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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Vendredi 13 novembre 2009

TURQUIE

Le livre de ma grand-mère

Récit de vie

Editions de l'Aube, 2006

Alors que le génocide arménien n'est toujours pas reconnu officiellement par l'Etat Turc, voici le récit bouleversant de Fethiye Cetin, avocate turque, membre du comité exécutif pour les droits de l'homme et porte-parole du groupe d'étude des droits des minorités auprès du bareau d'Istanbul.

L'auteur relate la vie de sa grand-mère dont elle a découvert sur le tard l'origine arménienne : lors de la déportation de 1915, elle fut arrachée à sa famille et enlevée par un gendarme turque. Ce dernier, ne pouvant avoir d'enfant,  l'adopte mais officiellement, elle est une servante, convertie de force à l'islam . Plus tard, ell épouse un turc, le neveu de ses parents adoptifs. Des années plus tard, elle décide de révéler le secret à sa petite fille pour qu'elle retrouve sa famille arménienne, émigrée aux Etats-Unis.

Ce livre très sobre relate un événement peu connu de l'histoire arméno-turque : plutôt que de se concentrer sur les déportations, il décrit l'après-génocide, celui des transferts de population, les conversions puis l'immigration.

L'auteur décrit dans des scènes très belles l'amour et le respect qu'elle porte à sa grand-mère ainsi que le choc de se découvrir à la fois arménienne et turque, d'où le désir de retrouver sa famille cachée...

Bouleversant. A signaler que ce livre a un succès inattendu en Turquie.

Par Sylvie - Publié dans : Littérature orientale:Maghreb, Turquie...
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Vendredi 13 novembre 2009

EDITIONS PLON, 2008

Tels des astres éteints

Ce titre de Léonora Miano est le seul qu'elle consacre aux "AfroEuropéens", le seul dont l'histoire se déroule en Europe, dans la ville de Paris que l'on devine, même si la ville n'est jamais nommée.

Miano met en scène le destin collectif des immigrants à travers trois personnages qui incarnent chacun un positionnement par rapport à leur passé et à la cause noire ; car, il s'agit bien de questionner la place de la couleur dans le monde, celle qu'on leur a imposée, celle par quoi les Africains sont définis.

Trois personnages donc : Amok, fils d'un "collaborateur camerounais" qui a fait affaire avec les blancs. A travers ce personnage, l'auteur pointe l'élite noire qui s'est mise à rêver des valeurs blanches en oubliant sa culture. Résultat : un fils qui rejette cette assimilation, qui sombre dans la dépression faute de souhaiter s'engager dans la cause noire.

A l'opposé, deux autres personnages, Shrapnel et Amandla, adeptes des mouvements nationalistes promouvant un retour aux origines, au passé d'avant l'esclavage. Alors que l'un souhaite rester en Europe pour fédérer le monde noir, le monde noir européen qui n'a pas encore d'identité avec l'américain, l'autre s'affilie au mouvement rasta et kémite, qui affirme que le peuple noir descend des pharaons.

Ces trois personnages s'interrogent sur l'identité noire des migrants, celle  des descendants d'esclaves qui n'ont pas d'Histoire. Ils vaquent entre le désespoir le plus profond et l'engagement nationaliste, voire intégriste.

Loin de souscrire à cette vision des choses, l'auteur en appelle au réveil individuel et à la capacité à se faire une place dans le monde ; en guise de conclusion "C'est à la couleur de connaître sa place".

Bien que ce livre soit très intéressant, très détaillé  sur la culture noire (référence au kémitisme, au rastafarisme, au jazz), il m'a beaucoup moins enthousiasmé que les trois autres romans de Miano.
D'un point de vue littéraire, chaque chapitre s'inspire d'un morceau de jazz. Mais je trouve que le style est trop militant, moins esthétique que dans les autres titres. On ne retrouve pas cette écriture incantatoire, telle une litanie, qui fait toute la force de l'écrivain.

Il n'en reste pas moins que c'est un roman essentiel sur l'identité des immigrés. Sujet brûlant d'actualité....

Par Sylvie - Publié dans : Littérature française contemporaine
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Lundi 9 novembre 2009

Conte, Epopée



Légende arménienne, editions Albin Michel

La légende de David de Sassoun est l'équivalent arménien de la Chanson de Roland ou du Cid en Espagne. Epopée d' exploits chevaleresques, elle est le résultat de toute une tradition orale de conteurs qui se sont transmis cette légende de générations en générations.

Elle s'inspire de faits historiques avérés : Sassoun est une région, une poche de résistance multiséculaire au sein de l'Arménie historique, à partir du VIIesiècle, au temps des invasions arabes. Le conte retrace les exploits de quatre générations de chevaliers qui, grâce à leur vaillance, un cheval miraculeux qui parle, une source miraculeuse et une épée foudroyante, déciment les armées des sultans. Parfois, les chevaliers succombent aux charmes des princesses arabes mais le châtiment n'est pas loin...

