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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Théâtre

Dimanche 8 janvier 2006 7 08 /01 /Jan /2006 16:15

THEATRE JEUNESSE

Ecole des loisirs, "Théâtre", 1998

Joël Jouanneau est, avec Fabrice Melquiot (Le gardeur de silence), le principal représentant du théâtre pour jeune public en France (il écrit également pour les adultes et a mis en scène Beckett et Lagarce).

Jouanneau signe ici une jolie histoire d'amitié entre Aldébaran, un vieil homme qui enseigne à un enfant les joies du cyclisme. Sur les routes de campagne, il lui apprend les secrets du village, le nom des fleurs et des oiseaux, les champignons comestibles ou vénéneux.

Puis un jour, ils rejoignent le Tour de France. L'enfant veut à tout prix gagner mais le vieil homme va lui enseigner la vraie valeur des choses: pourquoi vouloir toujours gagner ?

Cette fable deviendrait moralisatrice si la fin ne nous réservait pas quelques surprises : le "dernier rayon" tombe sur le vieil homme...Une fin très poétique et très émouvante...

Récit d'apprentissage, amitié intergénérationnel, réflexion sur la fin de vie... A réserver pour les enfants à partir de 9 ans et aussi pour les grands enfants...

Par Sylvie - Publié dans : Théâtre
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Vendredi 16 décembre 2005 5 16 /12 /Déc /2005 19:59

Editions POL,1996

Valère Novarina est une voix unique dans la littérature française contemporaine. A la fois photographe, peintre, cinéaste et dramaturge, ses pièces ne cherchent pas à signifier le monde mais à honorer le langage poétique.

Voici la trame principale du Repas : une centaine de personnages burlesques se réunissent pour dévorer le monde: parmi eux, l'avaleur jamais plus, le mangeur d'ombre, l'enfant d'outre bec, la mangeuse ouranique , Jean qui dévore corps et L'homme mordant ça. Ces derniers se décident à manger le monde. Mais en dévorant le monde, ils réfléchissent sur la condition humaine: "lorsque nous mangeons, nous échangeons des choses mortes contre du vivant. Manger, c'est échanger la vie", "Nous dévorons le monde mais le temps nous dévore".

L'absurdité de la vie humaine est un prétexte pour énumérer sans fin des phrases et inventer des mots : le principe de ce théâtre est l'énumération de mots inventés (ici, des aliments): "nous mangeons des ramasilles, dec l'abonde, de la rapée et des aglands; beauseigne ! nous mangeons des banaches, des beluches, des babets, des barabans......". Le langage semble être la seule réalité du monde ce qui n'est pas sans rappeler le théâtre de Beckett.

Parler pour remplir le vide de la vie... Présence du burlesque mais aussi réflexion subtile sur la condition humaine...

Lecteurs rationnels, passer votre chemin... Par contre, Novarina, en oubliant la recherche du sens, réconcilie théâtre et invention poétique.

La parole de Novarina est à entendre. Mais il faut attendre la prochaine adaptation !

Par Sylvie - Publié dans : Théâtre
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Mercredi 23 novembre 2005 3 23 /11 /Nov /2005 19:33

Prix Nobel de Littérature 2005

Gallimard, Le Manteau d'Arlequin, pièce créée en 1957

L'anniversaire est la pièce la plus célèbre d'Harold Pinter avec Le gardien. Harold Pinter a créé ce que l'on a appelé le "Théâtre de la menace": des inconnus apparemment dangereux font irruption dans un univers banal pour s'emparer d'une victime terrorisée mais presque consentante.

Je ne connaissais que de nom ce grand dramaturge anglais et il faut dire que j'ai été un peu déconcertée. Car à mon avis, sous des allures de vaudeville, ce théâtre fait la part belle à l'absurde et à la réflexion philosophique.

Voici l'intrigue: Meg et Peter tiennent une pension de famille au bord de la mer: leur quotidien est très banal puisqu'il consiste à se servir le repas et lire le journal. Ils n'ont qu'un seul pensionnaire, l'étrange Stanley Weber, une sorte de loque vivante: il se lève tard le matin, critique le petit déjeuner préparé par Meg et n'a aucun métier officiel. Le quotidien banal va être bouleversé par l'irruption de deux êtres Goldberg et Mccann. Meg décide de fêter l'anniversaire de Stanley mais ce dernier semble absent de lui-même et totalement indifférent.

