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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 12:01

ETATS-UNIS-1966

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Editions Cambourakis, 2012

Une réédition d'un chef d'oeuvre méconnu de la littérature américaine des années 60. Don Carpenter (1931-1995), dont il s'agit ici de son premier roman, fut notamment l'ami de Richard Brautigan. 

La réédition de ce chef d'oeuvre fut saluée outre-atlantique entre autres par Georges Pelecanos, Jonathan Lethem et Richard Price. 

Le roman se déroule de 1936 à 1963 avec un bref prologue allant de 1929 à 1936 et raconte l'itinéraire tragique de Jack Levitt, orphelin vivant dans la ville sinistrée de Portland. D'orphelinats en maisons de corrections, de bars de billards américains en prisons du comté et d'Etat, l'auteur brosse le portrait tragique d'un jeune homme qui réfléchit sans cesse à la condition humaine, à la liberté et à la nature de la société. 

Sur 350 pages, Carpenter mêle différents styles allant de la description très rapide à la méditation du personnage. 

Tout l'intérêt du roman réside dans l'introspection du héros : Jack est une "monsieur tout le monde" sans talent. Il le répète sans cesse devant ses copains, as du billard américain. Ayant subi les déconvenues des maisons de correction et des prisons, il réfléchit sur la manière de faire le bien autour de lui. Mais si la vie n'était qu'un jeu de hasard comme une partie de billard ? La deuxième partie du livre, beaucoup plus introspective, est un chef d'oeuvre de psychologie. Malgré sa bonne volonté, Jack "le brave" n'arrive pas à être du côté des gagnants. Le roman est donc très noir et d'une profonde humanité ; les plus beaux passages sont sans aucun doute ceux où l'auteur analyse l'amitié à tendance homosexuelle de Jack et de Billy et aussi les pages où Jack s'interroge sur son rôle de père. 

Un roman carcéral magistral qui interroge les fondements de notre société. A souligner, le prologue de 8 pages, véritable chef d'oeuvre de concision, qui retrace 7 ans de la vie des parents de Jack : une moto rouge déferle dans un petit village et renverse trois cow-boys; au moteur de la bécane, un homme et une femme, deux crinières noire et blonde. Une vie qui déferle comme la moto, le bonheur, l'ennui, le drame. Rarement un écrivain aura décrit avec une telle fulgurance un destin, dans un festival de couleurs et de sons. Des parents au destin brisé, la chute, la vie de Jack commence ainsi que le roman...

Des phrases coupées dans le vif, sans fioritures, entrecoupées de beaux passages introspectifs, ainsi avance la plume de Carpenter. 

A redécouvrir. 

Par Sylvie - Publié dans : Livres et auteurs à redécouvrir
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Dimanche 13 mai 2012 7 13 /05 /Mai /2012 11:12

ETATS-UNIS

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Albin-Michel, collection "Terres d'Amérique", 2012

Un roman que l'on pourrait sûrement classer en polar : certes il y a une enquête, un homme soupçonné, un enquêteur mais ce n'est que le prétexte pour nous présenter des personnages hauts en couleur et l'atmosphère étouffante du Mississippi. Philipp Roth a d'ailleurs parlé d'une force d'évocation digne de Faulkner.

Tom Franklin, lauréat du Los Angeles Times Fiction Prize, signe un récit d'une forte intensité psychologique opposant deux anciens amis d'enfance, le blanc Larry Ott et le noir Silas Jones.

Silas, le flic, revient après des années d'absence, dans la petite bourgade perdue de Chabot, alors que Larry est soupçonné de deux meurtres de jeunes filles. Alors qu'un matin, on retrouvé Larry blessé par balle, Silas va tout faire pour trouver le vrai coupable. Il se souvient alors de leur enfance....

Il y a d'abord l'atmosphère poisseuse du sud ; avec peu de moyens, Franklin campe tout de suite le décor : un village paumé au milieu de la forêt, une vieille scierie,des friches bordées de marécages, un snack où l'on sert des hot dog et des "Kentucky fried chicken", une vieille maison, une route qui ne mène nul part, un garage à l'abandon, un shérif qui s'ennuie ferme. 

