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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Dimanche 14 septembre 2014 7 14 /09 /Sep /2014 10:36

RENTREE LITTERAIRE 2014

 

http://www.rentree-seuil.com/sites/default/files/ouvrages/couvertures/deville.jpg

 

Editions Seuil "Fiction et compagnie", 2014

 

Assurément, cette rentrée littéraire française est historique...On convoque les personnages historiques, connus ou moins connus, pour réfléchir à des choses plus abstraites comme le rôle du spectacle de masse (Eric Vuillard dans Tristesse de la terre) ou la notion de l'engagement. C'est le cas de Patrick Deville, modèle exemplaire de l'écrivain voyageur, qui depuis quelques années parcourt l'Afrique, l'Asie et l'Amérique dans le temps et dans l'espace. l'Exofiction, la création de la fiction à partir d'éléments réels, a de beaux jours devant elle.

 

Après le Cambodge de Kampuchéa, c'est au tour du Mexique d'être revisité par la plume flamboyante de Deville. Plus précisément le Mexique des années 20 et 30 qui, après la révolution zapatiste, voit naître ou affluer nombre d'écrivains, intellectuels, artistes. Il y a les natifs, le muraliste Diego Rivera et Frida Kahlo et une multitude d'exilés qui fuient les purges staliniennes. Parmi ces derniers, le plus illustre, Léon Trotsky qui débarque en 1937 et l'écrivain de  Sous le volcan, Malcolm Lowry, qui écrira son chef d'oeuvre en 10 ans, choisissant l'engagement dans la littérature plutôt que l'engagement en politique.

 

Deville va convoquer ces deux figures illustres en quête d'absolu pour réfléchir justement aux affres de l'engagement. Alors que Trotsky choisit l'engagement politique, Lowry choisit le retrait dans son jardin de la création, modèle du paradis perdu dans son célèbre roman.

 

Mais les deux grandes figures ont un "socle" commun : Trotsky, modèle du sacrifice à la révolution, plus grand écrivain du 20e siècle selon Mauriac a été toute sa vie tenté par le retrait, par la vie dans la nature et la lecture. Ce qui explique son refus du pouvoir à la mort de Lénine, lui le grand intellectuel face à l'inculte Staline.

 

Voici un passage admirable :

 

" Ils ont le même goût du bonheur, un bonheur simple et antique, celui de la forêt et de la neige, de la nage dans l'eau froide et de la lecture. Chez ces deux-là, c'est approcher le mystère de la vie des saints, chercher ce qui les pousse vers les éternels combats perdus d'avance, l'absolu de la Révolution ou l'absolu de la Littérature, où jamais ils ne trouveront la paix, l'apaisement du labeur accompli. C'est ce vide qu'on sent et que l'homme, en son insupportable finitude, n'est pas ce qu'il devrait être, l'insatisfaction, le refus de la condition qui nous échoit, l'immense orgueil aussi d'aller voler une étincelle à leur tour, même s'ils savent bien qu'ils finiront dans les chaînes scellées à la roche et continueront ainsi à nous montrer , éternellement, qu'ils ont tenté l'impossible et que l'impossible peut être tenté. Ce qu'ils nous crient  et que nous feignons souvent de ne pas entendre : c'est qu'à l'impossible, chacun de nous est tenu"

 

Loin de s'en tenir à ces deux figures mythiques et à la réflexion désincarnée sur l'engagement, Deville convoque une multitude de personnalités artistiques et intellectuelles qui ont fréquenté ce Mexique révolutionnaire des années 30 : Diego Rivera et Frida Kahlo qui accueille Trotsky dans leur Maison Bleue, André Breton qui "bafouille" devant Trotsky, Antonin Artaud à la recherche de l'authenticité indienne et des figures moins connues comme la photographe Tina Modotti ou le romancier allemand Traven, auteur énigmatique du Trésor de la Sierra Madre, adapté au cinéma par John Huston. La Guerre d'Espagne, La Révolution Russe, la Révolution Mexicaine...

 

Plutôt que de faire un récit linéaire ou réflexif sur l'engagement, Deville téléscope les scènes dans différents pays, villes, à différents moments de la décennie, passant ainsi d'un personnage au suivant pour mieux ensuite revenir au précédent. Le récit est ainsi extrèmement rapide, mêlant les citations, les réflexions et également les passages où l'auteur se rend sur les lieux pour parler avec les témoins contemporains.

