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Internautes lecteurs, bonjour !

J'ai découvert l'univers des blogs très récemment. Je suis bibliothécaire et mon métier est donc de faire partager ma passion. Voici donc mes coups de coeurs et n'hésitez pas à me faire partager les vôtres !

Je vous parlerai surtout de littérature française et étrangère contemporaine sans oublier bien sûr mes classiques préférés...

Une rubrique est également réservée aux lectures pour adolescents ainsi qu'à la BD et aux mangas.

Bonne lecture !

 

 

Mercredi 15 octobre 2014 3 15 /10 /Oct /2014 19:52

LITTERATURE FRANCAISE (VIETMAN)

http://www.franceinfo.fr/sites/default/files/styles/mea_635x357/public/asset/images/2014/10/minh_tran_huy_-_voyageur_malgre_lui.jpg?itok=v3M3Q8sn

 

EDITIONS FLAMMARION, 2014

 

Voici un joli récit érudit et sensible sur les douleurs de l'exil. Minh Tran Huy, née en 1979, n'en est pas à son premier coup d'essai. On lui doit notamment le très remarqué La double vie d'Anna Song

 

Cet opus est à la fois une profonde réflexion sur les différents exils, matérieurs et intérieurs, pathologiques et politiques, ainsi qu'un récit autobiographique émouvant sur le déracinement. L'auteur plonge dans son expérience personnelle pour encore mieux nous le faire ressentir.

 

Tout commence par une installation dans un musée à New-York qui évoque le destin d'Albert Dadas, un ouvrier gazier bordelais de la fin du XIXe siècle, atteint de dromomanie, de "tourisme pathologique" : ce dernier sentait un besoin vital de marcher des kilomètres, souvent dans un état second, proche de l'inconscience...il parcourut l'Europe entière jusqu'à la Russie et Istanbul, malgré lui, souvent arrêté pour vagabondage.

 

La narratrice se documente alors sur ce cas qui fit école puisque son mal fut étudié pendant 20 ans par un médecin...la découverte de ce cas passionnant dérive peu à peu sur les exils politiques et sociaux du XX et XXIe siècle. Ceux liés à la Guerre du Vietnam, qui toucheront directement la famille de l'auteur et celui d'une jeune sportive somalienne qui participa aux Jeux Olympiques de Pékin avant de mourir au milieu de l'Océan Atlantique pour avoir souhaité rejoindre la terre promise....

 

On admire alors l'habile construction du récit. Constitué de courts chapitres, le roman part du cas clinique d'Albert Dadas pour ensuite évoquer une jeune sportive vue à la télé...pour ensuite prendre le chemin des souvenirs intimes ; les figures des oncles et cousins disparus, puis la figure du père, celui qui s'est toujours tû, qui a préféré le silence et l'avenir au lourd poids du passé.Le lecteur fait connaissance avec une galerie de personnages très émouvants, alors que la narratrice survole l'Atlantique à bord d'un Paris New-York...

 

Le roman oscille ainsi entre documentaire et récit de vie, évitant les écueils du récit intimiste. Minh Tran Huy choisit la pudeur pour évoquer ce face à face poignant entre les silences du père et le désir de connaître de sa fille.

 

Biographies, roman historique à base de souvenirs personnels, essai sur l'exil...les dénominatifs ne se comptent plus...Ajoutons à cela une poésie omniprésente ; la profession de la narratrice qui enregistre des sons pour une "agence de création sonore"est très évocatrice et sert de base à une réflexion sur la force des silences. Sans oublier les paysages évocateurs du Vietnam...

 

Un roman hybride d'une profonde originalité.

Par Sylvie - Publié dans : Littérature française contemporaine
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Lundi 13 octobre 2014 1 13 /10 /Oct /2014 21:11

ETATS-UNIS

 

http://www.froggydelight.com/images/aout2014/joyce_maynard.jpg

 

EDITIONS PHILIPPE REY, 2014

 

J'ai eu l'occasion de rencontrer Joyce Maynard au Festival America de Vincennes fin septembre ; elle m'a dédicacé son dernier ouvrage avec un grand sourire, une bonne dose d'énergie, dans une langue française parfaite...qu'elle me déclara avoir appris en lisant les traductions françaises de ses romans !

