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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Jeudi 2 juillet 2009

HONGRIE- 1928

Le premier amour

Editions Albin Michel, 2008

Je viens de découvrir Sandor Marai, l'écrivain hongrois (1900-1989) le plus connu du vingtième siècle. Fervent opposant à la Hongrie nazie puis communiste, il s'exila aux Etats-Unis en 1948. Son oeuvre censurée pendant la période communiste est traduite par les éditions Albin Michel depuis une dizaine d'années. En fin psychologue, il sonde l'âme humaine et en particulier ses désillusions amoureuses au sein d'un milieu petit bourgeois.

Il est considéré aujourd'hui comme un classique de la littérature de l'Europe centrale au même titre que Stefan Zweig ou Arthur Schnitzler.

Son premier roman, Le premier amour, est un chef d'oeuvre de portrait psychologique et une description minutieuse de la solitude d'un homme sombrant dans la psychose.Chaque ligne respire le malaise d'un homme perdu dans le troupeau de la société.

Il s'agit d'un monologue sous forme d'un journal intime d'un professeur de latin d'une cinquantaine d'année atteint de la "maladie de la solitude" qui fait qu'un homme s'éloigne de ses semblables et inversement. Son semblable, qu'il rencontre dans une station thermale, lui fait prendre conscience de son mal et lui déclare qu'il ne peut guérir que par l'amour ou la religion.

A son retour, il éprouve un premier amour ravageur en la personne d'une jeune élève ; il prend peu à peu conscience de ses sentiments et éprouve une haine sans précédent envers le petit ami de la jeune fille, également son élève.

Description magistrale de la naissance d'une psychose. On sent l'influence de Freud dans cette Europe Centrale des années 30...

Dans une écriture très épurée qui retranscrit remarquablement tous les émois d'un homme névrosé, Marai réalise un chef d'oeuvre. Il décrit la vie quotidienne d'un vieux célibataire engoncé dans ses habitudes, entre une vieille gouvernante et son canari ; le quotidien est tout d'un coup bouleversé par une passion inattendue.
Le professeur s'interroge d'abord sur "sa crise de la cinquantaine". Puis le bouleversement arrive ; il ne comprend pas pourquoi il voue une haine inexpliquée envers un élève brillant. Auparavant, il découvre la nouveauté d'une classe mixte et les habitudes de la gentes féminine ; on sent à travers les lignes la maladresse, les hésitations d'une homme qui ne saisit pas la nature de ses sentiments.
Puis le tempo s'accèlère : il comprend enfin que la jeune fille est l'objet de sa passion et n'a plus qu'un objectif : anéantir Madar, le jeune homme.
Confrontation géniale entre un jeune homme pauvre prêt à tout pour obtenir son examen et sa bourse et un vieil homme névrosé préparant sa chute. La fin est sublime...Un roman psychologique de premier plan qui autopsie la solitude et ses ravages.

"Ceux qui sont en bonne santé le sentent et nous fuient. Ces choses-là surgissent sans même qu'on s'en rende compte. La maladie, le doute ou la solitude. Et cette pudeur. Elle est très forte en moi ; si forte que je ne parlerais volontiers que d'elle. J'aimerais tout expliquer, tout mettre au clair : qu'est-ce qui s'est passé ? D'où cela vient-il ? Pourquoi ? Peut-être, si j'arrivais à me justifier, me pardonneraient-ils, les membres de cette autre société : les gens beaux, jeunes, en bonne santé ? Finalement, ils sont les seuls à avoir raison. Il y a en nous quelque chose d'infectieux. Ce n'est ni le larynx, ni le doute : c'est la solitude qui est contagieuse. Les personnes belles et saines s'en défendent, à leur manière. Vous voyez ? C'est là que réside le plus grand secret : la façon dont quelqu'un s'abîme et reste seul. Il parle dans le vide, on n'entend pas sa voix. On ne le comprend pas. Il prend les mêmes chemins que les autres...mais il n'arrive nulle part. Il marche toujours en rond, toujours autour de lui-même. "

Par Sylvie - Publié dans : Classiques français et étrangers
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Lundi 29 juin 2009

 IRAN -1997
 RECUEIL DE NOUVELLES 



 Editions Zulma, 2009

Je continue la découverte de cette "ethnologue du quotidien" que j'avais découverte avec Un jour avant Pâques ; dans ce recueil de nouvelles, elle se focalise sur les relations hommes-femmes, les relations conflictuelles dans le couple. Mais attention ; comme à son habitude, elle ne cherche pas à dénoncer la condition féminine en Iran. Ces nouvelles sont universelles.

