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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Lundi 28 avril 2008

Editions Calmann-Lévy, 2005

Les vivants et les morts

Prix RTL Lire 2005

Gérard Mordillat, romancier et documentariste, renoue ici avec la tradition française du roman social, engagé et du feuilleton. Allant à contre-courant de la dominante nombriliste de la littérature française contemporaine, il signe une fresque de 650 pages racontant une fermeture d'usine de fibres plastiques dans l'Est de la France.

Tout se passe de nos jours; une inondation mobilise tous les ouvriers pour sauver l'usine. Grâce à leurs efforts, les machines sont réutilisables mais deux ans plus tard, les dirigeants annoncent que l'usine, rachetée par un groupe allemand, n'est plus rentable. Il faut donc licencier...Ce sont les plus vieux et les plus jeunes qui trinquent malgré la lutte des ouvriers.

Un an plus tard, malgré les licenciements, on annonce que l'usine ferme définitivement...La lutte commence...

Cette fiction documentaire aux allures d'épopée nous fait vivre de l'intérieur toute la vie d'une village, d'une région bouleversés par les mutations économiques. Mordillat recrée véritablement un monde dans une fresque d'une cinquantaine de personnages aussi différents les uns que les autres par leurs caractères ou leurs fonctions : maire du village, responsables syndicauts, commerçants, préfet, ministres, journalistes, les découragés (les morts) et ceux qui ont choisi la lutte (les vivants)....et bien plus encore le PEUPLE. Car au delà de la politique, des divergences syndicales, c'est bien l'homme, le peuple qui a la parole dans ce livre.

Mordillat évite tout effet de style. Presque aucune description, les dialogues prédominent ainsi que l'action pour donner vraiment l'impression d'une parole populaire directe. Tout est très rythmé, rapide, sans fioritures, nous avons l'impression d'être dans un feuilleton de Dumas ou dans un reportage filmé.

La dimension documentaire est très présente ! Mordillat décortique les différentes étapes des fermetures d'entreprise : plan social, rachat par un firme étrangère, délocalisation.

Mais il n'oublie jamais la dimension romanesque d'une telle histoire : il entremêle le collectif et l'individuel en focalisant les répercussions de la crise sur un jeune couple d'ouvriers, Rudi et Dallas. Ce couple incarne les vivants qui lutteront jusqu'au bout. Mais autour de ce couple gravitent les morts (Lorquin, un vieil ouvrier qui ne comprend plus le monde dans lequel il vit), les collèges mais aussi la direction (Le personnage du directeur, Format, est un personnage tout en nuances, tragique).Chaque partie du roman (3 grandes) est centrée sur un des trois personnages principaux : Rudi, Lorquin, Dallas.

Modillat évite tout manichéisme en liant justement l'intime et le social : chaque personnage subit une crise intime. La crise sociale devient crise psychologique : problèmes de couples, réflexion sur les rêves d'une vie....Les intrigues amoureuses sont très présentes évitant au roman de devenir un récit à thèse.

Car c'est bien la vraie vie qui domine dans cette fresque. Ca remue, ça mugit, ça frémit. La dernière partie est de ce point de vue magistrale, prend des allures de Germinal du XXIe siècle. L'action prédomine, la révolte du peuple prend des allures de thriller...

Mais je n'en dit pas plus. Mordillat renoue avec la grande tradition du roman populaire, simple et vivant. Saluons l'exploit.

par Sylvie publié dans : Littérature française contemporaine
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Lundi 21 avril 2008

ETATS-UNIS, 2007


Editions de l'Olivier

Est-il encore utile de présenter ce titre sur la blogosphère ? Abondamment critiqué dans la presse et sur les blogs, ce roman est considéré comme un pur chef d'oeuvre. Et c'est le cas.

Ce roman est d'autant plus marquant pour moi que je n'avais pas été conquise par McCarthy, considéré comme le plus grand écrivain américain actuel avec Philip Roth, Thomas Pynchon et Don De Lillo. Des personnages et des intrigues très flous me gênaient. Je n'ai pas non plus été marquée plus que cela par Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, adapté au cinéma par les Frères Coen.

Et là je m'incline avec respect !

Dans un univers post-apocalyptique où le monde est recouvert des cendres, où la nature est absente, où des hordes de sauvages massacrent les survivants, un homme et son fils parcourent une route pour atteindre la mer, le seul espoir d'une vie meilleure. Avec pour tout bagage un sac à dos,un caddie et un revolver, ils s'avancent sur la route à la recherche de nourriture et d'un toit provisoire pour dormir. Sur 250 pages, le roman ne raconte que ces actions...et surtout l'amour désespéré d'un père pour son fils.

