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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Lundi 29 mai 2006

VIETNAM

Editions Sabine Wespieser, 2006

Voici le dernier opus de la plus célèbre écrivaine vietnamienne contemporaine. Je vous avais déjà présenté Au delà des illusions qui mettait en scène une femme idéaliste qui quittait son mari ayant profité du népotisme des communistes.

Avec Terre des oublis, Duong Thu Huong nous livre encore une fois un magnifique portrait de femme après la guerre du Vietnam.

Alors qu'elle rentre d'une journée en forêt, Miên a la surprise de retrouver Bôn, l'homme qu'elle avait épousé quatorze ans auparavant. Ce dernier avait été déclaré mort à la guerre . Miên s'est remariée avec Hoan,  un riche propriétaite terrien, qu'elle aime et avec qui elle a eu un enfant. Mais face à la pression de la communauté villageoise, Miên se résigne à faire son devoir et à retourner vivre avec son premier mari.

Elle tente désespérément de se réhabituer à son humble condition : elle quitte sa belle maison pour aller vivre dans une vieille hutte délabrée ; Bôn, passionnément amoureux, est devenu un être physiquement détruit qui ne peu plus travailler. Mais il désire coûte que coûte un enfant malgré son impuissance...Hoan, le riche commerçant, respecte la décision de son épouse et part vivre en ville ...

Au fil de 800 pages qui se lisent très facilement (un petit peu moins d'une semaine...), la romancière passe de l'un à l'autre des personnages  du triangle amoureux. La narration plonge par épisodes dans le passé des trois personnages qui sont tous des victimes des conventions sociales. Hoan a été marié de force très jeune à une jeune femme intrigante ; Miên doit suivre les coutumes qui poussent les jeunes femmes à aller vivre avec les martyrs de la guerre. Enfin, on apprend que Bôn a été lui aussi marié de force à une jeune laotienne qui l'a sauvé dans la jungle. Les différents monologues intérieurs expriment les regrets et les devoirs des trois victimes de l'Histoire.

Duong Thu Huong évite cependant tout misérabilisme car au plus profond du désespoir, les personnages gardent une dignité certaine. Tous trois forcent l'admiration du lecteur, y compris Bôn qui est pourtant une loque humaine. Tout au long des 800 pages, le lecteur s'interroge sur l'issu de ce drame ce qui installe un certain suspens au coeur de l'étude psychologique.

Une nouvelle fois, l'écrivaine nous livre une profonde réflexion sur les rapports entre la liberté individuelle et les grands principes moraux et politiques. L'individu semble écrasé par le poid de l'opinion. Nous apprenons qu'après la guerre du Vietnam, des mariages étaient organisés entre de jeunes vierges et les invalides de guerre.

Et puis il y a cette poésie dans la description des paysages : brumes laiteuses, champs de poivriers, description de la jungle...

Un écrivain incontournable à découvrir...

par Sylvie publié dans : Littérature étrangère contemporaine
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Dimanche 28 mai 2006

ETATS-UNIS, 1950

Cette oeuvre est devenue mythique grâce à l'adaptation cinématographique d'Elia Kazan avec dans les rôles principaux, Marlon Brando et Viviane Leigh. On a eu ainsi tendance à oublier qu'il s'agit originellement d'une pièce de théâtre de l'un des plus grands dramaturges américains du 20e siècle avec Arthur Miller. Tennessee Williams (1911-1983) a mis en scène des marginaux et des êtres blessés par la vie, psychologiquement fragiles qui sombrent plus ou moins dans la folie à cause d'un système social opprimant. Il a été marqué par la folie de sa soeur Rose qui subit dans sa jeunesse une lobotomie du cerveau. On lui doit notamment La ménagerie de verre , Baby Doll et Une chatte sur un toit brûlant, pièces également adaptées au cinéma.

La célèbre chanson écrite par Michel Berger et chantée par Johnny, "On a tous quelque chose en nous de Tennessee" lui est dédiée !