Récits des origines, ces contes rassemblés et mis par écrit à la fin du XIXe siècle servent à exalter la foi chrétienne (l'Arménie est le premier royaume chrétien de l'Histoire) dans un pays soumis aux invasions étrangères. Il est question d'une source et d'une croix miraculeuse, de couvents qui protègent les combattants ; l'objectif est de défendre l'identité nationale menacée.

Batailles, mariages, naissances et morts se succèdent. Un récit sous forme de conte fantastique lisible également par les enfants.

En accompagnement, un dossier qui retrace l'Histoire de l'Arménie et de sa culture.

Par Sylvie - Publié dans : Grands textes fondateurs
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Lundi 9 novembre 2009

L'Histoire du génocide arménien....

Erevan

EDITIONS FLAMMARION, 2009

Gilbert Sinoué est l'un des grands spécialistes français du roman historique ; on lui doit notamment L'enfant de Bruges ainsi que Le livre de saphir.

Son dernier roman est davantage qu'un roman historique ; il pourrait être l'équivalent livresque d'un docufiction, tant la reconstitution fidèle du génocide arménien est précise, année par année.

A travers le destin tragique de la famille Tomassian, l'auteur ne choisit pas uniquement de relater les faits de 1915 (année de la déportation des arméniens par les autorités turques). De 1896 à 1921, il analyse la naissance programmée du massacre et ses conséquences diplomatiques six ans plus tard.

A partir de documents historiques, de témoignages, il retrace année par année ou jour par jour les événements qui ont précédé ou suivi le massacre.

Le contexte : le déclin de l'empire ottoman, la volonté d'unifier l'empire sous l'égide de l'Islam, montée du nationalisme et déclenchement de la Première Guerre Mondiale, l'Arménie, territoire pris en étau entre la Russie et l'Empire Ottoman. Autour de tout ça, les puissances occidentales qui tentent en vain, au gré des alliances diplomatiques, de sauver le premier peuple chrétien...


La première tentative d'extermination à la fin du 19e siècle, sous le règne d'Abdul Hamid II puis la montée du nationalisme jeune-turc et le triumviratsous la direction de Talaat Pacha, ministre de l'intérieur pendant la Grande guerre, épaulé par les allemands. Des détails ahurissants : l'organisation d'un corps de repris de justice afin d'organiser le génocide, l'abandon des populations dans le désert syrien, la collaboration des kurdes....

Tout est examiné à la loupe, de la décision administrative, véritable crime organisé, aux conséquences. Gilbert Sinoué ne passe pas sous silence la tentative américaine, sous l'égide de l'ambassadeur, de limiter ou du moins faire connaître les massacres.

Année par année, heure par heure, le lecteur suit le long processus ; il en ressort une tension dramatique exceptionnelle, digne d'un polar.

Gilbert Sinoué voit le massacre par les yeux d'une famille, les Tomassian, ce qui donne au récit une dimension romanesque poignante. On est loin de l'exposé factuel des différents événements ; on les vit de l'intérieur en évitant tout misérabilisme ; le récit est tragique mais d'une grande simplicité et d'une grande dignité.

A lire afin de connaître un drame historique méconnu malgré sa médiatisation.

Par Sylvie - Publié dans : Littérature française contemporaine
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Lundi 2 novembre 2009

Prix Page des Libraires, 2009

L'annonce

Editions Buchet Chastel, 2009

Marie-Hélène Lafon, professeur de lettres classiques à Paris, est l'écrivain du monde paysan en train de disparaître. En digne héritière de Pierre Michon et de Richard Millet, elle écrit pour ceux qui ne parlent pas, pour ceux qui ne s'expriment que par le corps et le geste.

Utiliser le terme "roman du terroir" serait une erreur : il s'agit avant tout de mythifier les "gens de rien", de leur donner une dignité littéraire sans pour autant retracer comme dans le genre du terroir la vie de dynasties familiales sur des dizaines d'années.

Marie-Hélène Lafon, tout comme par exemple Annie Ernaux, a quitté son milieu d'origine, les campagnes du Cantal, pour intégrer le milieu professoral.
Il s'agit pour elle, par son travail d'écriture, de saisir ce monde qui est en train de disparaître ; sous sa plume, les paysans deviennent les génies, les grands prêtres d'un monde révolu.

L'intrigue, minimale, est très simple, très réaliste : Paul, un paysan célibataire d'une cinquantaine d'années, vivant avec sa soeur et des deux oncles dans la ferme de Fridières, décide de passer une annonce pour trouver femme. Arrivent à la ferme, du Nord des Mines, de l'alcoolisme et du chômage, Annette et son fils Eric, venus oublier un lourd passé.

Récit de leur rencontre et de  l' immersion dans un "territoire ennemi", celui du petit village qui n'accueille pas si facilement les envahisseurs.

Ne cherchons pas un récit chronologique des faits ; il s'agit avant tout de faire le portrait de ces personnages silencieux, de creuser sous la gangue de souffrance et de solitude, de voir à travers leurs gestes leur ressenti. Quant aux paysages, la ferme où la nuit qui englobe le village, ils sont aussi tours à tours personnifiés, ils parlent, ils caressent.

