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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Lundi 30 octobre 2006

PRIX FEMINA 2006

Après une délibération bien mouvementée au sein du jury féminin (exclusion de Madeleine Chapsal pour propos diffamatoires et démission de Régine Desforges par solidarité !!!), deux femmes ont été mises à l'honneur pour le Prix Fémina 2006 :

Pour le roman francophone : Nancy Huston pour son roman Lignes de faille .

Nancy Huston, photo de Mihai Mangiulea

L'écrivain canadienne , habituée des succès de librairies, m'avait enthousiasmée il y a quelques années avec L'empreinte de l'ange :

Une magnifique histoire autour du poids de l'Histoire et de la culpabilité : une jeune femme allemande se marie et accouche d'un petit garçon ; mais le bonheur ne semble avoir aucune prise sur elle, indifférente à tout ce qui l'entoure. Son mari, un flûtiste professionnel, cherche à savoir en vain ce que lui cache sa femme.

Mais c'est à un luthier juif hongrois qu'elle dévoilera son douloureux passé. Ils vivront ensemble une histoire d'amour passionnée mais le destin en décidera autrement....

J'ai lu ce roman il y a quelques années, je ne me souviens donc plus vraiment des détails mais cette histoire très noire m'avait profondément émue.

Et vous, avez-vous déja lu des romans de Nancy Huston ?

Nuala O'Faolain

La deuxième lauréate, pour le Fémina étranger, est la grande romancière irlandaise Nuala O'Faolain pour son roman L'histoire de Chicago May.

Il ne me reste plus qu'à republier la critique de ce roman que j'avais écrite il y a quelques semaines :

Editions Sabine Wespieser, 2006

Voici enfin ma critique du dernier O'Faolain . Après les critiques divergentes de Cuné (Cunéipage) et d'Alice (La lettrine), j'ai eu envie de me faire mon propre avis : eh bien, j'ai adoré !

Je n'avais jamais lu les oeuvres de la célèbre écrivain irlandaise et j'ai bien l'intention de les lire.

Ce qui est fort dans ce livre, c'est que Nuala O'Faolain noue une intrigue extrêmement romanesque à partir du réel et d'une documentation très précise. Elle invente un nouveau genre qui mêle à la fois la fiction, le documentaire et l'autobiographie.

Tout a commencé ainsi : l'auteur découvre par hasard l'autobiographie de Chicago May, une célèbre prostituée et braqueuse irlandaise du début du XXe siècle qui a émigré aux Etats-Unis. En parcourant différentes bibliothèques des Etats-Unis et le village natal de May en Irlande, elle retrace avec minutie le parcours de la célèbre hors-la-loi et décide d'écrire sa biographie.

Cette création est vue à la fois à travers un regard objectif ( les différents chapitres retracent les différentes étapes de la vie de May, des photos d'époque illustrent les propos de l'écrivain qui nous parle également de ses sources : voyages dans les bibliothèques, dans les hôpitaux et les prisons où a séjourné l'héroïne) et un regard subjectif ( May est vue comme le double de l'écrivain qui explique pourquoi elle a choisi cette femme comme sujet d'étude : May et Nuala ont quitté l'Irlande pour l'Amérique, elle n'ont jamais eu d'enfant....). L'auteur s'interroge constamment sur le bien fondé de son analyse : comment rendre compte des états d'âme de May alors que sa biographie ne raconte que des faits ? Peut-on avoir recours à l'imagination pour combler les vides ?

Sa démarche n'est pas si éloignée de celle de Nathalie Sarraute dans Enfance même s'il s'agissait là d'autobiographie. A l'ère du soupçon, on doute de la véracité de tout ce que l'on peut écrire ; c'est pourquoi la narratrice est omniprésente pour nous faire part de ces hésitations.

Voila pour l'innovation. Sinon, nous sommes plongés dans une folle intrigue romanesque : une femme éprise de liberté choisit de quitter sa pauvre terre d'Irlande pour tenter le rêve américain à la fin du XIXe siècle : c'est encore l'époque des pionniers et O'Faolain décrit à merveille l'ambiance des saloons. May est prostituée et danseuse, elle fuit l'Amérique pour la France où elle braque une banque à Paris. Puis c'est le départ pour l'Angleterre où commence une période de déchéance. Amour, jalousie, trahisons...Tout est là pour faire vibrer le lecteur. Puis vient enfin le temps de la rédemption.