Lorsque j'avais vu le film Un tramway nommé désir, j'avais presque été déçue bien que j'ai trouvé Vivian Leigh éblouissante dans le rôle de la femme fragile qui sombre peu à peu dans la folie. Puis j'ai vu récemment la pièce au théâtre Mouffetard et je me suis indentifiée davantage aux personnages. Je trouve que les personnages ont tous leur ambivalence et qu'on ne peut ni trancher en faveur de Blanche, ni en faveur de Stanley.

Voici l'intrigue : dans un appartement minable de La Nouvelle Orléans, Stella Du Bois, descendante d'une vieille famille aristocratique, vit avec son mari Stanley,une brute sensuelle pour les beaux yeux duquel elle a abandonné la plantation familiale. Survient Blanche, la soeur de Stella. Elle arrive avec ses belles robes, ses bonnes manières, son goût de la littérature et des arts alors que sa soeur et surtout son mari sont des êtres frustres et matérialistes. Stranley est plus qu'énervé par le comportement de sa belle-soeur qui le dédaigne. Il cherche à découvrir le véritable visage de Blanche. Il apprend que Blanche est ruinée et qu'elle a dû vendre sa plantation. De plus, elle a été renvoyée de l'école où elle enseignait pour avoir eu une aventure avec un élève de 17 ans. En apprenant cela, Stanley fait rompre les fiançailles de Blanche avec son ami Mitch et n'a plus qu'une idée en tête : faire sombrer Blanche, une fille déja bien fragile, dans la folie...

La tension de la pièce trouve son origine dans l'opposition des personnages : Stanley est un animal puissant, sans état d'âme, prêt à bondir sur une frêle biche. Blanche est certes une mythomane mais c'est d'abord une rêveuse qui recherche un idéal ; ses rêves se sont évanouis lorsqu'elle a découvert que son mari était homosexuel; ce dernier s'est suicidé et elle n'a pas arrêté ensuite de rechercher l'être idéal. Elle déclare que pour elle, le mensonge est d'abord un rêve et de la magie donnée à autrui...Mais dans ce monde ingrat, les idéalistes sont condamnés à l'incompréhension.

Le personnage de Stanley, la proie, n'en est pas pour autant un personnage infâme. Il apparaît dans toute sa sensualité et répond au mépris de Blanche. Leur relation est faite de haine et de désir. La guerre des nerfs, le conflit psychologique est le vrai mobile de la pièce...

par Sylvie publié dans : Théâtre
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Jeudi 25 mai 2006

La fête des mères approche. On peut s'interroger à ce sujet sur la figure maternelle dans la littérature.

Y-a-t-il des figures maternelles qui vous ont marquées, émues dans les romans que vous avez lu? Lesquelles?  

En ce qui me concerne....

Parmi les titres les plus connus, il y a bien sûr Le château de ma mère de Marcel Pagnol, La mère de Gorki et Mère Courage de Brecht. Ou bien encore Fantine, la mère de Cosette, dans Les Misérables

Il y a tout d'abord la mère considérée comme une sainte :

Pour moi, le livre le plus marquant à ce sujet est Le livre de ma mère d'Albert Cohen (critique du 24 octobtre 2005)

Albert Cohen, l'auteur du célèbre Belle du seigneur signe ici un roman bouleversant en forme d'hommage à sa mère disparue.

 Le narrateur (Albert Cohen parle sans aucun doute de sa propre mère) exprime sa douleur insoutenable après le décès de sa mère: il fait de cette femme une sainte. La mère, juive émigrée de Corfou à Marseille, est l'image même du dévouement, de l'abnégation. Petite femme simple et boulotte, elle n'a aucune vie sociale puisque ses origines étrangères la retranche de la bonne société marseillaise. Elle n'a pas d'instruction et passe ses journées aux fourneaux et au ménage. Elle n'a qu'un unique amour: son fils pour lequel elle sacrifie tout.

 Par son écriture magique, le grand écrivain qu'est Albert Cohen sanctifie, déifie cette petite femme au coeur simple. Il nous conte son quotidien fait de petites choses bien anodines mais si précieuses pour un fils.

