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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Jeudi 28 février 2008

ETATS-UNIS

Choke

Editions Denoël et d'ailleurs, 2001

Chuck Palahniuk est l'enfant terrible des lettres américaines contemporaines. Il doit sa célébrité en partie grâce à l'adaptation cinématographique de son roman Fight Club

Si vous aimez les histoires complètement barges, ouvrez vite ce livre ! On a tendance à comparer Palahniuk avec Breat Easton Ellis. Comme lui, sexe et violence sont omniprésents dans son oeuvre. Mais avec une bonne dose d'humour et d'autodérision.

Palahniuk a d'ailleurs eu un destin très peu commun, marqué par la violence familiale : son grand-père a assassiné sa grand-mère et son père s'est fait tué par le mari de sa maîtresse...

Sexe, masochisme, violence, schizophrénie, mysticisme sont au rendez-vous dans une Amérique complètement névrosée, à la masse : Victor Mancini est un "sexoolique" , autrement dit un drogué du sexe ; il mène une thérapie collective mais tout se complique lorsque sa mère, folle à lier, est hospitalisée. Comme il a tendance à être maso, il va donc chercher à émouvoir tout le monde en s'étouffant (to choke) dans les restaurants chics. Résultat : ses sauveurs se prennent pour des héros, lui en sont éternellement reconnaissants et lui envoient donc de l'argent...qui lui permettra de payer ses frais d'hospitalisation de sa chère maman !

Et entre deux étouffements, il est figurant dans un  parc à thèmes où il y a plein de sexooliques !!!

Encore une surprise de taille : Victor va apprendre qui est vraiment son père (vous ne devinerez jamais qui !) et sa vie va en être complètement transformée !

Même si tout n'est pas abouti, on passe vraiment un très bon moment, les meilleurs passages étant bien sûr ceux des étouffements volontaires et également tous les portrais des gâteux de la maison de retraite. Des révélations très justes sur le besoin contemporain de reconnaissance, d'héroïme tout ça raconté avec beaucoup d'humour. 

par Sylvie publié dans : Littérature anglo-saxonne et américaine
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Samedi 23 février 2008

Editions Verticales, 2000

Puisque nous sommes vivants

Olivia Rosenthal est incontestablement l'une des plumes françaises contemporaines les plus originales. On dit que l'écriture française est de nos jours centrée sur le moi et ses souffrances...c'est vrai pour Olivia Rosenthal, mais c'est raconté avec tellement d'ironie et d'auto-sarcasme que c'est passionnant ! 

On retrouve ce goût immodéré pour le monologue inninterrompu, ce flux verbal qui caractérise l'écriture de Lydie Salvayre. Deuxième point commun avec cet écrivain : son goût pour les personnages un peu dingos, à la marge. Et aussi ce mélange d'absurde et de philosophie...car il est tout de même fait référence aux Passions de l'âme de  Descartes !

La narratrice nous parle et nous expose qu'elle est malade de...la glande pinéale...ce petit appendice cher à Descartes, petite zone du cerveau qui nous fait éprouver les émotions, les souffrances. Le médecin propose de lui enlever tout en l'avertissant qu'elle deviendra sans cette glande un légume qui n'éprouve plus rien ! Mais la femme s'énerve et veut à tout prix vivre...

C'est alors qu'elle va nous exposer son "discours de la méthode" pour endiguer son dérèglement de l'âme, n'en déplaise à Descartes, qualifié de "philosophe de seconde zone aux conclusions complètement dépassées" !

Elle va d'abord chercher dans son passé immédiat ce qui a bien pu dérégler ses "humeurs" : lorsqu'elle a commencé à prendre en filature une jeune femme qui va finir dans son lit et qui va bien sûr poser des problèmes dans son couple !
Puis vient la méthode pour soigner la glande : l'emploi du temps, la dispersion...mais rien ne marche !

On se délecte vraiment d'une telle écriture foisonnante, oscillant toujours entre un certain intellectualisme et un auto-dénigrement perpétuel. Cette âme torturée, perdue, qui lutte en vain contre sa "maladie" , qui apostrophe le lecteur, est en même temps détestable et très drôle !

