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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Vendredi 30 juin 2006

THEATRE JEUNESSE

Actes Sud Papiers, « Heyoka jeunesse », 2004

 

Jean-Claude Grimberg est l’une des plus grandes figures du théâtre contemporain français. Dramaturge à succès (L’atelier), il écrit déjà depuis plusieurs années pour la jeunesse.

 

Je viens de découvrir « Pinok et Barbie » qui est un vrai régal d’aventures et d’humour : à Noël, sur les conseils de Maman chérie et du Président de la République, Petite Puce envoie ses jouets préférés, Pinok et Barbie, là où les enfants n’ont rien, à l’autre bout du monde. Mais Pinok ( Vous avez bien sûr reconnu Pinocchio !) est un pantin de bois bien grincheux : lorsqu’il part  pour le grand voyage, il souhaite être en première classe et être bien nourri.

A l’arrivée, les deux jouets sont plongés en pleine guerre civile ! Pinok compte sur Barbie fée pour le transformer en véritable petit garçon . Et voila Pinok devenu un enfant rebelle avec des vrais jouets : mitrailettes, tanks, bazookas, machettes et lance-flammes ! Pendant ce temps, Petite Puce va partir à la recherche de ses deux jouets favoris avec l'aide d'une deuxième barbie fée qui va la transformer en poupée ! Les enfants et les jouets parviendront-ils à être sauvés au sein de ce monde de fous ?

Grâce à ce conte loufoque, Grumberg évite tout moralisme et tout message bien-pensant. L'humour, toujours présent, est une antidote à ce genre de dérive. Grumberg adopte un point de vue original: ce sont les jouets dotés de vie qui découvrent les conditions de vie misérables des enfants africains et non les enfants occidentaux. La conclusion est rocambolesque !

par Sylvie publié dans : Théâtre
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Vendredi 30 juin 2006

THEATRE JEUNESSE

 

Ecole des loisirs « théâtre », 2002

 

 

Nathalie Papin est l’une des grandes figures du théâtre jeune public contemporain. L’ensemble de ses pièces est publié à l’Ecole des Loisirs.

 

 

Le pays de Rien est un petit bijou de magie en même temps qu’une réflexion sur la vie et le rapport au monde. Comme le titre l’indique, le pays de Rien est gouverné par un roi qui fait la guerre à tout ce qui fait la vie : les cris, les soupirs, les larmes, les chants et les couleurs. Son royaume se constitue donc uniquement de cages où sont enfermés les sons et d’un lac où se noient les couleurs.

 

 

Mais voila : le roi de Rien a une fille qui commence à s’ennuyer dans ce pays. A chaque son qu’elle prononce, elle est punie et est enfermée dans une cage. Un beau jour, alors qu’elle nettoie les cages, elle rencontre « un jeune garçon qui siffle » : celui-ci va lui faire découvrir l’ailleurs et en particulier la « meute des enfants des rêves malades qui traînent leurs rêves avec eux parce qu’il n’y a pas de place pour les poser quelque part ». A partir de ce moment, la vie de la petite princesse va être chamboulée : le garçon va lui faire découvrir aussi les couleurs et lui donne une mission : demander au Roi de Rien d’ouvrir son royaume aux enfants aux rêves malades pour qu’ils puissent y déposer leurs rêves. Mais les rêves sont pleins de bruits …..

 

 

Cette pièce est d’abord un conte magique qui regorge de poésie : le texte regorgent de trouvailles originales : les cages où sont enfermés les bruits, le lac des couleurs, les rêves malades etc….

 

 

Mais sous ses allures de conte fantastique, cette pièce livre également un conte philosophique sur la place de l’homme dans la société : la problématique du rapport à l’autre, le rôle du jardin secret de l’individu, le rôle des rêves et  la notion du néant.

 

 

A lire le soir aux enfants rêveurs…..

 

 

par Sylvie publié dans : Théâtre
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Mardi 27 juin 2006

Editions Théâtrales, 1999

Cet ensemble de pièces, inscrit au répertoire, est étudié notamment au programme de lettres "option théâtre" au Bac. Philippe Minyana est l'un des grands auteurs dramatiques contemporains.

