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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Classiques français et étrangers

Lundi 14 mars 2011 1 14 /03 /Mars /2011 14:44

ITALIE (SARDAIGNE) -1908

 

 

Editions Autrement

 

Mon prochain voyage en Sardaigne m'a conduit vers les oeuvres de Grazia Deledda (1871-1936), l'écrivain sarde la plus connue et l'un des plus grands écrivains italiens de ce siècle. Mais malheureusement trop méconnue....

 

Elle a été pourtant la deuxième femme à obtenir le Prix Nobel de Littérature en 1926, après Selma Lagerlöf. La légende dit qu'elle n'a jamais souri, même lorsqu'elle a reçu son Prix Nobel...

 

Héritière à la fois du courant du "vérisme" (courant littéraire italien qui s'attache à décrire avec réalisme la vie de communautés, proche du naturalisme du Zola) et du "décadentisme" de Gabriele d'Annunzio, elle met en scène le déclin des valeurs morales (fin de la croyance religieuse, l'effritement des valeurs familiales) dans la communauté sarde ; mais le sujet est touché par une profonds sentiment de la culpabilité ; il cherche le châtiment puis la voie de la rédemption. Elle est en cela proche de l'oeuvre de Dostoievski.

 

De ces multiples influences, il en ressort des récits magnifiques alliant des descriptions de paysages et de traditions sardes agropastorales à des passages d'introspection très subtils.

http://www.contre-feux.com/culture/grazia-deledda-un-etrange-et-injuste-oubli.php

 

Le lierre sur l'arbre mort a été pour moi une révélation. Je compte bien sûr lire d'autres romans...

 

Un gros village, une grosse maison décrépie, deux vieillards qui parlent sur le pas de la porte, les brebis dans les pâturages...le décor est planté.

Annesa, l'héroïne, est la domestique de la maison. En fait, elle a été recueillie toute petite par la famille noble du village. Elle soigne un vieil homme de la famille, un lointain cousin, lui aussi recueilli par charité.

Car, c'est une tradition sarde, la famille noble donne à manger aux nécessiteux. D'ailleurs, c'est la fête des bergers, les femmes de la maison se doivent de nourrir les pauvres. Mais cette riche famille n'est plus ce qu'elle était. Le fils de la maison a fauté et le petit fils, Paulu, a fait les quatre cents coups en parcourant l'île et a dilapidé l'argent...

 

Ce soir, donc, la fête des bergers annonce pour Paulu  une course contre la montre pour éponger ses dettes et obtenir de l'argent afin d'empêcher la vente du domaine.

Alors que la fête bat son plein (magnifique description des bûcherons déguisés dévorant la charcuterie), Paulu parcourt les villages à la recherche des usuriers ou des veuves riches....

Quant à Annesa, amoureuse clandestine de Paulu, elle va commettre un acte désespéré pour sauver l'honneur de la famille....

 

Ce récit est construit en deux temps : la première partie exalte les traditions sardes et nous parle des légendes de l'île ; parfois, on pense à George Sand nous décrivant les contes et légendes du Berry. Les rochers deviennent des fantômes lors des promenades nocturnes, une montagne serait le tombeau d'un vieux géant. Grazia Deledda nous enchante en décrivant ce folklore mais l'auteur n'est pas pour autant régionaliste !!!

A partir du moment où le "crime" est commis, l'auteur suit pas à pas Annesa et vous vivons avec elle ses états d'ame passionnés, ainsi que ceux de Paolu. Il n'y a pas un mot de trop, la phrase est fluide comme une rivière, à la fois descriptive et analytique.

 

Et c'est à partir de ce moment là que l'oeuvre de Grazia Deledda devient universelle. Elle décrit les ravages de la passion et du sentiment de la faute.

Sublime !

 

Toute l'oeuvre de Deledda est centrée sur ce thème du crime ou de la faute. A lire aussi La mère, qui découvre que son fils prêtre fréquente une jeune fille.