A partir d'un scénario original (qui a entendu parler de nos jours de la glande pinéale !!!), elle brode finalement une histoire bien contemporaine sur les dérèglements d'aujourd'hui, les questions perpétuelles de l'âme...mais sauf qu'au lieu de parler de dépressions et de médicaments, Olivia Rosenthal invente sa recette bien particulière !

Voici quelques extraits très significatifs :

"Puisque vous n'entravez décidément rien à ce que j'essaye, maladroitement sans-doute, de vous expliquer, je serai plus directe. Vous ne croyez tout de même pas, espèce de petite protubérance, de crapaud satisfait, de charognard et de goûte sang, vous ne croyez tout de même pas que je vais me laisser charcuter par vos sbires dans l'espoir de ne plus rien jamais ressentir et de devenir l'heureux et paisible légume en lequel vous voudriez que tous vos patients se muent"

"Qu'entends-je alors en mon intérieur, je vous le donne en mille? Une tripotée de murmures, messieurs dames, des rumeurs de sable et de gravier...la récitation en bonne et due forme des dix commandements ...assortis des fondements de la métaphysique des moeurs , vous voyez messieurs dames, plutôt du beau monde et pas de bavardage, soyez sûr que cela occupe, de la boîte cranienne à la cage thoracique...j'admire en ma solitude sa résonance intérieure et me plie à ce qu'lle me dit, j'admire en ma solitude le peuplement de moi par des paroles, mots et démonstrations que je ne savais pas connaître, je suis admirative devant mon savoir et devant l'ignorance que jusqu'à présent j'entretenais de ce savoir, et voyez-vous, l'admiration est une bonne piste, un remède efficace, un début prometteur, je me dis qu'en continuant un peu dans cette voie je vais finir par découvrir que je suis une personne ayant toutes sortes de richesses à exploiter, il suffit de faire fructifier son esprit au lieu de l'éparpiller et le semer au vent et je me surprends à me magnifier, rendez-vous compte  de tot ce que je sais, si jeune encore et déja tout en magasin, une collection de certitudes, si jeune et déja sage, si jeune et ayant déja choisi la voie de la contemplation..."

"L'intérieur de mon corps plein de sucs, d'humeurs, plein d'excroissances affreuses, l'intérieur de mon corps envahi par la maladie de ma glande, abcès, moisissures, larves blanches suçant les organes, parasites collés et satisfaits, et ma glande, elle surtout, elle, la reine du territoire, non pas atrophiée, desséchée et ridée comme on aurait pu craindre, mais florissante, mais déployée, énorme, gonflée, ma glande grosse, couverte de follicules et purulente, ma glande granulée, rayonnante, qu'il faudra sans aucun doute percer comme un furoncle, une baudruche, ....."

par Sylvie publié dans : Littérature française contemporaine
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Mercredi 20 février 2008

ISRAEL


VIE AMOUREUSE, Zeruya Shalev


Editions Gallimard "Du monde entier", 2001

Le salon du livre 2007 est cette année consacré à la littérature israélienne. L'occasion de découvrir une littérature contemporaine foisonnante. J'avais déja découvert l'oeuvre drôle et absurde d'Etgar Keret

Voici donc Zeruya Shalev,une auteur réputée comme étant la chef de file de la nouvelle littérature israélienne. Ce roman fit scandale dès sa parution et pour cause ! 

Elle met en scène les ravages de la passion amoureuse chez la narratrice qui tombe soudainement amoureuse d'un ami de son père, un vieillard lubrique n'éprouvant aucun sentiment. Du jour au lendemain, elle quitte tout, études, mari et famille pour vivre une passion clandestine avec Arieh...dont la femme vient de mourir. 

Shalev décrit de manière très crue les scènes de sexe ...dans la cabine d'essayage d'un magasin...et dans les toilettes de la chambre d'hôpital où se meurt la femme d'Arieh...et enfin dans la chambre de la défunte lorsque la Yaara, la narratrice, est retenue prisonnière lors des cérémonies de deuil...

