Archives

Recherche

Recommander

Bienvenue sur mon Blog !




Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Classiques français et étrangers

Lundi 13 septembre 2010 1 13 /09 /Sep /2010 08:53

1933

Les Iles

  

Editions "L'imaginaire", Préface d'Albert Camus en 1959

  

Jean Grenier, philosophe français (1898-1971), a été le professeur de philosophie d'Albert Camus à Alger. Relativement méconnu, c'est pourtant ce texte présenté ici qui a incité Camus à écrire (d'où l'admirable préface datant de 1959).

  

Les deux intellectuels proposent pourtant deux philosophies différentes : Camus privilégie l'engagement et l'action alors que Grenier prône la contemplation ; il a d'ailleurs écrit un essai sur l'esprit du Tao.

 

Cet opus n'est pas une récit de voyage, comme le titre pourrait le laisser entendre. Il s'agit avant tout d'une métaphore de la condition humaine, confrontée très tôt au sentiment du néant, du vide. Mais l'homme est happé par le désir d'absolu pour combler sa soif de désir. Alors il navigue constamment, d'îles en îles, pour combler son désir.

 

Les îles, ce sont ces instants divins, très rares mais si intenses, qui font que notre désir est comblé et que l'on atteint l'absolu un bref laps de temps. Ces instants peuvent venir tout simplement de la contemplation d'un paysage, d'un rêve éveillé.

 

On notera un passage très intéressant sur l'Inde, comparée à l'esprit grec rationnel ù l'homme est la mesure de toute chose ; l'hindouisme est le choix du renoncement, du dépouillement pour atteindre directement l'absolu. La mesure de l'homme, l'attrait du monde sensible n'est pas une étape nécessaire.

 

A ce titre, justement, n'imaginez pas un texte aride, intellectuel. C'est au contraire un texte très poétique (les îles nommées : Pâques, Kuerguelen, Borromées ne sont pas décrites mais s'apparentent à ces instants magiques qu'a vécus le narrateur). Grenier privilégie les anecdotes concrètes et n'hésite pas à parler de son chat Mouloud ou du boucher du coin dans des dialogues savoureux.

Voici quelques extraits significatifs :

 

"La perfection, je le sais, n'est pas de ce monde, mais dès qu'on entre dans ce monde, dès qu'on accepte d'y faire figure, on est tenté par le démon le plus subtil, celui qui vous souffle à l'oreille : puisque tu vis, pourquoi ne pas vivre ? Pourquoi ne pas obtenir le meilleur ? Alors ce sont les courses, les voyages...Mais quels beaux instants que ceux où le désir est prêt d'être satisfait.

Il n'est pas étrange que l'attrait du vide mêne à une course, et que l'on saute pour ainsi dire à cloche-pied d'une chose à une autre. La peur et l'attrait se mêlent -on avance et on fuit à la fois ; rester sur place est impossible. Cependant, un jour vient où ce mouvement perpétuel est récompensé : la contemplation muette d'un paysage suffit pour fermer la bouche au désir. Au vide se substitue immédiatement le plein. Quand je revois ma vie passée il me semble qu'elle n'a été qu'un effort pour arriver à ces instants divins ;...

 

Fleurs qui flottez sur la mer et qu'on aperçoit au moment où on y pense le moins, algues, cadavres, mouettes endormies, vous que l'on fend de l'étrave, ah, mes îles fortunées ! Surprises du matin, espérances du soir, vous reverrai-je encore quelques fois ? Vous seules qui me délivrez de moi et en qui je puisse me reconnaître. Miroirs sans tain, cieux sans lumière..."

 

 

Par Sylvie - Publié dans : Classiques français et étrangers
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 12:40

ANGLETERRE- 1902




Editions Gallimard, L'imaginaire

Un récit culte que je souhaitais lire depuis des années ; c'est chose faite. Un avis partagé : pas un réel coup de coeur mais un intérêt certain pour la technique de narration et le pouvoir de suggestion incontestable du roman. L'occasion aussi de se faire un avis sur un "roman colonial" qui considère  l'Afrique comme un un espace sauvage, une jungle profonde, lieu de la magie et de l'ensorcellement.