 

Le lecteur est abreuvé pour son plus grand plaisir d'une multitude d'informations. Tel le train de l'Armée Rouge dirigé par Trotsky pour convertir conquérir l'ensemble de la Russie à l'idéologie communiste (décrit admirablement dans le récit), nous avons l'impression de faire un formidable voyage à mille kilomètes heure dans l'espace et dans le temps, où les lieux et les périodes se téléscopent.Pas de lignes droites mais des wagons qui s'entrechoquent, qui ne séparent violamment avant de se raccrocher désespérément.

 

Le lien entre tous ces épisodes : l'hésitation entre le retrait et l'engagement mais aussi la ligne de fracture dans l'idéal socialiste : l'anarchisme libertaire défendu par Trotsky et la dictature stalinienne...lutte fratricide qui mènera à l'assassinat de Trotsky.

 

A chaque ligne, nous sentons le plaisir de Deville à se plonger dans le bain bouillonnant des turpitudes du 20e siècle. Un récit habité, foisonnant qui allie l'érudition à l'amour de la langue. Magique !

 

Le lecteur en ressort nourri, abreuvé, conquis...Deville réinvente une nouvelle forme de récit historique en mêlant les multiples figures qui ont transité à un même endroit à la même époque. Le récit évenementiel laisse la place à de formidables portraits psychologiques, créés par de multiples petites touches à la manière des peintres impressionnistes. Mention spéciale à Trotsky, admirablement esquissé, figure tragique par excellence.

 


Par Sylvie - Publié dans : Littérature française contemporaine
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Dimanche 14 septembre 2014 7 14 /09 /Sep /2014 09:44

RENTREE LITERAIRE 2014

 

http://www.franceculture.fr/sites/default/files/imagecache/ressource_full/2014/07/07/4879680/9782330035990,0-2240015.jpg

 

Editions Actes Sud, 2014

 

Depuis La Bataille de l'Occident (La Première Guerre Mondiale)  et Congo (l'Histoire coloniale), Eric Vuillard est devenu le spécialiste de récits courts, fragmentés, très souvent agrémentés de photos.

 

Il s'intéresse ici au personnage mythique de Buffalo Bill, de son vrai nom William Cody, qui est devenu le créateur du spectacle de masse avec le Wild West Show, revisitant la conquête de l'Ouest et les conflits avec les indiens à la fin du XIXe siècle.

 

Les grandes coiffes à plume des indiens ? Le "Ou Ou" avec la main devant la bouche que font des millions d'enfant pour imiter les indiens. C'est lui !  Il invente une mythologie indienne bien loin de la réalité avec.....des survivants des massacres ! Les indiens rejouent leur propre histoire, revisitée par le colonisateur...

 

Non seulement on apprend beaucoup de choses mais on a aussi l'impression de vivre une véritable épopée romanesque. Derrière cette histoire de carton pâte, il y a en effet un homme grandiloquent mais meurtri, plus complexe qu'il n'y paraît.

 

La forme choisie, le fragment d'une dizaine de pages sur un épisode de la vie de Buffalo ou un épisode du Wild West Show illustré à chaque fois par une photo, permet à l'auteur d'éviter la dramatisation outrancière et d'introduire des paragraphes de réflexion à l'intérieur de l'histoire. Ce personnage grandiloquent est un prétexte pour parler du divertissement de masse, de l'origine de son succès sur le public.

 

Vuillard est sans doute moins convaincant lorsqu'il se fait essayiste sur la nature du spectacle. Peu importe. On apprécie tout particulièrement la construction du récit qui fait s'opposer la grandiloquence des spectacles de masse ( l'arrivée du Wild West Show en Alsace, magistral !) à l'évanescence des éléments, relatée dans les deux derniers chapitres que je vous laisse découvrir. 

 

L'auteur retrace aussi brillamment des épisodes véridiques de l'Histoire indienne (Le massacre de Wonded Knee où on croise la figure mythique de Sitting Bull, mêlant ainsi la Grande Histoire à la petite histoire, oppposant surtout les drames de l'histoire indienne au grand spectacle de masse qui avait déjà inventé à la fin du XIXe siècle le reality show et les produits dérivés.