Ils s'agit avant tout de chercher leur langage, d'où un travail d'écriture extrêmement méticuleux. La phrase de Marie-Hélène Lafon est longue, sinueuse, ponctuée d'une manière délicate : les adjectifs se succèdent sans aucune virgule, instaurant un mystérieux rythme ternaire.

Dans un entretientrès intéressant, elle parle d'une écriture du labour, d'une écriture du sillon qui creuse, qui cherche pour rendre à parole aux taiseux, à ceux qui pensent que se dire est obscène ; il s'agit alors de retourner plusieurs couches avant de trouver le mot juste. D'ailleurs, on retrouve constamment dans le texte le champ lexical de la terre : exhumer, le dépôt, le limon. On parle de relent, de choses nouées dans la gorge.

Un extrait extrèmement fort montre cette difficulté de parole :

"Toute son attention avait été happée, dévorée par les mots de Paul. Et par ses mains. Qui parlaient avec lui, soutenaient sa parole, la relançaient ou reposaient à plat sur la table, dans les creux de silence, et frémissaient comme mues de l'intérieur par de sourds tressaillements qui disaient ou tentaient de dire ce que Paul taisait, ce qu'il gardait tapi sous le flot de choses audibles. Ni Paul ni Annette n'iraient extirper ce qui restait, s'incrustait dessous. On ne gratterait pas les vieilles plaies de solitude et de peur, on n'était pas armé pour ça, pas équipé ; on s'arrangerait autrement. Le relent de vomi froid des peines anciennes serait ravalé et renfoncé dans les gorges à coups de mots utiles qui disaient la situation présente, la décrivaient, expliquaient....

"Il fallait lui dire quelque chose, exhumer des paroles qu'elle sentait collées, tout au fond d'elle, enkystées. Elle aurait pu pleurer, et laisser crever là le bubon des peines ancienne"

Il faut taire la souffrance ; au contraire, on peut se confier dans un autre langage à la nature, aux animaux, d'où les passages très émouvants décrivant un langage de signes entre l'enfant et la chienne de la maison.

Au contraire, la parole peut devenir flot ininterrompu lorsqu'il s'agit de déverser son désaccord ou sa haine contre l'envahisseur ! Nicole, la grande prêtresse du domaine éructe contre la cuisine américaine aménagée par Paul dans la grange du haut pour mener une vie décente avec Annette. Qu'à cela ne tienne, Les Gaulois (sous entendu, la nièce et les deux oncles) résisteront dans la pièce du bas contre ce débarquement américain ! L'humour naît de ce décalage, de ce cri, de cette peur de disparaître.

Dans une langue brillante, très souvent patinée par les âges (emploi de mots élégants surgis du passé, Marie-Hélène Lafon fait ce ses personnages des héros quasi mythologiques. Les deux oncles ne sont pas sans rappeler les vieillards de La vie moderne de Depardon. Un récit empli de dignité, tout en délicatesse, ce qui n'empêche pas des touches d'humour.

Du grand art.

Par Sylvie - Publié dans : Littérature française contemporaine
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Dimanche 1 novembre 2009

Traduit de l'allemand (Japon)




Editions Verdier, 2009

Curieux livre que celui de cette japonaise née en 1960, écrivant en allemand (d'où la page de titre très bizarre : traduit de l'allemand -Japon !) depuis qu'elle a émigré à Hambourg.

Toute son oeuvre est basée sur cet aller-retour entre ces deux langues. Comment appréhender le monde avec l'apprentissage des langues ? ou encore aller vers l'inconnu pour mieux se connaître...Tels pourraient être les adages de ce curieux récit : le double de l'écrivain, Yunna, décide d'aller en France grâce à un surprenant mensonge : elle fait croire à une conférencière spécialiste de Phèdre qu'elle souhaite monter Racine en théâtre de Nô. Cette dernière lui propose donc de rejoindre Maurice, son beau-frère à Bordeaux...

Commence donc alors un apprentissage loufoque tirant sur le fantastique : la langue devient obstacle, on apprend la langue vainement sans forcément chercher à décrypter le monde ; on joue sur les mots, on invente des expressions, ce qui crée un curieux vertige.

Tawada choisit la forme du fragment qui fait surgir des souvenirs et des associations d'idées : à chaque début de paragraphe, elle place un idéogramme japonais qu'elle ne traduit pas, comme autant de signes qu'il faut "désentortiller" comme elle le dit. Les rencontres sont furtives, les personnages sont très vaporeux.

Certains épisodes frisent avec le fantastique comme cette maison bordelaise qui agresse son occupante où cette scène magnifique dans une piscine où Yunna se fait dérober son dictionnaire et sa date de naissance...

De très bonnes idées même si je n'ai pas été touchée par ce type de récit. Un thème intéressant : celui des ports, de l'eau, cette sorte de fil d'Ariane nautique qui relierait les mondes entre eux.

Intrigant.

Par Sylvie - Publié dans : Littérature étrangère contemporaine
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