Et puis le personnage de Larry Ott, surnommé Norman Bates, du nom du personnage de Psychose d'Hitchcock. Il est vrai que c'est une personnage ambigu très réussi : célibataire quadragénaire, il vit seul dans son garage délabré qu'il a hérité de ses parents ; ostracisé depuis qu'il a été soupçonné vingt ans plus tôt du meurtre d'une jeune fille, il vit depuis au milieu de ses revues et ses livres d'horreur, fan de Stephen King mais aussi collectionneur d'armes et de serpents. Le coupable tout désigné...Il montre toute son affection à ses poules. 

D'ailleurs, Silas Jones nourrira ses poules lorsque son ancien ami sera à l'hôpital. Ce flic qui va livrer peu à peu les souvenirs de son enfance, ses secrets et ses liens indéfectibles avec Larry Ott...

Le lecteur entre tout de suite de plein pied dans ce village perdu et tombe sous le charme des personnages rongés par la culpabilité mais oh combien fragiles et profondément humains. L'auteur évite avec brio les clichés du clivage blancs/noirs en créant un personnage de blanc à la déroute. 

Du très bon roman psychologique. 

Par Sylvie - Publié dans : Littérature anglo-saxonne et américaine
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Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 14:35

POLAR

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Editions Gallimard, Série Noire, 2012

Après s'être intéressé aux maoris de Nouvelle-Zélande (Utu et Haka) et aux Zulus d'Afrique du Sud (Zulu, Grand Prix de littérature policière et Grand Prix des lectrices Elle en 2008), le grand Caryl Ferey pose sa plume en Argentine, un pays méconnu mêlant dictature implacable, crise financière et extermination des minorités. Le titre du roman fait référence à la minorité indienne "Mapuche" qui a été exterminéé par les grands propriétaires terriens argentins. 

Comme à son habitude, Ferey explore l'histoire méconnue d'un pays, se plonge de plein pieds dans la fange, dans le sang, dans la violence la plus implacable : les conflits de politique, d'argent et de territoires donnant lieu à des terreurs inouïes, celles que l'on cache pour mieux les déterrer un jour....

L'Argentine, où la dictature militaire de Videla s'est abattue en 1976, après le régime péroniste : un régime d'extrême droite qui se solde par des milliers d'exécutions sommaires de militants de gauche, des milliers de disparus et des enlèvements de nouveaux nés...ceux que l'on retirait aux militants de gauche pour les donner aux couples stériles proches des militaires....

 

Plus de trente ans plus tard, le corps d'un travesti est retrouvé scalpé dans le port de Buenos Aires. Quelques jours plus tard, Maria Campanello, la fille d'un riche industriel finançant la campagne du candidat à la mairie de la capitale, est retrouvée elle aussi, morte dans le fleuve. 

Bientôt, on va découvrir ce qui relie les deux meurtres...

Pour mener l'enquête, loin de la police corrompue, deux écorchés vifs. L'homme, Ruben, rescapé des rafles de 1976, ayant perdu père et soeur dans des circonstances atroces, mort-vivant, qui est détective au service des familles de disparus et surtout des Abuelas de la Place de Mai, qui combattent depuis trente ans pour retrouver les enfants disparus adoptés. Sa mère en est d'ailleurs une. 

La femme Mapuche, Jana, sculptrice, amie du travesti assassiné, elle aussi anéantie par l'extermination de son peuple. 

Ces deux êtres vont faire cause commune pour faire établir la vérité. 

Attention, il ne s'agit pas d'une enquête mais bien de corps à corps sanglants. Nous pénétrons dans le thriller le plus noir qui soit ; tortures les plus cruelles les unes que les autres, l'hémoglobine est au rendez-vous. Ferey ne laisse pas respirer son lecteur et crée une course poursuite sanglante. L'établissement de la vérité passe forcément par la vengeance ; oeil pour oeil, dent pour dent, telle est la loi de Ferey. 

Les personnages, boules de sang et de nerfs, sont très réussis. Du très bon polar. On peut juste regretter une écriture moins élaborée que dans les précédents opus, des dialogues moins percutants. 

