ETATS-UNIS -1974
Editions Joelle Losfeld, 2007
Paula Fox, née en 1923, a commencé à écrire à 40 ans. Largement méconnue dans son pays et en Europe, elle a été redécouverte dans les années 90 par Jonathan Franzen,
l'écrivain branché des "Corrections". Elle est considérée aujourd'hui comme un écrivain majeur.L'éditeur Joelle Losfeld a entrepris de traduire l'ensemble des ses romans.
Auteur cosmopolite, partie de rien, orpheline, élevée par sa grand-mère, Paula Fox signe ici un roman largement autobiographique intéressant mais qui m'a moyennement
convaincu.
New York juste avant la Seconde Guerre Mondiale. Annie est une jeune femme de 18 ans, orpheline de mère et abandonnée par son père alcoolique. A gré des circonstances, elle rencontre des êtres
excentriques qui lui proposent de venir vers l'ouest, en Californie, pour tenter sa chance.
Sans aucune volonté propre, elle se laisse "emporter" d'autant plus qu'elle part rejoindre son ami, Walter Vogel, un marin des chantiers navals. Là bas, elle découvre les petits boulots, les
chambres sinistres et tout un tas de personnages pittoresques (scénaristes et artistes alcooliques, homosexuels, noirs, écrivains ratés) qui miroitent autour du mythique Hollywood mais pour qui
les belles villas et la célébrité ne sont que des rêves.
Elle va également découvrir les idéalistes communistes qui sont férus d'idéologie à l'époque de la Grande dépression.
Elle vogue au gré des rencontres sans trop se faire une opinion de ce qui l'entoure, sans trop d'ailleurs comprendre ce qui se passe.
L'héroïne me paraît donc bien transparente bien qu'elle prenne conscience qu'à la fin de son inaction ; elle décide donc de quitter l'Ouest.
Pas de véritable intrigue donc et une héroïne qui manque vraiment de caractère. C'est vraiment comme cela que je l'ai senti bien que la préface nous dise le contraire.
Intéressant tout de même ce portrait de l'envers du rêve américain et de la société américaine d'avant guerre.
Je suis désolée car Paula Fox bénéficie vraiment d'une bonne renommée ! Je pense quand même que j'essaierai de lire Le dieu des cauchemars ou La légende d'une servante.
Avez-vous lu ces titres ?
ETATS-UNIS, 1853

Editions Gallimard Folio
Cette petite nouvelle de 70 pages est assurément l'oeuvre la plus connue de Melville avec
Moby Dick. Elle n'en finit pas d'intriguer et a été notamment commentée par Gilles Deleuze. Elle est célèbre pour la réplique répétitive et énigmatique de Bartleby "I would prefer
not to" (je ne préférerais pas).
L'histoire nous est racontée par un notaire, un conseiller de la cour des comptes qui engage un nouveau scribe pour copier les actes. C'est le dénommé Bartleby. Celui-ci apparaît comme un
travailleur infatigable qui ne prend même pas de pause pour manger. Mais tout se gâte lorsque le narrateur, son chef, lui demande avec ses deux autres scribes de comparer les copies aux
originaux. C'est à ce moment là qu'il déclare "Je ne préférerais pas". Le narrateur, abasourdi, ne proteste pas malgré sa surprise et les remarques de ses collègues. A part copier, il se refuse à
toute autre action : manger, se promener, faire une course...
Quelle attitude adoptée face à ce phénomène ? Le narrateur est partagé entre l'énervement (qu'il ne veut pas montrer) et la charité, la pitié : car il découvre un jour que Bartleby a
véritablement élu domicile dans son bureau. Il s'y incruste alors que son patron lui a donné de l'argent pour qu'il parte. En vain bien sûr....Jusqu'au jour où Bartleby se refuse à écrire et
passe ses journées à méditer devant la fenêtre.
Le patron, bravé par son employé, mais n'osant pas appeler la police ni le faire quitter de force le bureau pour le brusquer (est-il vagabond ? On ne connait rien de son passé), préfère déguerpir
et changer de bureau ! Mais il sera malheureusement rattrapé par ce mystérieux personnage....
L'intérêt de cette nouvelle réside surtout sur la dialectique éternelle du maître et de l'esclave. Le notaire est abasourdi devant les refus de Bartleby, son employé. Mais ce dernier est si
vertueux, si appliqué qu'il ne peut laisser libre cours à sa colère. Il est plutôt tenté par la charité, tout en étant profondément déstabilisé et en étant obligé de changer ses
habitudes.
Alors que l'auteur ne dit rien sur le mystérieux Bartleby, ses motivations, son passé, il décrit avec maestria les hésitations, les remords, les décisions du notaire. Que faire face à l'absurde
?
Cette nouvelle, d'abord plutôt comique (le notaire fait au début le portrait de deux autres
scribes qui frisent la caricature) évolue vers le drame de l'humanité : je vous laisse découvrir les dernières lignes qui donnent un semblant de solution à l'attitude de Bartleby. Et si tout
n'était que vanité ?
ANGLETERRE-1813

