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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Dimanche 27 janvier 2008
ESPAGNE- 1936



Texte mis en scène au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis par Andrea Novicov (7 janvier-3 février 2008)

Il s'agit de la dernière pièce écrite par le grand dramaturge espagnol avant son éxécution par les franquistes. Je suis allée la voir au TGP et je dois dire qu'il s'agit d'une formidable mise en scène à mi-chemin entre le théâtre d'ombres, le théâtre de marionnettes et un tableau de Velazquez !

Rappelons l'intrique dans les années 30 en Andalousie : Bernarda Alba, dont le mari vient de mourir, oblige ses cinq filles à rester cloîtrées dans la vieille maison pendant huit ans pour cause de deuil.

Mais l'aînée, 39 ans, un laidronne mais riche car ayant touché l'héritage de son père, le premier mari de Bernarda,, est promise au plus beau garçon du village, Pepe Romano.

L'annonce prochaine du mariage fait naître jalousies et rancoeurs chez ces filles qui ne peuvent s'épanouir dans un monde rongé par les traditions ancestrales. La plus jeune qui refuse son enfermenent, clame son amour pour Pepe et va provoquer le drame...



Cette pièce se passant dans les années 30 est en fait très actuelle. Cela pourrait se passer en Afghanistan, en Arabie Saoudite...C'est une pièce fondamentale sur la condition de la femme, bridée, non libre de ses mouvements, la femme aigrie par tant d'interdictions.

La Maison de Bernarda Alba

La mise en scène rend parfaitement l'oppression subie par ces femmes. En adoptant une posture de marionnettes, elles apparaissent comme des pantins qui sont manipulés. On a l'impression de voir les Ménines de Velazquez. La luminosité, tout en clair obscur, nous fait vivre un cauchemar éveillé.

Elles entament des pantomines burlesques comme des poupées qui n'ont plus d'humanité, bridées par les conventions.



Un hommage au théâtre de Guignol. Je vous conseille fortement d'aller voir cette pièce !

par Sylvie publié dans : Théâtre
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Samedi 26 janvier 2008

ETATS-UNIS- 1965



Editions de l'Olivier ou Points Seuil

Cormac McCarthy, écrivain en ce moment mis sur un piédestal avec son roman La route (roman postapocalyptique qualifié de beckettien) et l'adaptation cinématographique de Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, est incontestablement l'un des plus grands écrivains américains. Beaucoup le considèrent comme l'héritier de Faulkner, son oeuvre était inscrite dans le Sud et étant profondément marquée par un pessimisme très noir.

Encouragée par les critiques dythyrambiques, j'avais donc lu cet été De si jolis chevaux et n'avait été quà demie conquise. 

J'ai donc récidivé avec le premier roman de McCarthy, Le gardien du verger qui a obtenu le Prix Faulkner en 1965. Ce qui est sûr, c'est que l'on  ne ressort pas indifférent d'une telle lecture ; on marche en terrain inconnu, ardu tellement les personnages ne sont qu'exquissés. On saisit mal leur passé, leur épaisseur psychologique, leurs relations avec les autres. Ils sont d'ailleurs désignés par "l'homme" ou "le gamin". Peu d'indications temporelles également. 

Ce qui domine, c'est la description de la nature, des paysages ingrats du Tennesssee qui semblent dominer l'homme et lui survivre : une végétation calcinée, une rivière capricieuse, des orages apocalyptiques...

On retiendra de magnifiques descriptions lyriques des paysages qui contrastent avec la froideur générale avec laquelle l'auteur traite ses personnages. Ils ressemblent plutôt à des êtres saisis sur le vif sans vraiment d'épaisseur. Je pense que c'est cela qui marque lorsqu'on lit du McCarthy.

Revenons quand même à l'intrigue même si je pense que, tout en filigrane, elle est secondaire par rapport à l'atmosphère générale du livre. Trois personnages typiques de l'univers de l'auteur : un vieil homme (le sage, le gardien), un homme et un gamin. Leurs itinétaires vont se croiser à un moment donné sans pour autant être vraiment liés l'un à l'autre :

Dans les années 30, au temps de la prohibition, Marion Sylder fait du commerce illicite de whisky ; un soir, il tue un "homme", Rattner, sur lequel on ne sait pas grand chose et qu'il enterre dans un verger. Quelques jours plus tard, le vieil homme découvre son cadavre et le protège par les branches d'un cèdre. Six ans passent....
Le gamin, "fils du cadavre", grandit et apprend à chasser, à placer des pièges et se lie d'amitié avec Sylder. ...