Le petit, qui n'a jamais connu le monde d'antan n'a que les souvenirs et les histoires que lui raconte son père pour s'en faire une idée. Et ce qui est le plus troublant est que l'enfant incarne à lui seul les valeurs humaines dans un monde déserté de Dieu. En effet, il conseille à son père de donner à manger aux quelques rescapés qui croisent, il refuse de tenir le revolver. Il incarne "les gentils" comme il le dit à plusieurs reprises. L'influence biblique est indéniable : l'enfant porte le feu sur la route ; il incarne l'espoir, la survivance de l'homme après l'apocalypse. Il est sur la route pour rejoindre les éventuels survivants de la race humaine au sens noble du terme. D'ailleurs, à plusieurs reprises, on parle de lui comme un ange.

Pourquoi ce roman fascine tant ? Il touche d'abord à l'universel. Ce qui m'a gêné le plus dans les précédents titres de MacCarthy est ce qui est le plus fort dans ce titre. Nous ne savons pas pourquoi le monde est dévasté. Nous ne savons où l'on est, ni quand, les deux personnages ne sont pas nommés, c'est "l'homme" et "l'enfant". Et justement, le lecteur en est d'autant plus touché. Les personnages incarnent de manière universelle la relation fusionnelle père-fils. Le lecteur s'immerge sans contrainte dans ce monde.

Il y a d'autre part une construction narrative tout à fait moderne ; aucun chapitre ; au contraire, des paragraphes descriptifs qui décrivent les paysages et les actions des deux personnages ; entre des dialogues très épurés, très courts entre le père et le fils. La peur, l'envie de la mort, l'espoir. Là encore des universaux.

Comment une intrigue qui raconte la même chose sur plus de deux cents pages fascine tant ? Deux paradoxes à mon sens m'ont émerveillés : un enfant qui n'a pas connu le monde humain est le seul à incarner ses valeurs. Il y a aussi ce paradoxe entre une noirceur atroce et une lumière des plus pures.

Car je pense que ce roman incarne un profond optimisme : c'est un message d'amour fou d'un père à son fils qui incarne le feu de l'espoir, de la vie. D'ailleurs, MacCarthy a dédié comme par hasard ce livre à son jeune fils...

Un chef d'oeuvre qui met sur un piédestal l'amour filial.

Voir sur mon blog les critiques du Gardien du verger et De si jolis chevaux

par Sylvie publié dans : Littérature anglo-saxonne et américaine
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Vendredi 18 avril 2008

AFRIQUE DU SUD, 2006

Des vies sans couleur

Editions Phébus

Ce titre d'une auteur sud-africaine a été très remarquée notamment par Jean-Michel Coetzee, prix Nobel de Littérature et Toni Morrison ; Coetzee a parlé à propos de "littérature post-apartheid".

Outre le fait d'une qualité romanesque indéniable, ce récit a le mérite de mettre en lumière le destin méconnu des métis, ces "ni noirs ni-blanc" pendant l'apartheid.

Il met en scène de nos jours Marion, une jeune cadre dynamique au Cap, directrice d'une agence de voyage. Tout semble lui sourire jusqu'au jour où elle est intriguée par une photo d'une militante de l'ANC de Mendela dans le journal. Ses traits lui font penser étrangement à Tokkie, la vieille gouvernante noire de son enfance.

A partir de ce moment, tout vacille en elle :
elle se croit adoptée...Elle va donc partir à la recherche de sa véritable origine et tenter de trouver la vérité auprès de son vieux père.

Elle va découvrir alors la vie de métis qui pour contrer les lois de l'apartheid se sont fait passer pour blancs. Au nom de la réussite, ils ont tout abandonné : famille, amis...

Ce roman bouleversant réserve de multiples surprises. Habillement construit, il nous surprend jusqu'à la fin. Tout est centré sur , d'une part les liens entre Marion et son père et d'autre part, entre Marion et sa jeune employée métis, Brenda, qui l'aidera à accepter sa "nouvelle identité".

D'une finesse psychologique indéniable, il interroge l'identité dans un état multiethnique. La langue savoureuse est truffée de termes locaux qui nous apprend beaucoup sur la culture et la société sud-africaine : la scission ville/campagne, les dissensions entre les afrikaners, boers et tous les autres, métis ou noirs.