Bien sûr, ce livre interpelle pour sa crudité et son mélange de sexualité et de références bibliques. Shalev fait ainsi référence à la légende de la femme adultère et de la destruction du Temple. Elle décrit sans complexe l'union d'un corps jeune et d'un corps abîmé. Ce qui choque, c'est surtout cette absence de sentiments entre les deux êtres. Yaara ne semble être soumise qu'à une dépendance physique alors qu'Arieh est un vieillard qui ne ressent plus aucune émotion, qui est revenu de tout.

On évoquera aussi la quête du passé car tout en étant soumise à sa passion, Yaara découvre qu'Arieh est l'ancien amant de sa mère. Il y a donc également ne quête des origines en même temps qu'une quête des sens. Tout n'est pas simplement une histoire de sexe !

Je pense également que cette oeuvre interpelle par son style d'écriture très personnel. Le lecteur est littéralement enrôlé dans la conscience de Yaara qui dans un monologue de 300 pages intègre directement dans son discours les dialogues entre les différents personnages. Nul interligne ne vient faire respirer le texte, très compact. A l'intérieur d'une même phrase, souvent longue, la narratrice peut passer subitement d'un état à un autre. Il en ressort un rythme très saccadé, très rapide qui entraine le lecteur dans un flux inninterrompu de sensations. Souvent, on ressent une impression d'étouffement tellement nous sommes pris dans la conscience tourmentée du personnage. 

Un seul bémol : sans doute un essoufflement vers la fin et les derniers chapitres un peu vains. Mais il en reste un beau portrait des affres de la passion amoureuse. 

Un extrait :

" Alors que me racontes-tu de beau, rien, vraiment, répondis-je, embarassée, qu'ai-je en commun avec cet homme, que puis-je confier à un parfait étranger, par quoi commencer, comment se sont passées ces dernières semaines, poursuivit-il tandis que je repensais aux interminables journées torturantes, angoissantes que je venais de vivre, tiraillée entre l'humiliation, le remords et le désir, comme à un long cauchemar vide de sens, une maladie inavouable même après la guérison, dur, dis-je, en singeant la manière dont il avait décrit son voyage et son air suffisant. Ah, et pourquoi donc, s'enquit-il ingénument, je sentais que ses questions n'étaient pas innocentes, pas plus que la satisfaction avec laquelle il m'avait accueillie, tu sais très bien pourquoi, je n'en ai pas la moindre idée, parce que j'ai envie de toi. De moi ? s'écria-t-il avec un étonnement feint, vraiment ? Je répétai, oui, vraiment, et c'était dur, j'étais incapable de trouver un autre terme que celui-ci qui paraissait totalement déplacé dans cette cuisine rutilante, mais pourquoi, parce que je t'aime, répondis-je, confuse de proférer de telles banalités, et il sourit à nouveau comme un maître qui serait enfin parvenu à obtenir la bonne réponse d'une élève, mais pourquoi ? Qu'est-ce que tu me trouves ? J'avais la pénible impression que c'était le sujet autour duquel tournait toute la conversation"

par Sylvie publié dans : Littérature étrangère contemporaine
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Vendredi 15 février 2008

Editions Albin Michel

Le Dieu du carnage












Mise en scène au Théâtre Antoine (janvier-mars 2008)

Voici donc le grand événement théâtral de Paris en ce moment : la nouvelle pièce de la plus prolixe des dramaturges françaises, Yasmina Reza. Ce nouvel opus est un petit bijou de cynisme : derrière les bons sentiments et la bonne conscience occidentale, l'auteur pointe notre hypocrisie ; derrière la raison proclamée, le dieu du carnage n'est jamais loin ...

L'histoire est très simple : un couple, Véronique et Michel Houllié invitent chez eux un autre couple, Annette et Alain Reille pour régler une simple histoire de coups de poing entre leurs deux rejetons : Ferdinand, le fils Reille a cassé deux dents à Bruno, le fils Reille.