On s'imagine déja que le gamin va apprendre la vérité sur Sylder et se venger ! Mais c'est beaucoup plus subtil que cela...Les relation entre les personnages sont esquissées, ils sont très indépendants les uns des autres.

Lire ce titre n'est donc pas un divertissement ; il demande un investissement certain du lecteur, une acclimatation progressive.

En ce qui me concerne, je m'acclimate progressivement mais je suis pas encore "enthousiasmée", plutôt hypnotisée. A suivre ; je compte bien lire Le méridien du sang.

Pour ceux qui ont déja lu McCarthy, faite-moi partager vos impressions...

"La route de la montagne rouge brique sous la poussière avec la dentelle des empreintes de lézards monte à travers le clos des pêchers, brûlante, sans un souffle, monacale dans un silence sans oiseaux sauf un unique vautour qui plane dans le vide gris-bleu de la pente sans soleil et se balance sur l'air ascendant, et la route serpente enserrée entre les buissons de ronces lustrées et vertes, et il y a le sourire grimaçant du cadavre vert scellé dans les eaux fangeuses de la fosse du verger, le crâne vert de vase avec des salamandres lovées dans les orbites et une perruque de mousse"


par Sylvie publié dans : Littérature anglo-saxonne et américaine
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Mercredi 23 janvier 2008

FRANCE-LIBAN -2006

Forêts

Editions Actes Sud Papiers

Wajdi Mouawad, d'origine libanaise, est la révélation théâtrale française de 2007. La pièce Forêts dont la mise en scène dure presque trois heures, a fait sensation aussi bien chez les critiques que chez les spectateurs.

Je n'ai pas eu l'occasion de voir la pièce mais je viens de lire la pièce ; c'est profondément original, antique et moderne à la fois, épique et tragique. Une véritable histoire romanesque se déroulant sur cinq générations de femmes. La mort, le sang, le destin, thèmes tragiques par excellence auxquels s'ajoute un brin d'insolite.

Voici le point de départ : Loup, une jeune fille de notre temps, apprend par sa son père que sa mère, Aimée, était atteinte d'une tumeur insolite au moment où elle lui a donné naissance : dans son cerveau, se sont fossilisés un foetus et une mâchoire humaine ! Un paléontologue, Douglas Dupontel, découvre à son tour que cet os a le même ADN qu'un crâne humain découvert dans un charnier à Dachau par son père. 

En compagnie de Douglas, Loup, très réticente et agressive, va donc partir à la recherche de ses origines. A qui appartient cette mâchoire ? Qui est ce Lucien qu'évoque Aimée lors de ses crises d'épilepsie ?

Lou va donc partir à la découverte d'une étrange lignée de femmes, ses ancêtres, qui vont la mener jusqu'à une forêt ardennaise au début du siècle, pendant la Première Guerre Mondiale. Elle va y découvrir la monstruosité des origines mais aussi la réconciliaion, l'apaisement. 

Six femmes, Odette, Hélène, Léonie, Ludivine,Luce, Aimée, six sacrifiques, six abnégations qui ont connu la souffrance, la mort, la violence. Mouawad nous livre un concentré de tout ce qui a pu exister dans le théâtre tragique antique : la lignée maudite, les créatures hybrides monstrueuses, le meurtre entre fratries, l'inceste.
Cela nous fait penser à la fois à Thésée, au Minotaure, à l'Orestie
; la parole de toutes ce femmes n'est pas sans rappeler les souffrances exprimées dans les choeurs antiques.

Il est aussi question d'inconscient, de la force de l'amitié et de la transmission à travers les âges. Pour évoquer ce thème de la filiation, Mouawad a choisi d'introduire des thèmes insolites qui donnent à l'histoire une allure alambiquée, une dimension énigmatique. Ainsi, une mâchoire se retrouve dans un crâne et c'est un paléontologue qui enquête !

Certains ont critiqué l'accumulation de violences et la construction trop ambigüe. Au contraire, je trouve que le texte est savamment construit : chaque acte est centré sur une femme d'une génération, à une époque donnée ce qui n'empèche pas quelques chassés-croisés. 