L'intrigue est simple (l'auteur s'inspire de sa propre expérience de marin sur le fleuve Congo) : un soir, dans le port de Londres, sur un bateau à quai, le capitaine de marine marchande Marlow raconte son aventure de capitaine "d'eau douce" sur le fleuve Congo dans l'Afrique sauvage : il est chargé par la Compagnie du fleuve de ramener le capitaine Kurtz qui a sombré peu à peu dans la folie après s'être voué corps et âme à la conquête de l'ivoire.

Commence alors un long voyage dans les ténèbres. Mais les ténèbres ne sont pas à prendre au premier degré ; il ne s'agit pas des "sauvages" d'Afrique qui épient les occidentaux sur les rives du fleuve ; il s'agit des ténèbres intérieures de l'homme. Conrad scrute les dérives du colonialisme sur l'âme humaine ; Kurtza renoué avec la sauvagerie originelle, celle de l'homme primitif. Il ne connaît plus de limites, ni de lois. Au fond de lui-même, dans ses ténèbres, il ne trouve que le néant et l'horreur (ses derniers mots avant de mourir). D'ailleurs, le titre anglais est Heart of Darkness, Coeur de ténèbres, qui désigne bien l'âme damnée et nom le lieu "Au coeur" de la jungle ténébreuse.

Il est vrai que Conrad n'accorde la moindre psychologie à un personnage africain. D'ailleurs, ils sont toujours représentés comme une horde dans la jungle qui épient sur la rive du Congo. Le peuple africain apparaît sous forme de cris, de frôlements, de bruits de sagaies mais jamais avec la parole. 

Le but n'est pas à proprement parlé de condamner l'esclavage mais de faire un portrait à charge des colonialistes qui plongent dans le continent noir pour faire corps avec la sauvagerie des temps anciens, où aucune loi ne vient freiner les fantasmes les plus veules.

On retiendra la magie de la narration où Marlow avoue à son auditoire son incapacité à raconter un rêve éveillé. Pourtant, ce récit est d'un rare pouvoir suggestif ; le capitaine Kurtz n'apparaît qu'à la fin mais tout le récit est imprégné de sa présence magnétique. De même, les Africains ne sont que des ombres, des fantômes cachés derrière la végétation de la jungle mais ils sont évoqués avec leurs cris, leurs regards; Au lecteur de faire son propre spectacle....

Au fur et à mesure de la descente du fleuve, le narrateur Marlow est happé par le magnétisme de Kurtz ; en voyant et en entendant les rumeurs de la jungle, il est hypnotisé par le pouvoir de la sauvagerie, personnifiée telle une déesse démoniaque. Lui-même se prend au jeu du retour aux temps primitifs, à l'hypnotisme de la sauvagerie....
 
" La terre en cet endroit n'avait pas l'air terrestre. Nous sommes habitués à considérer la forme entravée d'un monstre asservi ; mais là on découvrait le monstre en liberté. Il était surnaturel et les hommes étaient...Non, ils n'étaient pas inhumains. Voyez-vous, c'est là le pire, ce soupçon qu'on avait qu'ils n'étaient pas inhumains. On y arrivait petit à petit : Sans doute, ils hurlaient, bondissaient, tournaient sur eux-mêmes, faisaient d'affreuses grimaces, mais ce qui saisissait, c'est le sentiment qu'on avait de leur humanité pareille à la nôtre, la pensée de notre lointaine affinité avec cette violence sauvage et passionnée. -Vilain, certes, c'était assez vilain. ..Mais pour peu qu'on en eût le courage, il fallait bien convenir qu'on avait en soi une sorte d'indéfinissable velléité de répondre à la directe sincérité de ce vacarme, l'impression confuse qu'il s'y cachait un sens que vous étiez, vous si loin de la nuit des âges, capable de comprendre..Et pourquoi pas ! L'esprit de l'homme contient tous les possibles, parce que tout est en lui, tout le passé comme tout l'avenir. Qu'y avait-il là-dedans, après tout ? Joie, frayeur, douleur, vénération, courage, colère, qui saurait le dire ?  De la vérité en tout cas, de la vérité dépouillée des oripeaux du temps

"La sauvagerie l'avait caressé sur la tête et celle-ci était devenue pareille à une boule, à une boule d'ivoire. ..Elle l'avait caressé, et il s'était flétri ; elle l'avait saisi, aimé, étreint, elle s'était glissée dans ses veines, elle avait consumé sa chair et avait scellé son âme à la sienne par les indicibles sacrements de je ne sais quelle initiation diabolique...

