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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Jeudi 1 septembre 2005

ALGERIE

Editions de l'aube, 1996

Dans ses romans,Maïssa Bey met brillamment en scène la femme musulmane éprise de liberté. La jeune Nadia est une belle adolescente qui, lors de ses vacances, va sur la plage pour admirer la beauté des éléments : la mer, le soleil...

Mais une ombre menaçante pèse sur ce bonheur: sa famille, de pure tradition musulmane, refuse cette liberté. Son frère aîné fréquente de plus en plus la mosquée et Alger semble être peu à peu gagnée par l'islamisme radical...

Pourtant, cet été, Nadia va tomber amoureuse du beau Karim...

Raconter cette histoire avec mes mots fades ne rend pas compte de la qualité de ce récit. Maissa Bey ne nous livre pas un roman sociologique à thèse. Ce roman est avant tout de la poésie à l'état pur, un hommage aux différents éléments de la nature: la mer, le vent, le sable, le ciel. Chaque phrase nous livre l'intériorité de Nadia, ses états d'âme, ses sensations. Chaque mot exprime du ressenti et une sensibilité à fleur de peau: "La mer monte en elle comme un lent désir. Un halètement. Battements réguliers des vagues contre son corps bercé comme aux premiers jours. Plus loin encore. Et lorsque enfin, elle s'endort, la mer encore berce ses rêves".

La mer symbolise l'éveil de la sensualité. Au contraire, la tempête, la poussière d'Alger  laisse deviner un dénouement funeste. Maissa Bey évite tout misérabilisme. Le drame n'est qu'effleuré avec une phrase finale. Les éléments se fondent au destin de la jeune musulmane sacrifiée...

 
par Sylvie publié dans : Littérature orientale:Maghreb, Turquie...
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Jeudi 1 septembre 2005

ETATS-UNIS

Editions de l'Olivier-Rentrée littéraire 2005

Ce titre est incontestablement l’un des grands romans étrangers de la rentrée littéraire 2005. Outre-atlantique, Cynthia Ozick, 77 ans, est considérée comme l’un des plus grands écrivains juifs américains avec Singer, Saül Bellow, Chaïm Potock et Philip Roth. Romancière et essayiste, c’est une spécialiste d’Henry James, Susan Sontag et Dostoïevski sans oublier le nouveau roman français avec Claude Simon et Alain Robbe-Grillet. Elle affirme que « la vie dérange la littérature, la vie n’est qu’un obstacle à l’écriture »

 

Un monde vacillant nous fait entrer dans l’univers de juifs allemands émigrés dans le Bronx à New-York en 1935. Les Mitwisser sont en pleine déliquescence : le père, brillant universitaire allemand, s’est vu expulsé de l’Université de Berlin par les lois anti-juives. Depuis, il se spécialise dans l’étude des Karaïtes,une secte juive dont les origines remontent au IXe siècle et qui rejette l’analyse critique du Talmud. La mère, auparavant brillante physicienne nobélisable, a peu à peu sombré dans la folie. Les cinq enfants ont l’air bien perdus au milieu de ce monde vacillant ; la famille vit sans ressources et se languissent sur leur ancien statut perdu.

 

Rosa, la narratrice est une jeune fille de 18 ans, qui est embauchée comme employée de maison et nurse. Elle va peu à peu prendre sous son aile cette famille et découvre bientôt tous ses secrets : les Mitwisser semblent dépendre financièrement de James, un étrange personnage milliardaire : son père écrivain en a fait le héros d’une série de livres pour enfants. Depuis la mort de son père, il vit en bohême suicidaire, n’arrivant pas à se délivrer de l’enfance, figé dans ce personnage fictif.

 

James est idolâtré ; il semble jouir de ces rapports de domination : en évoquant la famille Mitwisser, il se souvient d’ailleurs de la maison de poupée dans laquelle il manipulait les poupées à sa guise….

 

Ce monde vacillant va peu à peu se détériorer sous les yeux de Rosa: dans ce monde, l'argent semble être le maître mot mais il est en même temps tabou...Le gagnant sera celui qui parviendra à dominer et séduire l'autre...

