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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Lundi 12 mai 2008

ISRAEL


Seule la mer

Editions Gallimard "Du monde entier", 2002

Bizarrement, alors que j'ai beaucoup lu les écrivains israéliens contemporains, je n'avais pas encore découvert le plus célèbre d'entre eux !

"Albert Danon est seul. Sa femme Nadia vient de mourir d'un cancer, et son fils Rico est parti au Tibet. Bettine, une vieille amie, veuve elle aussi, s'inquiète pour Albert. Surtout lorsque Dita, la petite amie de Rico, emménage chez lui. Un certain Doubi Dombrov veut produire le scénario de Dita, mais il veau surtout Dita. Qui couche avec Guigi, en pensant à Albert, ou à Rico. Qui pense à sa mère, et ne veut pas rentrer du Tibet" 

Non, ce récit n'est pas un vaudeville !
 Seule la mer est un récit unique, entre prose, poésie et pièce musicale. A partir d'un thème bourgeois (un veuf dont le fils est parti au Tibet, tombe amoureux de l'ex fiancée de son fils) brodé autour du chassé croisé amoureux, qui aurait pu donner lieu à un roman psychologique balzacien, Amos Oz construit un récit polyphonique, un chant à plusieurs voix où tous les protagonistes prennent la parole y compris le narrateur, l'auteur et les morts. Oz ouvre les frontières classiques pour créer une orgie (c'est le terme qu'il emploie dans un entretien), une communion mystique entre les êtres qui se cherchent, s'aiment et se désirent.

Autour de thèmes très classiques, très prosaïques, tirés de la vie quotidienne (il aime à dire que ces personnages pourraient être ceux que l'on croise tous les matins dans le bus), il crée une chorale qui exprime de façon très poétique le désir, le remords, la peur de la mort.

Chaque page laisse la place à une voix différente : parfois, il s'agit d'un petit chapitre de prose, le plus souvent de très courts paragraphes comme des versets, qui introduisent une note poétique. L'influence de la Bible est certaine, mais l'auteur le la cite à aucun moment : on reconnaît la figure de Marie-Madeleine (la prostituée qui recueille le fils au Tibet), le fils prodigue parti en exil et de nombreuses maximes.


Les plus beaux passages sont sans doute la voix d'outre-tombe de Nadia, la mère morte, qui protège son fils et aussi les méditations de l'auteur. Et bien sûr la description de la nature paradisiaque d'Israël, la mer, les olives, les montagnes, les sables sont convoqués dans une communion mystique de l'homme et de la nature et  représentent l'éternité face à l'éphémère humain.

Voici quelques extraits :

" Nuit après nuit, mon veuf trempe sa couche, où est allé
celui qu'aime mon âme. Mon enfant orphelin erre de par le monde, déchiffrant les présages.
O toi fiancée enfant, tu es leur épouse, ma chemise de nuit
t'appartient, leur amour t'appartient. Ma chair se consume. Mets-moi comme un sceau
"

"Repose en paix, Maman, après les montagnes, je viendrai et toi et moi irons nous cacher,
au delà du nuage qui existait avant qu'aucune créature ne fut créée
et qui seul demeurera quand tout sera conclu"

"Cinquante ans ont passé et l'oiseau n'est plus,
ni l'homme. Ni mes parents. Seule la mer est encore là qui de bleue
est devenue grise elle aussi. N'y crois pas petit. Ou plutôt si. Crois-le. Qu'importe."

"Route de la mer et rue des cyclamens, Din, Nadav, Alon et Yaël, mes petits-enfants, sommeillent encore,
et là, dans le jardin, veillant à ne pas les réveiller, je caresse
de la main l'ai tendre qui vacille au dessus de leurs têtes en réprimant l'irrésistible
envie de lécher une joue ou un front, de mordiller doucement les doigts et leurs petits pieds.
En ce matin de bonheur orange, le désir s'est éteint et seule
brille la joie.Le chagrin, la peur et la honte sont aussi loin de moi aujourd'hui que deux rêves
l'un de l'autre.Je retire mes chaussures pour arroser au tuyau mes pieds mes fleurs
et la lumière, j'ai oublié ce que j'ai perdu, la douleur s'est estompée,
j'ai appris à renoncer et à me contenter de ce qui me reste. Les trente doigts
de mes enfants, les quarante doigts de mes petits-enfants, ma maison, mon jardin,
ma charmante femme, le coeur de la vie, nous crie par la fenêtre
de rentrer ; il y a des tartines, du fromage, des olives, une salade
et le café sera bientôt prêt. Ensuite, je retournerai travailler
et peut-être parviendrai-je à ramener le jeune homme parti chercher
dans les montagnes la mer qui s'étale à ses pieds. Assez
bourlingué. Il est temps de faire la paix. "

par Sylvie publié dans : Littérature orientale:Maghreb, Turquie...
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Lundi 12 mai 2008