...Vous ne pouvez pas comprendre...Et comment comprendriez vous, vous qui sentez le pavé humide sous vos pieds, entourés que vous êtes de voisins obligeants, prêts à vous applaudir ou à vous tomber dessus, vous qui cheminez délicatement entre le boucher et le policeman, dans la sainte terreur du scandale des galères et de l'asile d'aliénés ; comment imagineriez-vous cette région des premiers âges où ses pas désentravés peuvent entraîner un homme, à la faveur de la solitude absolue, de la solitude, sans policeman ! à force de silence, de ce silence total où le murmure d'aucun voisin bien intentionné ne se fait l'écho de ce que les autres pensent de vous ...C'est de ces petites choses-là qu'est faite la grande différence ...Qu'elles disparaissent et vous aurez à faire fond sur votre propre vertu, sur votre propre aptitude à la fidélité



A lire le très bon article sur ww.sielec.com (Société Internationale d'Etudes des Littératures de l'Ere Coloniale.).

Quant au lecteur, il suit l'itinéraire de Marlow ; sceptique au début puis de plus en plus hypnotisé...

Par Sylvie - Publié dans : Classiques français et étrangers
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /Jan /2010 12:23

1960

La promesse de l'aube

Editions Gallimard, Folio

C'est le deuxième titre de Romain Gary que je découvre après La vie devant soi; son autobiographie, l'histoire de sa relation fusionnelle avec sa mère. Sûrement l'un des plus beaux récits sur l'amour maternel avec Le livre de ma mère d'Albert  Cohen.

En exergue, cette citation qui résume tout le livre :

"Il n'est pas bon d'être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ça vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c'est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu'à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu'une femme vous prend dans ses bras et vous sert sur son coeur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passés à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des mirages. "

Ce récit est l'histoire de la jeunesse de Romain Gary, de sa Russie natale jusqu'à la Seconde Guerre mondiale où il s'engage comme aviateur dans la Résistance. au centre de cette "aube" l'amour que lui porte sa mère qui rêve qu'il devienne un héros,  "un général, un Gabriele d'Annunzio, un Ambassadeur de France". Dès son plus jeune âge, le petit Romain s'essaie à toutes sortes de "génie potentiels" : violon, peinture, jonglage...mais très vite, c'est le virus de l'écriture qui le contamine...Lorsque la guerre se déclare, ,il promet à sa mère de devenir un héros, un gradé...

A travers cette histoire d'amour maternel, on découvre aussi l'histoire d'une famille d'immigrés, de Russie à la France, en passant par la Pologne. La mère lui fait aimer le mythe français malgré les déceptions.

Que dire de ce livre ? Il s'agit d'un véritable cri d'amour écrit dans une prose généreuse, lyrique. A une époque où la littérature française se veut minimaliste, quel bonheur de redécouvrir le verbe de Gary, tragi-comique, théâtral, souvent grandiloquent. La phrase s'élance, s'élève, l'auteur est emporté par son amour ou sa révolte.

On y découvre des summums de scènes burlesques comme lorsque sa mère débarque sur une piste d'atterrissage avec ses jambons, saucissons et pots de confiture. Ou alors qu'elle débarque avec les livres de Romain sur le marché de Nice et qu'elle invective les marchands... Comment ne pas oublier également le combat de Gary contre son occlusion intestinale, lorsque qu'il se dresse tout nu de son lit d'hôpital, avec son chapeau d'officier, alors qu'il reçoit l'extrême onction !

Tout le talent de Gary est dans ce ton tragi-comique...qui prouve, à l'opposé de Gide, qu'il peut y avoir de bonne littérature avec des bons sentiments...

Par Sylvie - Publié dans : Classiques français et étrangers
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Dimanche 29 novembre 2009 7 29 /11 /Nov /2009 12:29

de MARGUERITE DURAS

L'Après-midi de Monsieur Andesmas

Editions Gallimard, "L'imaginaire", 1962

Ce texte, relativement peu connu de Marguerite Duras, a été réédité récemment pour le cinquantième anniversaire de la collection "L'imaginaire". C'est aussi une pièce radiophonique datant de 1965, interprétée par Charles Vanel et Maria Casarès, aujourd'hui disponible en "livre CD" chez Livraphone.

