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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Mardi 8 avril 2008

Editions de Minuit, 2001

L'absolue perfection du crime

Tanguy Viel, 35 ans, est l'un des auteurs les plus prometteurs de sa génération. Il s'est fait connaître du grand public avec ce roman, inspiré des scènes typiques de polars et de séries B. Bien que ce titre soit rondement bien mené et très bien écrit, j'ai été très peu sensible au scénario. (Insoupçonnable, son dernier roman, est du point de vue du scénario beaucoup plus ambitieux et original).

L'absolue perfection du crime est en fait un pur exercice de style qui reprend tous les poncifs du polar : une bande de mafieux du sud de la France décide de braquer un casino. On assiste à la préparation du casse, à l'apéro avant le grand coup puis à la trahison et à la vengeance.

 Donc, pas de grandes surprises mais des scènes de genre parfaites, écrits comme de longs plans séquences, les paragraphes sont écrits dans un style très visuel.On retiendra le vol de billets en montgolfière !

Les personnages, tous des anti-héros, sont très touchants. Surtout, la construction du roman est menée d'une main de maître : 3 parties pour 3 étapes, des plus épurées possibles. L'action prédomine, séquencée par différentes étapes tout aussi nécessaires les unes que les autres.

Exercice de style donc mais aucunement un scénario très original !

par Sylvie publié dans : Littérature française contemporaine
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Dimanche 6 avril 2008

ETATS-UNIS











1930
Traduction française de 1933

Voici l'un des romans les plus connus de Faulkner, l'un des premiers traduits en France avec Sanctuaire.Pour les "non initiés" à la technique faulknérienne, ce roman est avec Sanctuaire l'un des plus accessibles bien qu'il utilise la narration éclatée, la succession de monologues de narrateurs différents (une vingtaine en tout).

Le titre est emprunté à une phrase de l'Odyssée d'Homère. Il s'agit en fin de compte d'une épopée tragi comique mêlant le drame et la farce.

L'action est centrée sur la famille Bundren : dans un village perdu du Mississippi, Addie Bundren, la mère, se meurt. Elle a fait promettre à son mari, Anse et à ses 5 enfants, Darl, Cash, Jewel, Dewey Dell et Vardaman de conduire son cercueil jusqu'à la ville de Jefferson, là où sont enterrés ses propres parents. Le roman commence par les coups de marteau incessants de Cash qui fabrique son cercueil devant sa mère agonisante.

A la mort d'Andie, la famille embarque sur une charrette branlante, pour Jefferson. Les péripéties se succèdent : les ponts cèdent face à la rivière déferlante, les mules meurent noyées....Cash se casse une jambe qui se gangrène...tandis que les busards rôdent autour de la charrette puante....

On s'attend à un lyrisme, à un pathos certain. Nullement ! Chaque personnage est obnubilé par quelque chose de très concret : le dentier de Anse, la fausse couche de Dewey Dell, le cheval de Jewel, les outils de Cash. Tout est tellement dramatique que tout devient grotesque. Les monologues sont écrits dans une langue très simple, bien qu'incantatoire. Le "choeur", les voisins, les médecins, les connaissances de la famille Bundren, désacralisent à tour de rôle l'entreprise funeste, en affirmant que c'est une folie.

Quant au coup de théâtre final, on n'est pas près de l'oublier....

Les récits s'entremêlent, se croisent. On apprend au fur et à mesure les secrets, les non-dits des personnages (les adultères. les avortements...)Adie, qui est morte, prend la parole au centre du roman.

Dans cette farce tragique géniale, Faulkner parodie la mort antique. Les monologues qui se succèdent sont à la fois une densité romanesque et une dimension théâtrale. Rien d'étonnant à ce que Jean Louis Barrault les ai immédiatement mis en scène en 1935 dans Autour d'une mère.

par Sylvie publié dans : Classiques français et étrangers
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Lundi 31 mars 2008

ALLEMAGNE

La marquise d'O...