PORTUGAL

Le vent qui siffle dans les grues

Editions Métailié, 2004

La lecture de Lidia Jorge m'était recommandée depuis un certain temps ; cette grande dame des lettres portugaises a obtenu de nombreux prix dans son pays et est traduite dans de nombreux pays européens.

Cette lecture a été pour moi une véritable découverte ! Romanesque à souhait, ce roman m'a fait pensé à la littérature sud-américaine, le réalisme magique en moins : description de traditions archaïques, histoires de grandes familles bourgeoises sur le déclin, imbues de leurs privilèges. Il règne sur cette histoire tragique un parfum d'archaïsme ancestral ; l'intrigue se déroule dans la région de l'Algarve, la région la plus méridionale du Portugal. L'écrivain nous décrit admirablement des paysages marins et lacustres et la faune environnante.

Au centre de l'histoire, une jeune fille, Milena, orpheline, élevée par sa grand-mère Regina, autrefois à la tête d'une fabrique de conserves de poissons qui a fait la fortune de la famille. Nous apprenons au cours du roman, de manière très subtile, que Milena est arriérée mentale. A trente ans, on dirait une jeune fille de quinze ans. La grand-mère vient de mourir en plein été et Milena se retrouve toute seule à gérer l'enterrement. Car ses oncles et ses tantes, bourgeois imbus de leurs privilèges, avocats, maire du village, chef d'entreprise, sont tous partis dans des pays étrangers. Après l'enterrement, Milena se réfugie à côté des ruines de la conserverie, là où est venue mourir sa grand-mère. ..

Et où habite une famille de cap-verdienne (grand-mère, fils et belles-filles, petits enfants) qui vit dans la bonne humeur et dans la musique. Car cette famille pauvre n'a d'yeux que pour le fils prodigue, Jacinta, le musicien à succès, parti faire une tournée mondiale. Milena se prend d'affection pour cette famille qui la recueille...Elle ne tarde pas à tomber amoureuse du bel Antonio, le grutier. Mais lorsque les oncles et tantes vont apprendre l'idylle, la bassesse et la cruauté des puissants vont s'abattre sur Milena...

La grande force de ce roman est sa grande subtilité. Lidia Jorge est réputée pour sa description d'êtres un peu sauvages, à la marge. A aucun moment, nous ne prenons Milena pour une arriérée mentale. Certes, elle a du mal à s'exprimer, elle ne voit pas le mal, elle n'est que perception, sensation et désir. Elle incarne le bon sens, l'instinct fasse aux calculs, aux ressentiments des oncles et tantes. Comme elle, la famille cap-verdienne vit dans l'instant et dans les sensations. Les plus belles pages sont sans doute celles où la tribu cap- verdienne est obnubilée par les retransmissions télévisées des concerts de Jacinta.

L'intrigue est bien sûr fondée sur les clivages de toutes sortes, d'abord sociaux et culturels mais aussi temporels. L'ancienne conserverie va devenir un terrain idéal pour la construction d'un complexe immobilier. Et lorsque Antonio et Milena vont vouloir s'unir, la bourgeoisie archaïque va mettre au point un stratagème cruel pour éviter que la bonne société ne se mêle avec une famille immigée pauvre...

Ce roman est avant tout atmosphérique. Lidia Jorge prend le temps d'installer le décors, les paysages,les personnages, le contexte. L'action vient clore l'intrigue.

Envoûtant et dérangeant.

par Sylvie publié dans : Littérature étrangère contemporaine
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Lundi 5 mai 2008

CANADA




Editions Au diable vauvert, 2007

De l'écrivain canadien un peu déjanté, j'avais lu récemment la tragicomédie Toutes les familles sont psychotiques, un chef d'oeuvre de fantaisie et d'humour.

Dans son dernier opus, Coupland quitte les communautés familiales pour brosser le portrait intimiste d'une "pauvre fille" célibataire et sans amis. Son surnom est bien sûr inspiré de la célèbre chanson des Beatles.