On retrouve dans ce court texte les grands thèmes de Duras : tout d'abord le décor marin puis la solitude, l'amour en échec, le dialogue...Mais ici, l'amour, la passion ne concernent plus seulement le couple d'amant mais aussi un surtout l'amour de son père pour son enfant...qui naît à la vie et qui rejoint son amant.

Ce récit est d'abord l'histoire d'une attente : celle d'un vieillard, Monsieur Andesmas, assis sur une chaise en rotin, devant la mer et le gouffre de lumière, devant la maison qu'il vient d'offrir à sa fille Valérie. En cette après-midi d'été, il attend l'architecte Michel Arc,  qui va être chargé de construire une terrasse sur ce terrain pour Valérie, devant la mer.

Mais Michel Arc ne vient pas...Monsieur Andesmas attend. Il attend jusqu'à ce que la nuit tombe. Au fil de son attente, le rejoindront un chien, une petite fille et une femme, respectivement fille et épouse de Michel Arc.
Car il se pourrait bien que Michel Arc soit en compagnie de Valérie, en bas sur la place du village, en train de danser...

Au rythme du vent, un air de musique, un refrain d'amour, monte jusqu'à la terrasse de Monsieur Andesmas. Une musique symbolisant la jeunesse et la joie, qui atteint de plein fouet la masse  vieillissante de Monsieur Andesmas.

Comme à son habitude, Duras dit beaucoup de choses, explore un ressenti en peu de mots. Une histoire épurée très rythmée : l'attente est scandée par les jeux d'ombres et de lumières et par les "effluves musicales" qui montent jusqu'à la terrasse.

Les deux visiteuses, antidotes à la solitude, apparaissent comme des ersatz de Valérie. A la fin, Madame Arc de Monsieur Andesmas dialogueront sur leurs deux amours perdus.

L'après-midi de Monsieur Andesmas

Duras dit le rien, l'attente, le chemin de l'ombre, les miroitements de lumière, les froissements du vent. L'immatériel, les petits riens de l'atmosphère contrastent avec la masse sombre du vieillard, tel un vieil arbre  condamné à rester prisonnier de la terre. Joie et solitude, envol et masse terrestre : cette ronde de contrastes joue la petite musique de la fin et de la naissance d'un autre amour.

Le couple d'amoureux n'est présent que dans la mémoire et les paroles des deux âmes esseulées ; ensemble, ils forment un choeur de solitude au sein de la nature flamboyante.

Magique. L'histoire de l'attente d'un vieillard, à l'écoute du frémissement du monde :

"L'écho de la voix enfantine flotte longtemps, insoluble, autour de M. Andesmas, puis aucun des sens éventuels qu'il aurait pu avoir n'étant revenu, il s'éloigne, s'efface, rejoint les miroitements divers, des milliers, suspendus dans le gouffre de lumière, devient l'un d'eux. Il disparaît. .....

L'impossibilité totale dans laquelle se trouve M. Andesmas de trouver quoi faire ou dire pour atténuer ne fût-ce qu'une seconde la cruauté et ce délire d'écoute, cette impossibilité même l'enchaîne à elle.
Il écoute comme elle, et pour elle, tout signe d'approche de la plate-forme. Il écoute tout, les remuements des branches les plus proches, leurs froissements entre elles, leurs bousculades, parfois, lorsque le vent augmente, les sourdes torsions des troncs des grands arbres, les sursauts de silence qui paralysent la forêt tout entière, et la reprise soudaine et enchaînée de son bruissement par le vent, les cris des chiens et des volailles au loin, les rires et les paroles cette distance confondus tous dans un seul discours, et les chants, et les chants.

Quand les lilas
...mon amour
Quand notre espoir...

Dans une perspective unique, ils écoutent tous deux. Ils écoutent aussi la douceur égorgée de ce chant."





Par Sylvie - Publié dans : Classiques français et étrangers
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 14 septembre 2009 1 14 /09 /Sep /2009 10:27

RUSSIE-1872

Les Possédés

Editions Le Livre de poche

Ma troisième lecture de Dostoïevski après Crime et châtiment et Les frères Karamazov. Une lecture ardue, une mise en bouche très lente puis....peu à peu, on est happé par l'art romanesque si particulier de Dostoïevski, son génie à décrire l'homme, ses doutes et ses faiblesses.