Editions Libretto

Von Kleist (1777-1811) est un écrivain romantique allemand contemporain de Goethe. Il n'a jamais obtenu un grand succès de son vivant et reste surtout connu par sa mort : il se donna la mort avec sa compagne en 1811.
Ses nouvelles ont été beaucoup jouées cette année au Théâtre dont La Marquise d'O au Théâtre de Saint-Denis.

Rappelons aussi que cette magnifique nouvelle a été adaptée au cinéma par Eric Rohmer en 1976. J'ai d'ailleurs hâte de voir le film où Rohmer s'est inspiré pour la mise en scène des tableaux de Greuze et d'Ingres.

La Marquise d'O...est un mélodrame romantique, merveilleusement désuet..Je suis sous le charme !

En 1799, une place forte italienne est conquise par les Russes. Une Marquise veuve est violentée par une bande de soldats ivrognes. Un colonel la sauve in extrémiste du viol. La Marquise s'évanouit et le colonel disparaît....pour revenir quelques mois après la demander mystérieusement en mariage ...

Cette dernière, sujette à d'étranges nausées, et s'étant jurée de rester veuve, refuse, bien que troublée. Quelques jours plus tard, elle découvre qu'elle est enceinte. Ses parents, la croyant dépravée, la renie. Persuadée d'être restée "pure" depuis son veuvage, la Marquise passe une annonce dans le journal : que le père de l'enfant qu'elle allait mettre au monde devait se faire connaître, et qu'elle était décidée, pour des considérations de famille, à l'épouser.

Rebondissements, dilemnes entre la passion et le devoir moral, innocence, tout est présent pour faire de ce mélodrame d'un autre âge un petit chef d'oeuvre. Sur une soixantaine de pages, Von kleist va à l'essentiel, décrit d'abord les actions, les rebondissements sans s'apesantir sur des tirades dramatiques. Et c'est là que réside la force du récit ; bien que l'intrigue soit complètement désuète (la veuve se croit l'élue du Saint-Esprit, elle veut se marier coûte que coûte), l'auteur décrit si vite l'action que les émois romantiques se sont qu'évoqués très pudiquement.

J'ai littéralement été emballée par ce récit invraisemblable et j'ai hâte de voir le film de Rohmer...

par Sylvie publié dans : Classiques français et étrangers
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Dimanche 30 mars 2008

ITALIE

Ay, Paloma

Editions Rivages, 2000

Après Un chocolat chez Hanselmann, voici un autre célèbre récit de Rosetta Loy. Toujours la même période, la même atmosphère de "paradis terrestre" alors que la guerre gronde. Mais ce récit est beaucoup plus classique, beaucoup plus lisse que le précédent.

La narration est linéaire et nous avons droit qu'à un seul point de vue, celui d'une gamine de 12 ans.

Nous sommes en août 1943 lors de la déroute de Mussolini. La bourgeoisie des villes se réfugie dans le Val d'Aoste dans de petits villages. Les enfants jouent, se chamaillent et les premiers émois amoureux ont lieu. Mais lors de la déroute italienne, les pro-mussoliniens s'affrontent avec les partisans. Cette période sombre sonne la fin de l'enfance, de l'insouciance pour les enfants. Les trahisons et les chagrins sont au rendez-vous.

On retrouve ce regard en même temps très candide et très juste d'Un chocolat...Mais les personnages ont beaucoup moins de profondeur et n'ont pas l'ambiguïté du chef d'oeuvre de Loy. Bien plus, ils sont profondément manichéens.

Le récit a le mérite d'aborder une période de l'histoire italienne très peu traitée en littérature et très peu connue.

C'est ce que je retiens de ce titre.

par Sylvie publié dans : Littérature étrangère contemporaine
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Dimanche 30 mars 2008

Editions de Minuit,1995

Nous trois

Jean Echenoz n'est plus à présenter.C'est l'un des auteurs français les plus connus, les plus réputés. Cherokee,Le Méridien de Greenwich, Au piano, Ravel l'ont imposé comme un écrivain au style sans nul autre pareil, très ironique, détournant par exemple les récits d'aventure ou les romans policiers.

Je vous propose Nous trois, titre relativement peu connu, récit complètement déjanté, à mi chemin entre la science-fiction et un roman d'amour ! Le personnage principal est un anti-héros typique, Louis Meyer, ingénieur dans une firme aérospatiale. Il lui arrive des aventures plus que rocambolesques !

