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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 09:44

gaAlexandre Vialatte (1901-1971)


Editions Gallimard, "L'imaginaire", 1928

Se disant lui-même "notoirement méconnu", Alexandre Vialatte fut à la fois romancier, traducteur et journaliste. C'est ainsi grâce à lui que Kafka fut traduit et découvert en France. Il traduisit également Nietzsche et Thomas Mann. Ce fin germaniste n'écrivit que 3 romans et fut chroniqueur de La montagne, le journal de l'Auvergne, sa région d'origine.

Son premier roman Battling le ténébreuxfut notamment remarqué par Malraux qui éprouva à sa lecture "le même ordre de plaisir qu'à celle de Nerval". Il est vrai que l'on retrouve "les ingrédients" nervaliens dans cette chronique dramatique de l'adolescence : une ambiance entre rêve et réalité, une femme inaccessible et des amours déçues...

L'intrigue se déroule au pays des amitiés et amours adolescentes. Le narrateur nous conte ses souvenirs dans un lycée d'Auvergne des années 30. Il y a Manuel, le romantique insolent qui n'hésite pas à démontrer la bêtise et l'outrecuidance des enseignants et Battling le ténébreux, un adolescent hypersensible à l'enfance malheureuse qui navigue entre rêves, dégoût de soi et recherche de la souffrance. Le quotidien du lycée et de ces deux amis va être bouleversé par l'arrivée dans la petite ville auvergnate d'une sculptrice allemande, Erna Schnorr, qui suscite dans le village de multiples ragots. Une artiste ne peut être qu'une croqueuse d'hommes dans un village de commerçants et fonctionnaires provinciaux...Mais justement, étant malade, elle est venue rechercher l'anonymat, la normalité, le réel...

Mais elle introduit un vent de fantaisie et de miracle lorsqu'elle apparaît dans le jardin en face de la cour de récréation...
Battling en tombe éperdument amoureux sans pour autant se déclarer. Il se complaît  dans une souffrance de désirs refoulés. Un jour, il apprend que Manuel a des rendez-vous secrets avec Erna. Une vengeance tragique est en marche...

Une intrigue somme toute classique : jalousie des amours adolescentes, amitié trahie...
Mais Vialatte nous raconte cela d'une manière magnifique et l'histoire prend la dimension d'un conte romantique tragique. L'auteur saisit les émotions, les hésitations des jeunes garçons à fleur de peau. La narration, basée sur les souvenirs d'enfance, ne fait que renforcer l'impression de nostalgie et de douleur.

Bien plus, c'est le description de l'environnement, des paysages, de l'atmosphère qui donne sa dimension poétique au texte. Souvent, Vialatte frise avec le fantastique, d'où la comparaison avec Gérard de Nerval. Tout n'est qu'apparition et rêve. L'auteur nous décrit souvent un campagne nocturne où s'éveillent des pantins désarticulés qui ressemblent aux professeurs du lycée. Finalement, Battling est lui-même une créature fantomatique ; son âme est contradictoire et obscure, sans-doute faite pour un autre monde...
Ce personnage ambivalent, cherchant sa propre souffrance et celle des autres, est profondément touchant. Une ode à l'enfance sacrifiée.

Je vous laisse découvrir quelques extraits :

" Dans un coin du préau, tout pâle, Battling, seul avec son coeur aux abois, ses complications et son épouvante que les paroles de ces chansons n'expliquaient pas, ressemblait à quelque gigantesque fleur lunaire éclose là pour donner un sens aigu à cette soirée terrestre ; sur l'air des accordéons de village, il s'évadait de plus en plus loin de ce monde de chanteuses perfides, de camarades envahissants et de poètes impassibles. n'y avait-il pas, quelque part, sur une route surnaturelle, près d'un tournant dans les sapins, au bord des prairies, un bal rustique où l'on entendait monter ces valses comme un souvenir de la terre, sur une montagne en dehors du temps ? Mais où trouver la clef du domaine? "

"Ce ne fut que vers onze heures que le délire de Battling commença vraiment. il le cueillit au seuil de la rue des Merveilles, l'étrange rue du livre d'images qu'avait donné l'homme au melon gris...Battling descendit sur l'aile du vent la rue pleine de marchants turcs et de lanternes vénitiennes ; vous savez bien, cette rue bizarre où Erna Schnorr vend des morues sèches et des billes d'agate chez un petit épicier méfiant, la rue grasse, pesante et noire, où l'on glisse, de boîte en boîte, en passant par l'Alhambra, de Victor Hugo, qui jongle avec des poids de fonte, et le Petit Panthéon de Céline -qui nettoie les vieux fusils - vers l'Agence Cook des départs définitifs : le principal, derrière un guichet, vous y délivre un ticket jaune pour un voyage plus étrange que tous ceux du marin Sindbad, et les professeurs du collège, alignés au garde à vous sur la jetée, sonnent du clairon sous la lune quand le Mexico met à la voile dans la nuit pleine de feux follets".

 

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commentaires

Thierry B 01/02/2009 11:19

Après Vesaas, je découvre que vous parlez aussi de Vialatte, plus connu pour ses chroniques que pour ses romans. Je n'ai pas lu "Battling...", mais son thème semble rejoindre celui de "les enfants du Congo" (également réédité dans la collection "l'imaginaire"), un roman vraiment fascinant, qu'il faut lire absolument.

François 13/08/2008 11:11

Bonjour,Admirateurs de Vialatte, Pierre Desproges, Philippe Meyer l'ont souvent rappelé à notre souvenir. Personnellement, le "prince des chroniqueurs", Alexandre Vialatte, m'a surtout séduit pour être un témoin – décalé – de son époque ; et la lecture de ses chroniques, mêlant érudition, curiosité de tout et humour nous donne un éclairage sur la vie et la pensée des années vingt à soixante. On en tire particulièrement un enseignement sur ce qui s'est passé dans l'entre-deux guerres en Allemagne, alors qu'il écrivait pour la Revue rhénane.C'est un réel plaisir que de lire et relire Vialatte, tant pour son style que pour sa façon de débusquer la sottise. Je m'en régale régulièremement.L'homme moderne (qui inclut également la femme), le Parisien mal dégrossi et l'Auvergnat avisé, noteront pour leur profit intellectuel que Vialatte était l'ami et l'admirateur d'un autre Auvergnat, Henri Pourrat, conteur et écrivain assez méconnu aujourd'hui, lui aussi.Bonnes lectures. François.

solko 29/07/2008 16:13

Et puis les deux volumes des Chroniques de la Montagne, chez Bouquins. Bien à vous.

leunamme 28/07/2008 14:16

Sous l'émotion de voir que tu as choisi un de mes compatriotes, je n'aurais qu'une chose à dire : vive l'Auvergne !

Sylvie 28/07/2008 14:34


Effectivement, j'ai pensé à toi quand j'ai écrit cet article !