Editions 10/18 ou Serpent à plumes
Et moi qui a priori n'ai pas de penchant pour la littérature romanesque anglaise ! Que des
préjugés décidément !
C'est avec délice que j'ai lu ce merveilleux classique. Ce roman a été remis au goût du jour avec l'adaptation cinématographique en 2006. Romanesque à souhait et humoristique par dessus le marché
!
Nous sommes dans la bonne société provinciale de l'Angleterre de la fin du XVIIIe siècle. Jane Austen nous présente la famille Bennet et leur cinq filles à marier...mais rien n'est facile lorsque
l'on a été déshérité et que l'on a une faible dot.
Toujours est-il que Mrs Bennet est toute "excitée" lorsqu'elle apprend que Bingley, un jeune, beau et riche héritier va s'installer non loin de la propriété familiale.
Lors du bal de présentation, Bingley tombe sous le charme de Jane, l'aînée. Quant à Elisabeth, la deuxième fille, elle refuse l'invitation à danser de Darcy, l'ami de Bingley car il l'a à peine
regardée le premier soir.
Elle le trouve trop orgueilleux ; son opinion est confirmée par un dénommé Wickman, un bel officier qui lui fait la cours. Il lui dit alors sur son compte des choses peu recommendables...
Alors qu'Elisabeth, la timorée, la raisonnable, la méfiante, persiste à mépriser Darcy, Jane tombe amoureuse de Bingley, mais trop timide, n'ose pas le lui montrer.
Et c'est là que de multiples péripéties arrivent ! Des refus de mariage, des mariages inattendus, forcés, d'amour, de convenance...toujours et toujours des mariages et bien sûr des obstacles de
taille aux différentes noces !
Car dans l'Angleterre guindée de cette époque, il y a plusieurs types d'ostacles au mariage : les différences de fortune, les beaux parents et les beaux frères et soeurs qui ne font pas
l'affaire, un prétendant trop niais mais aussi les deux prétendants eux mêmes !
Orgueil et préjugés désignent en fait les deux obstacles qui font que deux êtres a priori faits pour s'entendre vont avoir une mauvaise opinion l'un de l'autre parce ce qu'ils s'en tiennent à
leurs premiers préjugés. Elisabeth, par orgueil, décide de rester sur sa première impression qui lui a fait dire que Darcy était prétencieux et froid. Et si Darcy était vraiment amoureux
d'elle ? Si c'était un homme bon malgré les apparences ?

Si les usages de la société leurs jouent des tours, c'est avant tout les quiprocos, les préjugés, les erreurs de jugement qui retardent les mariages ! Et Darcy et Elisabeth sont vraiment un
couple charmant !
Jane Austen écrit un roman féministe avant la lettre ; Elisabeth Bennet est une femme en avance sur son temps qui refuse la béatitude, les simagrées des jeunes filles de l'époque devant leurs
prétendants. Franche, elle préfère refuser le mariage à un homme qu'elle trouve sot même s'il est très riche. Elle défie père, mère et autres personnages de haute bourgeoisie pour ne pas renier
ses principes.
Un beau portrait de femme forte qui contraste avec les autres figures féminines du roman ; sa mère est sotte et ses plus jeunes soeurs ne cherchent qu'à parader devant les jeunes soldats de
la garnison !
On rit vraiment dans ce roman ! On rit des portraits à charge des filles qui se pavanent devant les hommes et de la mère qui passe de l'exaltation outrée aux larmes....Austen caricature avec brio
cette bourgeoisie étriquée et sotte, pétrie de grands principes .
Je m'attendais à lire un roman de moeurs un peu démodé. J'ai découvert une oeuvre fraîche, ironique, mordante, romanesque à souhait aux dialogues percutants.
Jane Austen manie la réplique avec talent et est maître dans l'art du portrait, psychologique ou à charge.
A lire de toute urgence si ce n'est déja fait !
Adaptation cinématographique de Nicolas Klotz en 2007
Editions Stock, 2000
Ce roman vient d'être remis au goût du jour avec la sortie de son adaptation au cinéma. Il a fait polémique à deux reprises pour rapprocher les techniques managériales
d'aujourd'hui dans les grandes entreprises....à la gestion des camps de concentration de l'Allemagne nazie.
Mais si l'on lit le livre (je n'ai pas encore vu le film), le thème central est la similitude du langage, des termes employés : il s'agit dans les deux cas de gestion très poussée d'un groupe
donné exprimée dans des termes très techniques. Pour François Emmanuel, il s'agit avant tout de s'intéresser à la logorrhée et c'est là son tour de force.
Pour revenir à l'intrigue, l'auteur met en scène Simon, un psychologue employé aux ressources humaines dans une multinationale allemande. Son boulot est avant tout de faire une sélection
drastique, de restructurer l'entreprise et aussi de motiver les cadres à être compétitifs et vainqueurs. Un jour, il est convoqué chez le directeur adjoint qui lui demande d'enquêter sur Mathias
Jüst, directeur de la succursale française, apparemment en pleine dépression.

Simon accepte et entre en contact avec le mystérieux directeur. Celui-ci apparaît effectivement extrèmement nerveux. Simon cherche à savoir ce qu'il cache...tandis qu'il est interné en hôpital
psychiatrique. Il découvre alors des lettres anonymes bien mystérieuses.
Et c'est à ce moment là que l'étude du langage technocratique d'entreprise commence....
On peut certes penser que le rapprochement des deux langages et outrancier ; il reste cependant que les gestionnaires des camps étaient bien des fonctionnaires zélés chargés d'appliquer des
directives très précises.
Mais le livre présente également d'autres intérêts ; sa qualité littéraire est indéniable. François Emmanuel est le maître du langage froid, distancié. C'est Simon qui raconte son histoire sans
aucune emphase.
Cette langue distanciée n'empêche pas pour autant de créer un vrai récit d'atmosphère : la description du personnage de Mathias Jüst fait penser à ces fantômes qui hantent les vieilles
maisons.
Enfin, il y a le parcours psychologique de Simon qui se remet soudain en question, qui perd pieds.
Au delà de la polémique donc, un beau roman.
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