 

 

Son roman est un pardon adressé à cette mère dévouée qu'il a trop souvent délaissée. Car Cohen a quitté  Marseille à 15 ans pour faire carrière dans la diplomatie à Genève. Ambitieux, il a eu tendance à renier un jour ses origines en rabrouant sa mère qui avait téléphoné dans une soirée mondaine pour savoir s'il n'était pas arrivé quelque chose à son fils ...Cohen revient à plusieurs reprises sur cet événement fâcheux qui provoque sa culpabilité: sa mère avait imploré son pardon en larmes; il considère alors sa douleur comme un juste châtiment.

Ce roman s'adresse alors à tous les fils qui ont encore leur mère; pour qu'ils ne soient pas ingrats, pour qu'ils passent encore du temps avec elle...

Chacun peut se reconnaître en Albert Cohen: chacun a regretté de ne pas s'être davantage occupé d'un être cher. Le passage le plus émouvant relate la culpabilité du fils lorsqu'il commet un "péché de vie": rire, se promener ou simplement manger...

Un livre qui nous concerne au plus haut point...


 

On peut aussi citer la figure de la mère tyrannique :

La figure de la mère chez Duras dans Un barrage contre le Pacifique est de ce point de vue emblématique : portrait d'une femme courageuse qui tient tête aux forces de la nature jusqu'à la folie.

Cette figure est très ambiguë et le lecteur est partagé entre l'admiration pour une femme qui lutte contre son destin et l'agacement devant une femme calculatrice qui n'hésite pas à pousser sa fille dans les bras d'un milliardaire pour payer la construction du barrage.....

 


 

Enfin, il existe aussi la mère de substitution, la belle-mère qui éveille des jalousies et des rancoeurs. C'est le cas de Bonjour tristesse de Françoise Sagan.

Bonjour tristesse

Ce livre magnifique met en scène une jeune fille en proie à la jalousie vis à vis de la nouvelle compagne de son père veuf. Pour se débarrasser de cette tutelle gênante, il mettra au point un plan machiavélique qui se terminera involontairement en drame...Pour la jeune adolescente, ce drame marquera la fin de l'adolescence et le début de la tristesse...

par Sylvie publié dans : Le monde littéraire
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Mardi 23 mai 2006

L'administrateur de la Comédie Française, Marcel Bozonnet, vient de décider de déprogrammer une pièce de Peter Handke pour la saison 2006-2007 , arguant le fait que le grand dramaturge allemand a assisté aux obsèques de Slobodan Milosevic, l'ex-président serbe.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=378488

http://cultureetloisirs.france3.fr/livres/actu/20717629-fr.php

- Peter Handke (photo non datée) - AFP/H. PFARRHOFER -

Une partie du monde littéraire ( dont Elfriede Jelinek, Prix Nobel de Littérature ) s'est insurgé contre cette décision : la grandeur d'une oeuvre est indépendante des engagements de son auteur. Peter Handke est un écrivain internationalement reconnu et ses sympathies proserbes sont connues depuis longtemps.

L'éternelle question est encore d'actualité : faut-il s'interdire de lire Céline à cause de ses propos antisémites ?

Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit sont des chefs d'oeuvre de la littérature quelque soit les propos de Céline.

Je suis donc contre cette censure arbitraire. Et vous ?

Lorsque vous lisez une oeuvre, êtes-vous attentif au "profil" , aux propos de l'auteur ? Est-ce déterminant pour vous?

Ou êtes-vous séduits d'abord par l'intrigue quelque soit le profil de l'auteur?

 

par Sylvie publié dans : Le monde littéraire
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Dimanche 21 mai 2006

ALGERIE

Actes Sud Papiers, 2000

Abdelkader Alloula est l'un des grands dramaturges algériens contemporains. Comme de nombreux intellectuels de son pays, il fut assassiné par des terroristes en 1994 à l'âge de 55 ans. Vous pouvez consulter sa biographie sur le site suivant : http://www.algerie-dz.com/article1747.html

Abdelkader Alloula - 3.5 ko

Dans sa pièce la plus connue, Les sangsues, il nous livre une critique acerbe de la bureaucratie algéroise qui, soucieuse de son ambition personnelle, en arrive à mépriser le peuple.

