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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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10 mai 2006 3 10 /05 /mai /2006 22:44

ESPAGNE -Pièce de théâtre parue en 1499

Editions Fayard, 2006

La Célestine est l'oeuvre espagnole la plus traduite au monde après le Don Quichotte de Cervantès. Beaucoup moins connue que ce dernier, elle a pourtant eu un rôle primordial dans la littérature mondiale. Lope de Vega, Cervantès et Shakespeare doivent beaucoup à ce petit chef d'oeuvre...

Sa folle passion pour Mélibée, fille d'un riche marchand, amène le jeune et noble Calixte à briser toutes les barrières et à forger une alliance avec une vieille entremetteuse, Célestine, qui, en amour, sait plier les volontés rebelles.

Guidée par le seul intérêt et aidée par les deux serviteurs de Calixte,  celle-ci parvient à s'attacher étroitement Mélibée, puis à faire naître chez elle un amour violent. Mais tout se terminera en tragédie: l'appât du gain entraînera le meurtre de l'entremetteuse par les deux serviteurs de Calixte. De même, l'amour enfin conquis se terminera en tragédie...On n'est pas loin des dénouements sanglants à la Shakespeare presque deux siècles plus tard....

Pourquoi cette pièce passionne-t-elle encore 500 ans après sa création? Il y a tout d'abord ces personnages merveilleux très pittoresques : la Célestine, tout d'abord, apparaît comme une mystérieuse sorcière qui prépare des onguents pour réparer la virginité des jeunes filles. Elle incarne la sorcellerie, l'impiété et l'appât du gain face à la pureté de l'amour absolu incarnée par le couple Calixte-Mélibée. A signaler que ce personnage hérétique a été incarné au théâtre par Jeanne Moreau en 1989.

Calixte et Mélibée font penser à ces jeunes héros romantiques du XIX e siècle qui incarne l'amour désintéressé et passionnel luttant contre un destin tragique.

La belle prose castillane décrit magnifiquement bien les sentiments des personnages. Enfin, l'auteur, fils de juifs convertis et juriste, nous livre un message irrévérencieux envers Dieu et la nature. La tirade finale de Pleberio, le père de Mélibée, est un pure chef d'oeuvre signifiant l'absurdité de toute vie humaine :

"o Monde, Monde ! On a écrit sur toi beaucoup de choses, on t'a voulu qualifier, on a beaucoup parlé par oui dire, moi, je dirais, par expérience, quelles sont tes fausses propriétés. Comme un qui n'a pas su vendre et acheter à la foire aux illusions , comme un qui n'a plus rien à perdre, comme un que ton commerce insupporte, comme un pauvre sur le chemin , qui, insoucieux des voleurs, chante à voix haute. J'ai cru dans mon jeune âge que tu étais régi par un ordre, maintenant, au su et au vu de tes félicités, tu m'apparais labyrinthe d'erreurs, désert épouvantable, repaire de fauves, divertissement d'hommes qui tournent en rond, lagune pleine de fange, taillis d'épines, champ de cailloux, pré vénéneux, verger sans fruits, fontaine qu'inquiétudes, rivière de larmes, océan de misère, fausse joie et vraie douleur. Monde faux qui nous appâte avec le plaisir et lorsque nous sommes en train d'y goûter découvre l'hameçon. Et nous ne pouvons pas fuir puisque tu as ferré notre volonté. Tu promets beaucoup, tu ne tiens rien. Et nous courons, insouciants, à travers les prés luxuriants de la luxure jusqu'à ce que tu découvres l'embuscade, quand il est trop tard pour reculer. A tous tu fais du mal et tu prétends que dans l'adversité il est bon d'avoir des compagnons d'infortune.

Emportés par la déraison d'aucuns t'ont appelé Dieu. Dieu tue ce qu'il a créé, toi ceux que tu as captivés. ...Ton feu est la foudre qui ne prévient jamais où elle va tomber. Et le bois qui alimente ta flamme , c'est l'âme et la vie des créatures humaines, chrétiens, juifs ou gentils..."

Un texte majeur certes très noir mais surtout très irrévérencieux magnifiant la liberté de l'écrivain au début du 16e siècle.

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commentaires

M


C'est absolument magnifique et étrangement moderne je trouve. Je découvre.



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