L'écrivain décrit avec beaucoup de talent l'émergence du XXe siècle : description de l'Exposition Universelle, émergence des grandes villes...Nous passons des plaines désolées d'Irlande à la vie trépidante de Chicago, de New York en Londres en passant par Paris et Rio. La lutte pour l'indépendance irlandaise est également évoqué avec brio, de même que la période de la prohibition et l'émergence de la police moderne.

Pour résumer, voici un roman très original qui mêle la tradition ( importance du romanesque, splendeurs et misères d'une héroïne) à la modernité (interrogation sur la valeur de la biographie, fiction documentaire...)

 

par Sylvie publié dans : Le monde littéraire
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Vendredi 27 octobre 2006

Editions Stock, 2006

Eric Faye est sans doute l'un des auteurs français contemporains les plus talentueux. C'est un auteur très discret qui a encore un lectorat trop confidentiel ; j'avais écrit un article il y a plus d'un an sur Les lumières fossiles. ; la plupart de ses oeuvres mettent en scène des personnages solitaires, à la marge de la société et ses romans ont souvent une teinte fantastique.

Dans ce dernier roman, Eric Faye prend pour personnage un anti-héros, un célibataire esseulé employé des postes. Antoine Blin respire l'ennui dans son petit appartement miteux. Sa vie sociale se résume à l'apéritif chez de "faux amis" qui l'invitent une fois par an pour lui donner les clefs de leur appartement quand ils partent en vacances. Ses réponses à des petites annonces se sont soldées par un lamentable échec.

Mais un beau jour, le destin d'Antoine Blin va basculer...Un homme étrange l'interpelle dans un jardin public pour lui demander s'il veut adhérer au syndicat des pauvres types. Un seul condition : reconnaître sur papier qu'il est un pauvre type....Le but de cette association : rassembler tous les pauvres types pour qu'ils constituent une force sans précédent capable de défier la société bien pensante qui a réussi...

Mais voila qu'Antoine Blin est courtisé par une autre puissance : une émission de téléréalité lui propose l'élection de Monsieur Tout Le Monde : la célébrité pendant un an et...un séjour de six mois au Panthéon après sa mort !!!

La puissance d'attraction de la téréalité va être bien plus forte que celle des pauvres types...

Eric Faye construit une intrigue très originale autour d'un thème d'actualité en évitant toute caricature. Au contraire du J'habite la télévision de Chloé Delaume, diatribe prétentieuse contre la bêtise télévisuelle, Faye décrit avec beaucoup de talent et d'humanité un être solitaire qui perd pied. L'histoire est d'ailleurs précédée d'un texte d'Emmanuel Bove, l'écrivain trop méconnu qui a su si bien décrire l'humanité des petites gens (voir Le pressentiment) :

"Je n'ai rien demandé à l'existence d'extraordinaire. Je n'ai demandé qu'une seule chose. Elle m'a toujours été refusée. J'ai lutté pour l'obtenir, vraiment. ... Cette chose n'est ni l'argent, ni l'amitié, ni la gloire...C'est une place parmi les hommes, une place à moi, une place qu'ils reconnaîtraient comme mienne sans l'envier ...Elle serait tout simplement respectable"

Dans cet univers tragique, Faye décrit avec tendresse ce Monsieur Tout Le Monde ; la description de son morne quotidien donne lieu à de très belles pages ; l'écrivain est beaucoup plus acerbe lorsqu'il s'en prend aux nouveaux riches avides de voyages organisés et de promotions internes. Sans vous dévoiler toute l'intrigue, on peut dire que le roman repose sur une réflexion philosophique très intéressante de nos sociétés contemporaines : la dégénérescence du concept de peuple qui après avoir eu une portée politique très importante au XIXe siècle, est aujourd'hui méprisé par des pouvoirs avides de le manipuler et de le transformer en consommateur docile.

Mais ce roman est bien plus qu'une thèse philosophique ! Il est bourré d'originalité (comme cette odeur que sent Antoine Blin sur lui, sans doute celle de la médiocrité ou le séjour de 6 mois au Panthéon !) et de rebondissements : il y a beaucoup de suspens et aussi une sorte d'enquête policière.

Ce roman est à ce jour le plus profond et le plus émouvant que j'ai lu de ceux qui s'inspire de la téléréalité. Car Faye n'a pas pris pour point de départ une émission de téléréalité ; il est au contraire parti du réel des gens et en a cherché l'origine tout en évitant de faire un roman à thèse; et de plus, il propose une solution bien originale pour vaincre la toute puissance de l'attraction télévisuelle. A vous de la découvrir !  

par Sylvie publié dans : Littérature française contemporaine
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Lundi 23 octobre 2006

ETATS-UNIS

Editions Philippe Rey, 2003

Joyce Carol Oates, grande dame des lettres américaines contemporaines, est un écrivain très prolifique : plus de trente romans mais aussi du théâtre, des essais, des nouvelles de la poésie. Elle enseigne la Littérature (et aussi l'art d'écrire) à la prestigieuse université de Princeton.