Un roman phare, consacré aux soubresauts politiques de la Russie dans les années 1860-70, qui voit l'émergence des mouvements matérialistes et nihilistes. On sait que sans sa jeunesse, Dostoïevski a été partisan des socialistes et envoyé au bagne en Sibérie pour avoir participé à un cercle révolutionnaire en 1848. Après son retour de "la maison des morts", il devient conservateur, car pour lui une vie dans Dieu, nihiliste, est très dangereuse. Toute son oeuvre est basée sur le danger de la perte des valeurs, d'où la célèbre formule "Si Dieu n'existe pas, tout est permis".

Dans Les possédés, il met en scène une cellule révolutionnaire qui se crée sous la houlette d'un manipulateur despote, Piotr Stépanovitch Verkhovensky qui souhaite installer à la tête de la cellule le ténébreux Nicolaï Stavrogine, personnage mystérieux et charismatique que tout le monde admire. Derrière ces deux hommes, un groupe de personnages secondaires qui vivotent, manipulateurs et manipulés, sous la houlette de Verkhovensky.

Dostoïevski s'est inspiré d'un fait divers, l'assassinat d'un membre réfractaire d'un cellule révolutionnaire par son leader Netchaïev.
Les Possédés sont donc l'histoire de ce groupe, ces luttes et manipulations diverses et symbolisent la transformation tragique de l' idéal révolutionnaire en une infâme aventure despotique.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, l'auteur nous introduit dans les salons politiques et littéraires, pour qui révolution rime avec débats et théorie. Ces idéalistes des années 30/40 sont incarnés par les parents de Stavrogine et Verkhovensky, la comtesse Varvara Petrovna et Stépan Trofimovitch, qui introduisent une dose de bouffonnerie dans le roman. Stépan, le père de Piotr, littéraire occidentaliste, est un idéaliste vivant au crochet de la comtesse, secrètement amoureux d'elle.
La première partie, très longue, centrée sur les parents, n'est qu'un prologue pour annoncer l'arrivée des deux possédés, Stavroguine et Verkhovensky. On sent que quelque chose arrive, il y a des supputations de mariage, de "répudiations" et enfin, les deux héros arrivent.

Stavroguine, le mystérieux, le ténébreux, le fantomatique, qui à aucun moment, ne se laissera dévoilé. On le sait athée, on le devine tantôt plus chrétien ; il en va de même pour ses aventures amoureuses. Les rebondissement fracassants se succèdent,  qui se contredisent tout au long du récit. Par cette aura de mystère, Dostoïevski montre son génie du sens de l'intrigue. Par l'intermédiaire d'un narrateur naïf (nous ne connaîtrons jamais son identité), l'auteur construit quasiment un roman policier à énigmes où tout n'est que supputations ; Stavroguine est l'énigme à résoudre ; après un première partie très disparate, le lecteur recolle petit à petit les pièces du dossier avant l'apocalypse finale.

Verkhovensky, le despote, le manipulateur marionnettiste athée qui met une ville à feu et à sang en opposant systématiquement les membres entre eux et en révélant petit à petit son projet : ne croyant pas à l'idéal de liberté et d'égalité, il s'agit d'utiliser Stavroguine pour détruire toute fondation et installer un "grand homme" auquel se soumet le troupeau. Décidément, Dostoïevski est un visionnaire...

Les possédés ou la mort de la liberté....L'auteur se garde bien de prendre position. Ce qui l'intéresse, ce sont les confrontations d'idées, l'homme en lutte avec ses doutes. Pas de description, de contemplation. L'auteur n'intervient pas. Tout n'est quasiment rendu qu'avec des dialogues dans lesquels s'affrontent les personnages. Il ne s'agit pas d'asséner une vérité mais d'incarner une idée ( dans les personnages) ; Chatov, le double de l'auteur, le nihiliste repenti, Kirilov, le nihiliste pur, qui par sa mort volontaire, affirme qu'il est Dieu.

N'oublions pas les personnages secondaires : les femmes se perdant par amour, le gouverneur berné et tout ces révolutionnaires de petite trempe.

On ne s'étonne pas que ce roman fut adapté au théâtre : par sa tension dramatique, son art de dévoiler lentement le mystère des personnages, son sens du dialogue, de l'affrontement des idées, ce récit a une dimension théâtrale inouïe. A découvrir...