 

http://micmelo-litteraire.com/wp-content/uploads/2014/07/Joyce-MAYNARD.jpg

 

Derrière ce joli visage blond de 60 ans qui en paraît 10 ou 15 de moins, se cache un écrivain très sensible qui fait de magnifiques portraits d'adolescents.

 

L'homme de la montagne, sa dernière publication, est à la fois une enquête policière et un thriller psychologique...raconté par la fille aînée de l'inspecteur chargé de l'enquête, 30 ans après les événements. 

 

Cet été là, à San Francisco, Rachel, 13 ans et Pattie, sa petite soeur, s'ennuient. Leur mère, neurasthénique depuis la sépration d'avec son mari, n'a même plus les moyens de se payer une télé. Alors les deux adolescentes se promènent dans le village, regardent la télé des voisins cachées dans les jardins ou font jouer leur imagination...faire les mortes par exemple.

 

Jusqu'au jour où elles vont êtres bien occupées par une série de meurtres de jeunes femmes, étranglées et violées par le mystérieux "homme des montagnes".

 

L'inspecteur Torricelli, le père des deux fillettes, est chargé de l'enquête. Ce dernier est le héros de la localité ; très bel homme, homme à femmes, c'est aussi un policier hors pair. Pour ses filles, cette enquête va être pour leur père l'occasion de montrer tous ses talents. Sauf que l'enquête piétine...le père devient de plus en plus stressé, accaparé par ces meurtres à répétition. Les jeunes filles, profitant d'abord du contexte (elles sont les filles du grand inspecteur, elles savent presque tout de l'enquête, et puis tout d'un coup, elles n'ont plus de copains...), vont être ensuite mises au ban puisque rien n'est résolu.

 

Alors, voulant à tous prix sauver leur père, l'aider, elles vont s'aventurer sur un terrain dangereux en menant leur propre enquête...

 

Joyce Maynard nous livre un récit riche en rebondissemets. Elle sait parfaitement éveiller les soupçons de ses lecteurs en les entrenant sur de fausses pistes.

 

Suspense mais aussi et surtout une très belle déclaration d'amour, une ode aux liens filiaux et fraternels. Un cri d'amour pour un père, une soeur. Chaque ligne, chaque paragraphe magnifie les relations de ce trio. L'auteur excelle en décrivant les états d'âme des deux jeunes filles aux prises avec une imagination qui peut se développer à leurs dépens. Jalousie, fantasmagorie, corps qui muent...Un magnifique portrait d'une famille déboussolée.


Par Sylvie - Publié dans : Littérature anglo-saxonne et américaine
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Lundi 13 octobre 2014 1 13 /10 /Oct /2014 19:22

ETATS-UNIS

 

http://www.lesechos.fr/medias/2014/09/04/1035664_le-wild-west-show-de-philipp-meyer-prix-lucien-barriere-a-deauville-web-0203721708082.jpg

 

Editions Albin Michel, Collection "Terres d'Amérique", 2014

 

C'est l'un des grands romans américains de cette rentrée littéraire (Avec le James Salter et le Tim Gautreaux)...que dis-je, plutôt une grande fresque, une épopée de 700 pages, qui se dévore très facilement.

 

On y voit déjà un grand film, je crois même que c'est déjà en cours...

 

Philipp Meyer, qui n'en est qu'à son 2e roman (finaliste du Prix Pulitzer) , retrace l'Histoire du Texas de 1830 à nos jours, de sa fondation à septembre 2011. Et quelle histoire ! Une terre sauvage qui a été conquise succesivement par les Indiens (Apaches, Commanches), par les Espagnols, par les Mexicains et..par les Américains. C'est en 1845 que le Texas devient américain mais le "Frontière" est disputée par les Mexicains. S'en suit une guerre Mexique/Etats-Unis où les Américains seront victorieux. Mais pendant des dizaines d'années, les Indiens, Mexicains et Américains se sont disputés la Terre, la Frontière et ses richesses...en s'entretuant.Une guerre de possessions.  C'est ce que raconte Meyer avec brio dans ce brillant western où l'on est loin des méchants cow boys et des gentils indiens. Les différentes communautés se ressemblent un peu finalement....

 

Trois ou quatre générations où se joue toute l'histoire du Texas et la naissance de ses richesses : la conquête de l'Ouest avec les conflits dans des terres encore giboyeuses où gambadent bisons et cerfs, la création des grands ranchs des éleveurs, les débuts du forage pétrolier, puis une terre dévastée par une surexploitation des ressources...les riches Texans n'ont alors plus qu'à investir au Vietman et dans le Golfe...