Un beau portrait de femme et une histoire bouleversante sur un fait méconnu de l'histoire de l'apartheid.

par Sylvie publié dans : Littérature africaine
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Mercredi 16 avril 2008

ETATS-UNIS - 1932



Incontestablement l'un des plus beaux romans de Faulkner. Moi qui ai commencé la lecture de ce et auteur réputé difficile par Le bruit et la fureur, je découvre avec Tandis que j'agonise  et ce titre un auteur de génie, une oeuvre inoubliable. l'histoire, la mise en scène, le traitement du temps et de la narration, les thèmes fondateurs de la mentalité américaine ; tout concourt à faire de ce titre un chef d'oeuvre.

Comme toujours chez Faulkner, il est question de destins de plusieurs personnages sur une trentaine d'années ; mais la construction du roman est si limpide que même si nous revenons constamment au passé, le lecteur n'est pas dérouté.

Tout commence sur une route perdue entre l'Alabama et le Mississippi. Lena Grove, jeune femme enceinte, part à la recherche du père de son enfant Lucas Burch, qui s'est enfuit. Puis Faulkner nous emmène justement où atterrit Lena, dans un village qui abrite une scierie où justement travaille Lucas et un certain Joe Christmas. Le jour où elle arrive dans la bourgade de Jefferson, un meurtre a eu lieu : Joe Christmas a assassiné une vieille notable yankee. Le village est aux abois et part à la traque de Joe Christmas....

Et nous voila plongés dans le passé de Christmas, Faulkner cherchant à expliquer la genèse du meurtre.Puis l'écrivain retournera à la fin au présent pour nous faire part du destin de Lena et de Christmas...

Construction éblouissante, purement logique, circulaire : présent, passé qui explique l'action présente puis effet dans le présent de l'action principale, à savoir le meurtre. Après avoir lu ça, on ne peut plus lire que le roman faulknérien est embrouillé ; ce dernier est le plus classique.

Ce qui marque, c'est l'opposition constante dans le roman entre les figures de sainteté (Lena, la figure de la fécondité, de l'optimisme, de l'innocence incarnant Marie, secourue par Byron Bunch, amoureux d'elle, qui cherche à la secourir ainsi qu'à sauver Christmas) et la haine absolue incarnée par plusieurs situations :

tout d'abord, la référence constante au puritanisme qui rejette toute sexualité hors mariage. On retrouve dans tout le roman la haine de la chair, incarnée parfaitement par le gtand-père de Chistmas, un fou de Dieu. Joe Christmas est
 doublement  marqué par le sceau du péché : c'est un fils né hors mariage et il a du sang noir dans les veines ; il est abandonné et persécuté à ce titre . C'est à une véritable traque que nous assistons, visant à castrer, effacer la faute ; en ce sens, Joe Christmas est sacrifié tout comme Jésus (les initiales JC sont très révélatrices) pour purifier le village.Tuer Joe Christmas revient à éradiquer, tuer le mal à la racine.

Haine du sexe, de la chair, de la femme (beaucoup de passages mysogines comme quoi la femme incarne le suppot de Satan) et haine entre yankees (les abolitionnistes) et les sudistes qui font la chasse au sang noir.

Faulkner dépeint le plus dangereux des puritanismes dans une société sudiste assoiffée de haine, malade de refoulement, embourbée dans les conflits raciaux. Certains passages sont d'une violence extrême.

Roman d'une noirceur et d'une violence extrème...Pourtant, la "lumière d'août" se lève ; Lena Grove et Byron Bunch, partant pour une route incertaine, incarnant Marie et Joseph, incarnent la sainteté et l'espoir...

Un de ces romans qui marquent à vie...

par Sylvie publié dans : Littérature anglo-saxonne et américaine
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Dimanche 13 avril 2008

Editions de Minuit, 1999

Cinéma

Décidément, en ce moment, j'ai des actions aux Editions de Minuit ! Ces derniers jours, j'ai lu 2 Echenoz et deux Viel car j'ai eu l'occasion de rencontrer Tanguy Viel qui nous a expliqué sa "filiation intellectuelle" ainsi que sa conception de la littérature ; pour lui, la littérature contemporaine française doit renouer avec le réel, essayer de le transcrire le plus fidèlement possible.

C'est pourquoi sa "matière fictionnelle"fait énormément référence au cinéma, par exemple, à quelque chose que le lecteur connaît ; il ne recherche pas une intrigue brillante mais au contraire une forme originale.