Bien plus, les femmes ne sont pas épargnées ! Il y a la mère abusive ou la femme fantasque qui rêve de partir en Amérique. Pour l'homme, finies les parties de pêche tranquilles au son de l'harmonica !

L'objet est donc d'observer au microscope ces relations souvent conflictuelles hommes-femmes dans un cycle de vie assez long ; dans une nouvelle, chaque paragraphe correspond souvent à un instantané, un épisode dans une vie. Puis on passe à une ou plusieurs années plus tard. Une belle façon de suggérer l'écoulement du temps et la mélancolie...

Dans un couple, il peut y avoir une crise parce que la femme ne fait pas assez bien le ménage....mais aussi parce qu'elle n'est pas assez femme d'intérieur. La nouvelle L'appartement met justement en scène deux femmes très différentes, l'une femme au foyer à qui son mari reproche de faire trop de broderies et l'autre qui est trop négligée. Lorsque la première vend son appartement, la visiteuse ne se doute pas de la cause qui la pousse à vendre. Cruelle ironie du sort de deux femmes en crise...

Zoyâ Pirzad a le talent de donner des "emblèmes" à ses histoires, ces petits éléments du quotidiens qui résument à eux tout seul le thème de la nouvelle : Le Père-Lachaise représente le côté artiste, bohème du mari, l'harmonica, la ville tranquille de l'homme célibataire;  Quant aux kakis, c'est l'héritage du père, de la maison familiale qu'il faut continuer à entretenir malgré les années qui passent...

Des fragments de vie faits de rupture, de conflits et de réflexion sur le temps qui passe. Très subtil.

Par Sylvie - Publié dans : Littérature orientale:Maghreb, Turquie...
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Lundi 29 juin 2009

DE GUILLAUME GUERAUD



Editions du Rouergue "Do Ado Noir", 2008

Voici le troisième opus de Guillaume Guéraud dans la collection "Do Ado Noir". Après avoir traité d'un adolescent tueur dans Je mourrai pas gibier et fait un remake de Fahrenheit 451 parlant non de la disparition des livres mais des films dans La brigade de l'oeil, il traite d'un récit où un adolescent est confronté à la violence chez lui.

Clément est le fils d'une avocate. Alors qu'il rentre un soir chez lui, il découvre un intrus qui est en train de tout saccager. Il s'en prend à lui...

Ce récit est d'une violence indéniable, certains reprocheront les détails gratuits (l'adolescent qui se masturbe). Mais Guéraud évite tout manichéisme : il fait de l'agresseur une victime folle de chagrin qui n'hésite pas à retourner la violence contre lui.

L'auteur se garde bien de proposer des solutions mais il aborde la question de la défense des inculpés par les avocats. Il aborde les questionnements et les peurs de l'adolescent mais là encore, le récit reste ouvert.

A aborder au CDI pour un débat sur la violence...

Par Sylvie - Publié dans : Littérature pour adolescents
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Mercredi 24 juin 2009

Rentrée littéraire 2009



Editions Arléa

Je vous présente en exclusivité le nouveau roman de Marie Sizun. Nous avons eu la chance de la recevoir à la médiathèque de Noisy-Le-Grand. Pour nous remercier, elle vient de nous envoyer un spécimen de son dernier roman, Eclats d'enfance, qui va paraître le 3 septembre prochain.

Toujours cette écriture si juste et épurée qui fait sa force et son thème de prédilection, l'enfance. Mais, par rapport aux autres romans, on sent l'influence très nette de l'autobiographie. Pour la première fois, l'auteur dit "je". C'est le "Je" d'aujourd'hui, qui tente de retrouver ses souvenirs d'enfance. Mais dans le passé, l'enfant devient "la petite" et son entourage "le père" et "la mère".

Il faut tenir à distance coûte que coûte ce secret familial, jamais expliqué, seulement suggéré, dans cet "immeuble aux briques rouges".