Mouawad renoue avec les grandes épopées sur plusieurs décennies, ce qui donne une épaisseur romanesque à la pièce de théâtre. Et le coup de théâtre final suscite beaucoup d'émotions !

Si quelques uns d'entre vous ont vu la pièce, vous pouvez me décrire la mise en scène....en attendant d'en voir une !

par Sylvie publié dans : Théâtre
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Vendredi 18 janvier 2008

ETATS-UNIS

Soudain l'été dernier

Roman adapté au cinéma par Joseph Mankiewicz en 1959

Moi qui n'était pas pour l'instant une inconditionnelle de Tennessee Williams (Un tramway nommé désir), je suis définitivement conquise !

Je viens de voir le film qui est un véritable chef d'oeuvre. Outre la brillante mise en scène de Mankievicz, on ne peut qu'admirer la modernité, la force  des thèmes abordés : le refoulement, la folie et l'homosexualité. 

Rapports de force, lien mère/fils ambigus, jalousie : voila la famille décadente mise en scène par Tennessee Williams. 

Voici l'histoire : Violet Venable fait venir dans sa demeure exotique de la Nouvelle-Orléans le docteur Cukrowicz, neuro-chirurgien. Son fils Sebastian est mort mystérieusement en Europe, l'été dernier. Sa cousine Catherine, qui a assisté à sa mort, est devenue folle. Violet Venable pense qu'une lobotomie pourrait l'aider à retrouver la raison. ...

Mais le médecin, en examinant Catherine, découvre qu'elle est saine d'esprit. Elle est en fait traumatisée par ce qu'elle a vu l'été dernier à la mort de son cousin. Mais qu'a-t-elle vu ?
Le médecin, en digne héritier de Freud, va, par l'intermédiaire de la parole, faire ressurgir le refoulé et ainsi tenter de guérir Catherine. Mais que cherche là cacher la vieille Venable sur son fils Sébastian ? Il est vrai qu'une lobotomie effacerait tous les souvenirs...

Nous sommes littéralement happés par un climat malsain entre des personnages qui se haïssent et s'autodétruisent. Pulsions sexuelles, jalousies incestueuses régissent les rapports familiaux. Les personnages sont d'une telle force psychiqyue que nous partageons leur démence. Catherine, aux prises avec sa souffrance, est extraordinaire. 

Quant à la scène finale, elle est édifiante...

A mon sens, le seul roman(film) qui évoque l'homosexualité masculine, voire les déviances sexuelles, au sein d'une univers familial féminin. Sébastian, l'esthète, le poète, évolue entre sa mère et sa cousine pour qu'elles servent ses desseins. 

Tennessee Williams apparaît ainsi comme le grand peintre des folies et déviances familiales. 

Une oeuvre indispensable à découvrir.

par Sylvie publié dans : Classiques français et étrangers
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Jeudi 17 janvier 2008

1954



Voila ! J'ai enfin lu Je suis une légende, le grand classique de la science-fiction adapté récemment au cinéma. Et évidemment, aucun rapport avec le film ! Le sens en est même changé, comble de l'horreur ! 

Car, sans rien vous révéler, dans le film, Richard Neville devient une légende car il sauve le monde. Dans le livre, c'est loin d'être un super héros et en plus, il devient une légende à cause de tout autre chose !

J'ai vraiment aimé ce livre ! Rappelons que Richard Neuville est le seul survivant humain après l'attaque d'un virus qui transforme les hommes en vampires. Chaque soir, il doit barricader sa maison car les vampires sortent la nuit l'attaquer. 

Il commence par lutter contre les vampires par des moyens traditionnels, issus de la légende littéraire et cinématographique : pieux, ails, miroirs. Puis il découvre petit à petit que le vampirisme est en fait issu de réactions sanguines dues à un virus. 

Et c'est là que réside le tour de force de Matheson. C'est d'avoir traité le thème traditionnel du récit fantastique pour l'adapter à une trame de science-fiction : les vampires ne sont plus une légende mais le produit d'une mutation humaine, contre laquelle il faut lutter scientifiquement. 

Il sont en plus dotés d'une profondeur psychologique ; on apprend par exemple pourquoi il ne supportent pas ni les miroirs ni la croix.

