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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Mardi 31 juillet 2007

ETATS-UNIS

Insomnies

Recueil de nouvelles

John Cheever (1912-1982) est le plus grand nouvelliste américain avec Raymond Carver. beaucoup moins connu en France que ce dernier, on doit à Dominique Mainard la redécouverte et la traduction de ses nouvelles en France à partir de 2000. 

Il est le chef de file de l'Ecole dite du New Yorker : il décrit les espoirs déçus et les névroses de la middle class américaine, de New York et de sa banlieue. Les récits sont souvent à la première personne : un homme établi d'une cinquantaine d'années nous parle en présentant son métier, sa femme, ses enfants et...ce qui ne va pas  !

Ces nouvelles ont souvent pour sujet la vie en couple qui se désagrège peu à peu après des années de vie commune. Quelques exemples : une homme croit que sa femme va l'empoisonner ; un autre se crée une chimère pour supporter son épouse. Un autre spécimen se retrouve seul après un divorce mais accourt chez sa femme car il fait des insomnies la nuit !

Ces récits sont souvent très cruels : un ancien coureur est réduit après un accident à faire le pantin lors de soirées et à sauter les obstacles que sont les canapés et les tables basses. J'ai adoré Les malheurs du gin où une petite fille décide de fuger après avoir observé en douce que son père est alcoolique et qu'il renvoie les gouvernantes en les accusant de voler les bouteilles. 

John Cheever sait aussi jouer sur les cordes de l'émotion en mettant en scène ce couple qui attend désespérément la promotion du mari ; après moultes tentatives, ce dernier découvre que c'est l'amour de sa femme qui constitue tout l'or du monde. 

On rit aussi ! La dernière nouvelle fait entrer en scène un mari bien embété après que sa femme ait choisi de jouer dans une pièce où tous les acteurs et les spectateurs doivent être nus !

Ainsi, Cheever regarde avec un regard à la fois tendre et cruel les défaites de l'américain moyen. Il remet ainsi en question le modèle WASP (White Anglo Saxon Protestant) en insistant particulièrement sur les névroses ; ainsi, l'alcool et secondairement le tabac apparaissent comme les remèdes idéaux pour oublier ses déboires. Sous un voile de bonnes apparences, se cachent toutes les déroutes possibles ; la première nouvelle qui met en scène une radio qui capte tous les secrets des voisins est ainsi très significative : elle diffuse tout ce que l'on voudrait taire au monde : le vol, les disputes, les violences conjugales....

Des nouvelles très bien ficelées qui auscultent avec brio les symptômes d'une société malade. Une sérieuse remise en question du rêve américain !

par Sylvie publié dans : Littérature anglo-saxonne et américaine
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Mercredi 25 juillet 2007

AUTRICHE - 1978

Oui

Thomas Bernhard (1931-1989) est avec Stefan Zweig le plus grand écrivain autrichien du XXe siècle. Son oeuvre est réputée pour être d'un pessimisme rare : suicide, dégoût de la vie, détestation d'une société dégénérée. Voici les principaux thèmes abordés par l'auteur. Elfriede Jelinek, notamment, s'inspire profondément de son oeuvre. Elle dénonce comme lui les travers d'une société corrompue, à la dérive.

Ce titre, appelé paradoxalement Oui
, est un condensé de tous ces thèmes. Il s'agit d'un long monologue sans paragraphe ni chapitre de 170 pages. On y retrouve l'écriture caractéristique dui grand auteur autrichien : très longues phrases, beaucoup de conjonctions, de répétitions, un flot inninterrompu de paroles. 

L'auteur s'y met en scène sous les traits d'un chercheur qui s'est isolé à la campagne pour poursuivre ses travaux dans la tranquillité. Il a désiré par dessus tout rompre tout lien mais il paye de sa santé mentale cet isolement. Il sombre dans une grave dépression qui l'amène à cesser tout travail d'écriture. Le récit relate la rencontre qui l'a sauvé momentanément de ses démons : alors qu'il avouait sa dépression à sa seule connaissance, l'agent immobilier Moritz, un couple de Suisses a fait irruption dans l'agence et l'a ainsi diverti. En la compagne du Suisse, surnommée la Persane, il va trouver temporairement son alter-ego de désespoir.