Alors, plutôt que de rentrer dans cet immeuble en brique rouge qui abrite le secret familial, elle va concevoir son récit d'enfance comme un carnet de voyage dans le 20e arrondissement, contourner cet immeuble aux briques rouges : fuyant le récit chronologique, elle va concevoir chaque chapitre comme un éclat d'enfance qui remonte à la surface grâce à un nom de rue, un cinéma, un square, une station de métro. Elle va saisir des petits morceaux de vie comme de petits papillons épinglés pour faire ressurgir les sensations de l'enfance.

 

Refusant le sentimentalisme, prônant la distanciation, elle conçoit ses personnages comme des ombres, des esquisses fuyantes que l'on ne fait qu'apercevoir.

 

Chaque rue, chaque carrefour, chaque square est vue à travers la vue, l'odorat, l'ouie de l'enfant.

 

Ainsi, dans cette belle promenade d'enfance, le mystère des êtres reste entier. Bien sûr, nous devinons des choses (un petit frère pas tout à fait comme les autres, une mère fragile), mais l'itinéraire parisien contourne habilement la "chambre du secret".

Un récit sous forme de fragments, d'éclats qui figure une mémoire séquentielle surgissant grâce à une promenade dans les rues de Paris. On appréciera les détails figurant le Paris d'autrefois comme la description des vieux métiers comme le grainetier ou le rémouleur.

Quelques extraits :

" "Qu'est ce qu'un enfance ? Ce temps étrange, marginal, secret, infiniment personnel, inconnu des parents, ce temps où l'on devient soi, où l'on se met à voir, à entendre, à penser. Envie de raconter cela. De retrouver cela. C'était le tracé des rues qui me le racontait, cette histoire. Qui m'aidait à me la raconter, qui en était le support. Le fil d'ariane.

C'était comme si, au hasard des rues, rue Haxo, rue de Borrégo, rue du Télégraphue, je retrouvais, papillons posés ici et là, prêts à s'envoler, des éclats de l'enfance perdue, dispersée, oubliée. De petits morceaux de vie. Comme si je surprenais, épinglé là, puis là, ce qui peut être, autrefois, m'avait échappé.

"Pourtant, mais cela, c'est un cadeau du temps et de l'âge, chaque fois que j'entends ou que je lis le joli nom de la station Porte-des-Lilas, ce n'est pas à l'odeur du métro que je pense, si prestigieuse fût-elle pour l'enfant, mais à une branche de fleurs fraîches qui m'aurait laissé dans la mémoire comme un parfum mauve

...Alors, les tendres et cruels fantômes de l'immeuble de briques rouges, j'ai simplement eu envie de les prendre dans mes bras, de les rassurer, de les réchauffer, de leur redonner vie. Une autre vie.
Leurs secrets, leurs mystères, les les garderaient, je les respecterais; Mais j'écrirais leur histoire, une histoire plus vraie que la vraie vie, que leur vraie vie, que la mienne. Une histoire qui dirait ce que nous n'avions pas su dire. "

Par Sylvie - Publié dans : Littérature française contemporaine
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Dimanche 21 juin 2009

POLAR AMERICAIN

Bitterroot

Editions Rivages, 2007

Nous avons beaucoup entendu parlé de James Lee Burke, il y a quelques mois avec la sortie de l'adaptation au cinéma de son roman Dans la brume électriqueréalisé par Bertrand Tavernier. Il faut savoir que James Lee Burke est l'un des grands classiques contemporains du roman noir avec notamment Georges Pelecanos ou encore Dennis Lehane.

Sa patte : une description très poétique et lyrique de l'Ouest américain et de la Louisiane, un refus de l'intrigue manichéiste et des personnages hantés par le mal et la vengeance.

 

Deux personnages favoris, des flics rongés par la culpabilité, David Robicheaax et Billy Bob Holland, un ex texas ranger, devenu avocat après avoir tué accidentellement son coéquipier. Depuis, son fantôme le poursuit, donnant une petite teinte fantastique à ses romans.