Par Sylvie - Publié dans : Classiques français et étrangers
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Jeudi 2 juillet 2009 4 02 /07 /Juil /2009 22:18

HONGRIE- 1928

Le premier amour

Editions Albin Michel, 2008

Je viens de découvrir Sandor Marai, l'écrivain hongrois (1900-1989) le plus connu du vingtième siècle. Fervent opposant à la Hongrie nazie puis communiste, il s'exila aux Etats-Unis en 1948. Son oeuvre censurée pendant la période communiste est traduite par les éditions Albin Michel depuis une dizaine d'années. En fin psychologue, il sonde l'âme humaine et en particulier ses désillusions amoureuses au sein d'un milieu petit bourgeois.

Il est considéré aujourd'hui comme un classique de la littérature de l'Europe centrale au même titre que Stefan Zweig ou Arthur Schnitzler.

Son premier roman, Le premier amour, est un chef d'oeuvre de portrait psychologique et une description minutieuse de la solitude d'un homme sombrant dans la psychose.Chaque ligne respire le malaise d'un homme perdu dans le troupeau de la société.

Il s'agit d'un monologue sous forme d'un journal intime d'un professeur de latin d'une cinquantaine d'année atteint de la "maladie de la solitude" qui fait qu'un homme s'éloigne de ses semblables et inversement. Son semblable, qu'il rencontre dans une station thermale, lui fait prendre conscience de son mal et lui déclare qu'il ne peut guérir que par l'amour ou la religion.

A son retour, il éprouve un premier amour ravageur en la personne d'une jeune élève ; il prend peu à peu conscience de ses sentiments et éprouve une haine sans précédent envers le petit ami de la jeune fille, également son élève.

Description magistrale de la naissance d'une psychose. On sent l'influence de Freud dans cette Europe Centrale des années 30...

Dans une écriture très épurée qui retranscrit remarquablement tous les émois d'un homme névrosé, Marai réalise un chef d'oeuvre. Il décrit la vie quotidienne d'un vieux célibataire engoncé dans ses habitudes, entre une vieille gouvernante et son canari ; le quotidien est tout d'un coup bouleversé par une passion inattendue.
Le professeur s'interroge d'abord sur "sa crise de la cinquantaine". Puis le bouleversement arrive ; il ne comprend pas pourquoi il voue une haine inexpliquée envers un élève brillant. Auparavant, il découvre la nouveauté d'une classe mixte et les habitudes de la gentes féminine ; on sent à travers les lignes la maladresse, les hésitations d'une homme qui ne saisit pas la nature de ses sentiments.
Puis le tempo s'accèlère : il comprend enfin que la jeune fille est l'objet de sa passion et n'a plus qu'un objectif : anéantir Madar, le jeune homme.
Confrontation géniale entre un jeune homme pauvre prêt à tout pour obtenir son examen et sa bourse et un vieil homme névrosé préparant sa chute. La fin est sublime...Un roman psychologique de premier plan qui autopsie la solitude et ses ravages.

"Ceux qui sont en bonne santé le sentent et nous fuient. Ces choses-là surgissent sans même qu'on s'en rende compte. La maladie, le doute ou la solitude. Et cette pudeur. Elle est très forte en moi ; si forte que je ne parlerais volontiers que d'elle. J'aimerais tout expliquer, tout mettre au clair : qu'est-ce qui s'est passé ? D'où cela vient-il ? Pourquoi ? Peut-être, si j'arrivais à me justifier, me pardonneraient-ils, les membres de cette autre société : les gens beaux, jeunes, en bonne santé ? Finalement, ils sont les seuls à avoir raison. Il y a en nous quelque chose d'infectieux. Ce n'est ni le larynx, ni le doute : c'est la solitude qui est contagieuse. Les personnes belles et saines s'en défendent, à leur manière. Vous voyez ? C'est là que réside le plus grand secret : la façon dont quelqu'un s'abîme et reste seul. Il parle dans le vide, on n'entend pas sa voix. On ne le comprend pas. Il prend les mêmes chemins que les autres...mais il n'arrive nulle part. Il marche toujours en rond, toujours autour de lui-même. "

Par Sylvie - Publié dans : Classiques français et étrangers
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires

Calendrier

Juillet 2014
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Présentation

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés