne peut tomber qu'en admiration devant le style inimitable de Gaddis , cette prose incendiaire, démente, qui vous sert les tripes :

Voici les premières lignes :

"Non mais ce qui se passe c'est que je dois expliquer tout ça parce que je ne , nous ne savons pas combien de temps il reste et je dois travailler sur le, finir ce travail pendant que je, bon, j'ai apporté toute cette pile de livres ces notes ces pages ces coupures et Dieu sait quoi, tout trier et organiser pour le jour où je répartirai ces biens et les affaires et les soucis qui vont avec pendant qu'ils me gardent ici pour que je me fasse charcuter et écorcher et poser des agrafes et charcuter encore cette mauvaise jambe regardrez-moi ça, couverte d'agrafes comme la vieille armure japonaise dans la salle à manger comme si on me démontait morceau par morceau, maisons, cottages, étables, vergers et toutes les satanées décisions et distractions j'ai les documents les levés les actes et tout le reste ici quelque part dans cette masse, y mettre de l'ordre avant que tout s'effondre et que tout soit englouti par les avocats et les impôts comme tout le reste parce que c'est de ça qu'il s'agit , c'est là dessus que porte mon travail, l'effondrement de tout, du sens, du langage, des valeurs, de l'art, le désordre et la confusion partout où vous regardez, l'entropie qui submerge toutes choses visibles, le divertissement et la technologie et tous les mômes de quatre ans avec leur ordinateur, chacun son propre artiste d'où ça vient tout ça, le système binaire et l'ordinateur, d'où ça vient la technologie, vous comprenez ? "

Le tout en une seule phrase ! Chapeau ! Difficile à lire mais cela en vaut la chandelle ....

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commentaires

Sophie 20/05/2006 23:32

J'ai lu Gothique Charpentier; c'est extrêmement spécial et difficile à lire. Mais la seconde moitié m'a toutefois interpellée car il dénonçait à travers ses personnages les dérives financières, la façon qu'ont les Etats-Unis (et les autres) de considérer l'Afrique.
Mais j'avoue que j'ai ramé pour terminer ce livre.