Ces pièces mettent en scène plusieurs femmes qui clament leurs malheurs aux spectateurs/ lecteurs. 6 femmes, six monologues qui oscillent entre le burlesque et la tragédie. Car ces six femmes nous livrent de rudes destins : viol incestueux, mort accidentelle d'une mère, mort d'un frère SDF, enfant à l'assistance publique. Il s'agit de personnes marginales, d'exclues qui n'existent que par la parole.

Les mots se déploient sans fin; cette pièce est avant tout une performance langagière puisque les six femmes nous livrent leur intimité d'une seule traite, sans virgule. Le voir au théâtre doit être un véritable régal !

Il s'agit d'un théâtre de l'intime où Madame Tout le Monde raconte au spectateur ses blessures, ce qui l'a fait chavirer un jour. La deuxième pièce du recueil Inventaires , met en scène trois femmes interviewées par une autre femmes, sans doute une animatrice télé, bien qu'elle ne soit jamais citée comme tel. Ce déploiement de la vie intime fait penser justement à ces reality show où les invités nous racontent leur vie et leurs secrets.

Ce travail spécifique sur la langue qui n'a pas le temps de respirer (pas de virgules, beaucoup de répétitions) fait que la tragédie se transforme souvent en théâtre burlesque ; les femmes nous font penser à des pantins, à des marionnettes qui parlent sans fin. Ces monologues m'ont fait penser en particulier au travail sur le discours qu'effectue la romancière Lydie Salvayre (La puissance des mouches et La compagnie des spectres) : les personnages sont des foux furieux qui déclament leurs malheurs dans un flux de paroles sans fin.

Ce mélange de tragique et de burlesque est vraiment magique; Minyana s'inspire beaucoup du théâtre de marionnettes : ses personnages ressemblent à des pantins qui ne sont vivants que par la parole.

Vraiment une performance théâtrale et un beau travail sur la langue et le discours théâtral. Je vous conseille de lire l'interview très intéressant de Philippe Minyana à l'adresse suivante : http://ensatt.com/GESTUS/Docs/EntretienMinyana.doc

Je ne résiste pas à l'envie de vous faire découvrir un petit extrait bien significatif du style inimitable de Minyana :

"Ma mère me dit en kabyle : montre-leur mon coffret celui de mes bijoux il y a des bijoux comme ce collier ils comprendront que c'est pas un collier du Printania mais un collier de Constantine. Au lieu de sourire c'est ce qu'elle aurait dû faire essayer de parler en souriant mais comment tu peux sourire quand tu n'a pas envie et au lieu de sourire donc elle a gueulé contre eux sa lèvre inférieure arrivait même à ne plus ressembler à une lèvre elle se distendait elle se distendait il était dix-neuf heures gaz lacrymogènes gaz lacrymogènes les gaz lacrymogènes sur ma mère Ouerdia après elle est jetée dans le fourgon poings liés comme un sac de pommes de terre direction le commissariat trois de mes frères Houcine Omar Ahcène ils faisaient du tennis au terrain de sport arrêtés aussi au commissariat déjà qu'Hocine avait volé l'année dernière une mobylette ma mère pleure pleure pleure les menottes et autre scandale ligotée au pied de la table Hocine y va ^près d'elle il y court et gaz lacrymogènes ma mère on la laisse là on amène Hocine qui a été brûlé on la laisse dans la pièce avec les gaz et elle n'a pas volé il y a eu délation supposition je ne sais pas je sors de là ils me font sortir 21 heures téléphone ma mère a voulu s'étrangler avec la cordelette quelle cordelette on ne sait pas le juge appelle le docteur le docteur vient et il ne remarque rien ni les brûlures des gaz lacrymogènes ni l'état critique de ma mère on la relâche elle rentre ici à pied je l'entends je la vois sa lèvre toujours pareil elle se distend et malaise coma diabétique la mort choc émotionnel poussée de glycémie à 5 grammes par litre à cause d'un collier de Constantine autopsie rien scandale je réfléchis je vois le juge qui voit le médecin légiste et cette première autopsie ? Et l'état cyanotique du poumon et les brûlures et le choc émotionnel?