Au cours de cette soirée, les deux visiteurs vont peu à peu "prendre en main" Stanley pour le remettre sur le droit chemin, le "réveiller". Mais que penser de cette action? La scène fait plutôt penser à un enlèvement: au fur et à mesure, Stanley est de plus en plus inactif et se laisse dicter sa conduite. Il s'agit alors d'une mise en scène du rapport maître /esclave. Certaines critiques y ont vu une allusion à la déportation des juifs, à la manière expéditive des SS d'enlever les juifs de chez eux.

Cette pièce est aussi une réflexion sur le langage: les scènes sont souvent des dialogues de sourd  Alors que dans les pièces traditionnelles les personnages dialoguent intelligemment, se parlent, s'écoutent et se répondent, Pinter dépeint des discussions basées sur le langage parlé, avec tous ses défauts et ses incohérences. Il n'hésite pas à utiliser ce que l'on n'utilise habituellement jamais au théâtre, à savoir des fautes de syntaxe, des tautologies, des pléonasmes, des répétitions et des contradictions internes.

On peut faire allusion au théâtre de l'absurde: on ne sait pas qui sont les personnages qui interviennent subitement dans la vie quotidienne et bouleversent le destin des autres. C'est aussi et surtout une profonde réflexion sur la condition humaine et sur les rapports de domination. L'une des dernières répliques est très significative: "Ne les laissez pas dire ce que vous devez faire!" Harold appelle à la liberté, au refus de toute forme de domination de l'homme sur l'homme...

Par Sylvie - Publié dans : Théâtre
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Lundi 31 octobre 2005 1 31 /10 /Oct /2005 00:00

Actes Sud -Papiers, 2003

Toutes les trois minutes, une ferme disparaît dans le monde... Souriez !"

Cette constatation caustique donne corps à une pièce complètement loufoque. Les deux comédiens, accompagné d'un musicien, invitent le public à se souvenir joyeusement de la campagne d'antan : scènes bucoliques d'un repas l'été sous la treille, du lait moussu et crémeux qui gicle des pis de la vache, des bals sous les lampions où guinchaient les femmes et les hommes en habits du dimanche, de l'odeur fétide du lisier... La pièce dresse aussi l'inventaire des grandes inquiétudes du monde rural d’aujourd'hui : les quotas de production, la désertification des campagnes, le statut des agriculteurs, la politique agricole commune. Mais aussi l'apparition des organismes génétiquement modifiés, de la dioxine, listéria et autres prions, de la mal-bouffe et la bouffe-folle, l'agriculture partant à vau-l'eau... Le spectacle se termine dans un grand délire burlesque : un frisson futuriste d'une campagne aseptisée, rationalisée, incolore, inodore et silencieuse où tous les légumes et fruits pousseraient hors sol !

Cette pièce peut faire penser à une oeuvre burlesque dans la lignée d'Alfred Jarry: mêlant interviews de vieux paysans et chants de canards et d'artichauds qui nous livrent leur mal de vivre ! Pour couronner le tout, Durif met en scène son double qui ,poursuivi dans un champ de tournesols fanés par des experts de toutes sortes, tente d'écrire sur l'agriculture !

Eugène Durif, l'un des dramaturges français les plus prometteurs, s'est inspiré de véritables interviews de paysans du Limousin. C'est drôle, original et tellement vrai !

Par Sylvie - Publié dans : Théâtre
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Dimanche 30 octobre 2005 7 30 /10 /Oct /2005 00:00

Angleterre

Arche éditeur, 2004

Après vous avoir parlé de L'amour de Phèdre et de 4h48 Psychose, j'ai eu envie de faire un article sur la première pièce de Sarah Kane, celle qui l'a fait connaître en provoquant un scandale au Royal Court Theatre de Londres.

Cette pièce rappelle la tragédie grecque mais Kane pratique la surenchère dans la cruauté: sang, violence et sexualité sont les maîtres mots de la pièce.