Jusqu'à maintenant, je ne m'étais pas précipitée sur un titre de Oates, ayant un a priori sur le fait que la quantité de titres primait sans doute sur la qualité. Puis une collègue m'a conseillé ce titre peu connu et j'ai vraiment accroché !

Cette oeuvre est un bijou de perversité et d'amoralité, placée sous l'égide d'Eros et Thanatos. Joyce Carol Oates nous plonge dans le milieu universitaire de la Nouvelle-Angleterre dans les années 75. Il s'agit d'une université féminine où l'on fait l'apprentissage de la lecture, de la peinture et de l'écriture.

Les jeunes filles sont sous le charme d'un couple très étrange : Andre Harrow, leur professeur de littérature, leur fait découvrir les textes saphiques du poète D.H Lawrence et les pousse à dévoiler dans leur journal intime leur intimité sexuelle. Quant à la femme de ce professeur, la mystérieuse sculptrice Dorcas, elle crée des sculptures primitives hideuses, les "totems", insulte à la beauté humaine, et régulièrement taguées lors d'expositions.

Les jeunes filles vont être sous l'influence maléfique de ce couple et des "rencontres" vont être organisées le soir avec une fille choisie par le couple. Que se passe-t-il vraiment dans la maison du couple?

C'est ce que va chercher à savoir, Gillian, la narratrice, qui nous raconte l'histoire dans une sorte de journal intime, 25 ans après les faits. C'est au cours d'une visite au Louvre, où elle revoit les fameux totems, qu'elle se souvient...Elle tomba amoureuse du mystérieux Andrew et fut en même temps hypnotisée par son épouse Dorcas.

Gillian est en même temps subjuguée, hypnotisée et enquêtrice : elle va peu à peu découvrir ce que cache le couple vénéneux, ces "délicieuses pourritures". Car plusieurs filles se suicident, deviennent anorexiques et des incendies inexpliqués se déclarent...

J'ai adoré le style de Oates : l'écriture est très pudique, elle ne fait que suggérer l'érotisme et la pornographie. L'écrivain préfère s'en remettre aux citations de grands poètes (DH Lawrence, Les métamorphoses d'Ovide) pour décrire l'atmosphère et les sentiments. L'univers malsain, et en même temps très poétique, subjugue le lecteur.

Oates décrit avec brio le mal de l'âme humaine. Elle évite tout manichéisme en privilégiant le magnétisme, l'hypnotisme qui peut nous attirer chacun vers le mal. Elle crée avec brio une atmosphère mystérieuse (rôle de la neige, des cloches de l'église etc..).

Pour conclure : je lirai sans doute un autre livre de cet écrivain !

par Sylvie publié dans : Littérature anglo-saxonne et américaine
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Dimanche 22 octobre 2006

ALLEMAGNE -Arno Schmitt (1914-1979)

Editions Tristram

Arno Schmitt est l'un des plus grands écrivains allemands de la seconde moitié du XXe siècle. Encore largement méconnu en France, son oeuvre est vénérée en Allemagne et étudié dans beaucoup d'universités.

Il a profondément renouvelé la littérature allemande d'un point de vue formel ( on le compare souvent à Raymond Queneau pour ses inventions langagières et à Joyce, son modèle, pour la forme morcelée, fragmentaire de ses romans) et aussi d'un point de vie thématique : Arno Schmitt a été un écrivain profondément irrévérencieux, provocateur vis à vis de toutes les idéologies d'après-guerre. Son oeuvre la plus connue, Scènes de la vie d'un faune,raconte la vie d'un fonctionnaire dans L'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre Mondiale ; plutôt que de s'engager, il choisit la solitude en s'intéressant à un déserteur de l'armée napoléonienne...

Pour découvrir cette oeuvre très originale, j'ai commencé par lire la nouvelle très humoristique Tina ou l'immortalité où Schmitt renverse le mythe de la gloire littéraire : il imagine un enfer des écrivains où ces derniers doivent vivre après leur mort tant que leur nom est cité et qu'ils sont lus dans le monde d'ici-bas ! Un écrivain, le double de Schmitt a la possibilité de visiter ce purgatoire littéraire; il y rencontre Tina, dont il tombe éperdument amoureux ; cette dernière lui demande de régler ses comptes au biographe qui l'a sortie de l'oubli ; en guise de récompense, il pourra alors la rencontrer tous les midis !!!