Contre autopsie s'il vous plaît je porte plainte je ne sors plus de ma chambre je n'ai plus de salive j'attends"

 

par Sylvie publié dans : Théâtre
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Lundi 26 juin 2006

ARGENTINE

Roman publié en 1948

Voici l'un des plus grands chefs d'oeuvre de la littérature sud-américaine. Le roman est bien différent de la littérature Latina que nous connaissons, illustrée par le réalisme magique cher à Garcia Marquez. Ici, nulle trace de fantastique. Sabato nous plonge au contraire d'une manière extrêmement réaliste dans les méandres d'une conscience torturée.

Juan Pablo Castel confesse de sa prison le meurtre de la femme dont il était fous amoureux. Comment en est-il arrivé à commettre cet acte désespéré?

Lors d'une exposition, Juan Pablo remarque qu'une jeune femme admire un détail de l'un de ses tableaux qui n'a jamais été remarqué par les critiques d'art : une fenêtre montrant une femme méditant devant la mer. Elle s'enfuit sans que Juan n'ait pu lui adresser la parole. Depuis ce jour, il ne pense qu'à la retrouver en inventant de multiples stratagèmes. Un jour, il la retrouve par hasard : elle s'appelle Maria Iribarne Hunter. Une étrange relation commence alors : la passion se double d'interrogations constantes sur la véritable nature de Maria. Lorsque le célèbre peintre découvre que sa bien aimée est mariée à un aveugle (ce qu'elle lui avait caché) , la jalousie commence à s'immiscer dans sa conscience tortueuse....

Juan devient fou non pour cause de raison défaillante mais au contraire parce qu'il raisonne trop : à chaque action de Maria, il analyse le moindre de ses gestes et invente à partir de là de multiples hypothèses (Maria est une putain, Maria a de multiples amants...). La narration est le récit de ses doutes et de ses interrogations. On pourrait n'y voir qu'un simple drame de la jalousie. Il s'agit de beaucoup plus que cela.

Le titre Le tunnel est extrêmement métaphorique : il désigne le puit intérieur sans fonds des angoisses et des peurs du peintre. Le tunnel est la prison où se débat le narrateur, la porte infranchissable qui empêche toute communication, toute compréhension du monde extérieur. Juan Pablo Castel n'aime pas l'humanité, n'aime pas le milieu artistique ni " tout groupe constitué". Par manque de confiance en lui, il invente mille stratagèmes pour entrer en contact avec Maria : passer par un ami intermédiaire, faire en sorte que ce soit elle qui engage la conversation. Toute communion entre les êtres demeure impossible car une zone d'ombre empêche la fusion des âmes.

Ce roman majestueux, salué comme un chef d'oeuvre par Albert Camus et Graham Greene, regorge de citations formidables sur le nature humaine. Rarement la littérature nous aura plongés de façon si naturelle, si réaliste dans la conscience d'un personnage qui déteste le monde tout en se détestant lui-même.

Je ne résiste pas à l'idée de vous livrer quelques extraits :

"Je retournais chez moi avec la sensation d'une solitude absolue. Généralement, cette sensation d'être seul au monde s'accompagne chez moi d'un orgueilleux sentiment de supériorité : je méprise les hommes, je les vois sales, laids, incapables, avides, grossiers, mesquins ; ma solitude ne m'effraie pas, elle est pour ainsi dire olympienne. Mais, ce jour là, ma solitude était la onséquence de ce qu'il y avait de pire en moi, de mes bassesses. Dans ces cas-là, je sens que le monde est méprisable, mais je comprends que moi aussi, je fais partie de ce monde.... Et je ressens une certaine satisfaction à éprouver ma propre bassesse et à admettre que je ne suis pas meilleur que les monstres répugnants qui m'entourent. "

La métaphore du tunnel....