 

Mais revenons plutôt à nos trois principaux personnages. Meyer a choisi une forme polyphonique à la Faulkner pour évoquer ce vieux Sud : les trois personnages se succèdent à chaque fois dans 3 ou 4 chapitres : 1830, 1915, 1943, 2011....puis on revient aux années 1830. Cela donne un rythme particulier au récit, fait d'actions clés et de ralentissements. On s'attache d'autant plus aux personnages.

 

Il y a donc Elie McCullough, pionnier enlevé par les Indiens Commanches vers 7 ou 8 ans. Il vivra parmi eux pendant des années, gardant toujours la nostalgie de cette vie sauvage. Ne pouvant se faire à la vie urbaine, il s'enrolera chez les mythiques Texas Rangers, qui défendent la frontière contre les Mexicains et les Indiens. Puis viendra le Guerre de Sécession où il s'illustrera et l'édification de son Empire, celui de l'élevage. Un succès gagné par le vol de terres, par le sang...

 

Les années 1915/1917, la parole est donnée au Fils, Peter, qui incarne la mauvaise conscience face aux exactions de son père. Marqué à tout jamais par la disparition programmée d'une famille de pionniers hispanomexicains, il tombera amoureux d'une cousine de cette famille à ses riques et périls...

 

Enfin, 3e personnage, l'arrière-petite fille, Jennie, l'héritière de son grand-père, qui bâtira de ses propres mains un vaste empire pétrolier.

 

Des vies d'une richesse incroyable où une épée de Démoclès menaçante plane au dessus de leurs têtes..On pense à une tragédie antique comme la famille des Atrides où le sang appelle le sang. Meurtres, vengeances...de générations en générations ; les descendants n'en sont que plus exposés.

 

Meyer prend son temps pour planter le décor ; le lecteur s'attache d'autant plus aux personnages. Il évite soigneusement tout misérabilisme ; indiens, mexicains, américains ont chacun leurs idéaux, leur soif de possession, leur violence.

 

L'écriture est très fluide tout en faisant la part belle à l'intériorité des personnages (discours omniscient, 1ère personne, journal intime..). Ce style très cinématographique nous fait déjà penser à un beau western moderne...

 

Cette grande fresque est à rapprocher d'une autre très grand titre de cette année : Dans le grand cercle du monde de Joseph Boyden, l'histoire de la conqête du Canada. Autre époque, autres peuples mais rêves similaires...


Par Sylvie - Publié dans : Littérature anglo-saxonne et américaine
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Jeudi 2 octobre 2014 4 02 /10 /Oct /2014 18:43

RENTREE LITTERAIRE 2014

http://www.images-booknode.com/book_cover/504/full/l-amour-et-les-forets-504078.jpg

 

Editions Gallimard

 

Depuis Cendrillon et Le système Victoria, Eric Reinhardt est un auteur français de premier plan...que je n'avais jamais lu. Peut-être que ce physique très "Inrock"  était un frein. C'est en l'entendant présenter son dernier opus à la grande librairie avec une profonde humanité que j'ai eu envie d'ouvrir L'amour et les forêts. Et j'ai découvert une splendeur, sans aucun doute l'un des romans phares de cette rentrée.

 

Pour moi, ce roman réussit à être à la fois ultra classique et ultra contemporain. Je m'explique : une écriture très belle, lyrique donnant naissance à des épisodes follement romanesques. Des références explicites à la fin du XIXe siècle, l'amour des antiquités, des vieilles choses surannées.  Et en même temps, une modernité inouïe en mettant en scène un échange sur meetic mémorable et risible, en nous parlant de la société d'aujourd'hui, en n'ayant pas peur de parler de sexe de manière crue et décalée, avec humour. En bref, un mélange et une richesse de styles admirables mis en scène par plusieurs discours enchassés.

 

On cite une relecture du grand classique Emma Bovary. L'héroïne Bénédicte Ombredanne écrit une lettre à l'auteur pour le remercier d'avoir écrit son dernier roman, qui lui a donné envie de "réinventer sa vie". Ils vont se rencontrer deux fois, dans des cafés parisiens, et cette dernière va lui raconter son calvaire de femme harcelée psychologiquement par son mari. La lecture du dit roman lui a donné un jour l'envie de s'inscrire sur meetic et de vivre la plus belle journée de sa vie...qui marquera aussi le début de sa perte.

