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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Mardi 29 mai 2007

Editions Hachette Jeunesse, 2005

Je continue à vous présenter les oeuvres de Fabrice Colin, ce génial auteur écrivant aussi bien pour la jeunesse que pour les adultes, se renouvelant à chaque nouvelle intrigue pour émerveiller son lectorat.

Dans ce roman pour grands ados et adultes, il revisite le Japon du passé (le genre de l'uchronie qui vise à transformer le passé) en imaginant que ce pays a été colonisé par l'Empire Britannique après une catastrophe naturelle. Nous sommes en 1876 et les Britanniques ont modernisé le Japon à tel point que Tokyo s'est érigé de gratte-ciel et que son ciel est constellé de machines volantes bizarroïdes. A cette époque, des groupes terroristes locaux poussent les japonais à se soulever contre l'occupant ; des bombes éclatent dans la ville...

Au moment où s'ouvre le roman, le jeune héros, Errol Steel, est confronté à l'emprisonnement de son père, un haut dignitaire anglais, accusé de haute trahison. Comment son père a-t-il pu entrer en contact avec les insurgés ? Errol n'y croit pas une seconde et est prêt à tout pour sauver son père d'une mort certaine. De mystérieux Mages noirs semblent poursuivrent Errol et chercher une mystérieuse lettre.

Un soir, Errol est visité par l'esprit de Tokyo qui l'avertit que Tokyo va bientôt être dévasté par un gigantesque raz de marée, à l'initiative d'un groupe terroriste mené par un célèbre sorcier. Errol va devenir "l'élu" pour sauver son père et la ville entière... Il va être accompagné par un saltimbanque, frère du dangereux sorcier qui canalise l'énergie des dieux japonais, les fameux Kamis.

Colin mêle avec brio la technologie moderniste aux traditions religieuses japonaises : les âmes qui se promènent, les dieux protecteurs, la magie. Il évoque également la magie des films d'animation de Miyazaki en faisant habité le dangereux sorcier dans un donjon volant (le château dans le ciel)porté en lévitation par une armada d'oiseaux...

Il reprend le schéma de l'Héroic Fantasy (un élu vient sauver le monde menacé par les forces du mal) en l'insérant dans un décors historique et dans des intrigues familiales.

Assurément un très beau roman d'aventures qui mêle l'Histoire au fantastique. On apprécie également la réflexion sur la colonisation : l'action terroriste est-elle légitime ? Quelle attitude adopter en cas d'occupation étrangère ?

Un très bon cru !

par Sylvie publié dans : Romans fantastiques
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Lundi 28 mai 2007

Editions Flammarion, 2007

Voici un roman pour ados bien réjouissant qui mêle avec brio le roman d'apprentissage, le roman historique et l'intrigue policière. Nous voici plongés à la Cour d'Elizabeth Ire d'Angleterre, au XVIIe siècle. Le roman est le journal de Lady Grace, la demoiselle d'honneur de la reine, qui vient de fêter ses 16 ans. Et à cette époque, à cet âge, on se marie !

Orpheline de mère, c'est la reine qui l'a prise sous son aile. Et elle doit choisir au cours d'un bal l'élu de son coeur entre trois ducs ou barons bien plus vieux qu'elle ....et en plus, elle doit le choisir en choisissant le cadeau que ce dernier a offert. Elle porte son dévolu sur un beau collier de perle au détriment  d'un poignard ! Mais dans la nuit, le comte malheureux est tué et l'on accuse l'heureux élu de Lady Grace ! Sauf que l'héroïne ne croit pas une minute à la culpabilité de son promis...

Elle va donc enquêté avec ses fidèles compagnons , une lingère et un acrobate de la cour...ensemble, ils vont découvrir les intrigues de cour et les rivalités.

Il s'agit d'une intrigue menée tambour battant avec de multiples rebondissements. Patricia Finney centre certes l'intrigue sur son héroïne mais sans oublier pour autant d'étudier la société élisabéthaine. Lady Grace est une jeune enquêtrice pleine de fougue et vous attend pour d'autres aventures dans deux autres tomes !

 

par Sylvie publié dans : Littérature pour adolescents
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Lundi 21 mai 2007

SCIENCE-FICTION

Editions Gallimard, collection Scripto, 2005

Jean Molla est l'un des meilleurs écrivains pour la jeunesse actuel. On lui doit notamment l'inoubliable Sobibor.

Avec Felicidad, nous quittons le roman historique sur les camps de concentration pour une société futuriste où la Bonheur est devenu obligatoire. Un président règne à vie sur Felicidad. Les pauvres, les délinquants ont été relégués dans les zones, à la périphérie de la ville. On a créé des parumains, des robots humains qui travaillent à la place des humains. Mais ces derniers n'ont pas les mêmes droits que leur modèle...Ils sont programmés à distance pour leur interdire toute révolte.

