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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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17 août 2008 7 17 /08 /août /2008 13:48

THOMAS MOFOLO

AFRIQUE DU SUD (Etat du Lesotho)-1925

Chaka_Mofolo.jpg

Editions Gallimard, "L'imaginaire", 1940
Préface de Jean-Marie Gustave Le Clézio

Voici un texte trop méconnu de langue africaine( le sesotho très exactement, l'une des nombreuses langues sud-africaines) ; Thomas Mofolo (1876-1948) fut élevé par des missionnaires français qui l'encouragèrent à écrire. Après avoir publié des opus imprégnés de foi chrétienne, il écrit en 1910 son texte le plus connu, Chaka, oeuvre très pessimiste sur le pouvoir et l'ambition. Les missionaires en retardèrent la publication jusqu'en 1925. Lassé de la mission, il devient propriétaire d'un comptoir commercial puis fermier. Il se fait expulser de ses terres par les blancs  puis meurt dans la misère.

Chaka est l'un des premiers romans écrit en langue africaine et le premier roman entièrement rédigé dans sa version originale en une langue africaine.C'est une véritable épopée qui nous conte l'ascension et le déclin du roi Chaka (1786-1828), le fondateur de l'Empire Zoulou ("le peuple du Ciel") en Afrique Australe. Mofolo mêle précision historique et folklore africain pour nous donner à entendre un merveilleux conte sur les affres de l'ambition. Nous assistons véritablement à la naissance d'un monde, d'un empire qui sème la terreur autour de lui pour asseoir sa domination.

Poème épique, chanson de geste, récit incantatoire, récit d'apprentissage : les portes d'entrée sont nombreuses ; histoire de magie et de sang, Chaka est une formidable leçon de culture africaine en même temps qu'une allégorie de la comédie humaine universelle : le récit d'une fulgurante ambition qui se brûle les ailes.

Tout commence par une histoire de succession ; un roi bantoue n'a que des filles comme héritières ; il organise une grande fête rassemblant les plus belles femmes ; il s'unit de façon illégitime à Nandi qui lui donne un fils, Chaka. Mais ses premières épouses lui donnent bientôt deux fils ; sous la pression populaire, le bon roi répudie Nandi et son fils...bien que Chaka ait été reconnu officielement comme digne succeceur de son père.
Bientôt, Chaka reçoit "l'onction" du Dieu Serpent qui lui prédit un avenir radieux. Sur le chemin de l'exil, un sorcier lui prépare une étrange mixture lui assurant le pouvoir....à condition qu'il ne cesse de faire verser du sang....

Et voila Chaka parti sur le sentier escarpé de la gloire ; il va certes fonder l'Empire Zoulou et unifier une partie de l'Afrique Australe mais aussi décimer les différentes ethnies et territoires. Cette épopée est une tragédie ; à partir du moment où Chaka a signé le pacte avec le sorcier, il ne peut reculer et est forcé d'obéir à son destin.

Mofolo mêle habilement l'individuel et le collectif ; la tragédie est aussi bien individuelle (Chaka verse le sang dans sa propre famille) que commune à tous les africains. Ce personnage nous fait ressentir crainte et pitié à la fois, telle la thérie d'Aristote ; c'est une brute sanguinaire en même temps qu'une victime de la magie noire.

Car, tout comme dans la tragédie grecque, les héros sont manipulés par des forces obscures ; en Grèce, c'était les bacchantes ou les érynies, les déesses de la vengeance qui manipulaient les ficelles. En Afrique, ce sont les sorciers et les féticheurs qui incarnent la transcendance, le destin contre lequel on ne peut lutter.

Un grand texte pour connaître une histoire méconnue de l'Afrique d'une qualité littéraire indéniable.


Pour approfondir, un site intéressant sur la littérature africaine :

http://www.iphri.net/?p=43

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commentaires

leunamme 01/09/2008 11:40

C'est vrai que ton commentaire donne envie.Ceci dit, petite précision : Le Lesotho est un état indépendant, il s'agit donc d'un écrivain du Lesotho et non d'Afrique du sud.Non mais ! De la précision , que diable !

Sylvie 01/09/2008 21:46


Ah, heureusement que t'es là quand même !


Gangoueus 29/08/2008 02:04

Très beau commentaire, chère Sylvie.A la lecture de ce roman, je me souviens la fascination pour un personnage hors du commun qui a construit sa conquête, repenser l'armée existante et assujetti de nombreux peuples et le désarroi quant à sa déchéance, sa folie.Il est intéressant que cette grande fresque ait été écrit  en sotho une langue africaine, un fait tellement rare dans la littérature subsaharéenne.