 

Ainsi racontée, cela peut être un banal fait divers. Dans les mains d'Eric Reinhardt, cela donne un récit en prose ponctué de fulgurances poétiques, où comme dans des correspondances baudelairiennes, les descriptions font penser à des références littéraires ou picturales : il y a bien sûr la référence explicite aux écrivains décadents de la fin du XIXe siècle et en premier lieu Villiers de L'Isle-Adam (L'agrément inattendu), il cite un tableau d'idylle de Fragonard. La scène de rencontre amoureuse dans la forêt n'est pas sans évoquer l'Amant de Lady Chatterley.

 

Les récits enchassés ne laissent aucun répit au lecteur, les longues subordonnées pouvant s'étaler sur une page. Quant aux dialogues, il sont souvent intégrés au récit. Ce flux verbal traduit parfaitement l'enfermement familial dans lequel se trouve l'héroïne. Tout le roman est traversé par une opposition entre la réalité la plus sordide, inacceptable et la force du rêve, l'idéal incarné par l'amour, la nature)(toute la symbolique de la forêt) et bien sûr la force de la littérature. Car ce roman majeur est bien sûr une ode à la femme bafouée mais aussi et surtout un chant d'amour adressé aux mots qui seuls peuvent sauver ou rendre la vie plus belle.

 

Arrêtons de disserter. Laissons plutôt la parole à Eric Reinhardt. Voici quelques extraits parmi les plus beaux :

 

"Rien n'est pire que le dur des surfaces planes, que le tangible des surfaces dures, que l'obstable des écrans qui se dressent, sauf si des films sont projetés. Je préfère le profond, ce qui peut se pénétrer, ce en quoi il est envisageable de s'engloutir, de se dissimuler : l'amour et les forêts, la nuit, l'automne, exactement comme vous. Claquemurées depuis tellement d'années dans la résignation, ses ambitions pour le bonheur, ses ambitions d'adolescente, avaient beau avoir été violentées par la vie, elle les avait ranimées récemment : elle réclamait dès lors de chaque journée qu'elle lui prodigue une minute irradiante, une heure miraculeuse, une enclave d'émerveillement, un grand soupir extatique oublieux des tristesses de l'existence"

 

"D'après ce que j'ai pu constater, elle ne portait que des couleurs sombres, elle était chaussée de bottines à lacets, elle arborait de la dentelle et des bijoux anciens, elle affectionnait le velours grenat ou véronèse de certaines vestes de coupe cintrée qu'on trouve dans les friperies. Cette allure évoquait l'univers symboliste d'Edgar Poe et de Villiers de l'Isle-Adam, de Maeterlinck, de Huysmans et Mallarmé, un univers crépusculaire et pâli où les fleurs, les âmes, l'humeur  et l'espérance sont légèrements fanées, délicatement déliquescentes, dans leur ultime et sublime flamboiement, comme une mélancolique et langoureuse soirée d'automne, intime, charnelle, toute de velours et de rubans soyeux, rosés, rouge sang"

 

"C'est drôle, quand on s'enfonce ainsi en soi et qu'on marche vers cette lointaine lumière habitée, c'est comme un paysage nocturne qui se déploie, grandiose, empli d'autant de sensations et de phrases qu'une forêt peut raisonner de cris d'oiseaux et de bruissements d'animaux, de senteurs de fleurs et d'écorce, de mousse, de champignon : son mental transformé en paysage ou en forêt, en territoire de chasse et de cueillette, où s'accomplissent des trajectoires cinglantes à travers bois, sinueuses, au mileu des taillis et des ronces, ou au contraire plus douces, rapides, rectilignes, sur l'épiderme d'une plaine cultivée. Les mots sont si gentils, étonnements dociles et bienveillants, il se laissent si facilement entrevoir et cueillir, je les ordonne sur la papier à la faveur de phrases que je trouve belles, qui se révèlent spontanément au fur et à mesure que j'avance, révélant à moi-même mon propre corps empli de sensations et de forces"

Par Sylvie - Publié dans : Littérature française contemporaine
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Dimanche 14 septembre 2014 7 14 /09 /Sep /2014 10:36