Liz Dunn a la quarantaine et vit seule dans son appartement tout terne. Pour contrer sa solitude, elle passe sa vie devant les films et feuilletons télévisés. Sa mère, sa soeur et son frère la mettent de côté ; ses collègues, les autres la considèrent comme quelqu'un de totalement transparent. C'est vrai qu'elle est grosse, un peu laide, bref c'est "Madame Tout le Monde" en pire. Jusqu'au jour où son destin bascule lorsqu'elle se fait opérer des dents de sagesse.Sur le bracelet de son voisin de chambre, est écrit "En cas d'urgence, contactez Liz Dunn" !

Et s'il était possible que des événements incroyables arrivent à Liz Dunn ? A partir de là, tout est chanboulé !

Oscillant toujours entre tragédie familiale et conte de fée déjanté, Coupland nous livre une formidable histoire pleine de rebondissements. Aussi incroyables qu'ils puissent être, le lecteur se laisse bercer par ces multiples rebondissements.

Impossible de tout vous raconter car là, je gâcherais vraiment le charme ! Sachez seulement que Liz va tomber nez à nez avec un faux météorite qui va déclencher de multiples rencontres !

L'ensemble est parfois très triste, très mélancolique mais Doupland y introduit toujours une bonne dose de fantaisie surréaliste.

La construction est intéressante : il s'agit du journal intime de Liz Dunn, sans aucun chapitre, qui alterne le moment présent et les événements du passé. Le regard de Liz est pessimiste et lucide à la fois. Un conte de fée moderne et rocambolesque qui n'exclut pas la tragédie.

par Sylvie publié dans : Littérature anglo-saxonne et américaine
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Jeudi 1 mai 2008

COREE

Les gens du Sud

Editions Actes Sud, "Lettres coréennes", 2007

Ce recueil d'"histoires" ayant pour leitmotiv une histoire de famille tragique a été adapté au cinéma par l'un des cinéastes coréens les plus connus, Im Kwont'aek "Ivre de femmes et de peinture".

Pour goûter pleinement ce récit, il fait aimer les récits contemplatifs ainsi que les tragiques destins des artistes.


Cet ensemble d'histoires est brodé autour d'un drame familial dans une famille d'artistes :
un chanteur vagabond de p'ansori (le chant traditionnel coréen) emmène sa fille nouveau-né et son beau-fils sur les routes pour leur apprendre le chant, après la mort de leur mère. Mais le complexe oedipien est à l'oeuvre et le beau-fils refuse de chanter et souhaite tuer son beau-père ; mais, envoûté par son chant, il s'enfuit. Pour garder sa fille près de lui et sûrement parfaire sa voix, le père jette de l'acide sur les yeux de sa fille et la rend aveugle...Elle devient plus tard une célèbre chanteuse.Des années plus tard, son demi-frère par à sa recherche pour rechercher son pardon...

Les trois premières histoires relatent son errance et son enquête ainsi que le destin de la chanteuse...

Cette intrigue repose sur un sentiment fondateur du p'ansori : le "ressentiment", non au sens de rancoeur, mais au sens de "ressentir du sentiment", de la souffrance ; le chant coréen vise à exprimer cette souffrance, ne peut exister sans elle. Car les chants d'une chanteuse coréenne ressemblent à une longue plainte, à des sanglots. Lorsque son frère comprend que ce chant fait partie de l'être profond de sa soeur, il  décide de partir...

L'intrigue et les personnages se dévoilent jusqu'à la fin. Il en ressort un effet "vaporeux" qui rend ce récit très elliptique et très lent ; nous ne savons rien des personnages ; leur psychologie, leurs sentiments se dévoilent peu à peu.

L'auteur insiste sur leurs relations avec le paysage ; de nombreux extraits confondent les êtres humains avec un oiseau ou un arbre.

Petit à petit, cette histoire de relation tripartite devient une légende rendant les personnages de plus en plus évanescents et mystérieux ; la chanteuse est présente dans l'esprit des villageois, devient une voix immatérielle et finit par se fondre aux éléments de la nature.

Un très beau récit, tout en retenue, entre tragédie familiale, contemplation, mélopée et légende, qui nous fait découvrir un élément fondateur de la culture coéenne.

