Rentrée littéraire

Hachette Littératures, 2006
Ce roman est l'un des "coups médiatiques" de la rentrée. Le plus souvent, je ne suis pas très attentive à ce genre de romans mais pour tout vous dire, je travaille en Seine-Saint-Denis et Faïza Guène y est fortement sollicitée, d'autant plus qu'elle vit à Pantin. ...Donc, forcément, j'ai ouvert le livre...
Un fort a priori négatif et puis finalement, une belle surprise !
Les critiques évoquent une renaissance du roman social : Faïza Guène fait entrer la banlieue dans le monde littéraire.
Elle met en scène une jeune femme immigrée dans une cité à Ivry, qui n'a qu'une carte de séjour : elle a quitté le "bled" en Algérie et est venue rejoindre son père lorsque sa mère a été assassinée. Depuis, elle vit avec son père handicapé après une chute d'un toit et son petit frère qui commence à sombrer dans la délinquance.
Quant à elle, prénommée Alhème (signifiant rêve en algérien), elle est bien occupée : les files d'attente à la préfecture pour obtenir sa carte de séjour, les autres files pour obtenir un boulot sans oublier les rendez-vous avec les profs et les flics : car après plusieurs larcins, le petit frère risque la double peine : prison et expulsion du territoire...
On le voit bien, rien n'est oublié sur la condition des immigrés en France. Mais paradoxalement, je n'ai pas eu l'impression de ne lire qu'un plaidoyer en faveur des mômes de banlieue.
Ce livre a vrament un style : il est rempli d'humour et surtout de tendresse. On retient de drôles d'expressions comme "t'as pas assez de disquettes dans le disque dur" ou "rien ne sert de courir si ne n'est pour attraper le guépard", sans oublier les termes argotiques de banlieue.
Chaque phrase respire la tendresse : on retient les portraits "typiques" de la Tantie Mariatou qui rêve d'aller aux Etats-Unis pour découvrir l'arbre à dollars. On rigole bien lorsqu'elle parle des pieds qui pue lorsqu'elle vend des chaussures.
D'accord, son style, c'est pas du Sylvie Germain ! Pas de grandes envolées lyriques mais plutôt des phrases courtes. Mais le lecteur se prend d'affection pour cette jeune fille qui a décidé de lutter et d'avoir des rêves. On retient l'absence de misérabilisme : tout est évoqué sur le ton de la tendresse, de la légèreté et de l'humour même si l'on sent bien que la jeune immigrée veut dénoncer quelque chose.
En bref, une belle découverte !
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