Entre gens de bonne famille, on s'invite donc pour régler le problème à l'amiable plutôt que de se crêper le chignon. On mange donc du clafoutis et on s'explique, on parle de ses métiers respectifs....et tout s'envenime ! Il y a Alain, avocat véreux qui défend une industrie pharmaceutique plus que douteuse, toujours accroché à son portable. Sa femme, Annette, plutôt timorée, se met soudain à vomir ! Quant à Véronique, elle est obnubilée par les grands principes moralisateurs : alors qu'elle publie un livre sur le Darfour, passionnée par la cause humanitaire, elle tient absolument à ce que les deux enfants s'expliquent entre eux alors qu'ils n'ont que 10 ans !!!



Mais derrière cette civilisation de la raison et des bonnes manières, les pulsions et les frustrations remontent à la surface...On apprend alors que le matin même, le hamster de l'enfant a été jeté dans la rue et que finalement, "on est élevé dans une idée johnwaynienne de la virilité" ! Le vomissement d'Annette(sur les livres d'art !) est particulièrement significatif de toute cette violence refoulée !

On rit forcément de ces personnages caricaturaux qui ne veulent pas assumer leur violence sous-jacente. Pour Reza, les bons sentiments, la civilisation ne sont qu'un leurre. Elle épingle en passant toute la société bien-pensante pétrie de bons principes.

Comme à chaque fois, c'est mordant, acerbe, méchant. Je n'ai qu'une hâte : c'est de voir Isabelle Huppert dans le rôle de Véronique Houillé, la bourgeoise bien pensante !

"Nous vivons en France. Nous ne vivons pas à Kinshasa ! Nous vivons en France avec les codes de la société occidentale. Ce qui se passe square de l'Aspirant-Dunant relève des valeurs de la société occidentale ! A laquelle, ne nous déplaise, je suis heureuse d'appartenir !"

"La morale nous prescrit de dominer nos pulsions mais parfois il est bon de ne pas les dominer. On n'a pas envie de baiser en chantant l'Agnus Dei
;"

par Sylvie publié dans : Théâtre
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Mardi 12 février 2008
ETATS-UNIS -1955



Editions Denoël et d'ailleurs

Ce roman peu connu de Norman Mailer a été publié en 1955 après avoir été refusé par dix éditeurs ! Il faut dire que le polémiste qu'est Mailer n'y va pas "avec le dos de la cuillère" : il dépeint la jungle hollywoodienne des années 50 avec ses producteurs dégénérés, ses starlettes nymphomanes et ses souteneurs. Le "Parc aux cerfs" était un quartier de Versailles sous Louis XVI où était installées les maîtresses du roi, sous la houlette de la Marquise de Pompadour. Par extension, il désigne un lupanar.

Il est vrai qu'Hollywood ressemble à un vaste lupanar : le roman met en scène le double de l'écrivain qui fait l'apprentissage de cette jungle après avoir été pilote de l'air pendant la Seconde Guerre Mondiale. Décidé à devenir écrivain, il s'offre une année sabbatique au "Désert d'Or" : il y rencontre une ex-journaliste, un metteur en scène sur la touche à cause de la chasse aux sorcières, un producteur entremetteur, un souteneur homosexuel et des actrices voulant percer dans le milieu. Les hommes s'échangent leurs maîtresses, on se refait une célébrité en se mariant avec un homme réputé homosexuel, on adapte sa destinée d'orphelins en film...quittte à y perdre sa dignité. 

On pense bien sûr à Scott Fitzgerald qui a si bien peint les paradis artificiels. Mailer peint avec beaucoup de vérité ce milieu dégénéré près à toutes les compromissions. On est proche du reportage, l'écriture est très simple, presque exclusivement consacrée aux dialogues des personnages. 

Les personnages sont très bien dessinés : les femmes caricaturales, les princes dégénérés, les petits débutants hésitants, les producteurs à l'affût de la publicité. C'est très divertissant, on a l'impression de voir un film américain des années 50. 

