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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Littérature asiatique

Dimanche 24 décembre 2006 7 24 /12 /Déc /2006 14:48

JAPON

Année de parution en France : 1960

 

Yukio Mishima, sûrement le plus connu des écrivains japonais, est entré dans la légende en se suicidant par hara-kiri en 1970, à l'âge de 45 ans. La vie de Mishima a toujours été synonyme de scandale : tentative de coup d'Etat, homosexualité revendiquée, oeuvre mêlant toujours Eros et Thanatos.

 Bien que je sois passionnée par la littérature japonaise, j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans l’œuvre de l’écrivain mythique. J’avais commencé il y a quelques années Les amours interdites et m’étais arrêtée en cours de route. J’ai donc attendu, ai découvert d’autres auteurs japonais que j’adore (Tanizaki, Kawabata, Soseki, Dazai, Endo…) et suis enfin revenue à Mishima avec Le pavillon d’or. Une œuvre mystérieuse, assez difficile à saisir mais qui vous laisse un souvenir impérissable.

 

Mishima s’inspire d’un fait divers qui s’est produit juste après la Seconde Guerre Mondiale, lorsqu’un jeune bonze  shintoïste de Kyoto incendie par dépit l’un des plus célèbres temples de la région, le Pavillon d’Or. Le roman oscille donc entre respect de la tradition et révolte et nihilisme.

 

Mishima retrace donc à son idée l’itinéraire de ce mystérieux pyromane dans la peau du personnage de Misogushi. Jeune homme de 19 ans, il entre comme novice au Pavillon d'Or. La mort de son père ne l'émeut guère et il voue une haine féroce à sa mère. Laid et bègue, il se réfugie dans la solitude. Il semble attiré par une étrange cruauté. Seul le Pavillon d'Or fait naître en lui une étrange fascination. Pour lui, le temple incarne la Beauté suprême. Il passe son temps à l'admirer.

Mais lorsque la sensualité s'éveille en lui, qu'il prend des rendez-vous galants, le Pavillon d'Or s'interpose constamment entre la femme et lui. Misoguchi va donc prendre la décision de l'incendier, par haine de la beauté. Car la beauté semble être un obstacle à la vraie vie...

Mishima nous dresse un portrait peu conventionnel de la vie des moines dans les temples ! Ils fréquentent les prostituées et sont présentés comme des créatures du mal. On retiendra tout particulièrement l'ami du héros, Kashiwagi, être infâme aux deux pieds bots, qui n'est pas sans rappeler le diable. Tout se passe juste après la Seconde Guerre Mondiale lors de l'occupation américaine du Japon. Tout est teinté de nihilisme et de déclin. Que ce soit les soldats ou les moines, les japonais semblent gagnés par le mal et la dégénérescence.

L'amour ou la sensualité semblent être des vains mots. Les rencontres entre le héros  et une femme tournent toujours à l'échec. Est-ce une allusion à l'homosexualité de l'auteur ?

Le Japon de référence de Mishima est celui de la tradition : il nous décrit des paysages sublimes alliant la majesté de la nature (les étangs, les couchers de soleil...) à la beauté de l'architecture religieuse des temples bouddhistes et shintoïstes. De multiples passages sont de la poésie pure comme par exemple cet événement fondateur lorsque Misogushi surprend une scène d'adieu entre un soldat qui part sur le front et sa fiancée :

"Sans rien chnger à sa pose parfaitement protocolaire, la femme, tout à coup, ouvrit le col de son kimono. Mon oreille percevait persque le crissement de la soie frottée par l'envers raide de la ceinture. Deux seins de neige apparurent. Je retins mon souffle. Elle prit dans ses mains l'une des blanches et opulentes mamelles et je crus voir qu'elle se mettait à la pétrir. L'officier, toujours agenouillé devant sa compagne, tendit la tasse d'un noir profond.