L'histoire telle que l'on peut la raconter peut sembler à première vue peu captivante; pourtant, Ozick nous enchante en nous peignant des personnages énigmatiques nous révélant peu à peu leur secret et leurs fêlures. Ce monde annonce le cataclysme de la Seconde Guerre Mondiale: les mots évoquant l'effacement, la destruction sont nombreux. Il émane de ces 400 pages un mystérieux suspens qui nous tiend en haleine. Une fois que nous avons ouvert le livre, nous le dévorons pour connaître le destin de cette famille....

par Sylvie publié dans : Littérature anglo-saxonne et américaine
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Dimanche 28 août 2005

SICILE

Andrea Camilleri est le premier auteur vendu en Italie, battant même le Da Vinci Code ! Cet auteur sicilien né en 1925 a d'abord travaillé pour la radio et la télévision en adaptant notamment les aventures du commissaire Maigret. Mais depuis quelques années, il s'est lancé notamment dans l'écriture de romans policiers mettant en scène le commissaire Montalbano dans les milieux mafieux de la Sicile. Son écriture remplie d'humour, mélange la langue italienne et le patois sicilien.

Je vous propose de découvrir un roman singulier, non policier, écrit en 1999. C'est un récit désopilant et burlesque, écrit sur le mode épistolaire, mettant en scène la société sicilienne en 1891. Filippo Genuardi, négociant en bois, décide de demander au préfet de la région l'obtention d'une ligne téléphonique à domicile. Mais en écrivant le nom du préfet, il se trompe d'une lettre et transforme ce nom en insulte !!!! Le préfet, à la santé mentale très fragile, le soupçonne d'agitation révolutionnaire et le dénonce aux plus hautes autorités italiennes; Filippo n'a pas dit son dernier mot: il demande l'aide du mafieux du coin !!!

De quiproquos en quiproquos, Filippo va devenir l'ennemi numéro 1 alors qu'il avait demander le téléphone pour une raison inavouable qui ne sera révélée qu'à la fin.....Différents personnages s'échangent des lettres: le préfet, le commissaire de police, le ministres des Postes, le ministre de l'intérieur...Certains prendront la défense du malheureux Filippo, d'autres celle du préfet.

Ce roman ubuesque peut rappeler Le procès de Kafka dans une version humoristique: Camilleri dénonce la lourdeur de l'administration qui demande à un pauvre homme des quantités de papiers et un casier vierge pour obtenir le téléphone. Il insiste aussi sur le caractère paranoïaque du personnel politique réactionnaire qui craint l'agitation révolutionnaire.

Un bon moment de divertissement et de rigolade !

 

 
par Sylvie publié dans : Littérature étrangère contemporaine
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Dimanche 28 août 2005

CONGO

Editions Serpent à plumes, collection Motifs

Voici un roman africain magnifique portant un regard acerbe sur la décolonisation et les régimes politiques africains post-coloniaux, tout cela vu à travers le regard malicieux d'un jeune garçon.

Tout commence de façon insolite avec la naissance imprévue de triplés, événement inconnu dans ce village: le cadet nait trois jours après ses frères devant l'incompréhension et la surprise de la famille, de la sage femme, du prêtre et de l'imam. Est-ce le diable? Est-ce l'âme errante d'un ancêtre? Le pauvre Matabari apparaît bien suspect dans ce petit village du Congo....

C'est en fait un petit garçon espiègle et intelligent qui va assister aux bouleversements politiques du pays: coup d'Etat, dictature, renversement du dictateur et avènement de la "démocratie". La famille de Matabari participe à l'évolution du régime: d'un côté, son tonton Boula-Boula est un arriviste qui monte peu à peu à la tête du gouvernement pour devenir le numéro 2 de la dictature; de l'autre côté, son père, instituteur humaniste, luttant pour l'instauration d'un régime démocratique.

A travers le regard de cet enfant, Dongala dénonce les travers de la période post-coloniale: corruption, népotisme, dictature communiste et fausse démocratie. Le tout rehaussé d'une bonne dose d'humour et de fantaisie: les personnages sont tous attachants et très pittoresques; l'oncle est un gros bonhomme opportuniste mais débonnaire, le père ressemble à un savant fou, le grand-père est le modèle de l'instituteur laïque partant à la chasse au curé ! Nous retrouvons toute la magie des romans africains avec l'évocation des croyances populaires: fétiches, âmes errantes des ancêtres etc...

C'est aussi un beau roman d'initiation qui, à travers le parcours des membres de sa famille, fait découvrir au jeune Matabari l'apprentissage de la liberté et de la lutte politique.

 
par Sylvie publié dans : Littérature africaine
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Dimanche 28 août 2005

IRLANDE

Prix Pulitzer 1997

L'Irlande est un pays très peu représenté dans la littérature contemporaine. L'autobiographie de Frank McCourt est l'occasion de découvrir l'histoire de ce pays et surtout de se plonger dans un magnifique récit sur le monde de l'enfance dans un milieu d'une extrême pauvreté.