Il y a unité de lieu et de temps: la pièce se déroule dans une chambre d'hôtel de luxe en Angleterre. Dehors, la guerre civile gronde (Kane s'est apparamment inspirée de la guerre en ex-Yougoslavie et aussi de la guerre civile en Irlande). Ian, un journaliste dépravé plus ou moins espion, fumeur et alcoolique retient plus ou moins prisonnière Cate,une jeune fille qu'il insulte et viole. La jeune fille a des crises d'épilepsie lorsqu'elle s'énerve mais semble accepter son aliénation sexuelle et mentale.

Au deuxième acte, alors que Cate est sortie, un soldat pénètre dans la chambre pour demander à manger. C'est alors que les rapports de force basculent. Ian, le dominateur, se fait violer et arracher les yeux par le soldat.

Au dernier acte, alors que l'apocalypse gronde à l'extérieur, Cate revient dans la chambre avec un bébé orphelin et découve Ian agonisant. A partir de là, la violence devient encore plus crue: le cannibalisme fait son entrée...

Mais le pardon affleure: dans cette pièce, l'amour, la compassion est plus forte que la violence...Kane semble s'être inspiré du syndrome de Stokholm qui engendre chez la victime une admiration et un amour pour le bourreau.

Sarah Kane nous replonge avec brio dans les grands thèmes de la tragédie antique où le sang et la violence n'étaient pas tabous. Kane a remis au goût du jour avec brio ce genre de pièce.  

Si quelqu'un entre vous a vu cette pièce sur scène, j'aimerais bien qu'il me décrive la mise en scène.Je sais qu'elle a été jouée au Festival d'Avignon cet été. Comment sont abordées les scènes de cannibalisme et de sexualité?

Par Sylvie - Publié dans : Théâtre
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Vendredi 21 octobre 2005 5 21 /10 /Oct /2005 00:00

Pièce écrite par Faulkner en 1951

Mise en scène d'Albert Camus en 1956

Hier soir, je suis allée voir la pièce Requiem pour une nonne, sur une mise en scène de Jacques Lassalle au Théâtre Athénée-Louis Jouvet à Paris. Une pièce née de deux des plus grands génies littéraires du XXe siècle, Faulkner et Camus. Quel plaisir devant ce mélange de roman policier et de tragédie grecque ! Le mal, la faute de personnages face à leur destin et un suspens insupportable...

Impossible de parler de Requiem pour une nonne sans évoquer Sanctuaire,un autre chef d'oeuvre de Faulkner (voir mon article). L'action se déroule huit ans après Sanctuaire. Rappelez-vous: Temple Drake, jeune collégienne de bonne famille, sort un soir avec son petit ami Gowan, totalement ivre. Après un accident de voiture, ils atterrissent dans un débit de boisson clandestin. C'est dans cet endroit sordide que Temple est violée par Popeye, un mauvais garçon, qui l'enlève et la séquestre dans une maison close de Memphis. ..

On retrouve dans Requiem les mêmes personnages huit ans plus tard; Gowan a épousé Temple pour se faire pardonner son infamie lors de cette soirée fatale. Le rideau s'ouvre sur la condamnation à mort de Nancy Mannigoe, la nurse noire, qui a étranglé l'enfant du couple. Pourquoi a-t-elle commis ce geste désespéré? Temple va peu à peu révéler son secret au gouverneur, poussé par son oncle, avocat de la pauvre prostituée noire.

Cette magnifique pièce prend la forme d'un roman policier à suspens: le spectateur découvre peu à peu ce qui s'est réellement passé le soir du meurtre. Découverte du secret mais aussi du mal enfoui dans la psychologie des personnages. Sous ses allures de dame bourgeoise qui a gagné une respectabilité, Temple a bien des choses à cacher. Car le passé, l'infamie ne peuvent s'empêcher de refaire surface. ...

On retrouve les thèmes favoris de Faulkner: emprise du mal, culpabilité et désir de rédemption. Camus a évoqué l'influence de la tragédie grecque: les personnages faulknériens doivent vivre avec une souillure originelle et accepter leur destin. La servante noire, ancienne prostituée, incarne la figure de la rédemption: pour sauver sa maîtresse blanche, elle est prête à mourir...

Je vous recommande chaudement la pièce: le langage est limpide et les comédiens sont excellents.

Par Sylvie - Publié dans : Théâtre
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