Nous sommes au lendemain de l'indépendance. Un bureau administratif vient d'ouvrir ses portes. Trois hommes viennent sur le devant de la scène. On comprend que l'un est le chef, les deux autres, ses assistants. On livre un fauteuil en cuir lorsque le chef est absent ; les deux assistants, mourant de jalousie, sont bien tentés de l'essayer. Le chef entre et leur fait un leçon de "service public" : les fonctionnaires doivent appliquer la loi tout en servant le peuple ! Apparemment, cette maxime est bien difficile à appliquer ! Les trois fonctionnaires vont devenir des "planqués" qui méprisent les demandes du petit peuple. A l'entrée du bureau, un appariteur accueille les habitants avec un gourdin ! Pendant ce temps, le chef accueille des prostituées et fait la fiesta ....

Les scènes sont entrecoupées de chants et de danses, faisant ressembler le tout à une pantomime burlesque. Cette pièce est une vive satire de l'administration qui ne pense qu'à son bien personnelle au dépend des besoins du peuple. L'ensemble est très humoristique, le dramaturge joue sur la surenchère en accumulant les gags. L'ensemble pourrait peut-être apparaître un peu "lourd" à certain. Mais bob, ce n'est pas tous les jours que l'on voit un pièce algérienne jouée par une troupe algérienne !

J'ai assisté à cette représentation au Forum Culturel du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis). La pièce était en bilingue arabe-français mais je n'ai été à aucun moment génée par l'emploi de la langue arabe.

Une pièce originale, engagée qui m'a bien fait rire !

par Sylvie publié dans : Théâtre
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Dimanche 21 mai 2006

SUEDE

Arche Editeur, 2002

Lars Norén, né en 1944, est considéré comme le plus grand dramaturge suédois depuis Strindberg. Ses pièces plongent au plus profond de la misère humaine de nos sociétés contemporaines. Vous pouvez consulter sa biographie sur http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/bio-auteur.php?id=449

Guerre ne met pas en scène des champs de bataille ni des tranchées mais une famille qui souffre de la guerre. Il s'agit de voir la guerre du point de vue de l'individu, de l'intime. Aucune indication spatio-temporelle n'est donnée mais de multiples allusions évoquent toutes les guerres que nous connaissons : guerre de 39-45, Tchétchénie, Rwanda...A noter également que les personnages n'ont pas de noms ; ils sont appelés par de simples lettres: le père est D, la mère est A, les filles B et C, le frère est E. Déshumanisation à l'oeuvre...

Un père revient au foyer familial alors que tout le monde le croyait mort. Sa femme et ses deux filles sont surprises de le voir en vie et le découvre aveugle. Bientôt un autre personnage fantômatique arrive; il s'agit de E , le frère du père, qui est devenu l'amant de sa femme....

A côté du père aveugle, rôde le frère amant. La "vie" continue : la fille aînée se prostitue. On découvre que la mère a été violée plusieurs fois. Elle se refuse à son mari et lui déclare qu'elle aime son frère. Le père va assouvir ses désirs sexuels avec sa fille....

Selon Norén, la guerre fait transgresser tous les interdits : inceste, adultère, tout est permis dans une sorte de bacchanale Pourtant, une fuite, une vie semble possible : la mère déclare qu'elle n'a jamais aimé son mari comme elle aime son amant qui lui a appris la vraie vie. B et C continue à jouer , B sort avec les soldats américains...Cette pièce a des accents homériens (le père aveugle qui revient de la guerre fait penser à Ulysse) et shakespeariens (la mère qui vit avec le frère de son mari).

Un auteur qui nous plonge dans les méandres de l'enfer en plaçant l'humain en première ligne.Peu lui importe qui sont les vaincus et les vainqueurs de la guerre. Il s'agit avant tout de traiter des répercussions du mal sur l'homme et de répondre à une question essentielle : qu’est-ce qui fait que l’homme survit, même après les plus terribles épreuves, même après avoir tout perdu ?

par Sylvie publié dans : Théâtre
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