 

Eric Vuillard est assurément un érudit, un essayiste parfois un peu aride. Mais il excelle dans la description de ses personnages, ce qui humanise profondément son récit. A découvrir !

Par Sylvie - Publié dans : Littérature française contemporaine
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Jeudi 28 août 2014 4 28 /08 /Août /2014 11:28

ROYAUME-UNI ; 1860

http://p1.storage.canalblog.com/11/72/762910/67628128_p.jpg

 

Editions Folio Classique

 

Et voici un autre classique anglais d'une grande écrivaine anglaise sans doute moins célèbre que les soeurs Brönté ou encore Jane Austen mais qui n'en gagne pas moins à être connue. Comme son acolyte française George Sand, Mary Ann Evans prit un nom masculin pour publier. Elle est considérée aujourd'hui comme un grand écrivain victorien qui décrit les transformations de l'Angleterre lors de la Révolution Industrielle et aussi la condition féminine prise dans les filets du désir et du devoir moral.

 

Pour découvrir l'itinéraire de cet auteur de premier plan, voici sa biographie : http://fr.wikipedia.org/wiki/George_Eliot

 

Cet opus, le 2e de son auteur, est un magnifique portrait de famille et de femme dans l'Angleterre rurale du XIXe siècle. George Eliot s'est beaucoup inspirée de sa propre famille : père aimant régisseur d'une propriété, son frère ainé adoré, et sa propre personnalité, enfant et adolescente hypersensible, assoiffée de culture et à la recherche de ses idéaux...

 

Nous sommes dans un village où se rencontrent une rivière et la mer "une vaste plaine ou la Floss, plus large, se hâte entre ses vertes rives d'aller vers la mer, tandis que la marée amoureuse se précipite à sa rencontre et l'arrête en une étreinte fougueuse"Une vieille dame nous décrit le village, où deux petits enfants jouent,  avant de se réveiller "Ah, mes bras sont engourdis; Mes coudes étaient appuyés sur les bras de mon fauteuil, et je rêvais que je me trouvais sur ce pont, face au Moulin de Dorlcote, tel qu'il était un certain après-midi de février, il y a bien des années. avant de m'assoupir, j'allais vous raconter ce dont parlaient M. et Mme Tulliver, assis près de ce beau feu dans le salon à gauche, ce même après-midi dont j'ai rêvé." Et nous voici partis pour 700 pages relatant l'histoire des 2 enfants Tulliver, Maggie et Tom, sur une vingtaine d'années. 

 

Monsieur Tulliver est meunier de son état. Très attaché à son Moulin de Dorlcote, il est en procès avec un autre propriétaire qui veut installer un système moderne d'irrigation. Soucieux de donner une bonne éducation à son fils Tom, il l'envoie chez un précepteur lui enseignant le latin et la géométrie. Esprit lent, Tom a bien du mal à se faire à cet "endoctrinement". Au contraire, Maggie, sa petite soeur qui l'idôlatre, adore se cultiver lire et découvrir de nouvelles choses. D'une sensibilité à fleur de peau, impulsive, elle n'arrête pas d'être répriandée par son frère ainé, épris du sens de l'honneur et du devoir. Ensemble, il vont faire la connaissance de Philipp, fils du précepteur, enfant disgracié par la nature, bossu, mais comme Maggie, intelligent et sensible.

 

Mais comme le dit Eliot, "Les portes d'or de leur enfance" vont être bientôt refermées car le père Tulliver va faire faillite. Tom va alors découvrir que son éducation classique ne va lui être d'aucune utilité et Maggie va être mise en face du dilemne traditionnel entre l'amour et le devoir familial.

 

Ce magnifique roman est digne d'une tragédie classique. On pense aux grandes figures littéraires du renoncement amoureux (Bérénice, Phèdre, La princesse de Clèves) sans oublier le drame shakespearien où Roméo et Juliette sacrifient l'amour au nom de l'exigence familiale.