 

 

 

 

 

 

 

Par Sylvie - Publié dans : Classiques français et étrangers
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Lundi 17 janvier 2011 1 17 /01 /Jan /2011 16:11

FRANCE, 1935

 

Le Sang noir

 

Ce chef d'oeuvre de la littérature française de l'entre deux guerres (1935), fort méconnu, a été pour moi une révélation. J'avais découvert il y a quelque temps Louis Guilloux, l'ami d'André Gide et d'Albert Camus, par le magnifique récit d'enfance Le pain des rêves, beau comme un conte, empli de poésie et de rêves.

 

Ecrit huit ans plus tôt, Le Sang noir est au contraire une oeuvre d'une noirceur et d'un pathétique absolu. L'action se déroule sur une journée, un jour de 1917, dans une ville de province jamais nommée mais qui est sans doute Saint-Brieux, là où se déroule toute l'oeuvre de Guilloux. Cette noirceur qui s'oppose aux rêves de l'oeuvre précédemment citée, donne toute l'étendue du talent de l'écrivain, capable de passer du conte de l'enfance, à un drame pathétique et burlesque.

 

Imaginez un vieux professeur solitaire, auteur de plusieurs ouvrages remarqués, portant binocle, peau de bique et affublé d'énormes pieds. Il vit avec sa bonne Maïa, une vulgaire paysanne et sa bande de chiens.

Ses élèves l'ont baptisé Cripure, une abréviation de la Critique de la raison pure de Kant. Amoureux trahi, intellectuel méprisé, il hait la société hypocrite de son temps. Athée, antimilitariste, il se réfugie dans son antre, fuyant le mépris des autres et rêvant parfois de se réfugier sur une île déserte.

 

Ce matin là, Cripure échappe de peu à l'accident car il découvre que les écrous de sa bécane ont été dessoudés...Et puis peu après, il manque d'être  écrasé par une voiture. Décidément, Cripure a aujourd'hui rendez-vous avec son destin....

 

Nous sommes à l'arrière, dans une ville provinciale, alors qu'au front, les mutineries commencent à être mâtées dans le sang. A l'arrière, où l'on prépare la cérémonie de décoration de la femme de Monsieur Le député et où les auteurs des poèmes défaitistes sont débusqués. Car dans cette ville de province, règne le puissant Nabucet, chantre de l'hypocrisie et Babinot, qui collectionne les armes...pendant que le sang des jeunes hommes est versé.

 

Cripure ne peut supporter la bêtise de cette société bien pensante et est acculé à un acte désespéré...

 

Guilloux signe ici une oeuvre d'un rare pessimisme ; à signaler que les romans sont peu nombreux à évoquer en toile de fonds les répressions suite aux mutineries de 1917.

La figure de Cripure est à la fois burlesque (par son accoutrement, son mode de vie) et profondément humaniste ; il incarne l'esprit de l'humain face à toute cette bêtise qui éclate en arrière plan. Cripure, figure sacrifiée, pathétique, incomprise.

 

Cette oeuvre se laisse peu à peu apprivoisée. Longue de plus de 600 pages, elle est pourtant construite comme une pièce de théâtre puisque l'action se déroule en une journée. Magnifique unité de temps...Un accident, deux accidents, le destin du personnage est en marche...

 

C'est une tragédie d'une journée, c'est un drame oscillant toujours entre le burlesque outrancier (la figure des bourgeois, l'attitude de Cripure et de Maïa), et le tragique de la condition humaine. L'auteur fait d'ailleurs souvent référence au registre du théâtre pour désigner cette comédie humaine pleine de fumisterie. Scènes de ménage, discussions sans intérêt dans le fumoir, jeux des décorations, duel d'épées...mais ce qui reste de tout cela ce sont les larmes des parents qui apprennent la condamnation à mort de leur mutin de fils et Cripure qui ne croit plus en l'homme...Chef d'oeuvre de l'absurde avant l'heure, que certains critiques considèrent comme précurseur de La nausée...

 

Une oeuvre dense, âpre mais inoubliable....

Par Sylvie - Publié dans : Classiques français et étrangers
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Lundi 13 septembre 2010 1 13 /09 /Sep /2010 08:53

1933

Les Iles

  

Editions "L'imaginaire", Préface d'Albert Camus en 1959

  

Jean Grenier, philosophe français (1898-1971), a été le professeur de philosophie d'Albert Camus à Alger. Relativement méconnu, c'est pourtant ce texte présenté ici qui a incité Camus à écrire (d'où l'admirable préface datant de 1959).

  

Les deux intellectuels proposent pourtant deux philosophies différentes : Camus privilégie l'engagement et l'action alors que Grenier prône la contemplation ; il a d'ailleurs écrit un essai sur l'esprit du Tao.

 

Cet opus n'est pas une récit de voyage, comme le titre pourrait le laisser entendre. Il s'agit avant tout d'une métaphore de la condition humaine, confrontée très tôt au sentiment du néant, du vide. Mais l'homme est happé par le désir d'absolu pour combler sa soif de désir. Alors il navigue constamment, d'îles en îles, pour combler son désir.

 

Les îles, ce sont ces instants divins, très rares mais si intenses, qui font que notre désir est comblé et que l'on atteint l'absolu un bref laps de temps. Ces instants peuvent venir tout simplement de la contemplation d'un paysage, d'un rêve éveillé.

 

On notera un passage très intéressant sur l'Inde, comparée à l'esprit grec rationnel ù l'homme est la mesure de toute chose ; l'hindouisme est le choix du renoncement, du dépouillement pour atteindre directement l'absolu. La mesure de l'homme, l'attrait du monde sensible n'est pas une étape nécessaire.

 

A ce titre, justement, n'imaginez pas un texte aride, intellectuel. C'est au contraire un texte très poétique (les îles nommées : Pâques, Kuerguelen, Borromées ne sont pas décrites mais s'apparentent à ces instants magiques qu'a vécus le narrateur). Grenier privilégie les anecdotes concrètes et n'hésite pas à parler de son chat Mouloud ou du boucher du coin dans des dialogues savoureux.

Voici quelques extraits significatifs :

 

"La perfection, je le sais, n'est pas de ce monde, mais dès qu'on entre dans ce monde, dès qu'on accepte d'y faire figure, on est tenté par le démon le plus subtil, celui qui vous souffle à l'oreille : puisque tu vis, pourquoi ne pas vivre ? Pourquoi ne pas obtenir le meilleur ? Alors ce sont les courses, les voyages...Mais quels beaux instants que ceux où le désir est prêt d'être satisfait.

Il n'est pas étrange que l'attrait du vide mêne à une course, et que l'on saute pour ainsi dire à cloche-pied d'une chose à une autre. La peur et l'attrait se mêlent -on avance et on fuit à la fois ; rester sur place est impossible. Cependant, un jour vient où ce mouvement perpétuel est récompensé : la contemplation muette d'un paysage suffit pour fermer la bouche au désir. Au vide se substitue immédiatement le plein. Quand je revois ma vie passée il me semble qu'elle n'a été qu'un effort pour arriver à ces instants divins ;...

 

Fleurs qui flottez sur la mer et qu'on aperçoit au moment où on y pense le moins, algues, cadavres, mouettes endormies, vous que l'on fend de l'étrave, ah, mes îles fortunées ! Surprises du matin, espérances du soir, vous reverrai-je encore quelques fois ? Vous seules qui me délivrez de moi et en qui je puisse me reconnaître. Miroirs sans tain, cieux sans lumière..."

 

 

Par Sylvie - Publié dans : Classiques français et étrangers
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Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 12:40

ANGLETERRE- 1902




Editions Gallimard, L'imaginaire

Un récit culte que je souhaitais lire depuis des années ; c'est chose faite. Un avis partagé : pas un réel coup de coeur mais un intérêt certain pour la technique de narration et le pouvoir de suggestion incontestable du roman. L'occasion aussi de se faire un avis sur un "roman colonial" qui considère  l'Afrique comme un un espace sauvage, une jungle profonde, lieu de la magie et de l'ensorcellement.

L'intrigue est simple (l'auteur s'inspire de sa propre expérience de marin sur le fleuve Congo) : un soir, dans le port de Londres, sur un bateau à quai, le capitaine de marine marchande Marlow raconte son aventure de capitaine "d'eau douce" sur le fleuve Congo dans l'Afrique sauvage : il est chargé par la Compagnie du fleuve de ramener le capitaine Kurtz qui a sombré peu à peu dans la folie après s'être voué corps et âme à la conquête de l'ivoire.

Commence alors un long voyage dans les ténèbres. Mais les ténèbres ne sont pas à prendre au premier degré ; il ne s'agit pas des "sauvages" d'Afrique qui épient les occidentaux sur les rives du fleuve ; il s'agit des ténèbres intérieures de l'homme. Conrad scrute les dérives du colonialisme sur l'âme humaine ; Kurtza renoué avec la sauvagerie originelle, celle de l'homme primitif. Il ne connaît plus de limites, ni de lois. Au fond de lui-même, dans ses ténèbres, il ne trouve que le néant et l'horreur (ses derniers mots avant de mourir). D'ailleurs, le titre anglais est Heart of Darkness, Coeur de ténèbres, qui désigne bien l'âme damnée et nom le lieu "Au coeur" de la jungle ténébreuse.

Il est vrai que Conrad n'accorde la moindre psychologie à un personnage africain. D'ailleurs, ils sont toujours représentés comme une horde dans la jungle qui épient sur la rive du Congo. Le peuple africain apparaît sous forme de cris, de frôlements, de bruits de sagaies mais jamais avec la parole. 

Le but n'est pas à proprement parlé de condamner l'esclavage mais de faire un portrait à charge des colonialistes qui plongent dans le continent noir pour faire corps avec la sauvagerie des temps anciens, où aucune loi ne vient freiner les fantasmes les plus veules.

On retiendra la magie de la narration où Marlow avoue à son auditoire son incapacité à raconter un rêve éveillé. Pourtant, ce récit est d'un rare pouvoir suggestif ; le capitaine Kurtz n'apparaît qu'à la fin mais tout le récit est imprégné de sa présence magnétique. De même, les Africains ne sont que des ombres, des fantômes cachés derrière la végétation de la jungle mais ils sont évoqués avec leurs cris, leurs regards; Au lecteur de faire son propre spectacle....

Au fur et à mesure de la descente du fleuve, le narrateur Marlow est happé par le magnétisme de Kurtz ; en voyant et en entendant les rumeurs de la jungle, il est hypnotisé par le pouvoir de la sauvagerie, personnifiée telle une déesse démoniaque. Lui-même se prend au jeu du retour aux temps primitifs, à l'hypnotisme de la sauvagerie....
 
" La terre en cet endroit n'avait pas l'air terrestre. Nous sommes habitués à considérer la forme entravée d'un monstre asservi ; mais là on découvrait le monstre en liberté. Il était surnaturel et les hommes étaient...Non, ils n'étaient pas inhumains. Voyez-vous, c'est là le pire, ce soupçon qu'on avait qu'ils n'étaient pas inhumains. On y arrivait petit à petit : Sans doute, ils hurlaient, bondissaient, tournaient sur eux-mêmes, faisaient d'affreuses grimaces, mais ce qui saisissait, c'est le sentiment qu'on avait de leur humanité pareille à la nôtre, la pensée de notre lointaine affinité avec cette violence sauvage et passionnée. -Vilain, certes, c'était assez vilain. ..Mais pour peu qu'on en eût le courage, il fallait bien convenir qu'on avait en soi une sorte d'indéfinissable velléité de répondre à la directe sincérité de ce vacarme, l'impression confuse qu'il s'y cachait un sens que vous étiez, vous si loin de la nuit des âges, capable de comprendre..Et pourquoi pas ! L'esprit de l'homme contient tous les possibles, parce que tout est en lui, tout le passé comme tout l'avenir. Qu'y avait-il là-dedans, après tout ? Joie, frayeur, douleur, vénération, courage, colère, qui saurait le dire ?  De la vérité en tout cas, de la vérité dépouillée des oripeaux du temps

"La sauvagerie l'avait caressé sur la tête et celle-ci était devenue pareille à une boule, à une boule d'ivoire. ..Elle l'avait caressé, et il s'était flétri ; elle l'avait saisi, aimé, étreint, elle s'était glissée dans ses veines, elle avait consumé sa chair et avait scellé son âme à la sienne par les indicibles sacrements de je ne sais quelle initiation diabolique...

...Vous ne pouvez pas comprendre...Et comment comprendriez vous, vous qui sentez le pavé humide sous vos pieds, entourés que vous êtes de voisins obligeants, prêts à vous applaudir ou à vous tomber dessus, vous qui cheminez délicatement entre le boucher et le policeman, dans la sainte terreur du scandale des galères et de l'asile d'aliénés ; comment imagineriez-vous cette région des premiers âges où ses pas désentravés peuvent entraîner un homme, à la faveur de la solitude absolue, de la solitude, sans policeman ! à force de silence, de ce silence total où le murmure d'aucun voisin bien intentionné ne se fait l'écho de ce que les autres pensent de vous ...C'est de ces petites choses-là qu'est faite la grande différence ...Qu'elles disparaissent et vous aurez à faire fond sur votre propre vertu, sur votre propre aptitude à la fidélité



A lire le très bon article sur ww.sielec.com (Société Internationale d'Etudes des Littératures de l'Ere Coloniale.).

Quant au lecteur, il suit l'itinéraire de Marlow ; sceptique au début puis de plus en plus hypnotisé...

Par Sylvie - Publié dans : Classiques français et étrangers
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Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /Jan /2010 12:23

1960

La promesse de l'aube

Editions Gallimard, Folio

C'est le deuxième titre de Romain Gary que je découvre après La vie devant soi; son autobiographie, l'histoire de sa relation fusionnelle avec sa mère. Sûrement l'un des plus beaux récits sur l'amour maternel avec Le livre de ma mère d'Albert  Cohen.

En exergue, cette citation qui résume tout le livre :

"Il n'est pas bon d'être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ça vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c'est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu'à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu'une femme vous prend dans ses bras et vous sert sur son coeur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passés à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des mirages. "

Ce récit est l'histoire de la jeunesse de Romain Gary, de sa Russie natale jusqu'à la Seconde Guerre mondiale où il s'engage comme aviateur dans la Résistance. au centre de cette "aube" l'amour que lui porte sa mère qui rêve qu'il devienne un héros,  "un général, un Gabriele d'Annunzio, un Ambassadeur de France". Dès son plus jeune âge, le petit Romain s'essaie à toutes sortes de "génie potentiels" : violon, peinture, jonglage...mais très vite, c'est le virus de l'écriture qui le contamine...Lorsque la guerre se déclare, ,il promet à sa mère de devenir un héros, un gradé...

A travers cette histoire d'amour maternel, on découvre aussi l'histoire d'une famille d'immigrés, de Russie à la France, en passant par la Pologne. La mère lui fait aimer le mythe français malgré les déceptions.

Que dire de ce livre ? Il s'agit d'un véritable cri d'amour écrit dans une prose généreuse, lyrique. A une époque où la littérature française se veut minimaliste, quel bonheur de redécouvrir le verbe de Gary, tragi-comique, théâtral, souvent grandiloquent. La phrase s'élance, s'élève, l'auteur est emporté par son amour ou sa révolte.

On y découvre des summums de scènes burlesques comme lorsque sa mère débarque sur une piste d'atterrissage avec ses jambons, saucissons et pots de confiture. Ou alors qu'elle débarque avec les livres de Romain sur le marché de Nice et qu'elle invective les marchands... Comment ne pas oublier également le combat de Gary contre son occlusion intestinale, lorsque qu'il se dresse tout nu de son lit d'hôpital, avec son chapeau d'officier, alors qu'il reçoit l'extrême onction !

Tout le talent de Gary est dans ce ton tragi-comique...qui prouve, à l'opposé de Gide, qu'il peut y avoir de bonne littérature avec des bons sentiments...

Par Sylvie - Publié dans : Classiques français et étrangers
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Dimanche 29 novembre 2009 7 29 /11 /Nov /2009 12:29

de MARGUERITE DURAS

L'Après-midi de Monsieur Andesmas

Editions Gallimard, "L'imaginaire", 1962

Ce texte, relativement peu connu de Marguerite Duras, a été réédité récemment pour le cinquantième anniversaire de la collection "L'imaginaire". C'est aussi une pièce radiophonique datant de 1965, interprétée par Charles Vanel et Maria Casarès, aujourd'hui disponible en "livre CD" chez Livraphone.

On retrouve dans ce court texte les grands thèmes de Duras : tout d'abord le décor marin puis la solitude, l'amour en échec, le dialogue...Mais ici, l'amour, la passion ne concernent plus seulement le couple d'amant mais aussi un surtout l'amour de son père pour son enfant...qui naît à la vie et qui rejoint son amant.

Ce récit est d'abord l'histoire d'une attente : celle d'un vieillard, Monsieur Andesmas, assis sur une chaise en rotin, devant la mer et le gouffre de lumière, devant la maison qu'il vient d'offrir à sa fille Valérie. En cette après-midi d'été, il attend l'architecte Michel Arc,  qui va être chargé de construire une terrasse sur ce terrain pour Valérie, devant la mer.

Mais Michel Arc ne vient pas...Monsieur Andesmas attend. Il attend jusqu'à ce que la nuit tombe. Au fil de son attente, le rejoindront un chien, une petite fille et une femme, respectivement fille et épouse de Michel Arc.
Car il se pourrait bien que Michel Arc soit en compagnie de Valérie, en bas sur la place du village, en train de danser...

Au rythme du vent, un air de musique, un refrain d'amour, monte jusqu'à la terrasse de Monsieur Andesmas. Une musique symbolisant la jeunesse et la joie, qui atteint de plein fouet la masse  vieillissante de Monsieur Andesmas.

Comme à son habitude, Duras dit beaucoup de choses, explore un ressenti en peu de mots. Une histoire épurée très rythmée : l'attente est scandée par les jeux d'ombres et de lumières et par les "effluves musicales" qui montent jusqu'à la terrasse.

Les deux visiteuses, antidotes à la solitude, apparaissent comme des ersatz de Valérie. A la fin, Madame Arc de Monsieur Andesmas dialogueront sur leurs deux amours perdus.

L'après-midi de Monsieur Andesmas

Duras dit le rien, l'attente, le chemin de l'ombre, les miroitements de lumière, les froissements du vent. L'immatériel, les petits riens de l'atmosphère contrastent avec la masse sombre du vieillard, tel un vieil arbre  condamné à rester prisonnier de la terre. Joie et solitude, envol et masse terrestre : cette ronde de contrastes joue la petite musique de la fin et de la naissance d'un autre amour.

Le couple d'amoureux n'est présent que dans la mémoire et les paroles des deux âmes esseulées ; ensemble, ils forment un choeur de solitude au sein de la nature flamboyante.

Magique. L'histoire de l'attente d'un vieillard, à l'écoute du frémissement du monde :

"L'écho de la voix enfantine flotte longtemps, insoluble, autour de M. Andesmas, puis aucun des sens éventuels qu'il aurait pu avoir n'étant revenu, il s'éloigne, s'efface, rejoint les miroitements divers, des milliers, suspendus dans le gouffre de lumière, devient l'un d'eux. Il disparaît. .....

L'impossibilité totale dans laquelle se trouve M. Andesmas de trouver quoi faire ou dire pour atténuer ne fût-ce qu'une seconde la cruauté et ce délire d'écoute, cette impossibilité même l'enchaîne à elle.
Il écoute comme elle, et pour elle, tout signe d'approche de la plate-forme. Il écoute tout, les remuements des branches les plus proches, leurs froissements entre elles, leurs bousculades, parfois, lorsque le vent augmente, les sourdes torsions des troncs des grands arbres, les sursauts de silence qui paralysent la forêt tout entière, et la reprise soudaine et enchaînée de son bruissement par le vent, les cris des chiens et des volailles au loin, les rires et les paroles cette distance confondus tous dans un seul discours, et les chants, et les chants.

Quand les lilas
...mon amour
Quand notre espoir...

Dans une perspective unique, ils écoutent tous deux. Ils écoutent aussi la douceur égorgée de ce chant."





Par Sylvie - Publié dans : Classiques français et étrangers
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