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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Jeudi 30 novembre 2006

LITTERATURE FRANCOPHONE - CONGO

Prix Renaudot 2006

Ca y est, j'ai enfin lu le dernier Mabanckou ! J'avais beaucoup aimé son premier roman African Psycho. J'ai littéralement dévoré celui-ci ! On retrouve son humour et beaucoup d'originalité.

Le personnage qui narre l'histoire est donc un porc-épic qui nous raconte sa vie de "double nuisible" d'un homme dans un village africain. Car en Afrique, les hommes peuvent avoir soit un double bienfaiteur (notre ange gardien occidental), soit un petit animal pernicieux qui peut faire le mal ; on entre alors en contact avec lui grâce à une sorte de boisson chamanique.

Et voici donc notre porc-épic qui va lancer des pernicieuses épines vers les ennemis de Papa Kibandi. Mais voici que notre héros de porc-épic nous raconte son histoire après la mort de son maître. Que s'est-il donc passé? C'est ce que va nous raconter notre personnage....

Mabanckou mêle savamment la culture occidentale ( recours à la fable : un animal humanisé juge l'action des hommes, références littéraires) et les coutumes africaines qu'il traite avec humour (la scène de l'enterrement où le mort désigne son assassin en faisant bouger le cercueil est hilarante !).

Le récit est une réécriture de la fable de La Fontaine, Le rat des villes et le rat des champs : un animal quitte son champ car il a envie de découvrir le monde des hommes. D'abord subjugué par cette société, il sera amené à revenir sur ses premières convictions.

Le style peut certes déconcerter (je pense notamment à Anne-Sophie ! (www.lalettrine.com)  : il n'y a aucun point et la ponctuation n'est assurée que par des virgules ! En ce qui me concerne, j'ai été charmée par ce rythme mélodieux de la phrase. Il y a des poses et cette écriture n'a rien à voir avec un essai expérimental !

Ce livre se dévore en une journée ...vous l'aurez compris, je suis fan de Mabanckou ! Il y a tellement peu d'humour dans la littérature contemporaine ! Son style me fait un peu penser au style d'Eric Chevillard qui pour moi est le meilleur romancier satirique français.

par Sylvie publié dans : Littérature africaine
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Lundi 27 novembre 2006

ARGENTINE

Editions Christian Bourgois, 2006

Alan Pauls est un écrivain argentin né en 1959. Professeur de théorie littéraire, on lui doit notamment une étude sur le grand Borges (Le facteur Borges). On reconnaît l'influence de la littérature sud-américaine dans ce récit grâce à la présence de la fantaisie et du rêve.

Si vous n'avez pas peur de vous perdre dans les méandres d'une narration hallucinatoire, ce récit est pour vous !

Il s'agit de l'histoire d'un jeune écrivain argentin invité dans un salon littéraire à Saint-Nazaire. Ses vacances européennes vont se transformer en un véritable cauchemar. Le fantastique s'installe lorsque le pauvre écrivain s'aperçoit qu'un étrange kyste est en train de pousser sur sa nuque ; l'excroissance grandit et se transforme en une petite éperon bien aiguisé. Inquiet, l'argentin exilé consulte une homéopathe qui lui délivre une étrange pommade. Sa femme, en lui "goûtant" la nuque, découvre que cette pommade a un goût de wasabi, la célèbre moutarde verte japonaise. Et en plus, ce wasabi a des vertus aphrodisiaques....

Entre deux, le narrateur doit faire publier son roman qui vient d'être traduit en français. Il contacte donc Bouthemy, son éditeur , qui lui conseille de demander une peinture  à un autre écrivain/peintre pour illustrer la couverture de son roman.

Et à partir de là, tout se gâte ! Selon le narrateur, Bouthemy est un imposteur. Jaloux de l'autre écrivain, le narrateur va chercher à le tuer ...Mais l'écrivain/peintre semble insaisissable ! Et voila le jeune écrivain parti pour Paris qui se fait attaquer par des irlandais et qui sombre peu à peu dans la mendicité....Et l'excroissance de la nuque grossit de plus en plus...

Voici un échantillon de toutes les péripéties du roman ! On évolue de plus en plus vers un récit hallucinatoire où il est impossible de distinguer la réalité du rêve. Est-ce la pommade au goût de wasabi qui provoque le délire de l'écrivain? Nous ne le saurons jamais car ce n'est pas le but de l'auteur. Il nous fait voyager avec le plus grand plaisir au royaume de l'insolite.

Un petit récit bien réjouissant qui nous fait penser aussi bien aux récits de Borges qu'aux textes de Kafka.

par Sylvie publié dans : Littérature sud-américaine
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Dimanche 26 novembre 2006

URUGUAY - 1939 et 1954

Juan-Carlos Onetti - Le puit / Les adieux

Juan Carlos Onetti (1909-1994) est considéré par Gabriel Garcia Marquez et Mario Vargas Llosa comme le grand initiateur de la littérature sud-américaine moderne. Beaucoup moins connu que l'argentin Borges, il a pourtant contribué à renouveler profondément le récit romanesque (c'était un grand admirateur de William Faulkner).