Délicieusement suranné.

par Sylvie publié dans : Littérature asiatique
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Mercredi 30 avril 2008

ROMAN GRAPHIQUE- ETATS-UNIS

Fun home

Editions Denoël Graphic, 2006

Cette bande dessinée aux allures de roman graphique a été un best-seller aux Etats-Unis et est un véritable phénomène de société dans la communauté gay et lesbienne.

Dans ce récit autobiographique, intimiste,Alison Bechdel nous raconte un secret familial : l'homosexualité cachée de son père et la découverte de sa propre homosexualité à l'adolescence. Ces révélations se focalisent sur un drame : le suicide déguisé en accident du père, Bruce Brechdel, qui n'assuma jamais au grand jour son homosexualité, qui se maria et eut des relations illicites avec de jeunes garçons.

L'auteur refuse tout récit linéaire en focalisant chaque chapitre sur un événement précis de son enfance au son adolescence. Le but est de comprendre véritablement son père, qui à cause de sa sexualité refoulée, a tyrannisé une partie de son enfance. Alors qu'elle a appris son homosexualité cachée quelques jours avant sa mort, elle tente de comprendre ce père aux deux facettes et de se comprendre par ailleurs elle-même.

Ce roman graphique est d'une profondeur psychologique indéniable, et, fait très rare dans une bande dessinée,il a une qualité littéraire certaine !

En effet, le récit est truffé de références littéraires, pas simplement décoratives, mais qui expliquent le propre parcours des personnages et leurs relations. Le père, professeur de littérature anglaise, transmet sa passion a sa fille qui utilise cet héritage pour comprendre le destin de son père. Est ainsi fait référence à Gatsby le Magnifiquede Scott Fitzgerald, à A l'ombre des jeunes filles en fleursde Proust, à L'importance d'être constant d'Oscar Wilde ou encore à Ulysse de Joyce ; homosexualité cachée, paradis artificiels ; tout un bagage symbolique qui  illustre le propre parcours du père et sa relation avec sa fille.

Alison Bechdel replace également l'homosexualité non seulement dans une dimension psychologique, mais aussi culturelle : l'émergence du mouvement lesbien dans les années 70 avec ses auteurs de référence.

par Sylvie publié dans : Bandes dessinées
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Lundi 28 avril 2008

CHINE

My Way


Editions Xiao Pan, 2007
2 tomes

My Way est un manga en couleur créé par une jeune chinoise de 24 ans. Les amateurs de contes, de poésie et de dessins naïfs y trouveront à coup sûr leur bonheur !

Les illustrations sont magnifiques ! Chaque petite histoire d'une quinzaine de pages est dominée par une couleur pastel : le rose, le bleu, le mauve, le jaune ; le lecteur évolue dans une décor féerique, enfantin qui fait un peu penser à L'étrange Noël de Mister Jackou encore à Marc Chagall.



Allié à ce dessin féerique, des petites histoires intimistes qui mettent un scène un personnage mystérieux, une sorte d'ange gardien qui se promène sur "la voie qui mène au bonheur". Un chapeau haut-de-forme, de gros yeux naïfs ronds, pas de nez ni de bouche, une allure androgyne. Sur sa route, il rencontre des êtres (souvent de jeunes adultes, des enfants ou encore des lapins) souvent blessés par une rupture amoureuse ou un deuil ou qui cherche leur voie, leur destin. Au cours de ces brèves rencontres, il leur montrera habilement ce qu'est la vraie vie.

Ces histoires sont souvent très nostalgiques, voire très tristes. Si la rupture amoureuse prédomine dans le 1er tome, c'est le deuil qui prend le pas dans le deuxième. Le texte, souvent très poétique,aux allures de maximes orientales, prend la forme de petites leçons de morale :

"

Le bonheur est loin d'égaler la splendeur d'un feu d'artifice; parfois, il paraît si ordinaire qu'avant même qu'on le regarde, il a déjà disparu sans laisser de trace"

Les lignes de la main, les moment joyeux ou les cicatrices que nous laisse la vie sont tous comme ce sable coloré dans la paume de notre main. Sur le motif de la vie, éclosent des fleurs. Avant de se diriger vers notre fin, laissons les d'abord s'ouvrir en souriant"


Les rêves, la nostalgie de l'enfance, la difficulté de la communication amoureuse font de ce recueil des histoires universelles. Plus qu'un manga, nous avons l'impression de lire un recueil de contes illustrés. Une vraie découverte.

par Sylvie publié dans : Mangas
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