Pour déguster Cinéma,il faut bien sûr avoir vu le dernier film de Joseph Mankiewicz, Le limier, l'un des chefs d'oeuvre du cinéma mondial, un jeu de dupe entre un mari trompé et l'amant de sa femme, une merveille de surprises et de rebondissements sans oublier la magie absolue de la mise en scène.

Cinéma est en fait le commentaire intégral du Limier par un "fou du Limier" : ce dernier l'a vu des centaines de fois, a noté ses sensations dans un carnet et choisit ses amis en fonction de leur avis sur le film. Lorsqu'il se fait un nouvel ami, il lui fait regarder le film et décide de l'avenir de leur amitié en fonction de son avis !

Il considère petit à petit le film comme une personne à part entère qu'il faut honorer, respecter.

Je pense que ce roman est assez significatif d'un courant de la littérature contemporaine française ; une voix ne cesse de parler au lecteur, à la limite de la folie ; c'est par exemple le cas de Lydie Salvayre. On suit un discours à la fois très raisonné et insensé sur plus de 100 pages et c'est très jouissif.

Si vous n'avez pas vu le film, surtout, regardez-le avant ! On peut se dire que ce récit est vain, prétentieux, réservé à une élite de cinéphiles. Je ne pense pas que c'est le but de Tanguy Viel. J'ai éprouvé du plaisir non en lisant les commentaires du film mais en me remémorant ce magnifique film et en m'attachant à ce personnage fou furieux de ce film.

En conclusion, un hommage déjanté à la cinéphilie la plus folle.

par Sylvie publié dans : Littérature française contemporaine
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Jeudi 10 avril 2008

Editions de Minuit, 2006

Ravel



Je continue donc mon exploration d'Echenoz, revigorée par la récente lecture de Nous trois. Et je suis enthousiaste, c'est le moins qu'on puisse dire...

On sait que la "fiction biographique" est à la mode depuis plusieurs années ; nous avons eu la vie de Courbet pendant la Commune dans Le grand soirde François Dupeyron ou encore la vie du frère de Rousseau dans Fils uniquede Stéphane Audeguy

Ici on abandonne tout classicisme en découvrant une fiction très inattendue, loin de tout académisme. En effet, dès la première page, Ravel (sans étant cité) sort de son bain, s'habille et l'on apprend de manière très abrupte qu'il va mourir dans 10 ans très exactement.

Echenoz se libère d'une éloge du grand musicien et de l'élaboration du Bolero (qui devient une anecdote dans le roman) pour dépeindre un Ravel de la vie quotidienne, maniaque, très dandy (il collectionne les costumes et les paires de chaussures), sujet à l'ennui, à la neurasthénie, à l'insomnie qui va s'éteindre peu à peu d'une maladie dégénérative. Très peu d'événements pour saisir une grand personnage ; tout est dans la vie quotidienne la plus banale : l'habillage, le repas, le sommeil

Tout est écrit d'une manière très ironique comme toujours chez Echenoz. Alors qu'une s'agit d'une fiction très documentée nous apprenant beaucoup de choses sur la personnalité inconnue de Ravel, nous avons l'impression qu'il s'agit d'un pur divertissement. Echenoz nous promène, nous amuse...

Le grand musicien nous est présenté un peu comme une marionnette antipathique qui en fait baver à tout son entourage. On croit que c'est anodin, anecdotique et pourtant, c'est tragique puisqu'il s'agit de déchéance. Mais tout est traité au second degré. Et tout d'un coup, nous avons une phrase très brève qui nous ramène à la dure réalité, sans pathos.

Décidément, Echenoz est vraiment une voix très particulière dans la littérature contemporaine...

Les premières phrases (décidément pas classique !)

On s'en veut quelquefois de sortir de son bain. D'abord il est dommage d'abandonner l'eau tiède et savonneuse, où les cheveux perdus enlacent des bulles parmi les cellules de peau frictionnée, pour l'ai brutal d'une maison mal chauffée. Ensuite, pour peu qu'on soit de petite taille et que soit élevé le bord de cette baignoire montée sur pieds de griffon, c'est toujours une affaire de l'enjamber pour aller chercher, d'un orteil hésitant, le carreau dérapant de la salle de bain. Il convient de procéder avec prudence pour ne pas se heurter l'entrejambe ni risquer en glissant de faire une mauvaise chute"

par Sylvie publié dans : Littérature française contemporaine
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