Mercredi 19 juin 2013
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Editions Albin Michel, 2013
PRIX DU LIVRE INTER 2013
C' est une très belle histoire que nous raconte Alice Zeniter, 26 ans, lauréate du Prix du
Livre Inter 2013. Un beau roman familial et historique qui démarre non par des détails historiques abscons mais par un décor à la fois pittoresque et grotesque.
Une maison de bois au milieu des rails de la gare de Nyugati à Budapest. C'est celle de la
famille Mandy, celle que le grand père n'a jamais voulu céder aux forces de la modernité. Chaque jour, les voyageurs dans les wagons jettent dans le jardin triangulaire leurs déchets et
leurs trésors.
Tous les jours, le grand-père prend son râteau pour nettoyer ces déchets. Tous les 2 mai, il
termine saoul sur l'herbe en répétant le refrain de la célèbre chanson hongrois, Sombre dimanche. Pourquoi cette chanson ? Pourquoi ce jour précis ? Nous ne l'apprendrons qu'à la
fin...
Le petit fils Imre assiste à cette cérémonie tous les ans sans comprendre. Les secrets de
l'existence seront dévoilés petit à petit...
Nous suivons Imre, le petit fils, de son enfance à l'âge mûr. Il y aura eu la boîte à trésors
des voyageurs, les rêves des "filles californiennes" à l'adolescence, l'amour d'une femme allemande de l'Ouest et les désillusions de l'âge adulte.
Entre le grand-père qui a perdu sa jambe "à cause de Staline" et le petit fils, il y a la
grand-mère Sara, le père Pal, la tante Agni . Tous subiront, un jour ou l'autre, les affres de la Grande Histoire, celle de la nation hongroise, depuis 1940 à nos jours.Le déclin de
l'Empire austro-hongrois, le territoire hongrois amputé d'une grosse partie de son territoire en 1918, les hongrois tiraillés entre les allemands et les russes pendant la guerre, puis subissant
le joug soviétique. Puis ce sera le temps de l'ouverture à l'Ouest, des espoirs puis des désillusions.
C'est à travers le destin d'Imre que nous découvrons les secrets de la famille sur trois
générations.
L'Histoire avance, la famille Mandy reste immobile sur les rails de leurs maison de bois et
de leur existence. En victime de l'Histoire, ils seront des anti héros, emplis de tristesse de de mélancolie.
La poésie vient justement de cette immobilité, de cette torpeur des esprits qui sent bon
l'odeur surannée des grandes nations déclinantes d'autrefois.
La Hongrie, la perdante, sans mer ni montagne, dont les rêves s'étiolent lentement sur les
rives du Danube.
Le grand mérite d'Alice Zeniter est d'avoir réussi un très beau roman familial classique. qui
tire sa poésie de cette mélancolie d'anti héros n'arrivant pas à monter dans le wagon de leur existence. La ville de Budapest, ses ponts et ses collnes, sert d'écrin à cette "sombre
histoire".
L'originalité du roman réside principalement dans le fait qu'il s'agit d'un récit d'hommes,
sur trois générations, d'hommes faibles ayant perdu leurs femmes pour plusieurs raisons. Culpabilité, regrets, solitude : sentiments gris et noirs qui n'ont plus qu'à s'exprimer dans les belles
chansons méancoliques hongroises. Pas de pathos, pas de tragédie antique mais souvent des situations grotesques (plusieurs morts soudaines, mais chut ! ne dévoilons pas tout !) et une douce
mélancolie s'écoulant dans l'eau grise du Danube.
Les dernières pages, quittant la ville de Budapest, sont sublimes !
A lire de toute urgence !
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