" Et c'était comme si nous avions vécu tous deux dans des galeries ou des univers parallèles, sans savoir que nous avancions l'un à côté de l'autre, comme des âmes semblables suivant un rythme semblable, pour nous rencontrer au bout de ces galeries, devant une scène peinte par moi comme une clé destinée à elle seule, comme un message secret lui disant que je l'attendais et que les galeries s'étaient enfin rejointes et que l'heure de la rencontre était venue. ...Quelles stupides illusions avais-je pu me faire ! Non, les galeries restaient toujours parallèles , même si maintenant le mur qui les séparait était comme un mur de verre et si je pouvais voir Maria comme une silencieuse et intouchable créature...Non, même ce mur n'était pas toujours transparent : parfois, il redevenait de pierre noire et alors je ne savais ce qui se passait de l'autre côté, ce qu'elle devenait dans ces intervalles sans nom, quels événements étranges avaient lieu ; et je pensais même qu'à ces moments là, son visage changeait et qu'une grimace moqueuse le déformait et que peut-être il y a avait des rires échangés avec un autre et que toutes ces histoires des galeries n'était qu'une ridicule invention à laquelle j'étais seul à croire et qu'en tous cas, il n'y avait qu'un tunnel, obscur et solitaire : le mien, le tunnel où j'avais passé mon enfance, ma jeunesse, toute ma vie. Et dans un des ces passages transparents du mur de pierre j'avais vu cette jeune femme et j'avais cru naïvement qu'elle avançait dans un autre tunnel parallèle au mien, alors qu'en réalité elle appartenait au vaste monde, au monde sans limites de ceux qui ne vivent pas dans des tunnels. "

 

par Sylvie publié dans : Littérature sud-américaine
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Samedi 24 juin 2006

Editions L'Esprit des péninsules, 2006

Prix Ouest-France - Etonnants Voyageurs 2006

Juste un petit article pour vous présenter le prix du Festival Etonnants Voyageurs suite à la demande d'une fidèle lectrice, Martine Galati. Je ne l'ai pas lu mais j'ai eu de très bons échos : très humoristique, caricature d'un récit de voyage etc...

A mon avis, une bonne petite lecture très divertissante pour l'été ! A noter qu'il s'agit d'un premier roman. En attendant ma critique, vous pouvez consulter l'article suivant qui vous donne un résumé et une critique.

http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/En-attendant-le-roi-du-monde.html

Extrait de l'article :

En attendant le roi du monde

Olivier Maulin

Ana trouve que son ami Romain ne voyage pas assez et n’est pas ouvert sur le monde. Elle décide de l’emmener au Portugal qu’elle définit comme pays d’avenir. Mais au lieu de s’intéresser à la culture du pays, il préfère admirer les charmes de la voisine, discuter avec les mouettes et sortir avec une joyeuse bande d’illuminés qui hante les rues de Lisbonne.

« C’est elle qui avait eu cette idée foireuse. Elle était d’origine portugaise et comme les choses n’allaient pas brillamment à Paris, elle avait pensé " rentrer au pays » .

Cette corne m’avait transformé en immigré. " Elle, c’est Ana. Ses rêves : faire fortune au Portugal, rentrer dans dix ans. Lui, c’est Romain. Ses défauts : " trop français ", " pas assez citoyen du monde ". L’exil du couple à Lisbonne : un antiroman d’apprentissage où dominent la férocité des observations et l’humour des situations. L’une poursuit ses rêves, l’autre s’acoquine avec une bande d’illuminés - Lucien, grutier funambule ou Pépé, ancien colon d’Angola- qui hante la capitale portugaise de ses cuites mémorables. Il fut une époque où Romain et tous les autres auraient été marxistes révolutionnaires ; ils se contentent aujourd’hui de faire les idiots. Le temps d’une soirée d’excès en tous genres, il leur arrive aussi de voyager en esprit dans un ciel encombré où les anges croisent un hologramme de George Bush. Ce roman de la tradition revisitée sur un mode burlesque, parodique et parfois grinçant n’en questionne pas moins en profondeur notre moderne condition.

ISBN : 2-84636-089-8, parution 26 janvier 2006, 208 pages, format 21 x 14 cm.

Pour pouvez aller voir également du côté de la revue Lire :

http://www.lire.fr/critique.asp/idC=50034/idR=218/idG=3

 

par Sylvie publié dans : Littérature française contemporaine
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Jeudi 22 juin 2006

INDE

Editions Robert Laffont, collection « Pavillons », 2006

 

Puisque la littérature indienne était à l’honneur lors du Festival Etonnants Voyageurs à Saint-Malo, j’ai décidé de me plonger dans la littérature indienne contemporaine ; je connaissais déjà Salman Rushdie et VS. Naipul (Prix Nobel de littérature). J’ai découvert récemment Anita Desaï et Arundhati Roy.