Divorcé, vivant seul, Il décide de partir en vacances à Marseille retrouver une ancienne conquête et sans-doute en chercher une autre...En pleine autoroute, il sauve une belle inconnue dont la voiture vient d'exploser ! Celle-ci étant presque mutique, il décide de l'appeler Mercedes du nom de sa voiture !!!Et voila qu'à Marseille, un tremblement gigantesque a lieu...Meyer patauge dans la gadoue et parvient à s'extirper de la ville sinistrée non sans mal...

C'est là que Blondel l'appelle pour servir de cobaye dans le lancement du satellite servant à détecter les tremblements de terre. Et voila que Meyer est soumis à un entraînement de chien pour partir dans l'espace....et peut-être rejoindre sa bien aimée !

Dans un style très personnel telle une épopée don-quichottesque moderne, Echenoz nous narre des aventures rocambolesques
incroyables mais cela prend sans problèmes !

Personnellement, j'ai vraiment beaucoup rigolé. Meyer est irrésistible de maladresse. Quelques passages comme Meyer qui sauve Mercedes lors de l'explosion de sa voiture ou les entraînements en vaisseau spatial sont irrésistibles.

L'écriture est très rythmée et la construction intéressante : les chapitres font alterner les aventures de Meyer
avec une voix inconnue, qui va rejoindre Meyer à la fin et qui donne tout son sens au titre...

Un titre presque inconnu mais qui vaut le détours !

par Sylvie publié dans : Littérature française contemporaine
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Jeudi 27 mars 2008
ITALIE



Editions Rivages, 1995

Rosetta Loy est reconnue comme étant l'un des meilleurs auteurs italiens contemporains. Son thème de prédilection est l'Italie pendant la Seconde Guerre Mondiale, période qu'elle a bien connue étant enfant.

Je connaissais cette auteur de réputation mais ne  l'avais pas encore lu. Ce titre, l'un des ses plus connus, est une merveille de subtilité. L'intrigue se déroule sur plusieurs années mélangeant les points de vue narratifs. Un secret de famille se dévoile petit à petit au fil des pages ; le flou artistique entretenu est un moteur de l'action.

Tout se passe dans un lieu au nom magique, dans les montagnes suisses à Chesa Silvascina : un chalet, un lac, des forêts, la neige. Madame Arnitz, la maîtresse de maison, tente en vain de maintenir son petit monde autour d'elle mais en vain ; sa fille aînée, Isabella est partie pour Rome épouser un professeur. Quant à Margot, la cadette, courtisée par Eddy, un ami de la famille, elle est séduite par Arturo, le juif clandestin venue se réfugier dans la propriété en Suisse sur les conseils d'Isabella, son amante. Bientôt, Margot s'enfuit avec Arturo et Eddy disparaît...

Que s'est-il vraiment passé ce jour là ? Quelle est la vraie relation entre Arturo et Isabella ?

Les événements sont d'abord vus par le regard de Lorenza, fille d'Isabella, gamine. Puis c'est au tour de Madame Arnitz de s'interroger sur la fuite de sa fille. Enfin, des années plus tard, Lorenza enquête auprès de Margot et cherche à comprendre sa mère. Puis, dans les dernières pages, la signification du titre nous est dévoilée.

De ce livre, on retient d'abors l'atmosphère feutrée. Dans un cadre idyllique, la Suisse, isolée des drames de la Seconde Guerre Mondiale, la guerre devient privée. Les drames inattendus se nouent mais cachés de tous.

Ensuite, il y a ces personnages, ces actions qui se dévoilent peu à peu : Arturo, le juif qui refuse son statut de victime, est un très beau personnage de roman, incarnant la culpabilité enfouie. Dans ce titre, les actions viennent d'abord, leurs explications ensuite.

La narration très subtile organise une danse des personnages qu occupent le premier plan à tour de rôle, à des époques différentes.

Une ode à la mémoire familiale et à ses secrets enfouis. Du grand art.


par Sylvie publié dans : Littérature étrangère contemporaine
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