Cette nouvelle est vraiment très drôle :on découvre la rivalité des écrivains entre eux qui pour se venger de concurrents, font descendre des idées dans le monde sensible pour les remettre au goût du jour ! Gutenberg se terre dans les forêts obscures et a constamment la jambe dans le plâtre pour avoir inventé l'imprimerie ...On assite à des rixes entre écrivains et biographes...Des conseils sont donnés aux écrivains : ne pas laisser de mémoires, racheter ses livres. Pour embêter son pire ennemi : graver son nom sur une plaque d'argent, la mettre dans un tube de verre  et dans une cassette de plomb plongée dans la mer....

Schmitt pratique l'ironie mordante avec une énorme dose de provocation. La dernière phrase de la nouvelle est à inscrire dans la mémoire littéraire universelle :

" et par conséquent quelle est la meilleure recette pour une vie sur terre en général, en haut comme en bas : s'installer à la campagne. Etre bête. Baiser. Fermer sa gueule. Aller à l'église. Quand il grand homme pointe son nez, se planquer dans l'étable : il ne risque pas de t'y suivre ! Voter contre l'enseignement et de la lecture et de l'écriture; pour le réarmement : les bombes atomiques ! "

La forme littéraire peut à première vue déconcerter car Schmitt choisit d'écrire par fragments : tout comme Joyce, il commence chaque paragraphe, chaque fragment par un groupe de mots en italiques qui annonce le thème du paragraphe.

Vous ne serez pas déçus : cette lecture est vraiment un très bon divertissement plein d'inventivité !

par Sylvie publié dans : Classiques français et étrangers
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Samedi 21 octobre 2006

ANGLETERRE- 1928

Editions Stock, Bibliothèque Cosmopolite

C'est la première oeuvre de Virginia Woolf que je lis et j'ai été vraiment enthousiasmée ! Cet auteur qui a révolutionné le roman au début du siècle (éclatement de la narration, utilisation systématique  du monologue intérieur dans Mrs Dalloway et Les vagues) a la réputation d'être un auteur difficile à aborder.

Un conseil, si vous n'avez jamais lu Virginia Woolf, commencez par Orlando ! C'est un délice ! Ce roman est en même temps un chef d'oeuvre d'originalité et de classicisme . L'histoire se concentre sur un personnage et le narrateur est omniscient, intervient constamment, non sans un certain humour.

Et en même temps, le héros Orlando devient une femme au cours du roman , tout en traversant plusieurs siècles : on passe de la période élisabéthaine au XXIe siècle, où Orlando est un jeune aristocrate qui a la passion de la nature et de l'écriture, à la période victorienne où Orlando est une femme qui a toujours les mêmes passions.

Virginia Woolf écrit un roman sur l'androgynat inspiré de son aventure homosexuelle avec une certaine Vita Sackville ; elle rêve d'un monde fait de métempsycoses, où chacun pourrait changer de sexe et de siècle à sa guise.

Attention: il ne s'agit pas pour autant d'un roman fantastique : il s'agit plutôt sur réflexion sur la personne humaine et c'est ce qui fait justement l'extrême modernité du roman ; car, pour Virginia Woolf, le moi se constitue de multiples facettes, de multiples potentialités infinies ; et je pense que cette traversée dans plusieurs siècles est en fait une métaphore très poétique pour désigner la richesse et les potentialités de l'âme humaine :

"Car elle avait une grande variété de moi à qui faire appel, beaucoup plus que nous n'avons pu en trouver dans un espace limité, puisqu'une biographie est regardée comme complète lorsqu'elle rend compte simplement de cinq ou six moi, tandis qu'un être humain peut en avoir autant de mille"

Ce roman peut être vu comme un magnifique roman d'apprentissage où, à travers différentes périodes historiques, Orlando apprivoise l'amour, la nature et la création littéraire. Au cours de ces siècles, on passera de l'illusion, du rêve à la désillusion. Le (a) héros(ine) connaîtra la déception amoureuse mais découvrira aussi les vanités du monde littéraire. Parfois, son ultime refuge sera la communion avec la nature. En réalité, on retrouve une forte influence du mouvement romantique: il y a de magnifiques descriptions de la nature et le héros subit les désillusions du monde. Il est partagé entre la gloire et la conquête du monde et entre la solitude et le refuge dans la nature. On retrouve également le féminisme profond de l'écrivain à travers les digressions très humoristiques du narrateur lorsqu'il évoque que le lecteur est déçu lorsqu'il décrit une femme qui pense et qui écrit sans tomber amoureuse !