RENTREE LITTERAIRE 2014

 

http://www.rentree-seuil.com/sites/default/files/ouvrages/couvertures/deville.jpg

 

Editions Seuil "Fiction et compagnie", 2014

 

Assurément, cette rentrée littéraire française est historique...On convoque les personnages historiques, connus ou moins connus, pour réfléchir à des choses plus abstraites comme le rôle du spectacle de masse (Eric Vuillard dans Tristesse de la terre) ou la notion de l'engagement. C'est le cas de Patrick Deville, modèle exemplaire de l'écrivain voyageur, qui depuis quelques années parcourt l'Afrique, l'Asie et l'Amérique dans le temps et dans l'espace. l'Exofiction, la création de la fiction à partir d'éléments réels, a de beaux jours devant elle.

 

Après le Cambodge de Kampuchéa, c'est au tour du Mexique d'être revisité par la plume flamboyante de Deville. Plus précisément le Mexique des années 20 et 30 qui, après la révolution zapatiste, voit naître ou affluer nombre d'écrivains, intellectuels, artistes. Il y a les natifs, le muraliste Diego Rivera et Frida Kahlo et une multitude d'exilés qui fuient les purges staliniennes. Parmi ces derniers, le plus illustre, Léon Trotsky qui débarque en 1937 et l'écrivain de  Sous le volcan, Malcolm Lowry, qui écrira son chef d'oeuvre en 10 ans, choisissant l'engagement dans la littérature plutôt que l'engagement en politique.

 

Deville va convoquer ces deux figures illustres en quête d'absolu pour réfléchir justement aux affres de l'engagement. Alors que Trotsky choisit l'engagement politique, Lowry choisit le retrait dans son jardin de la création, modèle du paradis perdu dans son célèbre roman.

 

Mais les deux grandes figures ont un "socle" commun : Trotsky, modèle du sacrifice à la révolution, plus grand écrivain du 20e siècle selon Mauriac a été toute sa vie tenté par le retrait, par la vie dans la nature et la lecture. Ce qui explique son refus du pouvoir à la mort de Lénine, lui le grand intellectuel face à l'inculte Staline.

 

Voici un passage admirable :

 

" Ils ont le même goût du bonheur, un bonheur simple et antique, celui de la forêt et de la neige, de la nage dans l'eau froide et de la lecture. Chez ces deux-là, c'est approcher le mystère de la vie des saints, chercher ce qui les pousse vers les éternels combats perdus d'avance, l'absolu de la Révolution ou l'absolu de la Littérature, où jamais ils ne trouveront la paix, l'apaisement du labeur accompli. C'est ce vide qu'on sent et que l'homme, en son insupportable finitude, n'est pas ce qu'il devrait être, l'insatisfaction, le refus de la condition qui nous échoit, l'immense orgueil aussi d'aller voler une étincelle à leur tour, même s'ils savent bien qu'ils finiront dans les chaînes scellées à la roche et continueront ainsi à nous montrer , éternellement, qu'ils ont tenté l'impossible et que l'impossible peut être tenté. Ce qu'ils nous crient  et que nous feignons souvent de ne pas entendre : c'est qu'à l'impossible, chacun de nous est tenu"

 

Loin de s'en tenir à ces deux figures mythiques et à la réflexion désincarnée sur l'engagement, Deville convoque une multitude de personnalités artistiques et intellectuelles qui ont fréquenté ce Mexique révolutionnaire des années 30 : Diego Rivera et Frida Kahlo qui accueille Trotsky dans leur Maison Bleue, André Breton qui "bafouille" devant Trotsky, Antonin Artaud à la recherche de l'authenticité indienne et des figures moins connues comme la photographe Tina Modotti ou le romancier allemand Traven, auteur énigmatique du Trésor de la Sierra Madre, adapté au cinéma par John Huston. La Guerre d'Espagne, La Révolution Russe, la Révolution Mexicaine...

 

Plutôt que de faire un récit linéaire ou réflexif sur l'engagement, Deville téléscope les scènes dans différents pays, villes, à différents moments de la décennie, passant ainsi d'un personnage au suivant pour mieux ensuite revenir au précédent. Le récit est ainsi extrèmement rapide, mêlant les citations, les réflexions et également les passages où l'auteur se rend sur les lieux pour parler avec les témoins contemporains.

