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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Jeudi 29 mars 2007

Collection pour adolescents

Actes Sud Junior, Collection "Ciné-roman"

Voici une collection chez Actes Sud à vraiment mettre en valeur : il s'agit d'un livre accompagné d'un DVD ; un réalisateur de court-métrage primé dans les festivals écrit une histoire tirée de son film ; il s'agit donc d'un film adapté en court roman !

L'auteur de L'aîné de mes soucis, Carine Tardieu, a reçu le Prix du public au Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand. A noter également que sort dans les salles cette semaine son premier long métrage, La tête de Maman, avec Karin Viard et Kad Merad.

Voici le thème de l'histoire : une famille est confrontée au cancer du sein de la Maman. Bientôt, elle perd ses cheveux et c'est la chasse à la perruque qui commence...Mais le vent souffle sur la plage et les perruques s'envolent...

Le livre et le court-métrage se complètent : dans le livre, c'est le grand-frère Félix qui nous raconte l'épreuve. Il se présente comme le "super champion" qui veut sauver sa mère à tous prix. On découvre un petit garçon très affectueux qui a ses phobies : il est un écologiste né et a des crises de spasmophilies dès que son entourage n'est pas écologique ! Le livre est bourré d'humour et plein d'espoir. A noter le jeu de mot du titre : c'est le cadet qui protège l'aîné ...

Le film quant à lui est un pur bijou de poésie : très peu de dialogues, on découvre juste ^le "crâne d'oeuf" de la Maman. La réalisatrice se concentre sur le "jeu des perruques" le long de la plage. Le vent est matérialisé par une rose des vents. La famille est filmée indifféremment bien que l'on remarque le regard de l'enfant à chaque fois. Le tout en 9 minutes ! Chapeau !

Une collection intéressante pour aborder en club de lecture le lien entre la littérature et le cinéma !

par Sylvie publié dans : Littérature pour adolescents
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Mercredi 28 mars 2007

ESPAGNE

Actes Sud, 2007

Voici un roman catalan qui a remporté un immense succès en Espagne. Ce roman nous plonge dans une période de l'histoire espagnole très peu traitée en littérature : le 18e siècle et plus précisément le règne de Charles III, "le despote éclairé". Comme dans plusieurs pays d'Europe (La Russie par exemple avec Catherine II et l'Autriche avec Joseph II), le roi souhaite éduquer le peuple et moderniser son pays en développant par exemple le commerce et les arts. Il souhaite donc imiter Pierre Le Grand, roi fondateur de Saint-Pétersbourg, en créant une ville royale magnifiant  les arts et assurant un débouché de l'Ebre en Méditerranée. Pour cela, il va faire appel à un architecte italien, un certain Andrea Roselli et au grand peintre vénitien, Giambattista Tiepolo....

Nous voila donc plongés dans une intrigue "historico-artistique" comme je les adore avec une pose dose de suspens en plus. Il faut dire que les écrivains espagnols sont des spécialistes du genre : citons Le tableau du maître flamand d'Arturo Pere-Reverte et Clara et la pénombre de José Carlos Somoza.

Le roman repose sur deux intrigues parallèles qui vont se rejoindre : le galeriste barcelonais, Emili Rosel, a grandi à proximité des ruines de la ville de San Carlos, la ville inachevée du roi Charles III. Ces ruines ont exercé une fascination étrange sur lui d'autant plus que cette histoire de "ville invisible" relève apparemment plus du mythe que de la réalité. Mais un jour, il reçoit un étrange colis : Le mémorial de la ville invisible de l'architecte Andea Roselli. Le roman va ainsi faire alterner les chapitres de lecture du manuscrit (nous voyageons dans les capitales européennes du XVIIIe siècle) et les aventures contemporaines du galériste. A plus de 200 ans d'intervalles, les vies d'Andrea Roselli et d'Emili Rosel vont se répondre....

Un mystère va envenimer l'intrigue : la dernière toile du peintre Tiepolo semble avoir disparu depuis la mort du peintre. Le manuscrit révèle-t-il le lieu de sa cachette ?

Les deux intrigues parallèles insistent sur les manigances de toute sorte dans le milieu de l'art : en voyageant dans les capitales européennes, Andrea Roselli découvre les intrigues de cour et que l'art est au service de la politique (exemple de la vieillesse de Tiepolo à Madrid). Deux siècles plus tard, Emili doit absolument retrouver le Tiepolo maudit pour rembourser des trafiquants de drogue ! Mais chacun des protagonistes (Andrea, Tiepolo et Emili) trouvera un voix de salut.

Ce roman offre un merveilleux voyage et une intrigue à laquelle on s'accroche facilement : que cache le dernier tableau de Tiepolo? Qui a envoyé le mystérieux manuscrit à Emili et pourquoi ?  Vous le saurez bien sûr à la fin ! Ce secret fait évoluer un peu le roman vers le thriller historique. L'auteur insère cette intrigue dans une problématique contemporaine, qui est la préservation des espaces naturels.