 

Voici ma dernière découverte : Amitav Ghosh. Tout comme les auteurs précédemment cités, cet auteur écrit en anglais ; sa littérature est à la frontière de l’Orient et de l’Occident. Né en 1956 à Calcutta, il a passé son enfance au Bangladesh, au Sri Lanka, en Iran et en Inde. Il vit actuellement à New-York après avoir enseigné à l’Université de Delhi.

 

Sa littérature brasse donc plusieurs cultures et regorge d’aventures et de voyages.

 

Le pays des marées est son dernier roman. Il nous plonge dans la région marécageuse du golfe du Bengale, à la frontière de l’Inde et du Bangladesh, à la confluence du Gange et du Bramahpoutre. A travers le destin de personnages attachants, Ghosh nous retrace l’Histoire de la colonisation d’une région de mangroves, d’îles luttant contre l’eau et les intempéries. Il y a de magnifiques descriptions de paysages insulaires entre mer et forêts. Les tigres, les crocodiles et les dauphins viennent enchanter cette contrée.

 

Kanaï, un traducteur sophistiqué de Calcutta, débarque dans le pays des marées pour recevoir le cadeau de son oncle défunt : un manuscrit écrit peu avant sa mort, une sorte de testament spirituel. Il y croise la route de Piya, une cétologue américaine venue étudier le comportement des dauphins d’eau douce. Cette dernière va être aidée par Fokir, un pêcheur illettré, qui va la conduire sur la route des dauphins. Le cœur de Piya va bien sûr osciller entre l’illettré Fokier et le raffiné Kanaï. …

 

Alors que Kanaï va découvrir les derniers jours de son oncle, un ex-révolutionnaire qui décide de s’engager pour la cause de réfugiées bengalis au crépuscule de sa vie ainsi que la lutte des hommes pour conquérir un territoire hostile, Piya va lutter pour la protection de l’environnement et des espèces animales menacées par la colonisation humaine.

 

Amitav Ghosh évite tout manichéisme entre une colonisation qui serait à condamner et l’écologie sans prise en compte du facteur humain en évitant de prendre partie pour l’un ou pour l’autre : ainsi, il met en scène la répression dans le sang de la colonie des réfugiés bengalis par les autorités indiennes.

 

L’oncle de Kanaï incarne l’idéalisme révolutionnaire qui rêve d’une utopie où tout être humain aurait sa propre terre ; il trouvera la mort au côté des réfugiés bengalis luttant pour leurs terres. Amitav Ghosh nous raconte l’humanisation progressive des îles du pays des marées grâce à l’action de David Hamilton, un lord anglais du début du siècle, qui distribua des terres aux pauvres paysans et installa des infrastructures sociales et culturelles au service de la population. Piya incarne une autre utopie,  celle du respect de la nature.

 

En nous emmenant au cœur de ces deux idéalismes (la société humaniste et la nature inviolée), Ghosh nous fait découvrir également les légendes et mythes de cette région du Bengale : les dauphins messagers de Bon Bibi, la déesse protectrice qui lutte contre Dokkhin Rai, un puissant souverain démon qui commande à tout être vivant dans la forêt. Au lendemain d’un conflit entre le bien et le mal, Bon Bibi prend sous sa protection le marais désormais habitable alors que la jungle sera pour toujours soumise à l’emprise des démons. Mais parfois l’avidité humaine peut  passer outre cette frontière…

 

A travers cette légende, Ghosh fait s’entrecroiser avec talent la culture musulmane et hindoue. Une bonne occasion de découvrir cette région peu connue du Bengale….

 

Je vous conseille de dévorer rapidement ce roman hors norme : le romanesque (l’amour, l’aventure, le suspens) se mêle savamment à l’étude anthropologique de la région (milieu climatique, zoologie, contes et légendes…) Un régal !

 

par Sylvie publié dans : Littérature asiatique
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