Le récit relate cette rencontre. Mais n'allez pas imaginer une idylle romantique. Le narrateur trouve en cette femme son alter-ego intellectuelle, une personne qui peut parler philosophie et musique avec lui. Ils apparaissent comme les deux êtres spirituels de cette contrée paysanne et sauvage, au mauvais esprit xénophobe. Ils sont les symboles de cette vie de l'esprit sacrifiée au profit d'une société matérialiste et hypocrite. Mais l'alchimie n'est que momentanée...

Parallélement au monologue relatant la crise existentielle de l'auteur, on lit un roman sous forme de mystère : pourquoi le Suisse et la Persanne sont-ils venus acheter un terrain marécageux dans une contrée sinistre ? On apprendra finalement à la fin de secret de la Persanne....

Quelle beauté ce récit ! Le pessimisme le plus noir devient charmeur sous la plume de Bernhard. On retient de multiples citations qui érigent le récit au rang de confession universelle. jusqu'à la fin, l'auteur déjoue le happy end et le dénouement convenu. Le Oui du titre est bien trompeur !!!

On est, je pense, marqué à vie par l'histoire de ces deux âmes perdues, imcomprises,  sacrifiées sur l'autel de la bienséance. Pour Bernhard, il n'y a nul espoir possible. L'esprit, la philosophie sont morts. Ne reste plus que des êtres esseulés, pensants, qui ne peuvent que succomber à la bassesse de la société. 

La Persane est vraiment l'un de ces personnagres de roman que l'on oublie pas. Son mystère se dévoile peu à peu, ce qui donne une autre dimension au récit. 

Parmi les extraits les plus significatifs, on retiendra celui-ci :

"Après tout, il n'existe que des tentatives échouées. Si nous avons au moins la volonté d'aller à l'échec, nous pouvons aller de l'avant, et, pour chaque chose et en tout, nous devons avoir chaque fois au moins la volonté d'aller jusqu'à l'échec, si nous ne voulons pas sombrer tout de suite, et ce n'est tout de même pas pour ça que nous sommes là"

"Mais tout ce qui doit être écrit a constamment besoin d'être recommencé à zéro et constamment tenté à nouveau, jusqu'au moment où c'est au moins approximativement réussi, mais jamais de manière pleinement satisfaisante. Et, aussi épouvantable, aussi désespéré et voué à l'échec que cela soit, chaque fois qu'on a un sujet qui, sans cesse et sans répit, vous torture obstinément, qui ne vous laisse pas en p)aix, il faudrait malgré tout essayer. Tout en ayant conscience que rien n'est jamais certain, que rien n'est jamais parfait, même au milieu de la pire incertitude et des pires doutes, entreprendre et poursuivre la tâche que nous nous sommes donné"

Loin de n'être que des citations abstraites, ce magnifique récit est d'abord une expérience qui prend aux tripes et un merveilleux portrait. Pour résumer, un pur chef d'oeuvre.

par Sylvie publié dans : Classiques français et étrangers
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Mercredi 25 juillet 2007

1937



 

 




Editions Gallimard, collection L'imaginaire

Voici l'un des tout premiers romans de Raymond Queneau, l'auteur de Zazie dans le métro. Il s'agit d'un récit autobiographique qui règle ses comptes avec la doctrine surréaliste et André breton. On se souvient que Queneau a fait partie un temps de l'aventure surréaliste et, qu'au nom, de la liberté de l'esprit, il claqua la porte !

Il s'agit tout d'abord d'un récit satirique qui règle ses comptes avec le sectarisme des surréalistes et des communistes. Queneau y apparaît dans la peau d'un jeune mathématicien un peu paumé qui revient de l'armée et, bien qu'ayant sympathisé avec des potes communistes et anarchisants, hésite à s'engager. Il vit donc des subsides de son oncle fortuné et hésite également à s'engager dans le mariage après avoir rencontré la dite Odile. 

L'histoire est très simple donc ; on apprécie surtout l'humour à toute épreuve de l'auteur. Les surréalistes/communistres règlent leurs comptes entre différentes sectes et mouvances à coup de tracts et d'excommunication. On pénètre dans un bar où l'esprit de Lénine nous parle ! Mais alors : peut-on être adepte du spiritisme et communiste en même temps ? On sait bien que pour Marx, la religion est l'opium du peuple !
La scéance de spiristisme est vraiment un grand moment ! On retrouve le goût de Queneau pour les mathématiques (le narrateur s'interroge sur de multiple théorie bien compliquées !) et surtout son amour de la langue et des jeux de mots. Il s'amuse ainsi à énumérer les différentes sectes et groupuscules que veut rassembler un copain !