 

Le "couple" central, Tom et Maggie, est décrit au milieu de l'étau de leur famille, père, mère, oncles et tantes. Cette constellation familiale est l'occasion pour Eliot de déployer son immense talent dans le registre du roman psychologique. Chaque personnage est scruté dans ses exigences, ses faiblesses, ses contradictions. Le Père Tulliver, homme de l'Ancien Monde, meunier en faillitte pour avoir voulu préserver sa propriété alors que les autres hommes du village sont uniquement préoccupés par les revenus capitalistes. Tom n'aura de cesse de défendre l'honneur perdu de son père alors qu'il est promis à un brillant avenir. La mère Tulliver, matérialiste,  préoccupée par son linge de table et son service à thé lors de la vente aux enchères de ses biens mais qui finalement protégera sa fille déchue. Les oncles et tantes maternels, toutes une série de portraits tragicomiques (ah, les discussions entres les soeurs sur l'éducation de Maggie et les possessions des unes et des autres, se disputant leurs nappes, tasses et chapeaux ! Et oui, on rit aussi dans Le Moulin sur la Floss).

 

Tom L'intransigeant, la passionnée Maggie...et mention spéciale à Philipp, le bossu disgracieux, l'amoureux éconduit, prêt à vivre son amour sans sa bien aimée...

 

Il s'agit bien d'un roman d'apprentissage tragique où les désirs de la jeune garde vont se trouver en contradictions avec les conflits des parents.

 

Bien sûr, ce sera la jeune fille qui sera sacrifiée sur l'hôtel de l'honneur ; victime de sa trop grande sensibilité mais soucieuse avant tout de l'estime de son père et de son frère, Maggie est la figure exemplaire du renoncement.

 

Roman social, roman d'apprentissage, d'éducation....c'est aussi le roman du souvenir de l'enfance perdue, des lieux aimés. Ce n'est pas par hasard si Le Moulin sur La Floss était l'un des livres préférés de Marcel Proust. Un branche de sureau, tout comme la célèbre madeleine, fait revivre les jours heureux. Les personnages sont attachés au territoire de leur enfance et Tom et Maggie reviendront toujours au Moulin, malgré leurs itinéraires contrariés. Le Moulin n'est pas uniquement un lieu. Il symbolise le lien de la famille et l'enfance heureuse.

 

Enfin, mention spéciale à la prose fluide de l'auteur, alliant lyrisme retenu et finesse psychologique tout en laissant une large place aux dialogues. Du grand art !


Par Sylvie - Publié dans : Classiques français et étrangers
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Jeudi 28 août 2014 4 28 /08 /Août /2014 10:29

ROYAUME-UNI -1941

http://p2.storage.canalblog.com/25/27/186162/9645663_p.jpg

 

Editions Le Livre de Poche

 

Voici un été passé en compagnie des classiques anglais.

J'ai commencé par Daphné du Maurier (1907-1989) connue pour avoir fait renaître le roman gothique à partir des années 30, auteur des célébrissimes Oiseaux et Rebecca immortalisés par le maître Hitchcock.

 

L'auberge de la Jamaïque a d'ailleurs été également mis en scène par le maître de l'épouvante mais est moins connu.

 

Nous retrouvons dans cet opus les landes désolées et venteuses des Cornouailles anglaises, une jeune héroïne qui n'a pas froid aux yeux et qui défient les hommes, et une vieille bâtisse décrépite qui donne sa consonance gothique à l'ouvrage.

 

Mary Yellan est une jeune orpheline qui vient de perdre sa mère. Cette dernière, avant sa mort, lui avait juré de contacter sa tante pour l'héberger. Elle quitte avec les bocages anglais verdoyants pour les tristes landes. Sa tante est mariée avec Joss, un étrange aubergiste alcoolique qui s'adonne à des activités illicites la nuit venue. Mary retrouve sa tante qui n'est plus que le fantôme d'elle-même, marionnette au main de l'affreux Joss. Quant à l'auberge décrépite, elle n'est plus auberge que par son nom. Les villageois et et voyageurs l'ont désertée depuis longtemps.

 

Mary est bien décidée à découvrir ce que manigance son oncle la nuit venue....D'autres personnages masculins vont apparaître au fur et à mesure : Jem, le frère de Joss, ultime rejeton d'une famille maudite, et le vicaire Davey, personnage compatissant et torturé....

 

C'est magnifiquement suranné mais on se laisse vite absorber par cette atmosphère romantique et ce personnage féminin fort.