Sans prétendre l'avoir , à la lettre, vu, j'eus du moins la sensation nette, comme si cela se fût déroulé sous mes yeux, du lait blanc et tiède giclant dans le thé dont l'écume verdâtre emplissait la tasse sombre - s'y apaisant bientôt en ne laissant plus traîner à la surface que de petites tâches - , de la face tranquille du breuvage troublé par la mousse laiteuse"

Laissez-vous donc envoûter par les beautés du Japon éternel à l'époque de son déclin.....

 

Par Sylvie - Publié dans : Littérature asiatique
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Samedi 16 septembre 2006 6 16 /09 /Sep /2006 11:59

INDE - Prix Nobel de Littérature en 1913

Adaptation cinématographique par Satyajit Ray , 1984

Rabindrananath Tagore est incontestablement le plus grand écrivain indien de langue anglaise du XXe siècle. Il est l'inventeur de la littérature indienne moderne ; son oeuvre constituée d'essais, de poésie et de romans a pour cadre le Bengale au début du XXe siècle aux prises avec la domination du Royaume-Uni.

La maison et le monde raconte l'histoire de trois personnages qui vont être confrontés à l'émergence des idées libérales et nationales en Inde.

Il s'agit d'un discours à trois voix : Niknil, un maharadjah aux idées libérales,féru d'Occident, qui trouve sa voie dans la contemplation. Bimala, son épouse à qui Niknil va permettre de s'émanciper, de quitter le cadre familial de la maison pour "découvrir le monde". Et enfin, Sandip, révolutionnaire hostile à la puissance anglaise et hébergé par Niknil, qui va tomber amoureux de Bimala.

L'écriture colle au plus près des sentiments des trois protagonistes : la narration fait alterner le récit des trois personnages. Nous assistons à l'éveil des sentiments de Bimala qui découvre le monde après avoir été confinée dans la maison familial. Alors que Sandip incarne la passion et l'action, Niknil, le mari, est un ascète platonicien qui prône la modération dans la lutte contre l'occupant anglais.

L'écriture  très lyrique du poète Tagore est brodée de métaphore imageant la folle passion de Sandip : rivière, volcan...Le lecteur est emporté par cette langue très sensuelle mais compatit à la souffrance du mari bafoué.

Tagore brosse un beau portrait de femme qui s'émancipe au début du XXe siècle. Quant à la lutte contre l'occupation anglaise, elle est traitée tout en nuance. Le mari incarne la modération ; pour lui, la guerre ne peut qu'aboutir à des rixes entre différentes communautés ; d'autre part, il ne comprend pas pourquoi on doit sacrifier l'individu aux intérêts d'un pays ; la patrie ne doit en aucun cas être idolâtrée...

La fin du roman réserve bien des surprises, ce qui fait de ce roman un récit très riche. On évite tout manichéisme et l'ensemble des personnages est très attachant.

Je n'ai pas vue le film de Satyajit Ray. Mais connaissant quelques oeuvres du plus grand cinéaste indien, je pense que cela doit valoir le détour..

Par Sylvie - Publié dans : Littérature asiatique
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Lundi 21 août 2006 1 21 /08 /Août /2006 12:52

INDE

Par Sylvie - Publié dans : Littérature asiatique
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Dimanche 20 août 2006 7 20 /08 /Août /2006 16:57

COREE DU SUD - Recueil de nouvelles

Editions Actes Sud "Babel", 1993

Yi Munyol est actuellement le plus grand écrivain de Corée du Sud et le plus connu à l'étranger. Dans un pays qui ne compte que 40 millions d'habitants, Yi Munyol a vendu 6 millions d'exemplaires !

Ce recueil de nouvelles très épurées examinent la situation de l'homme dans la société; il est autant question d'éthique que de liberté individuelle et du sens de la vie. Les hommes décrits s'interrogent sur leur destin.