 

Le lecteur est abreuvé pour son plus grand plaisir d'une multitude d'informations. Tel le train de l'Armée Rouge dirigé par Trotsky pour convertir conquérir l'ensemble de la Russie à l'idéologie communiste (décrit admirablement dans le récit), nous avons l'impression de faire un formidable voyage à mille kilomètes heure dans l'espace et dans le temps, où les lieux et les périodes se téléscopent.Pas de lignes droites mais des wagons qui s'entrechoquent, qui ne séparent violamment avant de se raccrocher désespérément.

 

Le lien entre tous ces épisodes : l'hésitation entre le retrait et l'engagement mais aussi la ligne de fracture dans l'idéal socialiste : l'anarchisme libertaire défendu par Trotsky et la dictature stalinienne...lutte fratricide qui mènera à l'assassinat de Trotsky.

 

A chaque ligne, nous sentons le plaisir de Deville à se plonger dans le bain bouillonnant des turpitudes du 20e siècle. Un récit habité, foisonnant qui allie l'érudition à l'amour de la langue. Magique !

 

Le lecteur en ressort nourri, abreuvé, conquis...Deville réinvente une nouvelle forme de récit historique en mêlant les multiples figures qui ont transité à un même endroit à la même époque. Le récit évenementiel laisse la place à de formidables portraits psychologiques, créés par de multiples petites touches à la manière des peintres impressionnistes. Mention spéciale à Trotsky, admirablement esquissé, figure tragique par excellence.

 


Par Sylvie - Publié dans : Littérature française contemporaine
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Dimanche 14 septembre 2014 7 14 /09 /Sep /2014 09:44

RENTREE LITERAIRE 2014

 

http://www.franceculture.fr/sites/default/files/imagecache/ressource_full/2014/07/07/4879680/9782330035990,0-2240015.jpg

 

Editions Actes Sud, 2014

 

Depuis La Bataille de l'Occident (La Première Guerre Mondiale)  et Congo (l'Histoire coloniale), Eric Vuillard est devenu le spécialiste de récits courts, fragmentés, très souvent agrémentés de photos.

 

Il s'intéresse ici au personnage mythique de Buffalo Bill, de son vrai nom William Cody, qui est devenu le créateur du spectacle de masse avec le Wild West Show, revisitant la conquête de l'Ouest et les conflits avec les indiens à la fin du XIXe siècle.

 

Les grandes coiffes à plume des indiens ? Le "Ou Ou" avec la main devant la bouche que font des millions d'enfant pour imiter les indiens. C'est lui !  Il invente une mythologie indienne bien loin de la réalité avec.....des survivants des massacres ! Les indiens rejouent leur propre histoire, revisitée par le colonisateur...

 

Non seulement on apprend beaucoup de choses mais on a aussi l'impression de vivre une véritable épopée romanesque. Derrière cette histoire de carton pâte, il y a en effet un homme grandiloquent mais meurtri, plus complexe qu'il n'y paraît.

 

La forme choisie, le fragment d'une dizaine de pages sur un épisode de la vie de Buffalo ou un épisode du Wild West Show illustré à chaque fois par une photo, permet à l'auteur d'éviter la dramatisation outrancière et d'introduire des paragraphes de réflexion à l'intérieur de l'histoire. Ce personnage grandiloquent est un prétexte pour parler du divertissement de masse, de l'origine de son succès sur le public.

 

Vuillard est sans doute moins convaincant lorsqu'il se fait essayiste sur la nature du spectacle. Peu importe. On apprécie tout particulièrement la construction du récit qui fait s'opposer la grandiloquence des spectacles de masse ( l'arrivée du Wild West Show en Alsace, magistral !) à l'évanescence des éléments, relatée dans les deux derniers chapitres que je vous laisse découvrir. 

 

L'auteur retrace aussi brillamment des épisodes véridiques de l'Histoire indienne (Le massacre de Wonded Knee où on croise la figure mythique de Sitting Bull, mêlant ainsi la Grande Histoire à la petite histoire, oppposant surtout les drames de l'histoire indienne au grand spectacle de masse qui avait déjà inventé à la fin du XIXe siècle le reality show et les produits dérivés.

 

Eric Vuillard est assurément un érudit, un essayiste parfois un peu aride. Mais il excelle dans la description de ses personnages, ce qui humanise profondément son récit. A découvrir !

Par Sylvie - Publié dans : Littérature française contemporaine
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