Pour revigorer la consommation, on a créé des Pères Noëls Parumains afin d'organiser plusieurs nuits de Noël par an. Mais un problème parasite le système : les Deltas 5 , modèle parumain des pères Noëls deviennent autonomes et se révoltent ...Parallèlement, le Ministre du bonheur est assassiné. Les Parumains sont-ils vraiment responsables du crime?

Un policier, membre du Ministère de la Sûreté Générale, va enquêter...

Jean Molla affirme s'être inspiré des romans de Philip K Dick et du film Blade Runner de Ridley Scott. Il mêle avec brio une intrigue policière et réflexion sur notre futur. A quel prix obtenir le bonheur ? Grâce à des Sécuricams qui espionnent chacun de nos gestes, à un Ministère de la Sûreté omniprésent et à une violence reléguée en banlieue. De quoi faire frémir !

A cette réflexion sur le bonheur paradoxal, s'ajoute une méditation sur le rôle des robots dans une société futuriste. Et là, attention ! Molla ne se contente pas d'une banale révolte des gentils Delta 5 contre les méchants humains...L'intrigue est beaucoup plus complexe que cela ! Le scénario nous réserve de multiples surprises concernant les personnages.

Une véritable intrigue mêlant le suspense et la réflexion philosophique. A conseiller à partir de 13 ans pour les bons lecteurs.

par Sylvie publié dans : Littérature pour adolescents
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Vendredi 18 mai 2007

Roman pour adolescents

 

Editions Mango, collection Autres Mondes, 2003

Moi qui ne suis pas une inconditionnelle de science-fiction, je suis à chaque fois conquise par les romans de Fabrice Colin. Je vous ai déjà présenté Projet Oxatan, Les enfants de la lune et Les confessions d'un automate mangeur d'opium , tous des coups de coeur.

Voici maintenant Cyberpan, un roman original mêlant aventures, fantastique et conte puisque Fabrice Colin se réapproprie l'histoire de Peter Pan en l'installant dans un univers futuriste.

Wendy vit dans une ville idéale appelée Harmony. Les riches y vivent, séparés des pauvres qui vivent dans le Neo-Ghetto. Tout y est factice mais merveilleux dans le meilleur des mondes possibles. On ne voyage plus puisqu'on le fait par l'esprit grâce au RealWeb. Un jour, le père de Wendy invite sa fille à découvrir le Neo-Ghetto et le centre médical qu'il a créé pour enfants abandonnés. Wendy fait alors connaissance avec un jeune homme bien mystérieux qui affirme la connaître..

La nuit venue, Wendy est enlevée par ce mystérieux gamin, nommé Peter Pan. Il lui fait découvrir le Pays imaginaire ainsi que son pire ennemi, le Capitaine Crochet. Peter Pan, l'enfant qui ne voulait pas grandir, croit dur comme fer à ce pays imaginaire. Les Indiens, également, admirateurs du roman James Matthew Barry : ex-beatniks, il s'y sont installés il y a bien des années. Mais Wendy dévouvre bien vite que ce pays imaginaire cache une réalité bien noire ; elle découvre un laboratoire où sont enfermés les enfants perdus. Que cache ce laboratoire? Qui est vraiment le capitaine Crochet ?

Fabrice Colin transforme Peter Pan en une fable très noire. Le capitaine Crochet est un dangereux psychopathe qui n'hésite pas à enfermer des enfants pour obtenir un élixir de jeunesse. PeterPan devient le produit d'un virus informatique d'un programme qui a bogué. Dans le futur, on produit ainsi beaucoup de paradis artificiels...

Beaucoup d'originalité dans ce récit qui interroge la menace de l'imagination et du pouvoir virtuel  incitant quiconque à satisfaire ses moindres désirs.

Fabrice Colin signe également un beau roman d'apprentissage où une jeune fille apprend à découvrir la réalité des choses qui se cache derrière l'émerveillement. Un beau roman d'aventures !

 

par Sylvie publié dans : Romans fantastiques
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Lundi 14 mai 2007

1953

Il s'agit de l'un des premiers romans de Marguerite Duras après Un barrage contre le Pacifique. On remarque un passage marqué vers l'abstraction, le non-dit, les silences, qui font la "marque de fabrique" de Marguerite Duras.

Tout se passe, comme souvent chez Duras, au bord de la mer, un été torride en Italie. Des couples passent leurs vacances ensemble : Ludi et Gina, qui se querellent sans cesse mais n'arrivent pas à se quitter, et Jacques et Sara, leur jeune garçon et leur bonne. On sent bien que l'amour n'est pas au beau fixe : on passe ses vacances ici, mais cela aurait bien pu se passer ailleurs. On rêve souvent, mais finalement, on se contente de se que l'on a.