Notre héros défiguré met en scène un jeune garçon qui quitte Séoul pour une petite ville de province. Dans son nouveau collège, il découvre une classe qui vit sous le joug d'un petit caïd qui règne en petit chef : intimidations, vols, humiliations...Le jeune narrateur, d'abord tenté par la révolte, est peu à peu subjugué par le magnétisme du tyran. Cette nouvelle évite tout manichéisme en montrant la difficulté à gagner sa liberté. L'homme est souvent incapable de s'affranchir des tutelles qui sont sécurisantes.

Les deux autres nouvelles renouent davantage avec la tradition asiatique. L'oiseau aux ailes d'or dresse le portrait d'un artiste calligraphe au crépuscule de sa vie : il s'interroge sur la valeur de toute création et médite sur le statut de l'artiste: le génie existe-t-il ou l'artiste doit-il s'effacer devant sa création ? Cette méditation au seuil de la mort le conduira à commettre un acte désespéré...

Enfin, L'hiver cette année là, texte très poétique, nous conte l'itinéraire d'un jeune homme désabusé de vingt ans qui décide de mettre fin à ses jours. Il décide de parcourir les solitudes glacées de la Corée pour décrypter l'énigme humaine...

Yi Munyol est un écrivain humaniste en même temps qu'un poète : ses trois nouvelles sont chacune une méditation sur la place de l'homme dans le monde. Sous couvert de méditations très philosophiques, Yi Munyol nous livre des textes très poétiques. Ne vous attendez pas à lire un livre de réflexion; il s'agit bien de belles histoires, d'itinéraires individuels.

 Je ne résiste pas à vous livrer un très beau paragraphe :

"De qui doit-on attendre le salut, quand Dieu lui-même nous a abandonnés, renonçant à nous sauver? Mais, même alors, la mouette doit s'envoler, et nous, nous devons continuer à vivre. Si une mouette cessait de voler, ce ne serait plus une mouette. Quand un être humain renonce à préserver son intégrité, il cesse d'être un être humain. La coupe que chacun a reçue en partage doit, quoi qu'il en coûte, être vidée jusqu'à la dernière goutte. Le désespoir n'est pas la fin, mais le début de l'existence.

S'il n'existe aucune valeur absolue et objective pour nous guider, c'est avec nos propres mains que nous devons batir notre salut. Nos vies ne sont plus faites pour se conformer à diverses attitudes, elles doivent être reconnues et valorisées par nous-mêmes et nos propres efforts"

Par Sylvie - Publié dans : Littérature asiatique
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Mercredi 2 août 2006 3 02 /08 /Août /2006 22:58

INDE -1955

Editions Belfond, 1999

Narayan (1906-2001) est le plus grand écrivain indien de langue anglaise du vingtième siècle avec Rabindranah Tagore.

Comme son titre l'indique, le roman retrace une partie de l'Histoire du continent indien à l'époque du règne spirituel du Mahatma Gandhi. Mais ne vous attendez pas à lire pour autant un roman historique même si l'histoire se déroule du début de la Seconde Guerre Mondiale à l'année 1955, date de la mort du grand sage.

L'histoire est vue à travers les yeux de Sriran, un jeune homme oisif élevé à l'écart du monde contemporain par sa grand-mère. Vivant de ses rentes, il découvre,au détours d'un chemin, une magnifique jeune fille, Bharati, dont il tombe instantanément amoureux. Il s'agit d'une enfant orpheline adoptée par le Mahatma et qui parcourt les routes avec lui pour propager la parole de non-violence et la volonté d'indépendance de l'Inde.

Par amour, Sriram va quitter sa vie insouciante pour devenir un disciple du Mahatma et s'engager dans la lutte pour l'indépendance. Le récit est alors avant tout un roman d'apprentissage ; la quête identitaire et amoureuse se mêle à des épisodes intéressants de l'histoire de l'indépendance indienne : séjour en prison de Gandhi pendant la guerre, opposition à la partition entre l'Inde et le Pakistan....