Sans oublier la qualité du récit qui nous réserve quelques surprises quant à la véritable nature des personnages...

 

Lorsqu'elle décrit les naufrages au large des Cornouailles et tous les malfrats qui règnent autour, Du Maurier n'est pas sans rappeler par la thématique le grand Hugo.

 

Evidemment, c'est rempli de clichés (la femme romanesque forte qui finira par trouver l'amour...) mais les personnages ne sont par pour autant traités avec manichéisme : les aubergistes trafiquants cachent bien leurs faiblesses et les réputées blanches colombes  ne le sont peut être pas totalement.

 

Et n'oublions pas ces magnifiques clairs-obscurs où les activités secrètes se déroulent la nuit à la lueur de la bougie. On aperçoit des silhouettes, on perçoit des frôlements, on entend des bruits inconnus. Une belle atmosphère fantômatique !

 


 


Par Sylvie - Publié dans : Classiques français et étrangers
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Dimanche 3 août 2014 7 03 /08 /Août /2014 22:03

RENTREE LITTERAIRE 2014

 

ETATS-UNIS

 

http://www.babelio.com/couv/CVT_Retour-a-Little-Wing_6337.jpeg

 

Editions Autrement

 

Voici en avant-première une petite pépite américaine qui paraîtra fin août. Premier roman d'un auteur né en 1979, ses droits d'adaptation viennent d'être achetés par la Fox.

 

A travers une très belle histoire d'amitié entre 4 gars trentenaires du Middle West, l'auteur fait l'éloge des valeurs américaines de partage et d'entraide qui soudent ces petites communautés.

 

"Pour moi, c'est ça, l'Amérique : des pauvres gens qui jouent de la musique, partagent un repas et dansent, alors que leur vie entière a sombré dans le désespoir et dans la détresse telle qu'on ne penserait jamais qu'elle tolère la musique, la nourriture ou l'énergie de danser. On peut bien dire que je me trompe, que nous sommes un peuple puritain, évangélique et égoïste, mais je n'y crois pas. Je refuse d'y croire"

 

Ainsi parle Lee, la rock star adulée qui revient à Little Wing, petite bourgade paumée du Wisconsin, près des Grands Lacs. Des champs de maïs à perte de vue, des commerces qui ferment les uns après les autres à part un bar miteux, un vieux silo à grains où l'on monte le soir pour admirer le soleil couchant...et surtout 4 amis inséparables qui se retrouvent au mariage de l'un d'eux dans leur village d'origine.


Hank, le fermier chef de famille et amoureux fou de sa femme Beth. Ronny, champion de rodéo qui est à moitié handicapé depuis une nuit de saoulerie. Keep, le courtier qui a décidé de transformer l'ancienne coopérative en lieu de divertissement. Et enfin, Lee, la rock star qui a parcouru le monde mais qui aime se ressourcer dans son village d'origine.

 

Chacun va s'exprimer à tour de rôle avec une sincérité à toute épreuve en parlant de ses bonheurs, de ses doutes, de la force de cette petite communauté rurale. Malgré leurs parcours et leur personnalité si différente, ils sauront faire perdurer le lien qui les unit malgré les mauvaises surprises...

 

L'auteur retranscrit à merveille l'atmosphère du Middle West où la pauvreté des moyens est contrecarrée par une solide communauté. Il y a aussi la description si réaliste de cette génération de trentenaires qui se cherche : échec des mariages, besoin ou non d'une descendance, hésitation entre matérialisme et spiritualité....

 

La langue employée est vive et simple, les dialogues regorgent de tendresse et d'humour.

 

Un roman très frais à déguster cet été pour un grand bol d'humanité.

 


Par Sylvie - Publié dans : Littérature anglo-saxonne et américaine
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Dimanche 20 juillet 2014 7 20 /07 /Juil /2014 18:00

CHINE

http://cache.20minutes.fr/illustrations/2014/01/22/fuite-temps-1477318-616x0.jpg

 

Editions Philippe Picquier, 2014

Voici le dernier opus du plus grand écrivain chinois contemporain avec Mo Yan et Gao Xingjiang. Né en 1958 dans un village de paysans illétrés du Henan (centre-est rural) , Yan Lianke a d'abord été écrivain officiel de l'armée avant de prendre ses distances avec le régime en place et d'être censuré.