Un extrait :

"Savez-vous ce qui se passerait si vous épousiez le garçon qu'il faut. disons, par exemple, un acteur qui viendrait en neuvième ou en septième position sur la liste des grands favoris du public ? Vous pensez peut-être que la côte de votre couple serait une moyenne entre vos deux côtes individuelles ? Pas du tout. Vous atteindriez tous les deux la cote la plus élevée du pays. Savez-vous pourquoi? Deux plus deux ne font pas quatre, mais cinq et bientôt dix, en vertu de la loi des intérêts composés. Pensez à cela, Lulu. Un bon mariage est plus sûr que n'importe quel placement à intérêts composés. Lulu Meyers épousant n'importe quel  homme ayant une côte élevée dans la faveur du public, cela donnerait le couple n°1 des Etats-Unis d'Amérique, c'est à dire u monde entier"



par Sylvie publié dans : Littérature anglo-saxonne et américaine
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Dimanche 10 février 2008
RENTREE LITTERAIRE 2007

L’Echappée












Editions Gallimard

Eh oui, ça y est, je me suis remise à lire de la littérature étrangère contemporaine !  J'avais un peu arrêté ces derniers temps, me plongeant plutôt dans les classiques ou dans la littérature américaine !

Il faut dire que ce livre qui circule beaucoup sur les blogs littéraires m'a vraiment donné envie de renouer avec  les français contemporains.

C'est une belle histoire, très classique, écrite à fleur de peau.

C'est l'histoire de Madeleine, toute jeune femme bretonne  pendant la Seconde Guerre Mondiale.  Elle est  femme de chambre et serveuse dans un hôtel de Rennes qui accueille bien sûr les officiers allemands. Souffrant d'un enfermement certain dans une famille qui lui cache un lourd secret, elle "s'échappe" en tombant amoureuse de Joseph Schimmer, un officier qui la séduit avec ses doigts de virtuose sur son piano. Fuyant momentanément un quotidien morne, elle vit une folle passion, défendue qui finira forcément mal....

Ce récit m'avait été présenté comme étant un livre sur l'occupation. Il n'en est rien. Même s'il y a un chapitre très fort sur l'épisode des femmes tondues, ce roman est d'abord une réflexion sur les origines et sur l'exil. Ainsi, trois générations de femme se retrouvent orphelines de père ou de mère, éprouvent un manque et vont à la recherche de celui ou celle qui l'a engendrée. Deux naissances illégitimes entraînent des exils forcés, des souffrances, des interrogaions éternelles.

Une histoire bien classique mais tellement émouvante, livrée dans une écriture ciselée qui va au plus près de la sensation ; les phrases sont très courtes mais Valentine Goby vit son histoire à fleur de peau : on voit, on sent, on écoute, on éprouve avec Madeleine. Chaque paragraphe est une métaphore filée d'une sensation, d'un sentiment éprouvé. Que ce soit à travers l'évocation de l'ennui en Bretagne, la description d'une sonate ou d'un paysage floral du sud, le lecteur se sent corps et âme avec le personnage. C'est donc d'une extrème sensibilité et c'est très beau.

Comme quoi la littérature française contemporaine n'est pas aussi superficielle qu'on le prétend !!!

Un extrait...

"Ses doigts s'enfonçent dans le piano. Lentement. Des notes naissent du silence. Tenues. Espacées. Elles retournent au silence. Elles ne se suivent pas, elles existent distinctement. Pour elles-mêmes. Imprévisibles. Elles ne racontent rien, ce n'est pas une mélodie. C'est une couleur. Ou plutôt un nuancier. Une oscillation ténue du gris clair au gris foncé. Peu à peu l'écart se creuse entre les notes. Entre les teintes, à peine plus contrastées. C'est une danse exiguë. eut-être une valse. Ni triste, ni gaie. Flottante. Traversée de spectres. Elle s'étire de grave à l'aigu, par paliers successifs, et s'interrompt brusquement, inachevée. Un silence. Tous comprennent que ce silence est une note. Cela se termine par un scientillement. Une dispersion argentée. Un bruissement d'aile. "


par Sylvie publié dans : Littérature française contemporaine
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