A lire !

par Sylvie publié dans : Littérature étrangère contemporaine
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Lundi 26 mars 2007

Editions La Dilettante, 2004

Comme promis, je suis allée voir le film Ensemble, c'est tout adapté du roman éponyme d'Anna Gavalda : c'est tout simplement GENIAL !!! J'ai ressenti une grosse bouffée d'aire frais, un grand moment de bonheur sans toutefois avoir l'impression de regarder un film à l'eau de rose.

Pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire, voici le résumé : Frank, un jeune cuisinier dont la grand-mère est en maison de retraite vit en "coloc" dans le grand appartement qu'occupe Philibert, un aristo bègue au grand coeur. Quant à Camille, femme de ménage anorexique, elle vit dans une chambre de bonne au dessus du grand appartement. Un soir, elle croise Philibert dans le couloir, il font connaissance et s'invitent à dîner. Lorsque Camille, en pleine déprime, attrape une grosse grippe dans sa chambrette, Philibert la recueille dans son grand appart....au grand dam de Franck, très énervé par les allers-retours hebdomadaires à la maison de retraite...

Ensemble, ces écorchés de la vie vont raccommoder leurs bobos....

Cette histoire très simple est un cocktail d'humour et d'émotion. On rigole à chaque instant (les manières aristos de Philibert, son bégaiement, les "je t'aime moi non plus de Franck et de Camille). Côté émotion, il y a la grand-mère de Franck qui est reléguée dans sa maison de retraite pour s'être cassé le fémur. Mais la petite communauté va bientôt la tirer de là....Larmes assurées...

Je sais maintenant pourquoi ce livre a si bien marché : il instaure une communauté fraternelle où chacun se guérit de ses maux. J'ai aussi adoré le traitement des relations intergénérationnelles entre la grand-mère et le groupe de jeunes. On se dit que c'est si simple finalement ! Les personnages sont vraiment attachants, on a envie de les embrasser ! Un coup de coeur quand-même pour Philibert qui remporte pour moi tous les suffrages !

J'ai un tel souvenir du film que je me demande ce que va donner le livre !

Un coup de chapeau quand-même au cinéma français qui depuis quelques mois nous fait vibrer d'émotion. J'ai regardé il y a quelques jours Je vais bien, ne t'en fais pas de Philippe Lioret, adapté du roman d'Olivier Adam. Pareil à Ensemble, c'est tout, un grand moment d'émotion ! Du réalisme, de la justesse, des histoires qui peuvent arriver à tout le monde !

par Sylvie publié dans : Littérature française contemporaine
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Dimanche 25 mars 2007

Microfictions, Gallimard, 2007

Microfictions

Régis Jauffret vient de remporter le Prix France-Culture-Télérama avec son roman Microfictions. Je n'ai pas lu son dernier opus, mais je trouve que ce prix est amplement mérité !

Son style est inimitable : il allie à la verve de la langue un humour décapant et une imagination débordante ! A coup sûr, c'est l'une des voix les plus originales de la littérature française contemporaine. Parmi ses oeuvres les plus connues (que j'ai lues), on peut citer Univers, Univers (une bourgeoise faisant cuire son gigot un dimanche midi s'imagine 1000 vies différentes : elle devient un chien, un braqueur de banque, un homosexuel...Une parodie acerbe de Madame Bovary ou Mrs Dalloway !) ou encore Asile de fous où le beau-père est engagé comme plombier pour dire à la belle-fille que son fils la quitte !

Vous l'aurez compris, Régis Jauffret est le romancier de personnages déjantés, sombrant dans la folie la plus décoiffante. Il renie les techniques romanesques traditionnelles : pas de psychologie, de description; les personnages sont d'abord des voix qui s'incarnent dans un discours débridé (c'est en cela qu'on peut le rapprocher de Lydie Salvayre). Microfictions, sur 1000 pages, rassemble 500 discours de deux pages ; ces récits rassemblent toute la basse et la méchanceté humaine (des histoires de viols, de meurtres...). Certains pourront critiquer le côté "malsain" de ses histoires. Mais rappelons avec André Gide qu'"il n'y a pas de bonne littérature avec de bons sentiments".

Je trouve que Jauffret fait preuve d'originalité et d'humour à côté de tous ces auteurs qui prônent l'autofiction...

Je vous conseille de lire l'article de Télérame qui lui est consacré cette semaine. Dans cet interview, Jauffret fait une brillante analyse de la littérature :

"Je ne veux pas faire le trottoir (entendez: écrire des livres insipides) pour que les gens me lisent. Si je devais répondre au besoin du lecteur lambda, j'entrerais alors dans l'industrie éditoriale, je répondrais aux études de marketing. La littérature, c'est tout le contraire. L'art ne va pas vers les gens, c'est à eux de faire le pas vers lui. Pour lire, il faut être volontaire"

Une leçon à méditer !