Alors que Dans la brume électriquese déroule dans les bayous (marécages) de Louisiane, ce roman a pour cadre la Bitterroot Valley, paysages magnifiques du Montana, au nord-ouest des Usa, à la frontière canadienne : éden forestier, paradis de la chasse et de la pêche, paysages grandioses de vallées et de canyons sur fonds de massifs montagneux. L'auteur exalte cette nature préservée avec une écriture souvent très poétique...mais l'éden n'est que naturel : il décrit une faune humaine tourmentée, hantée par la culpabilité et la vengeance : les personnages, s'ils sont tous marqués par le sceau du mal, brillent par leur épaisseur et leur originalité ; le mal prend différents visages : la jeune indienne ivre de vengeance après l'enlèvement de son petit frère, un écologiste fanatique vétéran du Vietnam, un mafieux, un écrivain alcoolique, une "pédale" qui sert de souffre-douleur à des gangsters pédophiles...

Dans le roman de James Lee Burke, l'intrigue est minimale : Billy Bob Holland enquête (à sa manière !) sur le viol de la fille de son ami, le Docteur Voss, fervent défenseur de l'environnement, défendant l'intégrité de la Bitterroot Valley contre l'extraction minière menée par le gangster.

Le point de départ de l'intrigue n'est qu'un prétexte à lever le rideau sur une galerie de personnages certes pourris mais pourtant profondément humains. James Lee Burke n'écrit pas à proprement parlé un roman noir qui dénonce les tares d'une société.
Ce qui l'intéresse, ce sont les conséquences du mal sur la psychologie des personnages, ces formidables bêtes humaines. Un coup de coeur pour Wyatt Dixon, ce clown tragique des rodéos et Terry  Whintespoon, petite pédale soumise qui finira par se révolter sur le tard.

L'auteur alterne les passages d'introspection où les personnages sont rongés par leur culpabilité et leurs doutes et les passages de dialogue souvent hilarants.

Je compte bien lire d'autres titres !

Par Sylvie - Publié dans : Romans policiers
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Jeudi 18 juin 2009

Editions Verticales, 2008

Corniche Kennedy

Un récit original d'une écrivain encore très confidentielle, se déroulant dans un quartier mal famé de Marseille, sur la Corniche Kennedy, où une bande de jeunes fait les 400 coups et s'amuse à plonger du haut de la corniche dans la mer azur. Au programme : bronzage, drague et défis entre copains. un décors unique : la grande bleue irisée par le soleil.

Ne vous imaginez pas un roman de terroir méridional ! Au contraire, ce roman, très contemporain dans sa construction, est avant tout une ode à la jeunesse et à la liberté ainsi qu'une parodie de polar. En effet, toute cette jeunesse est observée par un policier, Sylvestre Opéra, chargé de la sécurité du littoral. Anti-héros, il observe avec ses jumelles cette petite bande joyeuse, avide de sensations fortes.

Le quotidien de ces jeunes intrépides va être bouleversé par l'arrivée de Suzanne, une "jeune bourge" du littoral, arrivée sur la corniche pour piquer un portable et que les jeunes garnements vont pousser à sauter du haut de la corniche pour se venger...

Ode à la jeunesse et parodie des méthodes policières, ce roman présente quelques similitudes avec Passage à l'ennemie de Lydie Salvayre. On rit de ce policier sympathique et maladroit, rétrogradé pour avoir bastonné quelqu'un et ne pouvant pas se remettre de la disparition d'une prostituée dont il était tombé amoureux.

Finalement, l'intrigue est très minimaliste ; mais, ce qui compte, c'est la description de scènes de genre (la drague, les plongeons, la course-poursuite) très cinématographiques, écrites dans un langage à la fois très précieux et très réaliste, qui épouse le langage des jeunes. La narration est électrique, les phrases très saccadées ; les dialogues sont peu nombreux et l'auteur préfère intégrer les conversations des jeunes dans son discours. Tout cela donne une langue très riche mélangeant un vocabulaire recherché à des expressions de "jeuns" telles que Elle est ouf...La description du paysage joue sur les contrastes entre le bleu de la mer et la lumière du soleil ; on appréciera des métaphores et comparaisons très originales telles la bave du baiser, devenant une cascade fluorescente.

Une plume originale à découvrir.

Par Sylvie - Publié dans : Littérature française contemporaine
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