J'ai aussi adoré le traitement du personne qui n'est pas du tout traité en héros. Il se défend finalement un peu machinalement tout en ayant des accès de dépression ; l'auteur insiste sur la libido non satisfaite de Neuville et sur sa tendance à l'alcooolisme.

A cela s'ajoute une réflexion sur l'humanisme de Neuville : est-t-il encore humain dans sa soif de liquider tous les vampires ? 

Et puis Matheson évite bien entendu le happy-end du film et la fin est grandiose !

Un seul bémol : Neuville, qui n'est pas un scientifique, découvre un peu trop vite l'origine du virus . Mais on pardonne !

par Sylvie publié dans : Romans fantastiques
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Jeudi 17 janvier 2008

1969

Le Bonheur de la nuit












Editions Léo Scheer

Hélène Bessette (1918-2000) fait partie de ces auteurs féminines qui, telles Irène Némirovsky ou Germaine Beaumont, ont eu un succès important à leur époque puis ont sombré dans l'oubli avant d'être redécouvertes très récemment. 

Hélène Bessette publia 14 livres chez Gallimard de 1953 à 1973 ; elle fut citée au Fémina et Goncourt et fut encensée par de grands noms de l'époque tels Marguerite Duras ("La littérature vivante, pour moi, pour le moment, c'est Hélène Bessette, personne d'autre en France") ou encore Raymond Queneau.

Et quelle modernité ! Par certains critiques, Bessette est même considérée comme précurseur du nouveau roman. Il y a de quoi ! 

Typographie très originales, phrases hachées, très courtes, pour la plupart nominales ; tout ça mis au service d'une intrigue minimale mettant en scène des pantins en crise !

Poésie ? Romans? Théâtre? Qui peut dire ? Cela outrepasse tous les genres connus ! 

Bessette prend le prétexte d'une drame bourgeois traditionnel qui pourrait faire penser à du théâtre de boulevard : un marquis quitte sa première femme ; se poussent au portillon une deuxième marquise Doudou, une soubrette, Doudou n°2 ainsi que Chérie une actrice. Chassés-croisé, jalousies, engueulades, tout ça sous le regard ironique de l'auteur.

Tout va a 100 à l'heure, on se croise dans les escaliers, on fugue, on revient. Le but est de faire vite ! Comme le dit Bernard Noël dans la postface, "cette écriture n'a souci que d'être rapide, efficace, pratique. Elle ne s'arrête pas, ne développe pas, n'habille pas, mais décharne, tranche, découpe". Le but n'est pas d'analyser, de décrire mais de saisir la crise au plus prêt sans expliquer.

Il en ressort donc une modernité désarçonnante à faire palir les oeuvres de Duras !

Personnellement, je n'ai pas tellement accroché même si j'ai vraiment aimé plusieurs passages. Mais chapeau quand même pour cette originalité désarmante ! Les mots giclent, fusent, souvent avec humour, tout en perdant le lecteur...

On a l'impression de lire un mélange de Feydeau (pour le côté burlesque et les chassés-croisés femmes/maris/amant(e)s), de Beckett et de Duras. Voila le programme !

Je vous laisse découvrir quelques passages reproduisant la typographie originale :

"Monsieur froid
Monsieur a froid
ll souffre d'un refroidissement spectaculaire
pour tout dire
quelque chose de la génétique des Natanaëls n'a
pas tourné rond
Les Nathanaëls réfugiés au ciel. Personnes déplacées.
Lisant la Bible allongés nonchalamment sur les
nuages.
Quelle tête ils font
Un peu comme les Belges quand le Christ rentre 
à Bruxelles. 
Rien du Christ néammoins. Rien d'un Saint. Dans l'image lointaine du petit Nata de Natanaël. "ll aurait pu être pasteur" murmure un ange" "Avec son intelligence"
Que voient-ils emmitouflés de nuages roses saumon, bleu véronèse et vert de chrome.
Leurs descendances, leurs biens et avoirs modifiés
d'une manière révolutionnaire
Monsieur Nata est le mari moderne
Tout simplement
La mentalité de souteneur du mari moderne
Qui ne peut supporter sa petite putain de
femme moderne. A crises modernes
Le mot "moderne" très élastique. Lourd de 
tous les vices dernièrement admis, promus,
reconquis, montés en grade
C'était des gens modernes
"

 

par Sylvie publié dans : Livres et auteurs à redécouvrir
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