Avez-vous déja lu un roman de Régis Jauffret ? Qu'en pensez-vous ?

par Sylvie publié dans : Le monde littéraire
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Vendredi 23 mars 2007

Editions La Dilettante, 2004

Adaptation cinématographique de Claude Berri, 2007

Cela n'a échappé à personne : le best-seller d'Anna Gavalda est adapté au cinéma. Malgré le plus grand bien que l'on m'a dit de ce livre, je n'avais pas vraiment envie de le lire. J'ai lu il y a quelques années Je l'aimais du même auteur, et je n'ai vraiment pas été enthousiasmée !

Par contre, j'ai bien envie d'aller voir le film! Il faut dire que le livre me rebute un peu pour deux raisons :

-Tout d'abord parce que le livre Je l'aimais ne m'avais pas plu. Il y a aussi le côté un peu commercial de l'auteur...

-Deuxièmement, tout simplement parce que c'est un pavé !!! Ces derniers ne me font pas peur mais je préfère lire les "pavés" classiques....

Et vous, l'avez-vous lu ? Qu'en pensez-vous?

 

par Sylvie publié dans : Littérature française contemporaine
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Vendredi 23 mars 2007

ANGLETERRE, 1925

Voici l'un des plus grands romans qui a révolutionné la littérature du XXe siècle. Tout comme Ulysse de James Joyce, l'action se déroule sur une journée et nous plongeons dans l'intimité, dans la conscience du personnage.

Il y a quelques temps, j'avais lu "mon premier Virginia Woolf", Orlando, que j'avais vraiment adoré. J'ai donc eu envie de découvrir son oeuvre la plus connue !

Bref résumé: le roman décrit la journée de Clarissa Dalloway qui prépare une soirée mondaine. Elle part acheter des fleurs, c'est l'occasion pour l'auteur de décrire la vie quotidienne dans les rues londoniennes. Cette journée pas comme les autres va être marquée par le retour du premier amour de Clarissa, l'aventurier Peter Walsh, qui revient à Londres après un long voyage. L'occasion pour Clarissa de se rappeler sa jeunesse, de nous faire partager ses déceptions et ses regrets puisque Clarissa avait quitté Peter pour épouser le futur député Richard Dalloway. L'action repose sur les états d'âme des personnages dont les émotions sont le fil conducteur de l'intrigue. Pas de paragraphe ni de chapitre : c'est le changement d'une conscience à une autre, de la description de l'âme d'un personnage à un autre qui assure le rythme de l'intrigue.

Et c'est en ce point que ce roman est d'une modernité à toute épreuve. Sans établir d'intrigue traditionnelle, Virginia Woolf arrive à décrire des lieux, parler du contexte historique et du passé en examinant les consciences des personnages.

Ma plus grande surprise a été d'ailleurs de découvrir qu'il n'y avait pas qu'une seule conscience, celle de Clarissa ! Il y a deux personnages masculins très importants, dont Virginia Woolf explore également l'intériorité : Peter Walsh, le premier amour de Clarissa, qui va cristalliser tous ses remords ; il incarne le romanesque, l'aventure, à l'opposé de son époux qu'elle a choisi pour s'assurer une place dans la bonne société. Il y a également Septimus Warren Smith, un ancien soldat de la guerre de 14-18, qui n'arrive pas à surmonter la mort de son meilleur ami à la guerre et qui sombre dans la folie.

Ces deux personnages masculins incarnent à eux seuls deux facettes de la personnalité de Clarissa : la tentation du romanesque d'un côté et de l'autre, la tentation de la mort, du suicide. L'intrigue évolue également grâce à ces deux hommes : Peter Walsh revient et déclenche les souvenirs de Mrs Dalloway, Septimus Warren Smith se suicide; ce suicide est annoncé lors de la soirée mondaine par un médecin; alors qu'elle ne connaît pas cet homme ; mais son refus de la vie engendre des réflexions très émouvantes sur la personnalité de Clarissa ; pour elle, Septimus est allé au bout des choses alors qu'elle n'a fait que pactiser avec des faux-semblants. Il incarne cette pulsion de mort qui fascine tant Clarissa et son auteur Virginia.

Les pages décrivant les hallucinations, la folie de Septimus sont pour moi les plus belles du roman: elles décrivent avec brio la fusion avec la nature, le désir d'écriture, l'incompréhension des médecins de de toute la société. Woolf y parle bien sûr de sa propre expérience d'internement et de suicide. Ces passages sont de véritables poèmes; ce soldat dépressif est pour moi le personnage le plus émouvant du roman.

Ce que je retiens également c'est la capacité qu'a Virginia Woolf de mêler l'intériorité à toute une description minutieuse de la société de l'époque : on revit le traumatisme de la Première Guerre Mondiale et le début du déclin de l'Empire Britannique à travers les conversations ; en même temps, on est au coeur de l'essence  romanesque avec le personnage Clarissa qui, au coeur d'une soirée mondaine, explore les méandres du souvenir et de la mort.

Un livre bien sur indispensable à lire pour découvrir la véritable oeuvre; ce qui l'on peut dire ou lire sur cette oeuvre est bien trop réducteur !

 

par Sylvie publié dans : Classiques français et étrangers
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