Par Sylvie - Publié dans : Romans policiers
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Lundi 23 avril 2012 1 23 /04 /Avr /2012 17:51

MANGA

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Editions Casterman, 2012

Vous croyez encore que le manga est synonyme de sexe, de sang et de violence ? Que Japonais et Romains n'ont rien en commun ? Eh bien, Thermae Romae devrait vous guérir de cette fausse idée pour toujours !

C'est une jeune mangaka, dont le mari est un historien italien, qui est à l'origine de ce phénomène éditorial, vendu à plus de 5 millions d'exemplaires au Japon. Grand Prix du Manga et Prix Osamu Tesuka, les deux premiers tomes viennent d'être édités en France. 

Mari Yamazaki mêle Histoire, civilisation et science-fiction pour signer cette magnifique aventure. Lucius Modestus est un architecte en mal de renommée spécialisé dans les thermes. Vivant sous le règne d'Hadrien, au deuxième siècle de notre ère, il est propulsé, après un plongeon dans des thermes, dans ...des sources thermales japonaises de nos jours ! Alors qu'il croit avoir découvert un autre peuple contemporain des romains, les "visages plats" comme il le dit, il va peu à peu parfaire son art en imitant la civilisation japonaise. Bains d'eau chaude à l'extérieur, pierres chauffantes, sanitaires, toboggans etc....Lucius est fier comme un romain mais aussi à l'affût des traditions et prouesses techniques des autres peuples ; alors, il va revenir à Rome et, après chaque passage dans une faille temporelle, va introduire une nouveauté dans les thermes romains. 

 

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Sa renommée est telle qu'il va attirer l'attention de l'Empereur qui va l'embaucher pour la construction de ses propres thermes...

Le début d'une magnifique aventure qui nous fait découvrir deux traditions similaires chez les japonais et les romains. A chaque chapitre, un petit dossier d'une double page en dit un peu plus sur ces traditions. Cela prend l'allure d'un récit de voyage avec ses photos, ses anecdotes...

Le grand mérite de la jeune mangaka est d'avoir fait se dérouler son histoire sous la "Pax romana", période d'arrêt des conquêtes où les romains découvrent les traditions des peuples conquis, tel l'Empereur Hadrien qui va jusqu'en Egypte et aux frontières de l'Empire. Bien sûr, il s'agit de science-fiction mais cette histoire s'appuie sur les traditions des romains qui, on le sait bien, on sut imiter et s'approprier les techniques et les coutumes des autres civilisations. Cette rencontre et cette intégration d'une culture étrangère est donc tout à fait plausible...

Une belle apologie de la rencontre d'autrui et un hymne à la "civilisation des bains". Et attention, il est interdit de se laver dans les bains ! C'est un état d'esprit, on s'y relaxe...

Ce manga n'est pas non plus dénué d'humour (l'épisode insolite de la découverte des sanitaires !). 

On attend vivement la suite !

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Par Sylvie - Publié dans : Mangas
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Lundi 23 avril 2012 1 23 /04 /Avr /2012 13:10

Editions Viviane Hamy, 2012

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Un court récit flamboyant d'une jeune étudiante en lettres de 22 ans...et ce n'est pas son premier roman !

Un beau succès bien mérité pour ce roman français qui sent bon la littérature américaine. Et dans la production française d'aujourd'hui, c'est très rare...

Assurément, Cécile Coulon est en train de se faire un nom. Sur 170 pages, elle arrive à nous livrer le destin d'un jeune homme, Thomas Hogan, intelligent, silencieux et taciturne, marqué par la mort de son père suite à un accident dans une scierie. 

Nous sommes dans une ville, quelque part dans l'Amérique traditionnelle. Une grande propriété, des forêts de sapins, un bar du coin aux airs de saloon, le Blue Budd. Des bûcherons, quelques ivrognes, un médecin qui respire la bonté. Il n'en faut pas plus à l'auteur pour créer une véritable atmosphère. On y est, on sent l'odeur des sapins, on voit de suite ce village traditionnel. Une Amérique fantasmée, sans indication temporelle, un peu hors du temps. 