Le petit Frankie, né en Amérique dans les années 30, est l'aîné d'une famille de cinq enfants. Après le décès de trois de leurs enfants, les parents décident de retourner en Irlande,leur terre natale. Le père, ancien membre de l'IRA, obligé dans sa jeunesse de quitter son pays pour fuir la police britannique, s'est peu à peu réfugiée dans l'alcool. La mère est obligée d'aller mendier ou de demander l'aumône aux religieux. L'auteur nous décrit un milieu rude ou le pain et les vêtements manquent. Mais il évite également tout misérabilisme en décrivant ses escapades plein d'humour: le jour de sa communion lorsqu'il y va d'abord pour obtenir des bonbons, les vols à l'étalage ou dans les vergers et surtout sa découverte de la sexualité et sa conception du péché !

Le roman nous enchante grâce au personnage de Frank qui raconte sa propre histoire: son récit est un vibrant hommage à ses parents et à ses frères. Il est à la fois un enfant comme les autres, qui, malgré la pauvreté, n'est pas avare de bêtises et aussi, comme il le dit, un homme qui travaille dès le plus jeune âge pour subvenir aux besoins de sa famille.

Ce roman est un témoignage intéressant sur l'Irlande entre les années 30 et 50: McCourt dénonce la toute puissance de l'Eglise catholique qui règne sans partage: l'enfant est obnubilé par la peur du péché et craint la confession mais il raconte cela avec une tendre ironie...Il insiste également sur la haine envers les anglais. Le père crie sa haine de l'ennemi héréditaire en chanson, ce qui ne l'empêche pas de partir travailler en Angleterre pendant la guerre pour lutter contre l'armée nazie. Il faut bien aider l'ennemi lorsque l'on a faim. C'est l'un des passages les plus intéressant du livre lorsque les irlandais restés au pays attendent les mandats des hommes expatriés et déclarent qu'Hitler est une bénédiction pour nourrir les irlandais !!!

Pour lutter contre cette misère, il y a enfin le rêve américain : Frank rêve d'économiser un petit pécule pour pouvoir rejoindre l'Amérique....

 

 
par Sylvie publié dans : Littérature anglo-saxonne et américaine
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Dimanche 14 août 2005

ETATS-UNIS (publié en 1962)

Grasset, collection "Cahiers rouges"

Norman Mailer, né en 1923, est l'enfant terrible de la littérature américaine. Dans son oeuvre, il dénonce et anéantit le rêve américain. Le titre de ce roman apparaît alors bien ironique...

Il y met en scène des personnes de la haute société (hommes d'affaires, journalistes, universitaires) qui sombrent peu à peu aux démons américains: le sexe, l'alcool et la drogue menant souvent au suicide.

Le personnage principal Stephen Rojack, vétéran de la Seconde Guerre Mondiale, est un ex-député, professeur de psychologie à l'Université et présentateur d'une émission télévisée. Il a fait fortune en épousant une jeune héritière, Deborah.

Mais au bout de neuf ans de mariage, il découvre la véritable nature de cette femme cruelle et vicieuse. Un soir, au cours d'une dispute, il la tue par accident. Il fait croire à un suicide,en la jetant par la fenêtre du building.

Rojack va devoir faire croire à ce mensonge aux policiers et à la famille de Deborah. L'intrigue se déroule sur deux ou trois jours: il va parcourir les bars louches et fréquenter les prostituées qui chantent dans les boîtes à la mode.

Tout au long du roman, à travers des métaphores animales (la femme est souvent comparée à un fauve) et psychanalytiques (beaucoup d'images de gouffres, de cavernes, de grottes), Mailer place l'homme au centre de la lutte entre le bien et le mal, entre dieu et Satan. Il semble être tiraillé entre ses pulsions animales (le sexe, l'alcool, l'inceste) et son souhait de rédemption. Il s'agit également d'une lutte entre la vie et la mort, mort qui peut être volontaire, la condition humaine acceptant la défaite. Mailer nous livre d'ailleurs de très belles pages sur le suicide: ce dernier libère l'âme avant qu'elle ne soit anéantie avec le corps.

L'âme et le corps, l'esprit et l'animalité, Dieu et Satan. La lutte est éternelle et le choix semble être impossible; Mailer ne donne pas de solutions: Dieu et le Diable sont engagés dans une guerre et Satan peut gagner."

 

 
par Sylvie publié dans : Classiques français et étrangers
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