Orlando peut être considéré comme le double de Virginia Woolf puisqu'il est lui même écrivain ; on peut deviner que toutes les désillusions provoquées par le monde littéraire dans ce roman sont issues de la propre expérience de V. Woolf. Il y a un passage magnifique où le héros dépose son livre dans la nature : la société n'est que vanité et seule la nature est fidèle.

On retiendra une écriture absolument magnifique, très lyrique, décrivant des paysages magnifiques : l'eau, la neige, la ville de Londres sont éblouissantes sous la plume de Virginia Woolf.

Je ne peux pas retranscrire par écrit toutes les impressions que ce roman a suscitées en moi. Il n'y a qu'un conseil à donner : lisez-le !

Cette histoire est vraiment un chef d'oeuvre romanesque. Cela m'a donné envie de lire les autres oeuvres de Virginia Woolf.

Et vous , avez-vous déjà lu cet auteur?

par Sylvie publié dans : Littérature anglo-saxonne et américaine
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Lundi 16 octobre 2006

ETATS-UNIS

Ouvrage écrit dans les années 60 et publié en 1980 - Prix Pulitzer

Ce titre m'avait été conseillé il y a plus d'un an par un camarade bloggeur. Je l'avais mis dans ma longue liste puis l'avais oublié puis un collègue m'en a reparlé dernièrement. J'ai donc plongé dedans !

Pour présenter le livre, il faut rappelé qu'il a été écrit dans les années 60 ; son auteur, John Kennedy Toole, ne parvint jamais à le publier et, se croyant un écrivain raté,  il se suicida en 1969 à l'âge de 32 ans. Après de multiples démarches, sa mère parvint enfin à faire publier l'oeuvre unique de son fils en 1980. Ce dernier obtint alors le Prix Pulitzer, un énorme succès critique et public et reste à ce jour un livre mythique !

Il faut dire que cet ovni ne ressemble à aucun autre roman ! Imaginez-vous un mélange de Don Quichotte et de Gargantua avec un style burlesque ressemblant un peu à celui de Lydie Salvayre...

La conjuration des imbéciles est l'épopée tragi-comique d'Ignatius Reilly, un jeune homme intellectuel complètement déjanté. Il vit tout seul avec sa mère Irène dans un quartier très pauvre de La Nouvelle Orléans. Il passe ses journées à noircir les pages d'une oeuvre en gestation, une diatribe féroce contre les méfaits du monde moderne. Car pour lui, depuis le Moyen-Age, le monde subit un inexorable déclin, en manquant de "géométrie et de théologie"...Il se refuse donc à travailler pour pactiser avec ce monde proche du chaos. Jusqu'au jour où sa mère un peu saoule gare sa voiture dans la maison du voisin. Pour payer les pots cassés, Ignatius va devoir travailler...Et c'est parti pour une épopée burlesque où Ignatius va avoir maille à partir avec une usine de jeans, un vendeur de saucisses, un policier pas très doué, des prostituées, un vagabond noir très intelligent et un papy fasciste qui drague sa mère !!!

Vous suivez toujours ? Nous voila plongés dans de multiples aventures rocambolesques d'un être inadapté. C'est pour cela que l'on peut évoquer Don Quichotte. Quant à l'influence rabelaisienne, Ignatius est un "gros porc" qui se goinfre toute la journée de "Docteur Nut" et de hot-dogs, ce qui n'est pas sans avoir de conséquences sur son système gastrique ; car notre Ignatius est un hypocondriaque qui souffre fort de "l'anneau pylorique" lorsqu'il est contrarié !!!

Je suis incapable de vous dire si ce livre m'a plu ou non : j'ai été enthousiasmé au début par la langue (chaque personnage a des tics de langage) , l'humour décalé et surtout par les personnages qui sont tous des pantins : la vieille secrétaire complètement gaga de l'usine, le patron incapable de gérer son entreprise, la mère alcoolique, le flic très maladroit...Mais sur 500 pages, je trouve que l'on frôle parfois l'indigestion et que l'on s'y perd un peu.

Mais ce livre à coup sûr vaut le détour. Le titre évoque une phrase de l'écrivain Jonathan Swift "quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui". On l'aura compris, John Kennedy Toole plaide en faveur de son héros. Alors, Ignatius, un génie ou un fou à lier ? A vous de juger...

par Sylvie publié dans : Littérature anglo-saxonne et américaine
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