Voici un savoureux extrait de cet inventaire :

"les polysystématiseurs

les co-matérialistes phénoménophiles

les télépathiciens dialecticiens

...les spirites incubophiles

les révolutionnaires assymétriques purs

les polypsychistes intolérants ....

On apprécie également une savoureuse description de la vie parisienne de la jeunesse des années 30 : discussion dans les cafés de Montmartre par exemple.

Ce roman, dénonciation de tout sectarisme, est aussi un roman d'apprentissage : le personnage y apprend peu à peu la liberté en refusant de s'allier à tel ou tel parti  et il trouve sa voie dans l'amour !

Une lecture d'été bien rafraichissante !

par Sylvie publié dans : Classiques français et étrangers
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Jeudi 19 juillet 2007

Editions La boîte à bulles, 2003

Agrandir la couverture de L' Immeuble d'en face T. 1

Cet album qui a fait beaucoup parler de lui en 2007 a été réalisé par une toute jeune femme d'une vingtaine d'année. Il a été remarqué par la critique dans la mesure où il s'inspire à la fois du manga et de la bande dessinée alternative française. 

Le principe est simple : décrire la vie quotidienne d'un immeuble à travers la vie de trois groupes d'habitants : 2 couples, un jeune couple et des quinquagénaires, et une jeune femme enceinte vivant seule avec son gamin de 4 ans. 

On se dispute, on se sert le thé, on se brosse les dents, on joue, la vie quoi ! Puis on se rencontre entre voisins : on sauve la voisine qui s'étrangle avec une cacahuète ou qui accouche, on se raconte des petits riens, on mate la jolie voisine....

Voir un agrandissement

Les premières pages, on se dit bof ! C'est quoi l'intérêt de lire un truc qui relate la vie de tous les jours ! 

Puis, bizarrement, on s'attache aux différents personnages ! Des situations très drôles (des querelles autour des courses, la minette qui se regarde les fesses devant le miroir, le jeune gars et ses jeux vidéos) et plus émouvantes (un couple quinqua qui n'a plus rien à se dire) rythment le récit. 

Les personnalités sont bien dépeintes : la voisine bavarde qui s'ennuie, la râleuse etc...

Ce qui est le plus intéressant, c'est sans doute l'architecture de la BD : des séquences qui alternent sans rupture les tranches de vie des différents couples (scènes de disputes, relations sexuelles), un trait très simple mais pas caricatural non plus, beaucoup de scènes sans paroles, des lignes que l'on peut lire sur 3 pages...



Vanyda fait partie de ces jeunes auteurs indépendants qui mettent avant tout en scène la vie quotidienne. On peut lire la suite des aventures de ces voisins dans un deuxième tome !

par Sylvie publié dans : Bandes dessinées
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Jeudi 19 juillet 2007

Grand Prix du Festival d'Angoulême 2007
















Editions Cornelius

Ce manga a été un événement en France dans la mesure où il s'agit du premier manga à avoir été primé au Festival International de la bande dessinée d'Angoulême. Comme quoi le manga fait désormais partie intégrante de ce genre !

Mizuki, l'auteur, né en 1922, est très connu au Japon. Toute son oeuvre est basée sur les traditions populaires du Japon. 

Ce roman graphique met en scène la propre enfance de Mizuki dans les années 30, marquée par la personnalité de Non Non Bâ (grand-mère), une vieille femme sans le sou qu'avait recueilli sa famille. En échange du logis et du couvert, elle aide à élever les enfants. Le petit garçon, surnommé "Gégé" est émerveillé par les histoires que lui raconte Nonnonbâ : celle de yokais, des êtres surnaturels qui peuvent être l'âme d'un défunt, le caractère d'un objet inanimé ou encore la matérialisation d'une peur...Ces yokais font partie des croyances traditionnelles des japonais. Ces histoires vont devenir pour Gégé le moyen d'entrer en contact avec le monde invisible et surtout vont le guider dans sa vie quotidienne !