 

Parmi ses titres les plus connus, citons Le Rêve du village des Ding qui dépeint la vie des habitants qui vendent leur sang pour connaître une vie meilleure. Mais, quelques années plus tard, atteints de la « fièvre », ils se flétrissent et meurent. Un roman bouleversant par la tragédie qu’il raconte, celle de centaines de milliers de paysans du Henan contaminés par le sida. Ou encore Bons baisers de Lénine qui raconte l’histoire d’un village devenu le refuge de tous les infirmes de la région, où le chef de district décide un jour de regrouper ses habitants dans une incroyable troupe de cirque dont le but est de gagner assez d’argent pour acheter aux Russes la momie de Lénine et attirer, grâce à elle, les touristes… 

 

Pauverté, tragédie, burlesque, baroque...telles sont les quatre composantes de l'oeuvre foisonnante de Yan Lianke qui nous livre ici une véritable épopée d'un village perdu du Henan, celui des "Trois Patronymes", où sévit une étrange malédiction : tous les habitants y meurent avant l'âge de 40 ans, quoiqu'ils fassent, quelles que soient les luttes qu'ils entreprennent.

 

A chaque chef de village, son stratagème : on commence par Sima Lan qui a bien l'impression qu'il va mourrir. Décidé à vivre, il  ordonne au village de construire avec lui un canal qui apportera l'eau de la ville...Pour cela, il faut de l'argent...Pour cela, il faut ...aller vendre sa peau dans le dispensaire de la ville et que les femmes aillent vendre leur corps. Et c'est parti pour un immense élan collectif. Nous n'allons pas tarder à faire la connaissance de l'épouse de Sima Lan, Zhucui, l'acâriatre, la marâtre et de l'amour éternel et contrarié du chef, Sishi. La belle qui s'est sacrifiée pour l'avenir "politique" du grand Sima Lan.

 

Cinq chapitres qui illustrent une manière de combattre le mal. Cinq périodes qui vont de la mort de Sima Lan à sa naissance. Cinq périodes qui illustrent aussi l'apogée et l'échec du communisme, des grandes réformes collectivistes, à la réussite individuelle sacralisée, à la course à l'argent roi.

 

Une fuite du temps qui est en fait illustrée par son contraire, une remontée vers l'origine. Dans un roman total époustouflant, Yian Lianke convoque à la fois des épisodes de la Bible, des proverbes boudhistes et des références à l'histoire chinoise récente.

 

Tragédie du monde paysan réplié sur lui-même, formidable élan de solidarité collectiviste,  mais aussi course effrénée au matérialisme ou encore  décisions absurdes de chefs autoritaires entreprenant des grands travaux collectifs suicidaires...Les interprétations sont nombreuses et sans doute toutes valables.

 

La richesse métaphorique d'une telle saga ne doit pas faire oublier la forme littéraire qui est aussi très élaborée  et diversifiée. Grandes descriptions paysagères convoquant tous les éléments, scènes théâtrales  burlesques et truculentes où s'affrontent frères ennemis autour d'une tombe ou maris et femmes ne pouvant plus se supporter (dialogues succulents, très naturalistes....) Tragicominique de situation où les scènes sont si tragiques qu'elles en sont risibles. Romantisme d'une magnifique histoire d'amour entre les deux héros Sima La et Sishi, de leur mort à leur naissance. Epopée collective et individuelle où chaque habitant, de l'animal au bébé, en passant par le vieillard, est présent.

 

Une saga de 600 pages, certes répétitive (il s'agit à chaque fois de lutter contre les "40 ans imposés" ) mais où chaque élément vivant est convoqué, qu'il s'agisse de la terre, des animaux, du lait maternel qui irrigue les champs et les rues (magnifique final...), donnant au récit une force si particulière. La variété des tons et des scènes évite toute monotonie.


Une aventure universelle qui célèbre non la mort mais le courage de la force vitale.

Un chef d'oeuvre âpre mais tellement revigorant. Un destin inéluctable mais la force de la lutte. En somme, une grande oeuvre tragique.

Par Sylvie - Publié dans : Littérature asiatique
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