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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Mercredi 30 avril 2008

ROMAN GRAPHIQUE- ETATS-UNIS

Fun home

Editions Denoël Graphic, 2006

Cette bande dessinée aux allures de roman graphique a été un best-seller aux Etats-Unis et est un véritable phénomène de société dans la communauté gay et lesbienne.

Dans ce récit autobiographique, intimiste,Alison Bechdel nous raconte un secret familial : l'homosexualité cachée de son père et la découverte de sa propre homosexualité à l'adolescence. Ces révélations se focalisent sur un drame : le suicide déguisé en accident du père, Bruce Brechdel, qui n'assuma jamais au grand jour son homosexualité, qui se maria et eut des relations illicites avec de jeunes garçons.

L'auteur refuse tout récit linéaire en focalisant chaque chapitre sur un événement précis de son enfance au son adolescence. Le but est de comprendre véritablement son père, qui à cause de sa sexualité refoulée, a tyrannisé une partie de son enfance. Alors qu'elle a appris son homosexualité cachée quelques jours avant sa mort, elle tente de comprendre ce père aux deux facettes et de se comprendre par ailleurs elle-même.

Ce roman graphique est d'une profondeur psychologique indéniable, et, fait très rare dans une bande dessinée,il a une qualité littéraire certaine !

En effet, le récit est truffé de références littéraires, pas simplement décoratives, mais qui expliquent le propre parcours des personnages et leurs relations. Le père, professeur de littérature anglaise, transmet sa passion a sa fille qui utilise cet héritage pour comprendre le destin de son père. Est ainsi fait référence à Gatsby le Magnifiquede Scott Fitzgerald, à A l'ombre des jeunes filles en fleursde Proust, à L'importance d'être constant d'Oscar Wilde ou encore à Ulysse de Joyce ; homosexualité cachée, paradis artificiels ; tout un bagage symbolique qui  illustre le propre parcours du père et sa relation avec sa fille.

Alison Bechdel replace également l'homosexualité non seulement dans une dimension psychologique, mais aussi culturelle : l'émergence du mouvement lesbien dans les années 70 avec ses auteurs de référence.

par Sylvie publié dans : Bandes dessinées
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Lundi 28 avril 2008

CHINE

My Way


Editions Xiao Pan, 2007
2 tomes

My Way est un manga en couleur créé par une jeune chinoise de 24 ans. Les amateurs de contes, de poésie et de dessins naïfs y trouveront à coup sûr leur bonheur !

Les illustrations sont magnifiques ! Chaque petite histoire d'une quinzaine de pages est dominée par une couleur pastel : le rose, le bleu, le mauve, le jaune ; le lecteur évolue dans une décor féerique, enfantin qui fait un peu penser à L'étrange Noël de Mister Jackou encore à Marc Chagall.



Allié à ce dessin féerique, des petites histoires intimistes qui mettent un scène un personnage mystérieux, une sorte d'ange gardien qui se promène sur "la voie qui mène au bonheur". Un chapeau haut-de-forme, de gros yeux naïfs ronds, pas de nez ni de bouche, une allure androgyne. Sur sa route, il rencontre des êtres (souvent de jeunes adultes, des enfants ou encore des lapins) souvent blessés par une rupture amoureuse ou un deuil ou qui cherche leur voie, leur destin. Au cours de ces brèves rencontres, il leur montrera habilement ce qu'est la vraie vie.

Ces histoires sont souvent très nostalgiques, voire très tristes. Si la rupture amoureuse prédomine dans le 1er tome, c'est le deuil qui prend le pas dans le deuxième. Le texte, souvent très poétique,aux allures de maximes orientales, prend la forme de petites leçons de morale :

"

Le bonheur est loin d'égaler la splendeur d'un feu d'artifice; parfois, il paraît si ordinaire qu'avant même qu'on le regarde, il a déjà disparu sans laisser de trace"

Les lignes de la main, les moment joyeux ou les cicatrices que nous laisse la vie sont tous comme ce sable coloré dans la paume de notre main. Sur le motif de la vie, éclosent des fleurs. Avant de se diriger vers notre fin, laissons les d'abord s'ouvrir en souriant"


Les rêves, la nostalgie de l'enfance, la difficulté de la communication amoureuse font de ce recueil des histoires universelles. Plus qu'un manga, nous avons l'impression de lire un recueil de contes illustrés. Une vraie découverte.

par Sylvie publié dans : Mangas
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Lundi 28 avril 2008

Editions Calmann-Lévy, 2005

Les vivants et les morts

Prix RTL Lire 2005

Gérard Mordillat, romancier et documentariste, renoue ici avec la tradition française du roman social, engagé et du feuilleton. Allant à contre-courant de la dominante nombriliste de la littérature française contemporaine, il signe une fresque de 650 pages racontant une fermeture d'usine de fibres plastiques dans l'Est de la France.