En quoi cette littérature est-elle moderne? Ses récits ne sont pas linéaires , ils ne racontent souvent pas d'histoires : c'est l'âme du narrateur qui parle ; le lecteur descend au fond du "puit" des personnages qui sont souvent des êtres solitaires, rempli de désillusions au coeur d'un univers urbain. C'est le vécu, le ressenti qui l'intéresse et non les événements. C'est en cela qu'il est l'héritier d'un Joyce ou d'un Faulkner. On peut aussi évoquer La nausée de Sartre pour le dégoût de l'existence.

Son personnage type est un être solitaire au coeur de la jungle urbaine qui s'est exilé volontairement de la société car celle-ci ne provoque qu'insatisfaction et dépit. Seule la puissance du rêve et de l'imagination peut sauver l'homme ; on retrouve là l'un des grands thèmes des grands auteurs latinos (le réalisme magique de Garcia Marquez ou Mario Vargas Llosa).

Nous en avons un échantillon très significatif dans Le puit, le premier roman d'Onetti. Il s'agit d'un récit à la première personne d'un homme de 40 ans qui se met à écrire ses souvenirs et ses rêves alors que la fête bat son plein au dehors. Il s'en prend à l'intelligentsia bien pensante et matérialiste et aussi à l'amour.

" L'amour était sorti de nous, comme un enfant. Nous le nourrissions, mais il avait sa vie à lui. Il était mieux qu'elle, beaucoup mieux que moi. ...L'amour est merveilleux et absurde. et, étrangement, il visite toutes les classes d'êtres. Mais les gens absurdes et merveilleux n'abondent pas. et ceux qui le sont, c'est pour peu de temps, quand il sont tout jeunes. Puis ils commencent à accepter et à se perdre"

Pour lui, seuls comptent les rêves qu'il inscrit sur le papier ; mais il reste un poète incompris. Il ya a toute une poésie sur l'univers de la nuit qui, elle seule, peut libérer l'homme.

Voici une très belle phrase :

"J'aurais aimé clouer la nuit sur du papier, comme un grand papillon nocturne. mais, plutôt, c'est elle qui m'a soulevé de ses eaux, comme le corps livide d'un mort, et qui me pousse, inexorablement, au milieu du froid et de l'écume vaporeuse, au devant d'elle.

Voila la nuit. Je vais m'étendre sur le lit, le corps refroidi, mort de fatigue, espérant pouvoir m'endormir avant que n'arrive le matin, sans plus aucune force pour attendre le corps humide de la jeune fille dans la vieille cabane en rondins."


Les adieux, le deuxième récit, est très mystérieux. Onetti fait preuve d'un grand talent de conteur pour présenter au lecteur des personnages vaporeux soumis à la vindicte populaire. L'histoire qui se passe dans un village perdu de montagne, nous est racontée par un tenancier de bistrot dont le regard est constamment attiré par un homme solitaire atteint de tuberculose.

Bientôt, les habitants du village "jasent" sur les deux femmes qui viennent lui rendre visite à tour de rôle. Les cancans vont bon train. L'identité des deux femmes (épouse? maîtresse?) ne nous sera révélée qu'à la fin. Onetti met en lumière la médiocrité de la société qui s'acharne sur un homme dont elle ne sait rien. L'auteur nous entraîne avec brio dans un labyrinthe de personnages mystérieux.

Un auteur bien méconnu qu'il convient de redécouvrir...

 

par Sylvie publié dans : Littérature sud-américaine
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Dimanche 26 novembre 2006

 

100 000 visiteurs...

Mon blog vient d'atteindre aujourd'hui les 100 000 visiteurs. Je ne sais pas qui est le cent millième visiteur, mais je remercie en tous cas tous mes lecteurs fidèles. ...

Je tiens tout d'abord à m'excuser car je ne prends pas souvent le temps d'aller voir les blogs de mes plus fidèles visiteurs !

J'ai ouvert ce blog il y a bientôt 1 an et demi ; et je ne pensais pas que j'allais me prendre si bien au jeu ! Je voulais surtout tenir un "journal de bord" de mes lectures (moi qui n'est pas une adepte des listes !). Et puis les commentaires sont arrivés, j'y ai pris goût et j'ai eu vraiment envie de communiquer mes coups de coeur !

Pour vous laisser la parole, je vous propose aujourd'hui de me conseiller vos coups de coeur...

