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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 14:46

Editions Seuile "Fiction et Cie", 2008

Genèse chronologie et genèse plateaux

"Genèse Chronologie et Genèse Plateaux"

Continuons notre exploration de la littérature française française dans sa manière d'interroger le réel grâce au langage.

Emmanuel Adely est connu pour sa prose ininterrompue, très répétitive, ses phrases très longues qui cherchent de toutes les manières à épuiser le réel, à dire les choses le plus "réellement" possible.

Dans son dernier roman, il s'interroge réellement sur la manière de dire le réel. On pourrait dire que Genèse est  une tentative expérimentale d'autobiographie., de dire sa naissance, son origine ; c'est une interrogation sur la manière de dire son origine. C'est un livre et son double : en effet, Adely propose deux récits, l'un qui commence classiquement au début. Puis on retourne le livre, et l'on découvre qu'il y a un autre récit à l'autre bout, après la quatrième de couverture.

Chaque récit propose à sa manière, le récit de la genèse de l'écrivain mais aussi du récit.
"Genèse chronologie" propose un récit très factuel, un carnet de bord très détaillé (jour, heure précise, déroulé systématique des différentes actions) de manière chronologique entre le 6 février et le 13 mars 2006 où l'auteur rencontre pour la première fois Jeanne, sa mère biologique et communique par mail avec Gilles, son père biologique.

Quant à"Genèse plateaux", il propose une multiplicité de réels, de genèses. Sous forme de fragments, Adely épuise les différentes possibilités d'origine. Il s'imagine le fils de Marcello Mastroianni et de Sophia Loren, le fils de loubards, d'un noble et d'une bonne etc....Il imagine ainsi les différentes rencontres entre ses parents potentiels. Lui endosse le rôle de l'enfant, il joue à être l'enfant. Il parle le langage de l'enfant qui découvre le monde.
Entre ces fragments,
des extraits de journaux des années 60, des publicités etc...

La grande question est : qu'est-ce qui est réel ? Comment le rendre ? On pourrait croire qu'un récit factuel des événements, très détaillé, minute par minute dit la vérité. Or, Adely affirme que dès qu'il y a mise en récit, il y a fiction ; le récit crée des personnages. De plus, la chronologie organise le réel, le structure alors qu'il est dans la simultanéité. "Chronologie" se termine par le mot fiction. Car finalement, dans ce récit, Adely opère la genèse d'un récit. Genèse d'Adely mais aussi de la fiction. Au contraire, "Plateaux", en épuisant toutes les possibilités imaginaires, se termine par le mot réel. Car tout n'est-il pas réel ?

Adely joue avec le réel et toutes les potentialités de la littérature. Il en ressort un récit à coup sûr expérimental mais tout à fait lisible. On appréciera dans Chronologie, l'énumération clinique de toutes les actions jusqu'à saturation,  y compris les courses, le prix des courses et les choses les plus insignifiantes. Chaque seconde, minute est décrite et ce dans une tentative d'épuisement du réel. On remarquera la référence à la communication virtuelle, à l'envoi des mails. A la fin, Jeanne et Gilles deviennent des personnages de Sims et le narrateur devient le personnage de Truman Show. Chronologie raconte elle-même la genèse de Plateaux car l'écrivain se rend compte que l'événementiel ne rend pas compte du réel.

Le lecteur, de part l'emploi des répétitions, des énumérations incessantes, se retrouve hypnotisé par une telle narration ; l'espace narratif est saturé, il n'y a aucun paragraphe, que de longues phrases ponctuées par des virgules, des mots répétés, scandés à chaque phrase. La narration est un perpétuel ressassement. Lorsque l'on rentre dans un tel livre, on en ressort pas !
Une langue dénuée de tout affect, qui refuse l'intime et la psychologie, et qui souhaite d'abord s'interroger sur elle-même.

Ou commence la fiction ? Ou s'arrête le réel ? Une question inépuisable...

Pour aller plus loin :

-Un entretien  d'Emmanuel Adely sur le site de L'Humanité

-
Une lecture de Genèse sur le site de Libération

Un extrait :

" De quelle ressemblance parle-t-on, de quelle histoire, mon histoire, quelle histoire, c'est quoi une histoire, est-ce que c'est intéressant de raconter une histoire. Je n'ai pas cessé, dans une grande tension, de penser à la façon de dire mon histoire, de leur dire mon histoire, de raconter mon histoire à Gilles et à jeanne, comment dire cette histoire sans faire de cette histoire une histoire bouleversante, dans quelle narration installer cette histoire, une histoire, n'importe quelle histoire, je n'ai pas réussi à m'endormir, comment dire une histoire quelle que soit cette histoire, quelle validité, quelle pertinence a-t-on à dire une histoire, dans quel ordre, par quelle hiérarchie, c'est quoi une histoire, c'est quoi un livre me disais-je, c'est quoi cet univers clos avec un début et une fin, c'est quoi ce cadre qui enferme une histoire et quelle langue utiliser pour raconter une histoire, la langue de Yourcenar ou la langue de Guyotat, est-ce qu'il n'y a pas de langue possible entre Yourcenar et Guyotat, entre Genet et Céline, entre Duras et Pennequin, Levé, Desbrusses, c'est quoi la narration, par où on commence, où est-ce que je commence un livre, comment on dit la profusion, le parallélisme des événements, leur succession parallèle, leur éclatement, leur simultanéité, les raccourcis temporels, l'absence inouïe du temps, j'ai douze ans, en même temps j'ai quarate-trois ans et j'ai cinq ans, j'ai dix ans, j'ai tous les âges, j'ai vingt ans, j'ai tous mes âges, ...."

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