Tout se passe de nos jours; une inondation mobilise tous les ouvriers pour sauver l'usine. Grâce à leurs efforts, les machines sont réutilisables mais deux ans plus tard, les dirigeants annoncent que l'usine, rachetée par un groupe allemand, n'est plus rentable. Il faut donc licencier...Ce sont les plus vieux et les plus jeunes qui trinquent malgré la lutte des ouvriers.

Un an plus tard, malgré les licenciements, on annonce que l'usine ferme définitivement...La lutte commence...

Cette fiction documentaire aux allures d'épopée nous fait vivre de l'intérieur toute la vie d'une village, d'une région bouleversés par les mutations économiques. Mordillat recrée véritablement un monde dans une fresque d'une cinquantaine de personnages aussi différents les uns que les autres par leurs caractères ou leurs fonctions : maire du village, responsables syndicauts, commerçants, préfet, ministres, journalistes, les découragés (les morts) et ceux qui ont choisi la lutte (les vivants)....et bien plus encore le PEUPLE. Car au delà de la politique, des divergences syndicales, c'est bien l'homme, le peuple qui a la parole dans ce livre.

Mordillat évite tout effet de style. Presque aucune description, les dialogues prédominent ainsi que l'action pour donner vraiment l'impression d'une parole populaire directe. Tout est très rythmé, rapide, sans fioritures, nous avons l'impression d'être dans un feuilleton de Dumas ou dans un reportage filmé.

La dimension documentaire est très présente ! Mordillat décortique les différentes étapes des fermetures d'entreprise : plan social, rachat par un firme étrangère, délocalisation.

Mais il n'oublie jamais la dimension romanesque d'une telle histoire : il entremêle le collectif et l'individuel en focalisant les répercussions de la crise sur un jeune couple d'ouvriers, Rudi et Dallas. Ce couple incarne les vivants qui lutteront jusqu'au bout. Mais autour de ce couple gravitent les morts (Lorquin, un vieil ouvrier qui ne comprend plus le monde dans lequel il vit), les collèges mais aussi la direction (Le personnage du directeur, Format, est un personnage tout en nuances, tragique).Chaque partie du roman (3 grandes) est centrée sur un des trois personnages principaux : Rudi, Lorquin, Dallas.

Modillat évite tout manichéisme en liant justement l'intime et le social : chaque personnage subit une crise intime. La crise sociale devient crise psychologique : problèmes de couples, réflexion sur les rêves d'une vie....Les intrigues amoureuses sont très présentes évitant au roman de devenir un récit à thèse.

Car c'est bien la vraie vie qui domine dans cette fresque. Ca remue, ça mugit, ça frémit. La dernière partie est de ce point de vue magistrale, prend des allures de Germinal du XXIe siècle. L'action prédomine, la révolte du peuple prend des allures de thriller...

Mais je n'en dit pas plus. Mordillat renoue avec la grande tradition du roman populaire, simple et vivant. Saluons l'exploit.

par Sylvie publié dans : Littérature française contemporaine
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Lundi 21 avril 2008

ETATS-UNIS, 2007


Editions de l'Olivier

Est-il encore utile de présenter ce titre sur la blogosphère ? Abondamment critiqué dans la presse et sur les blogs, ce roman est considéré comme un pur chef d'oeuvre. Et c'est le cas.

Ce roman est d'autant plus marquant pour moi que je n'avais pas été conquise par McCarthy, considéré comme le plus grand écrivain américain actuel avec Philip Roth, Thomas Pynchon et Don De Lillo. Des personnages et des intrigues très flous me gênaient. Je n'ai pas non plus été marquée plus que cela par Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, adapté au cinéma par les Frères Coen.

Et là je m'incline avec respect !