Il y a par exemple une verrue qui l'aide à tricher lors des contrôles de maths ! Ou alors un esprit en forme d'homme préhistorique qui va l'aider dans son apprentissage de la vie. 

Ce manga oscille toujours entre humour et émotion. Loin de n'être qu'une oeuvre fantastique, il s'agit d'une belle histoire d'apprentissage très poétique. Gégé devra ainsi être confronté à la mort d'une petite fille tuberculeuse. Pour exorciser son chagrin, il se mettra à dessiner le "dix mille milliardième monde", c'est à dire le paradis. On découvre ainsi comment le jeune garçon a choisit peu à peu le dessin comme voie de salut. 

Il s'agit également d'une chronique de l'enfance entre une mère très à cheval sur les traditions et un papa fantasque qui vient d'ouvrir un cinéma. Les personnages sont très bien croqués et ont tous leur personnalité. 

Enfin, on apprend plein de choses sur la société japonaise. Outre le monde des esprits, on apprécie une allusion discrète, toute en nuances des rapports sociaux. Ainsi, la vieille femme, épouse d'un bonze désargenté, prieuse dans un temple, est recueillie par la famille de Gégé. Mais la pauvreté n'est que suggérée, évitant tout misérabilisme. 

Un beau récit d'enfance qui renouvelle vraiment l'image du manga !

par Sylvie publié dans : Mangas
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Dimanche 15 juillet 2007

Pièce écrite en 1906

Partage de midi













Mise en scène par Yves Beaunesne à la Comédie Française (mars-juillet 2007)

Je suis allée voir la semaine dernière Partage de midi à la Comédie Française ; de Paul Claudel, j'avais uniquement de lointains souvenirs de cours de français concernant Le soulier de satin et du thème de l'oeuvre de Claudel : l'éternel conflit entre l'amour charnel et la spiritualité.
Partage de midi












J'ai donc redécouvert Claudel à l'occasion de cette pièce. L'intrigue met en scène un femme,Ysé et autour d'elle trois hommes amoureux : son mari, Ciz, son ancien amant Amalric et l'homme qu'elle va aimer à la passion, Mesa.
Ces 4 personnages vont se rencontrer sur un paquebot voguant sur la Mer de Chine. Lorsque la pièce commence, il est midi et le soleil brûle les coeurs...
 
On apprécie dès le premier acte la poésie des noms et des lieux ; que de noms exotiques rappelant le métier de diplomate de l'auteur !
 
A Midi, donc, Ysé se languit de ce mari matérialiste si peu passionné. Amalric, un aventurier peu scrupuleux la courtise mais en vain. C'est vers Mesa qu'elle se tourne. Ils se déclarent mutuellement l'amour absolu. Mesa propose à Ciz une mission risquée. Les deux êtres vont pouvoir vivre leur amour. Le troisième acte nous plonge brusquement dans un abri au milieu de la jungle ; les colonisés veulent bouter les européens hors de leur territoire. Et l'on retrouve mystérieusement  Ysé en compagnie d'Amalric. Mesa l'a quittée le temps qu'elle accouche de leur enfant ...
 
J'ai été vraiment surprise par cette pièce ! Bien sûr, on y retrouve la poésie, la beauté lyrique qui ont fait la célébrité de Claudel. Il s'agit vraiment d'un poème en prose ! La fin, véritable apothéose d'outre-tombe, est vraiment sublime.

Mais cette pièce est vraiment particulière dans la mesure où Ysé est partagée entre trois hommes, échappant ainsi à la dualité traditionnelle entre mari et amant. Le mari est vite évincé et Ysé se retrouve entre un aventurier vulgaire et un idéaliste. 

C'est la mort qui finalement décidera du sort de l'amour entre Mesa et Ysé. 

C'est bien sûr Ysé qui est le personnage central de la pièce ; à elle seule, elle rassemble les trois figures masculines de la pièce : à la fois féline et divine, égoïste et passionnée, manipulatrce et aimante, elle ne peut bien sûr se "fixer". C'est donc un personnage très ambigu, complexe. Le spectateur oscille constamment entre la sympathie et le mépris...
 
J'ai vraiment éprouvé ce sentiment ; on ressort de la pièce chamboulé, partagé ...
par Sylvie publié dans : Théâtre
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