Tout se passe sur trois ou quatre jours : à chaque chapitre, on se réveille, on transpire, on se demande si l'on va aller à la plage ou si l'on va rester à la maison. Puis on s'endort en espérant qu'il pleuvra le lendemain...Duras peint avec brio le quotidien de l'amour, ses rancoeurs et ses rêves. Au cours de ces quatre jours, un homme passe et Sara est tentée par l'adultère.

Dans la brèche du quotidien, s'insinue la possibilité de l'ailleurs, la quête de l'inconnu. Mais le passage n'est pas facile. Toute la beauté du livre est dans ce chemin que l'on parcourt sans arriver au bout. Car seule compte l'envie, l'hésitation.

Duras conclut avec les paroles de l'un des protagonistes : "Il n'y a pas de vacances à l'amour, doit-il, ça n'existe pas. L'amour, il faut le vivre complètement avec son ennui et tout, il n'y a pas de vacances à ça".

On se chamaille, on rêve, on s'éloigne puis on revient finalement l'un vers l'autre car "l'amour est une prison". Finalement, il ne se passe pas grand chose dans ce livre, on suit les conversations des uns et des autres puis le lecteur devine peu à peu leurs différentes personnalités. Mais on est finalement happé par ce style si personnel: l'écriture est très fluide, quasiment constituée uniquement de dialogues.

Pas le meilleur Duras mais un bon moment tout de même...

par Sylvie publié dans : Classiques français et étrangers
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Jeudi 10 mai 2007

ALGERIE

Editions Julliard, 2003

Yasmina Khadra (l'ancien officier algérien qui a pris un pseudonyme féminin pour échapper à la censure) nous a habitué à des romans politiques notamment sur le terrorisme. Ici, il nous livre un court récit intimiste très marquant mettant en scène un être exclu qui sombre dans la haine et la folie.

Il s'agit d'un monologue intérieur d'un homme relégué derrière les fenêtres de sa grande maison dans un village algérien où la sécheresse règne. Nous ne saurons jamais son nom ; le lecteur saura seulement qu'il est une silhouette fantomatique mal aimée par son entourage : il a découvert son père assassiné à cinq ans. Sa mère lui a toujours préféré son frère aîné. Il voudrait aimer, montrer son affection mais ne sait pas...Il tombe amoureux de Cousine K qui est adorée par sa mère. Mais K est bien ingrate ; ivre de jalousie, le jeune homme pourrait être capable du pire...

Khadra installe brillamment une atmosphère très âpre : la sécheresse du pays, la tristesse et la pauvreté des habitants, le vent qui souffle plante le décor. Puis il y a cet homme enfermé derrière ses volets qui épie le moindre geste et qui se souvient. Khadra prend soin de bien décrire la solitude de l'homme, sa tristesse puis tout à coup le lecteur est surpris par une telle violence. Parfois, nous avons l'impression qu'un monstre enfermé dans une maison nous parle. Le lecteur éprouve alors un rôle de sentiment, entre condamnation et pitié ; car la solitude et le rejet peuvent conduire à la pire folie...

L'écriture très métaphorique nous hypnotise littéralement et nous enferme dans un atmosphère de déréliction.

Je vous laisse découvrir des phrases très poétiques qui font toute la beauté du livre :

"Je ne vis pas vraiment ; je ne fais qu'être là, quelque part ; une ornière sur un chemin, un nom sur un registre communal.

Les nuages qui essaiment par dessus la montagne, la brise musardant dans l'empuantissement, les mioches que délure la rue et le braiment des ânes ne me divertissent pas.

Je considère la nuit comme une agression, subis le regard des autres comme un viol, et me fais violence toutes les fois que j'ouvre ma fenêtre sur le village.

Je n'aime pas les papillons. Pourtant, s'ils pouvaient se pousser un peu pour me frayer une place dans leur chrysalide, je leur donnerais mon âme et mon corps en guise d'offrande et chanterais leurs louanges jusqu'au jour dernier.

Mon matin est aussi navrant que vain ; une île perdue au large du renoncement. Son soleil me brûle, ses perspectives me donnent la nausée; ....

Ma nuit est une concubine frigide et ingénue. Ses baisers sont urticants, ses fantasmes incongrus. Dès le coucher du soleil, elle me rejoint....Souillant mes draps et mes chairs à la manière d'une truie. Ensuite, elle se retire, en même temps que la marée. Tirant la couverture vers elle. M'abandonnant seul et nu, tel un ver solitaire, dans le monde démentiel du "déjà-vu".

.....Captif des lassitudes, des serments avortés et des années mortes, il m'arrive souvent de scruter la pénombre sans savoir pourquoi, de veiller longuement le silence à l'affût de je ne sais quoi. J'ignore pourquoi je suis venu au monde, pourquoi je dois le quitter. Je n'ai rien demandé. Je n'ai rien à donner. Je ne fais que dériver vers quelque chose qui m'échappera toujours..."

par Sylvie publié dans : Littérature orientale:Maghreb, Turquie...
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