Prochainement, j'ouvrirai une nouvelle rubrique : coup de projecteur sur un auteur

Si vous avez des suggestions à me faire parvenir pour faire évoluer mon blog, n'hésitez pas à vous manifester....

par Sylvie publié dans : Le monde littéraire
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Jeudi 23 novembre 2006

ETATS-UNIS

Titre paru en 1950

De Steinbeck, je vous avais déjà présenté le magnifique Des souris et des hommes, l'un des livres qui m'a le plus bouleversé dans ma vie. Dans ce livre moins connu, on y retrouve tous les ingrédients qui font la splendeur Des souris... : importance du rêve américain, désillusion et profond humanisme de l'auteur.

Steinbeck nous présente cette courte histoire comme un conte moral transmis de générations en générations chez les pécheurs mexicains. Et nous voici plongés dans l'histoire d'un couple de pauvres pécheurs mexicains qui vont découvrir les affres de la richesse.

Afin de trouver l'argent pour soigner leur fils, le petit Coyotito, qui vient d'être piqué par un scorpion, Kino et Juana décident de prendre leur petite barque pour partir à la recherche d'une belle perle. Ils en trouvent une magnifique...Kino voit dans la perle le miroir d'une richesse future. Bientôt, les passions se déchaînent ; le couple devra lutter contre la cupidité et la jalousie des autres et aussi contre ses propres démons.

Cette allégorie nous est livrée dans un récit très poétique qui repose sur toute la symbolique de la perle. Cette dernière émet une musique particulière : la chanson de la famille lorsque Kino aperçoit dans la perle un futur meilleur (l'école pour son fils, le départ vers la ville...); la chanson maléfique lorsque la perle éveille le mal dans le village.

On retiendra également les magnifiques descriptions des paysages marins sous la plume de l'écrivain.

Dès le début, nous savons que la perle va causer le malheur du couple. Le destin est en marche mais la lutte du couple est très belle. Steinbeck décrit magnifiquement les changements psychologiques dans l'âme de Kino qui est prêt à se transformer en meurtrier pour garder la perle magique.

Ce roman est d'une simplicité admirable mais toute la symbolique décrite autour de la perle nous hypnotise ; elle est à tour de rôle eldorado et folie meurtrière.

Steinbeck est le symbole de l'écrivain humaniste qui a décrit au plus près les affres de l'âme humaine : jalousie, cupidité mais aussi puissance du rêve.

Un récit qui donne envie de lire toute l'oeuvre de ce grand romancier américain...Peut-être le plus grand...en tous cas, celui que je préfère !

par Sylvie publié dans : Classiques français et étrangers
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Mardi 21 novembre 2006

Editions Gallimard, 1942

De Jean Meckert, je vous avais déjà fait découvrir deux titres : Je suis un monstre et Le boucher des hurlus. Fils d'un anarchiste, Meckert a créé une oeuvre magnifiant les petites gens; il a toujours mis en lumière la souffrance de la classe ouvrière ainsi que l'injustice de cette condition.

Les coups, son premier roman publié en 1942, a été notamment acclamé par Gide et Queneau. Il s'agit d'un beau roman écrit dans une langue populaire mêlant argot et expressions d'antan.

Le narrateur, Félix, un petit gars qui est manoeuvre dans un atelier de mécanique, nous raconte comment il en est venu à la violence conjugale. Le lecteur est donc dans la peau du mauvais rôle. Mais le but de Meckert n'est pas de dénoncer la violence et d'instaurer un monde manichéen entre bons et méchants. Il cherche surtout à comprendre pourquoi le jeune ouvrier en est arrivé là.

Il commence donc à décrire sa rencontre romantique avec la jeune Paulette, une collègue de travail. Puis il y a la rencontre avec la belle-famille qui veut se donner des airs de bourgeoisie. On veut sortir, aller à l'Opéra et bien s'habiller. Sauf que pour Félix, ça lui est égal d'imiter le bourgeois. Il déteste les faux semblants et les grands airs.

Et surtout, il y a cette difficulté à parler, à s'exprimer. Il ne sait pas dire de belles phrases pour expliquer s'il a aimé ou non un film. Il ne sait pas mettre des mots sur ses sentiments. Donc, lorsqu'il y a conflit, il tape. Les coups remplacent le langage.

Meckert décortique avec talent ce qui peut pousser à la violence. On ne peut qu'être ému par ce grand benêt qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Derrière les coups, se cache un amour profond pour sa femme.

L'auteur en profite pour épingler l'hypocrisie de la bourgeoisie pour qui l'intelligence repose sur un certain nombre de goûts et de conventions. Le petit monde bien pensant n'hésite pas à se moquer de Félix qui ne sait pas comment expliquer pourquoi il n'aime pas l'opéra.

Un roman tout en délicatesse dont la singulalité du thème gagne à être soulignée.

par Sylvie publié dans : Livres et auteurs à redécouvrir
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