Dans un univers post-apocalyptique où le monde est recouvert des cendres, où la nature est absente, où des hordes de sauvages massacrent les survivants, un homme et son fils parcourent une route pour atteindre la mer, le seul espoir d'une vie meilleure. Avec pour tout bagage un sac à dos,un caddie et un revolver, ils s'avancent sur la route à la recherche de nourriture et d'un toit provisoire pour dormir. Sur 250 pages, le roman ne raconte que ces actions...et surtout l'amour désespéré d'un père pour son fils.

Le petit, qui n'a jamais connu le monde d'antan n'a que les souvenirs et les histoires que lui raconte son père pour s'en faire une idée. Et ce qui est le plus troublant est que l'enfant incarne à lui seul les valeurs humaines dans un monde déserté de Dieu. En effet, il conseille à son père de donner à manger aux quelques rescapés qui croisent, il refuse de tenir le revolver. Il incarne "les gentils" comme il le dit à plusieurs reprises. L'influence biblique est indéniable : l'enfant porte le feu sur la route ; il incarne l'espoir, la survivance de l'homme après l'apocalypse. Il est sur la route pour rejoindre les éventuels survivants de la race humaine au sens noble du terme. D'ailleurs, à plusieurs reprises, on parle de lui comme un ange.

Pourquoi ce roman fascine tant ? Il touche d'abord à l'universel. Ce qui m'a gêné le plus dans les précédents titres de MacCarthy est ce qui est le plus fort dans ce titre. Nous ne savons pas pourquoi le monde est dévasté. Nous ne savons où l'on est, ni quand, les deux personnages ne sont pas nommés, c'est "l'homme" et "l'enfant". Et justement, le lecteur en est d'autant plus touché. Les personnages incarnent de manière universelle la relation fusionnelle père-fils. Le lecteur s'immerge sans contrainte dans ce monde.

Il y a d'autre part une construction narrative tout à fait moderne ; aucun chapitre ; au contraire, des paragraphes descriptifs qui décrivent les paysages et les actions des deux personnages ; entre des dialogues très épurés, très courts entre le père et le fils. La peur, l'envie de la mort, l'espoir. Là encore des universaux.

Comment une intrigue qui raconte la même chose sur plus de deux cents pages fascine tant ? Deux paradoxes à mon sens m'ont émerveillés : un enfant qui n'a pas connu le monde humain est le seul à incarner ses valeurs. Il y a aussi ce paradoxe entre une noirceur atroce et une lumière des plus pures.

Car je pense que ce roman incarne un profond optimisme : c'est un message d'amour fou d'un père à son fils qui incarne le feu de l'espoir, de la vie. D'ailleurs, MacCarthy a dédié comme par hasard ce livre à son jeune fils...

Un chef d'oeuvre qui met sur un piédestal l'amour filial.

Voir sur mon blog les critiques du Gardien du verger et De si jolis chevaux

par Sylvie publié dans : Littérature anglo-saxonne et américaine
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Vendredi 18 avril 2008

AFRIQUE DU SUD, 2006

Des vies sans couleur

Editions Phébus

Ce titre d'une auteur sud-africaine a été très remarquée notamment par Jean-Michel Coetzee, prix Nobel de Littérature et Toni Morrison ; Coetzee a parlé à propos de "littérature post-apartheid".

Outre le fait d'une qualité romanesque indéniable, ce récit a le mérite de mettre en lumière le destin méconnu des métis, ces "ni noirs ni-blanc" pendant l'apartheid.

Il met en scène de nos jours Marion, une jeune cadre dynamique au Cap, directrice d'une agence de voyage. Tout semble lui sourire jusqu'au jour où elle est intriguée par une photo d'une militante de l'ANC de Mendela dans le journal. Ses traits lui font penser étrangement à Tokkie, la vieille gouvernante noire de son enfance.

A partir de ce moment, tout vacille en elle :
elle se croit adoptée...Elle va donc partir à la recherche de sa véritable origine et tenter de trouver la vérité auprès de son vieux père.

Elle va découvrir alors la vie de métis qui pour contrer les lois de l'apartheid se sont fait passer pour blancs. Au nom de la réussite, ils ont tout abandonné : famille, amis...