Les personnages sont bien campés bien qu'on ait du mal à croire que Sriram change de personnalité du jour au lendemain simplement par amour !

L'écriture est très épurée , constituée essentiellement de dialogues très vivants. Gandhi apparaît plusieurs fois dans le roman, d'une manière très humaine. L'humour n'est pas non plus absent, par exemple lors des obsèques rocambolesques de la grand-mère...

Vraiment un bon roman d'évasion pour découvrir l'Inde des années 1940-50....

Par Sylvie - Publié dans : Littérature asiatique
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Lundi 24 juillet 2006 1 24 /07 /Juil /2006 18:05

INDE

Editions Buchet Chastel, 2006

Cette fresque de 700 pages a été salué par Naipul, le grand écrivain indien Prix Nobel de Littérature comme un chef-d'oeuvre . Il s'agit d'un premier roman d'un journaliste d'investigation très connu et respecté en Inde pour avoir faire démissionner un ministre de la Défense en révélant un scandale financier. Cet acte de bravoure lui a valu d'être poursuivi par ses ennemis et d'être protégé par une vingtaine de gardes du corps !

Ce grand roman a été publié à Londres sous le titre The Alchemy of desire ; et l'on comprend pourquoi ! Voici la première phrase :"l'amour n'est pas le ciment le plus fort entre deux êtres. C'est le sexe ". Le narrateur, journaliste évrivain, nous raconte sa passion folle pour sa femme Fizz qu'il a rencontré quinze ans plus tôt sur le campus universitaire de la ville de Chandigarh. Les pages se succèdent, d'un érotisme brûlant. Entre deux scènes érotiques, le narrateur nous raconte ses tentatives infructueuses d'écriture d'un roman. Il doit partager son temps entre son désir physique intense, son travail journalistique et son besoin de s'isoler pour écrire. Des passages sont irrésistibles, par exemple lorsqu'il note à chaque bas de page écrite le nombre de masturbations qu'il a effectuées pour pouvoir écrire cette page !

Malgré cet humour, on passe près de 400 pages en compagnie de ces va-et-vient continuels entre sexe et littérature...L'écriture est correcte mais pas géniale si bien que l'on se demande quand l'intrigue va vraiment démarrer ! Surtout que l'on annonce sur la quatrième de couverture que l'écrivain apprenti va voir son quotidien bouleversé lorsqu'il va découvrir des manuscrits d'une femme aventurière ...

Chose faite à la moitié du livre : le couple quitte la ville grouillante de Delhi pour les contreforts de l'Himalaya. Dans les combles de leur maison, l'écrivain découvre des carnets intimes cachés dans une malle. Et là, l'évasion commence...Nous sommes plongés dans l'Angleterre des années 20. Une jeune femme découvre l'érotisme dans les gravures du Kama-Sutra dans la boutique de son père. Ce dernier lui donne le goût des voyages. Elle s'évade et part voyager à Paris, Chicago puis découvre les merveilles de l'Inde en épousant le fils d'un "nawab", un prince indien. Et l'on s'évade dns L'Inde des années 20-30 puis au début de l'indépendance, on croise Gandhi et  Nehru. L'amour et l'érotisme sont plus que jamais présent...

Mais n'en disons pas plus ! Même si , en ce qui me concerne, je ne parlerais pas de chef-d'oeuvre, ce roman mêle amour et sensualité à une réflexion sur l'Histoire de l'Inde contemporaine : domination des princes corrompus sous la colonisation britannique, apprivoisement de la liberté avec Gandhi et puis le retour de la corruption avec la soif de l'argent et de l'ambition.

Et puis enfin, il y a cet exotisme si bien décrit de l'Inde : sa nature, ses habitants, son histoire....Voila un roman fleuve pour partir en voyage !

Par Sylvie - Publié dans : Littérature asiatique
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