Unité de lieu pour le portrait d'un destin : dès la première page, nous savons que Thomas a été arrêté par la police. Quelques éléments : un médecin qui arrive, une mère qui hurle. Une scène décrite par petites touches. Puis Cécile Coulon retrace son itinéraire sur 160 pages. Elle en parle à la fois comme une vie de tous les jours et aussi comme une légende. Comme si une petite voix nous disait : viens, approche, je vais te dévoiler le secret de Thomas Hogan. 

Elle retrace cette vie trentenaire en finalement peu de pages. Quelques événements majeurs : deux accidents, un meurtre, une amitié trahie...

Cécile Coulon aime ses personnages, elle aime les décrire, patiemment pour leur donner corps : le médecin dévoué O'Brien, l'amoureux secret, le vieux Puppa à la cigarette au bec, Maryr, la mère dévouée...

Et, il y a aussi et surtout cette écriture à la fois classique, simple et parfois insolite, où des images, des métaphores curieuses nous sautent aux yeux : des poumons qui battent comme des éventails cassés, une vengeance qui est un plomb qui se mange chaud, une bouche qui brille au soleil à la manière de bulles de savon traversées par des rayons de lumière blanche, des joues roses comme des peaux de poulet rôties au soleil...Une belle langue inventive, moderne, imagée. 

Jugez-en plutôt par ces premières lignes, où les sodas et les  hot dogs nous plongent de manière surprenante en Amérique :

"Ce poids, cette horreur planquée derrière chaque phrase, chaque geste, couverte par les capsules de soda, tachée par la moutarde des hot-dogs vendus avant les concerts...."

Par Sylvie - Publié dans : Littérature française contemporaine
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Lundi 16 avril 2012 1 16 /04 /Avr /2012 10:26

POLICIER

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Editions Zulma, 2007

Marcus Malte est l'une des voix les plus singulières de la littérature française d'aujourd'hui. Ecrivant à la fois pour les adolescents et les adultes, ses romans s'apparentent au genre policier. Mais Garden of love, son roman le plus connu (Prix des lectrices Elle 2008), est-il encore un policier ? Sa construction si labyrinthique, sa polyphonie en font surtout une oeuvre littéraire impossible à classer dans un genre unique. 

Bien sûr il y a un flic et un meurtrier...mais on ne sait pas avant une grosse moitié du bouquin qui est qui et pour cause ! La quatrième de couverture nous dit : un flic sur la touche reçoit un manuscrit anonyme qui semble raconter étrangement sa vie. Il y reconnaît la pâte d'un homme qu'il poursuit depuis des années ...mais, nous, nous ne savons pas qui est cet homme. 

Avant de le savoir, nous aurons été envoûtés par un kaléidoscope de scènes qui, apparemment, n'ont aucun rapport entre elles...

Jugez-en plutôt : une famille unie, les parents et leurs deux enfants, se promenant sur une plage un soir de Noël ; un groupe de 4 hommes qui viennent rendre visite à une prostituée pour une fête mémorable. Deux enfants qui jouent dans un jardin dans une atmosphère de contes. Un adolescent qui tombe sous le charme d'un autre dans un lycée. Et enfin, un policier qui reçoit un étrange manuscrit et qui se rend chez le présumé auteur de ce courrier....

Chaque chapitre fait alterner les scènes avec ces différents personnages. Des atmosphères très différentes : récits d'apprentissage, contes, thriller...

Ce n'est qu'à une bonne moitié du livre que les choses commencent à se clarifier...

Finalement, dans ce puzzle, ce qui compte, c'est le plaisir de se promener dans ces différentes entrées et de s'y perdre avec une certaine réjouissance. J'ai presque été déçue par la fin, comme si, finalement, j'avais accepté d'être perdue jusqu'à la clôture finale. 

Les grands thèmes de ce livre : le double, la fascination pour autrui. Chaque personnage semble avoir son double et souhaite le (re)trouver. 

Une réflexion, aussi, sur des parcours de vie, des destinées coupables mais qui continuent le chemin, malgré la mort et la perte. La vie comme garden of love, un jardin d'amour, empli de sépultures, mais qu'il faut continuer à semer, malgré tout. 


Par Sylvie - Publié dans : Littérature française contemporaine
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