Ce roman bouleversant réserve de multiples surprises. Habillement construit, il nous surprend jusqu'à la fin. Tout est centré sur , d'une part les liens entre Marion et son père et d'autre part, entre Marion et sa jeune employée métis, Brenda, qui l'aidera à accepter sa "nouvelle identité".

D'une finesse psychologique indéniable, il interroge l'identité dans un état multiethnique. La langue savoureuse est truffée de termes locaux qui nous apprend beaucoup sur la culture et la société sud-africaine : la scission ville/campagne, les dissensions entre les afrikaners, boers et tous les autres, métis ou noirs.

Un beau portrait de femme et une histoire bouleversante sur un fait méconnu de l'histoire de l'apartheid.

par Sylvie publié dans : Littérature africaine
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Mercredi 16 avril 2008

ETATS-UNIS - 1932



Incontestablement l'un des plus beaux romans de Faulkner. Moi qui ai commencé la lecture de ce et auteur réputé difficile par Le bruit et la fureur, je découvre avec Tandis que j'agonise  et ce titre un auteur de génie, une oeuvre inoubliable. l'histoire, la mise en scène, le traitement du temps et de la narration, les thèmes fondateurs de la mentalité américaine ; tout concourt à faire de ce titre un chef d'oeuvre.

Comme toujours chez Faulkner, il est question de destins de plusieurs personnages sur une trentaine d'années ; mais la construction du roman est si limpide que même si nous revenons constamment au passé, le lecteur n'est pas dérouté.

Tout commence sur une route perdue entre l'Alabama et le Mississippi. Lena Grove, jeune femme enceinte, part à la recherche du père de son enfant Lucas Burch, qui s'est enfuit. Puis Faulkner nous emmène justement où atterrit Lena, dans un village qui abrite une scierie où justement travaille Lucas et un certain Joe Christmas. Le jour où elle arrive dans la bourgade de Jefferson, un meurtre a eu lieu : Joe Christmas a assassiné une vieille notable yankee. Le village est aux abois et part à la traque de Joe Christmas....

Et nous voila plongés dans le passé de Christmas, Faulkner cherchant à expliquer la genèse du meurtre.Puis l'écrivain retournera à la fin au présent pour nous faire part du destin de Lena et de Christmas...

Construction éblouissante, purement logique, circulaire : présent, passé qui explique l'action présente puis effet dans le présent de l'action principale, à savoir le meurtre. Après avoir lu ça, on ne peut plus lire que le roman faulknérien est embrouillé ; ce dernier est le plus classique.

Ce qui marque, c'est l'opposition constante dans le roman entre les figures de sainteté (Lena, la figure de la fécondité, de l'optimisme, de l'innocence incarnant Marie, secourue par Byron Bunch, amoureux d'elle, qui cherche à la secourir ainsi qu'à sauver Christmas) et la haine absolue incarnée par plusieurs situations :

tout d'abord, la référence constante au puritanisme qui rejette toute sexualité hors mariage. On retrouve dans tout le roman la haine de la chair, incarnée parfaitement par le gtand-père de Chistmas, un fou de Dieu. Joe Christmas est
 doublement  marqué par le sceau du péché : c'est un fils né hors mariage et il a du sang noir dans les veines ; il est abandonné et persécuté à ce titre . C'est à une véritable traque que nous assistons, visant à castrer, effacer la faute ; en ce sens, Joe Christmas est sacrifié tout comme Jésus (les initiales JC sont très révélatrices) pour purifier le village.Tuer Joe Christmas revient à éradiquer, tuer le mal à la racine.

Haine du sexe, de la chair, de la femme (beaucoup de passages mysogines comme quoi la femme incarne le suppot de Satan) et haine entre yankees (les abolitionnistes) et les sudistes qui font la chasse au sang noir.

Faulkner dépeint le plus dangereux des puritanismes dans une société sudiste assoiffée de haine, malade de refoulement, embourbée dans les conflits raciaux. Certains passages sont d'une violence extrême.

Roman d'une noirceur et d'une violence extrème...Pourtant, la "lumière d'août" se lève ; Lena Grove et Byron Bunch, partant pour une route incertaine, incarnant Marie et Joseph, incarnent la sainteté et l'espoir...

Un de ces romans qui marquent à vie...

par Sylvie publié dans : Littérature anglo-saxonne et américaine
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